Critique ciné : La Folle Histoire de Max et Léon

16 novembre, 2016

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Comme nombre de leurs confrères auparavant, le duo du Palmashow quitte son petit écran – couronné de succès – pour s’essayer à l’expérience du grand en têtes d’affiche avec La Folle Histoire de Max et Léon. Une évolution logique, normale. Ce qui l’est moins cependant, c’est que les trublions se lancent d’entrée de jeu sur les traces de quelques standards de la comédie française et pas des plus faciles à suivre : Papy fait de la résistance mais surtout le monument La Grande vadrouille, avec leur histoire s’intéressant à deux nigauds dont la lâcheté congénitale ne les empêche pas de traverser la Deuxième Guerre Mondiale et même de s’y illustrer. On voit tout de suite le lien de parenté et on pourrait creuser plus encore, que ce soit dans la façon de se concentrer sur la petite histoire au sein de la grande (on ne croise jamais de vraies figures historiques d’importance) ou bien celle de se réapproprier l’imagerie du nazisme pour la tourner en dérision (la manie du déguisement). Mais David Marsais et Grégoire Ludig sont de vrais morfales, habitués dans leurs émissions à pouvoir partir très loin dans le délire, et pour leur premier long-métrage rien qu’à eux ils n’allaient donc pas faire dans la demi-mesure. Au contraire, ils font de leur péloche une véritable aventure (voyez l’affiche à la Indiana Jones) empruntant autant au film de guerre qu’à celui d’espionnage et malgré alors la folle multiplication des péripéties, ils réussissent à éviter le piège du film qui ne serait qu’une succession de sketchs, ils ont une vraie histoire et savent s’y tenir. Les deux comiques sont aidés en cela par une fort sympathique galerie de seconds rôles et surtout leur réalisateur, Jonathan Barré, dont le travail ici ne trahit en rien les origines télévisuelles (il a fait ses armes sur des programmes courts comme Nos chers voisins ou Very Bad Blagues, déjà avec le Palmashow). Mieux, de par une reconstitution historique étonnamment soignée et sa mise en scène au diapason, il rend un hommage sincère au cinéma avec lequel il nous fait rire et rejoint en cela une autre glorieuse référence de la marrade bien de chez nous, à savoir les OSS 117 de Michel Hazanavicius. La Folle Histoire de Max et Léon n’est peut-être donc pas la comédie du siècle – qui peut le prétendre de toute façon ? – mais elle a tout ce qu’il faut pour s’extirper aisément de la triste monotonie du PAF, faisant revivre les heures de gloire de notre cinéma tout en le dopant à l’énergie d’un humour moderne et jamais vulgaire. Mission réussie en tout cas, les p’tits gars ; et on attend la suite avec impatience, surtout s’il vous prend l’envie de poursuivre dans le pastiche du cinéma de genre !

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Critique ciné : Doctor Strange

15 novembre, 2016

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Après la terre ferme et l’espace, le Marvel Cinematic Universe s’ouvre sur un monde plus abstrait, plus mystique, celui du Doctor Strange (oui, normalement chez nous c’est «Docteur Strange» mais comme ça on peut uniformiser le merchandising à l’internationale) que créa Steve Ditko au début des 60′s. Un personnage assez unique dans la galaxie de la Maison aux idées et qui était l’occasion, un peu comme pour Les Gardiens de la galaxie, de faire un film différent de ceux de la clique des Avengers. Mais non. Là, nous sommes plus dans le cas d’un Ant-Man, c’est à dire un projet dont l’apparente particularité (la comédie pour l’homme-fourmi, la magie pour le chirurgien à la retraite) est passée à la moulinette de la sacro-sainte formule Marvel. Hormis donc la platitude de la narration, du pur origin-story sans grande thématique pour étoffer son propos (voyez comme même la question de «la fin justifie-t-elle les moyens ?» est passée sous silence), cela aurait par exemple été dommage que le héros n’ait pas sa petite romance et les responsables ont par conséquent extirpé une infirmière d’une obscure publication des 70′s (Night Nurse) pour atténuer le caractère antipathique de Strange (heureusement que Rachel McAdams est toujours aussi craquante de naturel). Bah ouais, ça aurait été dommage, quoi. Malgré son inhabituel matériau d’origine, la péloche échoue ainsi à se forger sa propre identité et ce n’est pas la musique de Michael Giacchino, simple réorchestration ethnique de son thème pour Star Trek, qui aidera sur ce point. En même temps il aurait fallu confier la réalisation à quelqu’un d’autre que Scott Derrickson, yes-man jouissant d’une petite notoriété dans l’horreur à la Blumhouse, pour y parvenir. Et il aurait fallu aussi que Marvel en ait quelque chose à foutre, bien sûr. Si le réalisateur du remake du Jour où la Terre s’arrêta et de Sinister parvient alors à faire illusion au détour de quelques séquences à l’ambiance aventureuse, ses scènes d’action s’avèrent elles pas très bien shootées, en tout cas pas à la hauteur des CGI hallucinées et de quelques très bonnes idées (le climax avec le décor qui pour une fois se reconstitue au lieu de se détruire au fur et à mesure de la bataille). Dommage, car Benedict Cumberbatch est parfait sous la cape du Doctor Strange et aurait mérité largement mieux que cette inoffensive sou-soupe made in Marvel. Heureusement, il reviendra… pour faire picoler Thor (véridique, comme d’hab’ restez jusqu’à la fin du générique).

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Critique ciné : Snowden

15 novembre, 2016

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Toujours prompt à exposer au grand jour les errements de son pays, c’est tout naturellement que Oliver Stone est devenu l’un des lanceurs d’alerte les plus crédibles et talentueux du cinéma américain. En cela, il était tout désigné pour mettre en images l’histoire de Edward Snowden, ancien des services secrets américains réduit à l’exil pour en avoir dévoilé leurs révoltantes méthodes de surveillance. Après deux œuvres de fiction au cinéma (Wall Street : l’argent ne dort jamais et Savages), ses nombreux documentaires paraissent ainsi lui avoir redonné la niaque pour se confronter à des histoires vraies et il revient sur un terrain qu’il connaît bien, peut-être même un brin trop. En effet, pourquoi courir lorsqu’on est dans de confortables pantoufles ? Si Snowden ne ralentit alors jamais vraiment, il traîne malgré tout la patte et accuse un rythme quelque peu défaillant, la faute à l’aspect répétitif de certaines situations. Néanmoins, et même si c’est la première fois qu’il s’y confronte, le scandale 2.0 n’effraie pas le réalisateur bien informé qu’est Stone et il se montre d’un didactisme jamais lourdingue. En tant que cinéaste, l’homme sait toujours aussi bien faire monter la tension, nous faire ressentir la paranoïa de son protagoniste le long d’un récit évoquant par sa structure La Firme d’après John Grisham. Une référence loin d’être anodine car s’il dénonce à tout-va – et ce faisant évoque de quoi faire sacrément froid dans le dos, son dernier effort n’a pas la fièvre du montage de ses plus mémorables brûlots (on a connu le réalisateur plus fou-fou dans la multiplication des formats d’image alors que le sujet ici s’y prêtait fort bien). Il se rabat en fait sur la forme d’un thriller bien plus traditionnel même si demeurent quelques belles trouvailles, telle cette oppressante discussion face à l’écran géant finissant par devenir d’une inquiétante irréalité. Pour finir, on notera un souci concernant le premier rôle. Rien à voir avec Joseph Gordon-Levitt, dont le seul jeu d’acteur suffit à se fondre dans ses personnages, mais bien avec Edward Snowden lui-même, son implication évidente dans le projet (voyez l’épilogue où il rejoue une de ses interventions sous la caméra de Stone) laissant planer un doute sur la véracité de certains faits relatés, en particulier tout ce qui a trait à sa formation où il passe pour un putain de surhomme. On frôle trop souvent la perte de crédibilité. Mais que veux-tu, Oliver, c’est ta faute aussi : c’est toi qui nous as appris à être méfiants, à remettre en cause ce que l’on voit, et tes films ne font pas exception. Peut-être alors semblons-nous durs avec ton Snowden, voire même ingrats, toutefois c’est à la hauteur de la passion que tu nous as insufflée et de nos attentes à chaque fois qu’on se retrouve, faisant certes moins grand cas des qualités indéniables de ton travail (parce qu’il ne faut pas déconner, le métrage reste d’excellente facture). Mais peux-tu décemment nous reprocher de nous faire à notre tour «lanceurs d’alerte» quand tu n’es pas au top de ton art ? Quelle plus belle preuve d’amour pour ton œuvre pouvons-nous t’offrir ?

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Critique ciné : Tu ne tueras point

15 novembre, 2016

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Dix ans qu’on attendait le retour de Mel Gibson derrière la caméra, depuis son magistral Apocalypto. Dix ans à le voir échouer à monter divers projets dont certains étaient carrément bandants (des vikings, putain !). Pour son come-back, il s’intéresse donc avec Tu ne tueras point au destin de Desmond Doss, premier objecteur de conscience à avoir reçu la médaille d’honneur de l’armée américaine après avoir refusé envers et contre tous de toucher à une arme. Une oeuvre sur la force de la conviction. Le refus de transiger. Et le courage que cela requiert. C’est pourquoi l’habituel carton «inspiré de faits réels» en guise d’ouverture devient ici le bien plus tranché «un fait réel», comme une affirmation que rien ne pourra faire plier. Du gravé dans la pierre, presque un commandement à l’image de celui servant de titre. Le métrage s’en trouve alors plutôt rigide dans sa forme, une construction-type du film de guerre à la narration rigoureusement chronologique. Cet académisme est néanmoins loin de sentir la naphtaline car le vieux Mel sait faire preuve de ce qu’il faut de modernisme et de retenue là où il le faut (on notera la discrétion bienvenue de la bande originale) pour hisser le tout vers du «grand classique», sans rien perdre de sa patte. Nous décèlerons ainsi une évidente dimension christique dans le personnage principal (Andrew Garfield, parfait en grand benêt de la campagne un peu gauche mais toujours sincère), à la fois martyr en raison de ses croyances et sauveur grâce à celles-ci. Une figure récurrente dans le cinéma de Gibson, qui place son dernier effort dans la droite lignée de Braveheart ou bien sûr La Passion du Christ. Il les rejoint encore dans son affichage d’une violence crue, ne s’épargnant pas de verser dans le gore pur et simple. A ce titre la partie «bataille» du récit, l’attaque de Hacksaw Ridge (titre original bien moins parlant que le français pour une fois), s’avérera au moins aussi immersive que l’introduction de Il faut sauver le soldat Ryan et encore plus furieuse, Mad Mel ayant un talent naturel pour dépeindre le chaos du combat. Rappelons-nous combien Braveheart s’était montré novateur en la matière, changeant les standards hollywoodiens du combat à l’épée en bandes organisées. Ces scènes peuvent cependant poser un petit problème : en effet, jusqu’à présent, l’intrigue suivait au plus près le point-de-vue de son héros. L’arrivée au Fort Jackson est par exemple l’occasion d’un étonnant moment de comédie avec la découverte des autres bidasses mais Desmond va oublier son sourire aussi vite qu’il est venu, dès que la réalité se rappelle à lui et que le film reprend son ton premier. Mais dès que nous arrivons donc au conflit, Desmond est quelque peu délaissé pour s’intéresser davantage aux autres soldats, on le perd au milieu des affrontements afin de mieux en retranscrire la brutalité, pour donner la mesure de ce qu’affrontent les autres convictions présentes sur le champ de bataille. Ce qui fait que Tu ne tueras point n’est pas du tout un film anti-guerre en dépit des apparences, bien au contraire (pour un peu on se croirait chez John Milius), et il trouve également le moyen de dispenser un discours religieux qui fera toujours tiquer un chouïa les plus gauchos d’entre nous. Il faudrait toutefois être passablement borné pour ne pas reconnaître la propre conviction qu’a Mel Gibson dans son histoire et le talent dont il use pour la mettre en images, nous renvoyant en peine face – si besoin était – sa valeur et sa rareté en tant que cinéaste. Un artiste qui force le respect, un vrai.

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Critique ciné : Les 7 mercenaires

26 octobre, 2016

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Connu principalement pour ses néo-polars urbains (rappelons-nous à quel point Training Day représentait quelque chose de neuf à l’époque dans le paysage), on en oublierait presque que le réalisateur Antoine Fuqua s’est malgré tout frotté à d’autres genres et même à l’Histoire le temps d’un Roi Arthur révisionniste. Néanmoins, avec Les 7 mercenaires, c’est la première fois qu’on le sent s’attaquer à quelque chose de vraiment différent, qui pourrait le forcer à atténuer ses tics de mise en scène, peut-être bien à cause de l’héritage que représente le classique original de John Sturges (sans même parler des Sept samouraïs de Kurosawa). Les bandes-annonces dévoilant des images baignant dans la lumière très crue du complice Mauro Fiore auraient alors dû nous mettre la puce à l’oreille : non, Fuqua ne cherche pas franchement à s’inscrire dans un cinéma plus old-school. OK, il fait du western et se prévaut de glorieuses influences mais malgré cela, il peine clairement à insuffler de l’épique dans sa mise en scène, de l’ampleur dans sa narration. Tout est pourtant là afin d’y parvenir (à l’exception d’une BO à la hauteur de celle de Elmer Bernstein, les compositions posthumes de James Horner étant trop timides pour convaincre) sauf que le cinéaste ne se dépareille pas de ses habitudes et même au milieu du grand Ouest, nous ressentons toujours une certaine sensation d’enfermement, une tension permanente. Aussi nerveux que dans ses œuvres les plus représentatives, Fuqua sacrifie ainsi la mise en place à l’efficacité et c’est par exemple pourquoi les morceaux de bravoure du métrage, s’ils sont spectaculaires, échouent à être véritablement prenants. Il n’y a qu’à comparer le showdown de ce remake avec celui de Open Range pour mesurer combien on peut se disperser ici dans la gestion de l’action, du rythme et de l’espace, plus encore avec la large galerie de personnages à gérer. A ce titre, si quelques-uns d’entre eux trouvent de quoi briller un peu de par le charisme de leurs interprètes (Vincent D’Onofrio en tête), beaucoup s’avèrent relativement insipides et pas seulement dans la bande d’antihéros : les rôles de Haley Bennett et Peter Sarsgaard, bien qu’ils devraient cristalliser les raisons d’être de cette mission suicide, demeurent en effet trop unidimensionnels pour prétendre être autre chose que de simples prétextes, et tout ce qui en découle est alors à l’avenant. S’il continue donc à creuser une réelle cohérence d’auteur dans sa filmographie, Antoine Fuqua signe avec Les 7 mercenaires un western certes efficace mais également oubliable, incapable qu’il est de renouer avec la grandeur classique de ses modèles. Un produit de son temps, rien de plus.

0203Denzel Washington;Chris Pratt;Ethan Hawke;Manuel Garcia-Rulfo;Vincent D Onofrio;Martin Sensmeier;Byung-hun Lee

Critique ciné : Deepwater

14 octobre, 2016

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Faire un film tiré de faits réels avérés – qui plus est une catastrophe – soulève toujours plusieurs questions dont les principales devraient être «cela s’est-il produit il y a suffisamment longtemps ?», «ai-je autre chose à raconter que simplement le récit chronologique du drame ?» et «comment aborder la chose en évitant le sensationnalisme ?». Le minimum syndical pour éviter de choquer, en somme. Inspiré de l’incendie de la station pétrolière BP en 2010 dans le Golfe du Mexique, Deepwater (du nom de la station, Deepwater Horizon) semble alors n’avoir pris aucune de ces considérations en compte tant il s’embourbe dans les ornières du film-catastrophe tout ce qu’il y a de plus classique. S’il peut être en effet intéressant de découvrir dans un premier temps comment fonctionnent ces gigantesques monstres maritimes, comment ça peut se passer en coulisses, tout cela est contrebalancé par un didactisme trop maladroitement intégré à l’histoire (le cours de science de la gamine fait tellement dans la vulgarisation que ça en deviendrait vexant) et pléthore de scènes lénifiantes (il faudrait écrire un livre sur les films où on découvre un héros tendrounet au réveil avec sa petite femme). Qui a vu du Roland Emmerich saura de quoi nous parlons. Dans la seconde partie cependant, celle de l’accident, on ne cède étonnamment pas au pathos – pour le coup on s’éloignerait des mauvais aspects du film-catastrophe – mais bien au spectaculaire pur, ce qui n’est pas franchement mieux si l’on veut rendre un hommage (la seule façon de se justifier pour avoir aussi peu attendu entre les faits et le film). Le métrage aurait pu insister sur la dénonciation du groupe BP ou au contraire creuser plus profondément la question pour éviter le manichéisme, voire appuyer son discours écologiste ou encore tout simplement exploiter sa galerie de personnages. Mais non. Même s’il est un peu moins pompier qu’à l’accoutumée, le réalisateur Peter Berg (Le Royaume, Battleship) ne se débarrasse pas pour autant de son appétit pour l’héroïsme forcené et reste quasi-exclusivement du point-de-vue de Mark Wahlberg, ce qui ne peut que renforcer notre sentiment d’être face à un film d’action, un véritable blockbuster. Sa mise en scène de l’action s’avère heureusement alors assez phénoménale. Nous plongeons dans un véritable enfer de flammes et d’explosions constant où l’on ressent comme rarement la violence de ce qu’il se passe à l’écran, faisant du moindre geyser de boue une baffe dans la tronche. Pas sûr que les familles des défunts s’en sentent toutefois honorés… Quant aux spectateurs lambda, Deepwater ne leur proposera qu’une expérience pyrotechnique impressionnante, mémorable même, qu’on trouvera au mieux creuse, au pire puante. Du pur Peter Berg, en somme.

DEEPWATER HORIZON07Vidrine (John Malkovich), Andrea Fleytas (Gina Rodriguez), Jimmy Harrell (Kurt Russell)

Critique ciné : Miss Peregrine et les enfants particuliers

10 octobre, 2016

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En petite forme sur son Big Eyes, Tim Burton nous revient avec un projet en apparence taillé sur-mesure pour lui. A savoir l’adaptation du roman Miss Peregrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs, ou le récit de la découverte par un adolescent d’une société parallèle à notre monde, peuplée d’enfants aux pouvoirs si étonnants qu’ils seraient considérés comme des monstres hors de leurs bulles totalement coupées de l’extérieur. Tout de suite, on perçoit la filiation potentielle avec les thèmes chers au cinéaste et pourtant, son amour des freaks n’est pas ce qui prédomine ici. Le film disserte en fait peu sur la question, il fonctionne davantage comme une adaptation littéraire à la Harry Potter, se nourrissant de son univers et de ses mystères pour maintenir notre intérêt. Et de son casting, Asa Butterfield pouvant compter sur les femmes fortes Eva Green (géniale) et Ella Purnell (charmante) pour rehausser un rôle principal un peu terne. Burton s’avère ainsi très à l’aise sur ce registre «merveilleux» (même s’il n’évite pas de nous perdre un chouïa avec son histoire de boucles temporelles, sujet toujours casse-gueule), en tout cas plus que lorsqu’il s’agit de verser dans le X-Men version culottes courtes. En dépit de quelques bonnes idées dont un joli hommage updaté à Ray Harryhausen, la baston n’a en effet jamais été le fort du génie de Burbank, on le sait, et l’absence de Danny Elfman à la musique se fait cruellement ressentir pour insuffler un peu d’épique à l’aventure. Là où on retrouve l’auteur de Sleepy Hollow pour de bon, c’est n’est alors pas tant dans la poésie gothique du récit – présente bien qu’un peu impersonnelle – mais bien dans certaines séquences proprement cauchemardesques, le design des Sépulcreux ou le «festin des yeux» faisant basculer le métrage dans l’horreur pure. Une rareté de nos jours, plus encore dans ce qu’on pourrait prendre pour un blockbuster familial de plus dans la filmographie du réalisateur (hormis Edward aux mains d’argent, regardez les titres qui lui sont accolés sur l’affiche). Rien que pour ça et plus généralement pour un film s’inscrivant sans peine dans le haut du panier de sa catégorie, Miss Peregrine et les enfants particuliers se révèle ainsi un plutôt bon cru pour Burton même si, il faut bien le dire, il y poursuit l’effacement des marques de fabrique de son style (son dernier effort ne vaut pas tant pour la patte qu’il y appose que pour le travail d’adaptation soigné). On verra ce que cette remise en question de l’artiste donnera par la suite…

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Critique ciné : Kubo et l’armure magique

27 septembre, 2016

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Comme Pixar à la belle époque, le jeune studio Laika est porté depuis ses débuts sur le sommet d’une vague créatrice irréprochable, additionnant à chaque sortie une nouvelle petite pépite – à défaut de gros cartons en salles – à son curriculum vitae. Quatrième effort en à peine plus de huit ans, une gageure sachant la difficulté que représente la stop-motion, Kubo et l’armure magique ne trahit alors en rien la tradition et, une nouvelle fois, les artistes à sa solde repoussent les limites de leur art. Ayant dès le départ fait le pari du mélange des techniques là où Aardman Animations se refuse obstinément au recours aux CGI (ce qui fait par ailleurs tout leur charme), ils en arrivent aujourd’hui à un résultat brouillant totalement les frontières, effaçant les contraintes de l’animation en volume au profit d’une fluidité stupéfiante (les scènes usant du shamisen sont à pleurer de beauté et poésie) sans en perdre l’âme. Ou presque tant certains éléments sembleraient à priori irréalisables en image par image, tel ce monstrueux squelette qu’affrontent nos héros riquiqui face à lui. Puis le traditionnel petit aperçu des coulisses vient nous rappeler les défis relevés par les équipes de Laika, ne pouvant qu’une nouvelle fois nous laisser bouche-bée. Car loin de se poser ces questions techniques lorsque nous découvrons le métrage, nous sommes en effet davantage subjugués par la magnifique direction artistique, qui mêle une influence asiatique retranscrite avec un bon goût exemplaire (certains plans sont du pur wu xia pian des 70′s) aux premiers amours horrifiques du studio avec un naturel confondant (on repense à leur façon de mixer les différents arts) et une démesure rendant honneur au caractère épique de l’aventure. C’est encore une grosse baffe visuelle, que dire de plus ? Après, muni d’une bonne grosse louche de mauvaise foi, on pourra toujours critiquer une intrigue dont la simplicité relève en fait d’une volonté de renouer avec la forme du conte classique pour mieux parler aux publics de tous âges, un besoin vital pour les productions de Laika qui peinent à rallier les spectateurs en dépit de leurs qualités indéniables. Pour autant, cela ne signifie pas qu’ils appauvrissent leur contenu pour mieux racoler les marmots. Lorsqu’on y regarde de plus près, Kubo et l’armure magique s’avère au contraire être une histoire sur l’art de raconter des histoires, de les regarder et de les apprécier, tout un sous-texte dont la profondeur finit par donner corps à une véritable profession de foi de la part d’artistes tristement menacés d’extinction (rappelons que le film s’est méchamment planté au box-office US). Alors tant qu’on peut encore jouir d’un tel spectacle sur grand écran, il faut absolument en profiter.

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