Critique ciné : Comme des bêtes 2

5 septembre, 2019

comme des betes 2_the secret life of pets 2_patton oswalt_kevin hart_chris renaud_affiche_poster

Comme des bêtes 2 premier du nom s’était avéré plutôt sympa même s’il abandonnait très vite son idée initiale – dévoiler le quotidien des animaux de compagnie – pour se lancer dans une bonne grosse aventure des familles. Le studio Illumination ne corrige pas le tir pour ce second volet puisque cette fois ils proposent non pas une mais trois aventures en parallèle, rien que ça, avec au bout du compte l’inévitable sentiment d’être face à trois épisodes d’une série qu’on aurait agglutinés ensemble (on sent que le lapin est ce qui a le plus plu dans le premier et qu’ils ne savaient pas trop comment le recaser). Dommage car chacune avait pourtant le potentiel d’être un film à part entière, pour peu qu’on se casse un minimum le cul à creuser les intrigues, à chiader l’écriture autrement qu’en inventant des gags (parfois excellents au demeurant). C’est un peu le même problème rencontré il y a peu avec Toy Story 4 sauf que là on avait un vrai affect pour les personnages pour sauver les meubles, ce qui n’est pas le cas ici même si on adore les bébêtes poilues. Comme des bêtes 2 est en somme une suite anecdotique qui fera marrer les gamins mais échoue complètement à concrétiser les promesses de son prédécesseur. Inutile.

Critique ciné : Midsommar

5 septembre, 2019

midsommar_florence pugh_jack reynor_ari aster_affiche_poster

Dénomination apparue il y a peu, la « A-horror » désigne un cinéma d’horreur supposément plus sophistiqué, plus intellectuel, dans lequel peut s’épancher tout un pan de la critique qui jusqu’alors méprisait le genre. Propulsé en modèle de cette catégorie grâce au méga-buzzé Hérédité, Ari Aster revient aux affaires avec Midsommar, sorte de réactualisation scandinave et teintée de slasher du culte The Wicker Man. Et tout comme cet illustre prédécesseur, on ne peut pas dire que le nouvel effort de Aster fasse dans l’horreur classique en dépit d’un postulat et d’une structure vus mille fois chez la concurrence, des bases sur lesquelles il construit une immersion sensitive et hallucinée qui va progressivement virer au cauchemar éveillé. Néanmoins, si l’intelligence de la mise en scène et la beauté de la direction artistique savent faire naître le bizarre et le malaise, elles échouent à créer véritablement de la tension, de la peur. Trop long, trop ouaté, le film souffre qui plus est de personnages unanimement antipathiques (même l’héroïne fatigue à force de n’être qu’une victime) ou pire de la propension du cinéaste à annoncer tout ce qui va arriver par le biais d’indices loin d’être aussi cryptiques qu’il le pense. Tout pour désamorcer l’horreur chez le spectateur. Si Midsommar est donc clairement une expérience intriguante voire même parfois passionnante, on aura en revanche beaucoup plus de mal à le qualifier de film d’horreur. Même avec un « A » devant.

Critique ciné : Crawl

28 juillet, 2019

crawl_kaya scodelario_barry pepper_alexandre aja_affiche_poster

S’il a voulu s’éloigner de l’horreur avec deux projets très réussis au demeurant (Horns et La Neuvième vie de Louis Drax), ceux-ci n’ont pourtant pas rencontré les faveurs du public et Alexandre Aja revient donc au genre qui l’a fait connaître avec Crawl, un pur ride de terreur comme il sait si bien le faire. Quelque part entre La Colline a des yeux et Piranha 3D, son nouvel effort est le prototype du « high concept pitch » (un cache-cache avec des alligators dans une maison en plein ouragan) et s’il n’est pas forcément des plus originaux – on a déjà vu des variations sur le même thème – il profite toutefois d’une écriture ciselée, laquelle ménage un rythme implacable tout en caractérisant ses personnages avec autant de concision que d’efficacité. Le frenchy peut en fait se reposer aussi bien sur son casting inspiré (Kaya Scodelario et Barry Pepper, du solide) que sur un producteur bienveillant et avisé (l’immense Sam Raimi) afin de livrer une péloche certes très ramassée sur elle-même mais d’autant plus tendue, qui ne s’arrête plus un seul instant une fois l’action lancée. Et il s’agira d’un putain de calvaire pour la paire de protagonistes à qui rien ne sera épargné, les alligators étant de foutues bestioles n’ayant rien à envier à des créatures surnaturelles ou mutantes. Tout le contraire en somme de l’expérience idyllique vécue par le cinéaste sur un projet qu’il a pu mener comme il l’entendait. Crawl en devient une pure série B dans le sens le plus noble du terme, un divertissement remplissant pleinement son office et la preuve que Alexandre Aja reste l’un de nos réalisateurs les plus doués.

Critique ciné : Toy Story 4

22 juillet, 2019

toy story 4_tom hanks_tim allen_annie potts_josh cooley_pixar_disney_affiche_poster

Bien que le troisième volet bouclait la boucle d’une magistrale manière, Disney laisse l’appât du gain l’emporter sur le bon sens et a commandé à sa succursale Pixar un Toy Story 4… Alors ça y est, nous voici venus au moment où la souris ruine l’aura jusqu’ici immaculée des jouets de John Lasseter ? C’est en tout cas ce que laisse entendre un scénario en apparence bien plus anecdotique que la moyenne de la saga, entre les gros emprunts aux précédents films sans les surclasser (ce que réussissait brillamment Toy Story 2) ou des bouts d’intrigue qu’on croirait rescapés de versions avortées du script (le personnage de Fourchette, rigolo mais sans le moindre traitement thématique concluant puisqu’on ne commence à questionner sa nature que lors… du générique de fin). Même la caractérisation de l’antagoniste, évitant le manichéisme dans la grande tradition de Pixar, prend ici une tournure presque forcée atténuant le sentiment de menace. On est donc loin de l’excellence du studio et pourtant, en resserrant les enjeux sur un héros en particulier non plus seulement en tant que jouet mais bien en tant que personnage («personne» ?) à part entière, avec à la clé une conclusion aussi surprenante qu’émouvante, Toy Story 4 parvient malgré tout à gagner sa place dans la saga. En nous rappelant combien nous aimons sincèrement ces jouets qui sont bien plus que cela. Mais gaffe à ne pas trop tirer la queue du Mickey…

Critique ciné : Parasite

22 juillet, 2019

parasite_song kang-ho_jo yeo-jeong_bong joon-ho_affiche_poster

Fer de lance du nouveau cinéma coréen passé par une belle expérience à l’étranger (Snowpiercer, cette claque putain), Bong Joon-ho revient au pays avec ce qu’on serait tenté de qualifier de petit film. Parasite est effectivement un thriller centré sur moins d’une dizaine de personnages et situé dans deux décors principaux, ce qui n’en jette à priori pas trop, et même récompensé par une Palme d’or on continuerait à se méfier… surtout récompensé par une Palme d’or, d’ailleurs. Le réalisateur n’est toutefois pas n’importe qui et sur la base d’un canevas des plus simples, il déploie tout son art pour livrer une oeuvre à l’efficacité implacable, transfigurant des schémas vus pourtant de nombreuses fois ailleurs (une spécialité du ciné sud-coréen moderne). Sa mise en scène soutient aussi bien l’action que son propos au travers d’une escalade prévisible mais néanmoins très surprenante, ménageant à la fois des retournements de situation et un basculement de point de vue qui en dit long sur l’intelligence avec laquelle Bong Joon-ho aborde son sujet, sans prendre parti. S’il s’agit donc clairement à la base d’un petit film, Parasite a pourtant tout d’un grand grâce au talent inextinguible de son réalisateur. Et une Palme d’or bien méritée, une !

Critique ciné : Tolkien

30 juin, 2019

tolkien_nicholas hoult_lily collins_dome karukoski_affiche_poster

Jusqu’à quel point une oeuvre est-elle connectée à son créateur, dans quelle mesure la retrouve-t-on dans son parcours ? Telle est la question que se pose Tolkien, évocation de la vie de l’auteur de Bilbo le hobbit et du Seigneur des anneaux depuis son enfance jusqu’à la rédaction des premières lignes de son chef d’oeuvre. Un récit classique et efficace, mis en images avec élégance par Dome Karukoski (Tom of Finland), et au cours duquel on verra donc se dessiner petit à petit certains motifs des écrits de JRR, émerger certaines figures, en particulier lors de ces visions infernales de la bataille de la Somme où surgissent dragons et cavaliers encapuchonnés. Mais plus que cette chasse aux clins d’oeil et coïncidences qui ravirait juste les fanboys, le film a la bonne idée de se reposer pour beaucoup sur l’amitié liant Tolkien à ses camarades, un petit groupe d’artistes idéalistes en qui il va trouver de vrais frères, soit le thème au coeur même des écrits de l’auteur. Le métrage préfère donc à une accumulation factuelle, qui serait en plus fictive et forcée, un portrait émotionnel de son sujet. En cela, Tolkien raconte avec conviction les destins entremêlés d’un homme et de son oeuvre et constitue un biopic parfait pour cette légende de la littérature.

Critique ciné : Godzilla 2 – Roi des monstres

17 juin, 2019

godzilla 2 roi des monstres_king of monsters_kyle chandler_vera farmiga_michael dougherty_affiche_poster

Persévérant dans sa volonté de concrétiser le MCU du kaiju eiga malgré la réception en demi-teinte des précédents volets, Warner Bros met les bouchées doubles avec Godzilla 2 – Roi des monstres, vendu comme une foire d’empoigne apocalyptique entre pléthore de monstres géants. Un programme alléchant mais qui, on le sait, peut très facilement se prendre les pieds dans le tapis de ses promesses, surtout lorsqu’on en vient si vite au combat royal dans une saga (remember Justice League ?). Catapulté aux commandes de son premier blockbuster, le plutôt doué Michael Dougherty (Trick ‘r Treat, Krampus) use de son expérience de scénariste pour livrer un script sachant respecter la nature « catastrophe naturelle » des monstres de la Toho tout en approfondissant la mythologie mise en place depuis deux films. Qui plus est, il donne à leur apparition simultanée une raison et une construction qui évitent au métrage de tomber dans le piège du buffet si garni qu’il finit par s’écrouler sous son propre poids. Pourtant, ce savoir-faire ne l’empêche pas de se planter sur les protagonistes humains, dont la caractérisation trouble et potentiellement intéressante se dilue dans un développement revenant comme par magie aux standards hollywoodiens. Soit le même problème que dans l’opus de Gareth Edwards, c’est à dire cette incapacité à sortir des schémas avec un traitement générique qui ne s’accorde thématiquement pas du tout aux quelques grandes idées que charrie l’intrigue, sans compter qu’il casse le rythme en faisant régulièrement redescendre notre pic d’intérêt. On sera néanmoins très vite et souvent réveillé par la partition tonitruante de ce bourrin de Bear McCreary mais aussi, et surtout, par l’avalanche de visions dantesques qu’offre Godzilla 2 – Roi des monstres, redonnant tout son sens et son gigantisme à l’expression « forces de la nature ». Rien que pour ça, on demande à voir la suite de ce kaijuverse. Et puis, c’est quand même cool les gros monstres qui se tapent dessus.

Critique ciné : Rocketman

31 mai, 2019

rocketman_taron egerton_jamie bell_dexter fletcher_elton john_affiche_poster

Quelques mois après le succès de Bohemian Rhapsody, voici qu’arrive dans nos salles un autre biopic évènementiel avec Rocketman et si on les met en parallèle, ce n’est pas seulement parce qu’ils évoquent tous les deux le destin d’icônes rock et gay s’étant abîmées dans les excès. Ni parce qu’ils offrent à de jeunes comédiens prometteurs le rôle de leur vie, ici Taron Egerton qui continue de prouver qu’il a tout d’un grand. Non, si on les met ensemble, c’est en fait que ces deux métrages possèdent le même réalisateur, ou presque. Aux commandes dans le cas présent, Dexter Fletcher (Eddie the Eagle) est effectivement celui que la Fox avait appelé en renfort pour achever le biopic de Queen, Bryan Singer ayant été rattrapé par des démêlés avec la justice, ce qui ne fait que justifier plus encore le jeu des comparaisons. On remarquera ainsi très vite que là où Bohemian Rhapsody privilégiait une linéarité factuelle, Rocketman opte lui pour quelque chose de beaucoup plus déconstruit, plus fou, parce qu’il adopte en fait les oripeaux d’une véritable comédie musicale. Une différence cruciale qui se joue aussi bien aux niveaux visuel, narratif que musical, forcément, et à cause de laquelle le récit de la vie de Elton John pourrait sembler moins réussi que celui de Freddie Mercury. En effet, dès que se faisaient entendre les premières notes d’un tube de Queen, nous étions immédiatement transportés, le film nous menait sans cesse par le bout du nez et nous adorions ça. Ici, les classiques de Sir Elton se voient réappropriés, transformés afin de devenir des numéros musicaux bien troussés au demeurant mais aussi, obligatoirement, moins efficaces pour nous faire remuer sur nos sièges dès le premier visionnage. Ce que Rocketman perd donc en impact immédiat, il le gagne en personnalité propre. Celle de Fletcher, cette fois c’est sûr, mais aussi celle d’Elton John. Un mal pour un bien ?

123456...143