Critique ciné : Playmobil, le film

6 septembre, 2019

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Tirer un film d’une gamme de jouets a toujours paru une entreprise si mercantile que les marques n’osaient sauter le pas que pour accoucher d’oeuvres bâclées, sans ambition, jusqu’à ce que Lego – grâce au génial binôme Phil Lord / Chris Miller – prenne tout le monde de court avec l’excellent La Grande aventure Lego, dont la plus grande force était d’embrasser la nature même de ces jouets comme point de départ. De quoi donner des idées à la concurrence et voici donc que débarque Playmobil, le film, conçu sur des bases assez similaires si ce n’est qu’on vise ici un public plus jeune. Comparativement, le rythme est ainsi bien moins survolté, l’humour plus sage, on a des passages de comédie musicale comme dans un Disney. Et, plus étonnant, on adopte vraiment un point-de-vue enfantin faisant que la seule protagoniste à devoir s’améliorer est la grande sœur, incarnée par Anya Taylor-Joy (Split), alors qu’à priori elle assumait bien ses responsabilités jusque-là… Pour autant la péloche n’est pas une foirade, elle aurait bien gagné à creuser un peu plus ses personnages et à proposer une intrigue plus originale mais elle offre en contrepartie son lot de moments forts, quelques très bons gags et surtout une aventure dépaysante et fun, ce qui est la raison d’être de ces jouets ayant égayé tant de vertes années. S’il est donc à conseiller à un public plus jeune que celui des briques ennemies, Playmobil, le film n’en constitue pas moins un spectacle de qualité ayant le bon goût de ne pas prendre les enfants pour des gogos… et devant lequel même les plus grands pourront passer un moment sympa.

Critique ciné : Once Upon A Time In… Hollywood

5 septembre, 2019

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Que Tarantino soit cinéphile, on le sait. Toute sa filmographie transpire de cette passion, chacun de ses films est pour lui l’occasion de marcher dans les traces de ses modèles et de leur rendre hommage. Avec Once Upon A Time In… Hollywood, son neuvième effort, le bonhomme va pourtant encore plus loin car il s’agit cette fois d’une lettre d’amour ouverte au Cinéma, avec un grand C, et non pas à l’un de ses genres ou une de ses gloires. Collant aux basques d’une star has-been du western et de sa doublure (respectivement Leonardo DiCaprio et Brad Pitt, tous deux magistraux même s’il faut avouer que Pitt trouve là un des rôles les plus badass de sa carrière) dans le Hollywood de la fin des 60′s, il en profite pour nous montrer l’envers du décor dans tout ce qu’il a de plus incongru, pathétique ou juste glorieux, porté par une reconstitution au fétichisme enamouré (mais trompeuse aussi). Cela lui donne l’opportunité de jouer directement avec les films ou références chères à son coeur, dans lesquels il incruste ses personnages en un geste dont le second degré frôlerait presque avec la parodie. QT ne se perd pas pour autant dans la moquerie car son affection est sincère et évidente, tout comme les (nombreuses) ruptures de ton ne nous égarent pas puisqu’elles servent justement à montrer le ciné qu’il aime sous autant de facettes que possible, ceci afin de mettre en avant la magie toute-puissante du médium / média qui peut aussi bien nous faire adhérer aux histoires les plus folles qu’il peut aller jusqu’à réécrire l’Histoire. Alors oui, Tarantino aime le cinéma. Et quand il nous fait un film comme ça, on ne peut que l’adorer nous aussi.

Critique ciné : Comme des bêtes 2

5 septembre, 2019

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Comme des bêtes 2 premier du nom s’était avéré plutôt sympa même s’il abandonnait très vite son idée initiale – dévoiler le quotidien des animaux de compagnie – pour se lancer dans une bonne grosse aventure des familles. Le studio Illumination ne corrige pas le tir pour ce second volet puisque cette fois ils proposent non pas une mais trois aventures en parallèle, rien que ça, avec au bout du compte l’inévitable sentiment d’être face à trois épisodes d’une série qu’on aurait agglutinés ensemble (on sent que le lapin est ce qui a le plus plu dans le premier et qu’ils ne savaient pas trop comment le recaser). Dommage car chacune avait pourtant le potentiel d’être un film à part entière, pour peu qu’on se casse un minimum le cul à creuser les intrigues, à chiader l’écriture autrement qu’en inventant des gags (parfois excellents au demeurant). C’est un peu le même problème rencontré il y a peu avec Toy Story 4 sauf que là on avait un vrai affect pour les personnages pour sauver les meubles, ce qui n’est pas le cas ici même si on adore les bébêtes poilues. Comme des bêtes 2 est en somme une suite anecdotique qui fera marrer les gamins mais échoue complètement à concrétiser les promesses de son prédécesseur. Inutile.

Critique ciné : Midsommar

5 septembre, 2019

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Dénomination apparue il y a peu, la « A-horror » désigne un cinéma d’horreur supposément plus sophistiqué, plus intellectuel, dans lequel peut s’épancher tout un pan de la critique qui jusqu’alors méprisait le genre. Propulsé en modèle de cette catégorie grâce au méga-buzzé Hérédité, Ari Aster revient aux affaires avec Midsommar, sorte de réactualisation scandinave et teintée de slasher du culte The Wicker Man. Et tout comme cet illustre prédécesseur, on ne peut pas dire que le nouvel effort de Aster fasse dans l’horreur classique en dépit d’un postulat et d’une structure vus mille fois chez la concurrence, des bases sur lesquelles il construit une immersion sensitive et hallucinée qui va progressivement virer au cauchemar éveillé. Néanmoins, si l’intelligence de la mise en scène et la beauté de la direction artistique savent faire naître le bizarre et le malaise, elles échouent à créer véritablement de la tension, de la peur. Trop long, trop ouaté, le film souffre qui plus est de personnages unanimement antipathiques (même l’héroïne fatigue à force de n’être qu’une victime) ou pire de la propension du cinéaste à annoncer tout ce qui va arriver par le biais d’indices loin d’être aussi cryptiques qu’il le pense. Tout pour désamorcer l’horreur chez le spectateur. Si Midsommar est donc clairement une expérience intriguante voire même parfois passionnante, on aura en revanche beaucoup plus de mal à le qualifier de film d’horreur. Même avec un « A » devant.

Critique ciné : Crawl

28 juillet, 2019

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S’il a voulu s’éloigner de l’horreur avec deux projets très réussis au demeurant (Horns et La Neuvième vie de Louis Drax), ceux-ci n’ont pourtant pas rencontré les faveurs du public et Alexandre Aja revient donc au genre qui l’a fait connaître avec Crawl, un pur ride de terreur comme il sait si bien le faire. Quelque part entre La Colline a des yeux et Piranha 3D, son nouvel effort est le prototype du « high concept pitch » (un cache-cache avec des alligators dans une maison en plein ouragan) et s’il n’est pas forcément des plus originaux – on a déjà vu des variations sur le même thème – il profite toutefois d’une écriture ciselée, laquelle ménage un rythme implacable tout en caractérisant ses personnages avec autant de concision que d’efficacité. Le frenchy peut en fait se reposer aussi bien sur son casting inspiré (Kaya Scodelario et Barry Pepper, du solide) que sur un producteur bienveillant et avisé (l’immense Sam Raimi) afin de livrer une péloche certes très ramassée sur elle-même mais d’autant plus tendue, qui ne s’arrête plus un seul instant une fois l’action lancée. Et il s’agira d’un putain de calvaire pour la paire de protagonistes à qui rien ne sera épargné, les alligators étant de foutues bestioles n’ayant rien à envier à des créatures surnaturelles ou mutantes. Tout le contraire en somme de l’expérience idyllique vécue par le cinéaste sur un projet qu’il a pu mener comme il l’entendait. Crawl en devient une pure série B dans le sens le plus noble du terme, un divertissement remplissant pleinement son office et la preuve que Alexandre Aja reste l’un de nos réalisateurs les plus doués.

Critique ciné : Toy Story 4

22 juillet, 2019

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Bien que le troisième volet bouclait la boucle d’une magistrale manière, Disney laisse l’appât du gain l’emporter sur le bon sens et a commandé à sa succursale Pixar un Toy Story 4… Alors ça y est, nous voici venus au moment où la souris ruine l’aura jusqu’ici immaculée des jouets de John Lasseter ? C’est en tout cas ce que laisse entendre un scénario en apparence bien plus anecdotique que la moyenne de la saga, entre les gros emprunts aux précédents films sans les surclasser (ce que réussissait brillamment Toy Story 2) ou des bouts d’intrigue qu’on croirait rescapés de versions avortées du script (le personnage de Fourchette, rigolo mais sans le moindre traitement thématique concluant puisqu’on ne commence à questionner sa nature que lors… du générique de fin). Même la caractérisation de l’antagoniste, évitant le manichéisme dans la grande tradition de Pixar, prend ici une tournure presque forcée atténuant le sentiment de menace. On est donc loin de l’excellence du studio et pourtant, en resserrant les enjeux sur un héros en particulier non plus seulement en tant que jouet mais bien en tant que personnage («personne» ?) à part entière, avec à la clé une conclusion aussi surprenante qu’émouvante, Toy Story 4 parvient malgré tout à gagner sa place dans la saga. En nous rappelant combien nous aimons sincèrement ces jouets qui sont bien plus que cela. Mais gaffe à ne pas trop tirer la queue du Mickey…

Critique ciné : Parasite

22 juillet, 2019

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Fer de lance du nouveau cinéma coréen passé par une belle expérience à l’étranger (Snowpiercer, cette claque putain), Bong Joon-ho revient au pays avec ce qu’on serait tenté de qualifier de petit film. Parasite est effectivement un thriller centré sur moins d’une dizaine de personnages et situé dans deux décors principaux, ce qui n’en jette à priori pas trop, et même récompensé par une Palme d’or on continuerait à se méfier… surtout récompensé par une Palme d’or, d’ailleurs. Le réalisateur n’est toutefois pas n’importe qui et sur la base d’un canevas des plus simples, il déploie tout son art pour livrer une oeuvre à l’efficacité implacable, transfigurant des schémas vus pourtant de nombreuses fois ailleurs (une spécialité du ciné sud-coréen moderne). Sa mise en scène soutient aussi bien l’action que son propos au travers d’une escalade prévisible mais néanmoins très surprenante, ménageant à la fois des retournements de situation et un basculement de point de vue qui en dit long sur l’intelligence avec laquelle Bong Joon-ho aborde son sujet, sans prendre parti. S’il s’agit donc clairement à la base d’un petit film, Parasite a pourtant tout d’un grand grâce au talent inextinguible de son réalisateur. Et une Palme d’or bien méritée, une !

Critique ciné : Tolkien

30 juin, 2019

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Jusqu’à quel point une oeuvre est-elle connectée à son créateur, dans quelle mesure la retrouve-t-on dans son parcours ? Telle est la question que se pose Tolkien, évocation de la vie de l’auteur de Bilbo le hobbit et du Seigneur des anneaux depuis son enfance jusqu’à la rédaction des premières lignes de son chef d’oeuvre. Un récit classique et efficace, mis en images avec élégance par Dome Karukoski (Tom of Finland), et au cours duquel on verra donc se dessiner petit à petit certains motifs des écrits de JRR, émerger certaines figures, en particulier lors de ces visions infernales de la bataille de la Somme où surgissent dragons et cavaliers encapuchonnés. Mais plus que cette chasse aux clins d’oeil et coïncidences qui ravirait juste les fanboys, le film a la bonne idée de se reposer pour beaucoup sur l’amitié liant Tolkien à ses camarades, un petit groupe d’artistes idéalistes en qui il va trouver de vrais frères, soit le thème au coeur même des écrits de l’auteur. Le métrage préfère donc à une accumulation factuelle, qui serait en plus fictive et forcée, un portrait émotionnel de son sujet. En cela, Tolkien raconte avec conviction les destins entremêlés d’un homme et de son oeuvre et constitue un biopic parfait pour cette légende de la littérature.

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