Critique ciné : Tous en scène

30 janvier, 2017

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Comptant de plus en plus parmi les acteurs majeurs de l’animation américaine (même si sa partie artistique est rattachée aux français de Mac Guff), le studio Illumination Entertainment veut se diversifier de Gru et des Minions et multiplie les sorties afin de tenir la dragée haute à la concurrence. Après Comme des bêtes il y a quelques mois voici donc Tous en scène, récit du sauvetage d’un théâtre par son propriétaire grâce à un radio-crochet événementiel. Dans le fond comme la forme le film fait par conséquent beaucoup penser à Les Producteurs de Mel Brooks et ironiquement, il s’agit d’un vrai film de producteur : pas n’importe lequel, Chris Meledandri, mogul de Illumination dont l’ego gonfle au fur et à mesure des succès (voir le carton dans le générique de début avec la mention «A Chris Meledandri Production» à la place du nom de sa compagnie). L’idée d’un long-métrage reposant beaucoup sur la réutilisation exhaustive de tubes musicaux – avec forcément du très bon et du plus douteux sur une si large palette – sentait ainsi déjà franchement la facilité ; mais quand en plus on additionne cela à un concours de chant, comme dans une bonne grosse télé-réalité, là l’intrigue vire presque au ra-koala-ge pur et simple. Toutefois, en dépit d’une caractérisation qui y va sans honte dans l’archétypal, les personnages s’avèrent étonnamment humains dans leur comportement. Leur espèce n’influe en effet pas forcément sur ce qu’ils sont, ils sont tous égaux d’une certaine manière contrairement à un Zootopie (les responsables ont à l’évidence beaucoup réfléchi sur la question de l’anthropomorphisme). En réalité, le film serait tout à fait transposable avec des acteurs en chair et en os, nous sommes plus proches d’un Fame que d’un Moi, moche et méchant, et c’est peut-être dû au fait qu’on retrouve à la (co-)réalisation Garth Jennings, également scénariste, qui fait ici ses premiers pas dans l’animation après H2G2 : le guide du voyageur galactique et Le Fils de Rambow. Epaulé par Christophe Lourdelet (dans l’animation lui depuis des années), ils réussissent alors à insuffler suffisamment de rythme et d’humour à un projet qui sans cela s’étoufferait sous son propre opportunisme, sauvant une petite étincelle de sincérité dans la formule mathématique née de l’esprit du producteur. Car oui, qui l’eut cru, Tous en scène est à l’origine une commande de Meledandri…

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Critique ciné : Resident Evil – Chapitre Final

27 janvier, 2017

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Tandis que la licence vidéo-ludique se réinvente en ce moment à l’occasion de son septième épisode, son pendant cinématographique trouve sa conclusion (à priori) avec Resident Evil : Chapitre Final sans rien changer à sa pétaradante formule, l’assimilant toujours plus aux volets 4, 5 et 6 sur consoles. Un aspect qui n’aurait rien de problématique si les responsables de ces adaptations ne s’étaient pas gonflés d’orgueil au point de vouloir raconter une histoire d’un seul tenant, faire de leur série de films une véritable saga. Et le faire mal. Sans aucune profondeur thématique ou presque (le discours religieux du bad guy n’échappe pas hors-sujet dans cet univers), le scénario reste ainsi perpétuellement en surface, se contentant d’aligner les péripéties – les premières minutes sont particulièrement éreintantes en la matière – sans que nous en ayons quelque chose à battre entre le manque de mise en place dans la narration ou le caractère foncièrement grotesque de l’intrigue. Et les personnages n’y changeront rien : les petits nouveaux sont autant caractérisés qu’un sachet de haricots surgelés, quant aux anciens ils ont perdu toute saveur à force de mourir et revenir à chaque épisode en un festival de clones à faire pâlir l’armée de l’Empire. Même Milla Jovovich paraît ne plus y croire alors qu’il doit s’agir désormais de sa seule source de revenus. Et que dire de son mari, le sympathique Paul W.S. Anderson, de retour derrière la caméra pour la quatrième fois sur la franchise ? Perfectible, le bonhomme ne nous en a pas moins habitués à se montrer toujours généreux et de bonne volonté, ou en tout cas lorsqu’il s’attachait à des projets quelque peu originaux. Là, au fur et à mesure des Resident Evil, on le sent de plus en plus cachetonner, n’y participer que pour faire mumuse avec le budget, ce qui permet de faire illusion sur une poignée de plans apocalyptiques du plus bel effet. Quand il filme large. Et laisse aux spectateurs plus de deux secondes afin de savourer le tableau. Car pour le reste du métrage, du peu qu’on pourrait apprécier (curieux comme on s’échine à ne pas montrer clairement les monstres dans le cadrage ou l’éclairage, c’est tout de même pas The Thing), le montage au hachoir se charge de saloper la moindre scène, quelle que soit sa nature. Dialogue, horreur, action, tout sonne faux, confus, à un point que ça en deviendrait presque conceptuel si ce n’était pas juste consternant. Paulo ne nous avait en tout cas jamais déçu dans ces proportions et livre donc avec Resident Evil : Chapitre Final une œuvre tout simplement honteuse, qui pousse la malhonnêteté jusqu’à annoncer sa suite en dépit d’un titre pour le moins définitif. On verra si, comme pour le jeu vidéo, le septième saura réinventer une licence foutrement en berne…

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Critique ciné : La Grande muraille

22 janvier, 2017

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Sous ses dehors de banal blockbuster, La Grande muraille soulève en réalité plusieurs questions qui bien souvent s’embrasent en scandales : l’occidentalisation des comédiens dans des contextes étrangers, la part de plus en plus grande de la Chine dans les capitaux et décisions hollywoodiens, la politique démagogique des studios (avec en particulier le remplacement de Edward Le Dernier samouraï Zwick en cours de préproduction au profit de Zhang Yimou), la réécriture fantaisiste de l’Histoire, le nationalisme latent du réalisateur… Autant d’éléments qui auraient normalement dû, à un moment où un autre du visionnage, provoquer notre agacement, voire notre rejet. Mais non. Rien de tout cela, pas plus que les faiblesses d’un script aussi léger (on va droit à l’essentiel quand on a à peine plus d’1h40 de métrage) que parfois lourdingue (les blagues des occidentaux entre eux, typiques buddy-movie) ne parviennent à entacher cette impression toute simple : le film est cool. Pas incroyable mais cool, ouais. Le melting-pot d’influences et cultures – dont aurait pu craindre qu’il aboutisse à un résultat aseptisé, sans identité – fonctionne ainsi étonnamment bien. Les délires cross-genres de Max Brooks (World War Z) offrent une perspective un peu originale sur les dragons, l’héritage de Zwick passe mieux dans un cadre plus fantastique tout en gardant son romanesque et Tony Gilroy, abonné aux Jason Bourne, façonne à Matt Damon un rôle de héros en définitive plutôt charismatique, bien bad-ass dans l’action et pas dénué de chevalerie. Pendant ce temps, derrière la caméra, Zhang Yimou déploie tout le faste qu’on lui connaît et s’il ne cède pas aux folies les plus aériennes du wu xia pian (rappelons que c’est lui qui avait introduit le genre en Occident avec son Tigre et dragon), il compose malgré tout de puissantes séquences, spectaculaires et iconiques. Même les armures créées par Weta Workshop, un peu kitsch dans le contexte des bandes-annonces, se trouvent magnifiées par la réalisation une fois dans celui du métrage, participant pour beaucoup de la richesse visuelle du projet. Le cinéaste chinois fait se conjuguer en fait l’élégance et le style de son cinéma avec l’efficacité et les armes des majors du pays de l’oncle Sam pendant que, pas en reste quand il s’agit de métisser les influences, le compositeur Ramin Djawadi semble très inspiré par l’Asie et livre une partition martiale, à la démesure du spectacle. On rêverait alors d’une version longue de cette Grande muraille, histoire d’étoffer le propos de l’intrigue et les personnages, mais ce serait prendre le risque de déstabiliser un équilibre fragile. Petit miracle en soi ou gros coup de bol, il n’en demeure pas moins que la péloche constitue l’une des bonnes surprises de ce début d’année.

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Critique ciné : Quelques minutes après minuit

7 janvier, 2017

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Difficile thématique que celle de la mort d’un proche, du deuil qui l’accompagne, et que le talentueux Juan Antonio Bayona ne cesse d’explorer au travers de ses longs-métrages. Après L’Orphelinat et The Impossible, il y revient donc avec Quelques minutes après minuitA Monster Calls en VO – mais cette fois du point-de-vue d’un enfant, s’appuyant sur le roman de Patrick Ness (également scénariste ici) pour nous livrer un conte aussi sombre que lumineux, aussi réaliste que merveilleux. Centré sur un garçon (bouleversant Lewis MacDougall) se réfugiant de la maladie de sa mère (Felicity Jones, qui commence aussi bien 2017 qu’elle avait fini 2016 avec Rogue One) auprès d’un monstre sylvestre, à la fois force de la nature et source de force, le film se joue ainsi sur un équilibre perpétuel et délicat l’empêchant de sombrer ne serait-ce qu’une seule fois dans le pathos, en dépit d’un matériau qui avait tout pour. On doit cela autant à l’intelligence du discours (il a beau être un simili-Ent, les propos du monstre sont confondants de lucidité, et le récit n’épargne rien à son jeune héros afin d’en dresser un portrait crédible) qu’à celle de la mise en scène (on notera par exemple la retenue de la partition de Fernando Velazquez), toute l’oeuvre semblant pensée dans ses moindres détails par un réalisateur véritablement tombé amoureux du roman original. Plus encore, ce projet permet à Bayona de transcender tout le bien qu’on pensait de lui : inspiré par les magnifiques illustrations du livre, l’espagnol nous donne en effet à contempler quelques scènes à la beauté proprement ravageuse, dont le caractère hautement pictural n’empêche pas une vitalité de chaque instant (les peintures prennent même littéralement vie lors de quelques séquences d’animation à l’aquarelle du plus bel effet). Quelque part alors entre son mentor Guillermo del Toro et Tim Burton pour le style visuel et Steven Spielberg pour le talent de narrateur (sans compter ici des thématiques que ne renierait pas le papa de E.T. l’extraterrestre), le cinéaste dévoile un sens du spectacle qu’on ne lui connaissait pas forcément et qui fait de Quelques minutes après minuit un mix parfait de drame intimiste et de blockbuster de fantasy, digne successeur d’un Labyrinthe de Pan. Reste maintenant à voir si JA Bayona saura conserver la cohérence de sa filmographie avec son prochain projet, la suite de Jurassic World.

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Critique ciné : Assassin’s Creed

1 janvier, 2017

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Comme Blizzard il y a quelques mois à l’occasion de leur Warcraft : le commencement, Ubisoft se lance aujourd’hui dans l’aventure du grand écran et accompagnera activement l’adaptation de leurs licences vidéo-ludiques, histoire de garantir le sacro-saint argument du «respect de l’oeuvre originale» au travers de leur branche Ubisoft Motion Pictures. On sait toutefois que cet argument de la fidélité n’est pas forcément synonyme de qualité et malheureusement, Assassin’s Creed le démontre dans les grandes largeurs. Respectueux, il l’est donc bien (hormis l’absence de sang, pas question de travestir ou alléger le matériau pour taper à tous les râteliers), mais le problème est qu’il choisit de l’être sur des éléments peu porteurs de la franchise. Dans les jeux déjà, les gamers réprouvaient en effet ces passages contemporains mettant en place une mythologie aussi peu crédible que le gameplay y était intéressant, les éloignant du trip historique pour lequel ils s’enflammaient à force de casser immersion et fluidité de la narration. Mais cela restait anodin face à l’ampleur de l’aventure. Ici, alors même qu’ils semblaient avoir compris et l’avaient réduit à sa plus simple expression dans les derniers volets sur consoles et PC, les responsables d’Ubisoft ont voulu pour le film creuser cet aspect à part égale avec les plongées dans l’Histoire (voyez l’hideuse et on ne peut plus explicite affiche ci-dessus), démultipliant sans commune mesure la gêne rencontrée alors (soyons clairs : suivre un quidam en jogging déambuler dans une prison de béton, on n’en a clairement rien à  foutre quand on vient voir un Assassin’s Creed). Parce qu’elles ne se répondent pas ou presque, parce que rien n’est expliqué ou si peu, parce qu’elles ne sont même pas réparties équitablement, les deux parties de l’intrigue finissent ainsi par s’annuler, laissant la petite poignée de personnages orphelins de la moindre épaisseur – à l’exception de Michael Fassbender, les acteurs ont d’ailleurs l’air de bien se faire chier – et la narration aux fraises. On a donc tôt fait de s’ennuyer ferme, d’autant que le pourtant prometteur Justin Kurzel (réalisateur du remarqué Macbeth déjà avec Fassbender et Marion Cotillard) ne brille pas franchement dans ce contexte de blockbuster. Sa volonté de bien faire saute aux yeux (par exemple avec le respect des langues du lieu et de l’époque, rarissime dans une grosse production) mais cela ne l’empêche pas de torcher des scènes d’action jamais excitantes, foutraques – le manque d’iconisation est dramatique – et encore plombées par la bande originale atonale du frangin Jed Kurzel. De la même manière, si son travail avec le directeur de la photo Adam Arkapaw (True Detective) laisse une excellente première impression de par sa stylisation appuyée, on en a vite marre des perpétuels nuages de poussière ou fumée couplés à cette lumière très contrastée, lesquels renforcent encore des problèmes de lisibilité dus à un montage s’emballant régulièrement… Et quand tout ça s’achève sur un climax insipide et anti-spectaculaire au possible, on se dit que Ubisoft – après l’avoir essorée jusqu’à la corde en jeu vidéo – n’a pas fini de saloper sa franchise Assassin’s Creed en dépit de son évidente volonté de bien faire. On le redit, une adaptation respectueuse ne suffit pas à faire un bon film.

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Critique ciné : Rogue One – A Star Wars Story

17 décembre, 2016

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Dans une pure logique disneyenne, Star Wars se voit appliqué le même traitement que le Marvel Cinematic Universe avec une multiplication des sorties. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à un film par an mais même à cette cadence, difficile de tenir le rythme de production sur une seule saga. D’où l’apparition des salvateurs spin-offs dont ce Rogue One : A Star Wars Story est le premier exemple, un ancien projet de série télé que le studio aux grandes oreilles a donc décidé de transformer en long-métrage et qui relate le vol des plans de l’Etoile de la mort par les rebelles conduisant à l’épisode 4. Alors, simple nouveau produit dérivé ou vrai chapitre du mythe ? Ce qui est sûr c’est que le petit dernier veut se démarquer des sept chapitres déjà sortis, il marque sa différence d’entrée de jeu avec l’absence du fameux résumé en texte déroulant et de l’immortel main theme. La musique essaye effectivement de se démarquer en introduisant ses propres thèmes, reléguant les grands classiques à quelques apparitions, mais le style de Michael Giacchino sait toujours aussi bien calquer celui de John Williams. Quel dommage alors que le français Alexandre Desplat – un temps rattaché au projet – n’ait pas pu y prendre part pour cause de calendrier, il aurait certainement apposé une personnalité plus tranchée à la BO (souvenez-vous de ses partitions épiques pour les derniers Harry Potter). Ironiquement, le film a aussi un peu de mal à trouver son rythme dans la première bobine parce qu’il cherche à mettre rapidement en place son intrigue afin de se rattacher au plus vite à la trame de la saga. Non, en réalité, le vrai gros avantage de ce spin-off est qu’en «sortant» de la saga-mère (enfin il y reste malgré tout intrinsèquement lié, ne serait-ce que par son simple postulat de départ), il peut se permettre de s’éloigner de la thématique de la lutte du Bien contre le Mal. Il aboutit par le fait à un résultat davantage nuancé où même l’Alliance rebelle possède une part sombre, que ce soit dans ses décisions ou dissensions. Plus que dans de la fantasy, nous sommes ainsi face à un film de guerre dont l’approche plus réaliste, plus sombre, se traduit par un éloignement du schéma campbellien et à l’image par une photo en demi-teinte oubliant les couleurs très marquées des précédents métrages. Pour le coup, ce serait vraiment la guerre des étoiles. Dans le même ordre d’idée, les personnages principaux n’ont rien d’archétypal, on note une réelle complexité chez Jyn et Cassian (Felicity Jones se rattrape du récent Inferno en imposant un nouveau personnage féminin fort dans cet univers et l’inattendu Diego Luna compose une sorte de Han Solo dark et maudit) tandis qu’ils sont entourés par une incroyable galerie de seconds rôles, autant en raison de leurs interprètes que de leur caractérisation. Sans oublier ce qui constitue peut-être bien le robot le plus cool et balèze de tous les films Star Wars, K-2S0, auquel Alan Tudyk (spécialiste des machines pour avoir été le Sonny de I, Robot) confère une ironie faisant de lui un buddy mémorable et un androïde complètement inédit dans le pendant cinématographique de cet univers. Moins inédits, on rencontre les habituels clins d’oeil pour les fans mais rien de trop encombrant, après tout on est là pour prendre les choses au sérieux. Si sérieusement que la présence de certains protagonistes du film original requiert un travail phénoménal avec de magnifiques clones en CGI, entre autre de Peter Cushing (Moff Tarkin is alive !) qui tient un vrai rôle dans l’intrigue, pas juste un caméo pour faire sourire les fans. Dans son ensemble, Rogue One : A Star Wars Story réussit ainsi brillamment à exister en tant que spin-off, forgeant sa propre identité tout en s’inscrivant comme un ajout on ne peut plus notable à la saga-mère.Le réalisateur Gareth Edwards fait le taf’ comme il faut, plus à l’aise dans le cahier des charges de Star Wars que celui de Godzilla, et reste alors à espérer que les prochains cinéastes à décrocher le privilège d’illustrer cet objet de culte sauront (pourront ?) apporter autant d’âme dans ce qui pourrait ne devenir qu’une franchise de plus en plus formatée. N’est-ce pas Marvel ?

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Critique ciné : Les Trolls

15 décembre, 2016

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Vous rappelez-vous des Trolls, ces jouets ignobles et hirsutes qui rencontrèrent un franc succès à cheval sur le 80′s et 90′s ? Le jouet tout moche que Starlord laisse à Yondu à la place de la Pierre d’Infini dans Les Gardiens de la galaxie ? Voilà, c’est ça. Hé bien croyez-le ou non mais Dreamworks Animation – toujours à la recherche d’une nouvelle licence forte tandis que même son Kung-Fu Panda s’essouffle – a carrément tiré un film de cette gamme de jouets. Pourquoi ? On ne sait pas trop. Peut-être que les droits étaient offerts avec autre chose, comme un paquet de lessive. Toujours est-il que le film est maintenant dans nos salles et forcément, avec une telle origine, on n’en a à priori un peu rien à péter. Mais il faut se méfier des apparences, même lorsqu’elle sont d’un kitsch bariolé à rendre jaloux un clown portugais. Ainsi, si les géniteurs du projet évoquent Le Grand livre des gnomes du regretté Terry Pratchett comme source d’inspiration, on lui attribuera plus volontiers un filiation avec La Grande aventure Lego en cela que ces deux œuvres réussissent à adapter ce qui à-priori ne pouvait pas l’être, à créer leurs univers et intrigues à partir des spécificités de leurs modèles. Ici, cela se traduit donc par un visuel criard et guimauve recelant en fait de petites touches de «perversion» (c’est fou le nombre de gags pipi-caca qu’on croise) nous rappelant que l’un des co-réalisateurs, Mike Mitchell, est un ancien de Bob l’éponge (et également responsable du très sympa Sky High). En gros, s’ils vont tant dans le mignon, c’est pour mieux le détourner, jouer sur les contrastes, et tisser au bout du compte un discours pas trop con sur la nature du bonheur tout en plaçant quelques bons gags. Certes il n’y a alors rien de véritablement impertinent  – la bonne morale est sauve à la fin – mais cela nous aide malgré tout considérablement à accepter un script aux ressorts pas toujours très originaux (l’histoire d’amour du roi et de la servante bergens). a et bien évidemment l’excellente bande originale chapeautée par Justin Timberlake, également doubleur, pleine de reprises de classiques qui vous feront sans peine battre la mesure. C’est con mais ça fonctionne (c’est peut-être bien aussi simple que ça, le bonheur), et grâce à ces petites choses Les Trolls parvient à dépasser ses discutables origines. Ce qui n’était pas gagné pour qui a gardé le souvenir de ces jouets ignobles et hirsutes…

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Critique ciné : Premier contact

10 décembre, 2016

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Quand on pense «invasion alien», c’est plutôt l’image belliqueuse et guerrière de Independence Day qui nous vient à l’esprit. Persiste néanmoins une SF s’appropriant les thèmes les plus extravagants pour les traiter sur une note plus réaliste que d’ordinaire, plus encore maintenant que la vague Star Wars s’apprête à reformater le genre (ce n’est pas un hasard si le très proche Trees de Warren Ellis et Jason Howard est actuellement en cours de publication). Le réalisateur Denis Villeneuve était ainsi l’homme de la situation pour Premier contact car malgré son inexpérience dans la science-fiction, ses thrillers dénotent une excellence certaine lorsqu’il s’agit d’imprégner de véracité leur intrigue, ce qui ne pouvait aboutir qu’à une approche rare dans le genre : une réflexion sur la communication et son importance, comment d’une vision fragmentée peut naître l’incompréhension et le malentendu. Le film ne cesse de rappeler cela dans sa réalisation, par exemple avec ce cadre restreint au travers duquel les humains échangent avec les heptapodes et qui empêche de les voir dans leur entièreté. Un discours lourd de signification, plus encore en cette époque de migrations massives où l’on ne peut que déplorer quotidiennement les drames nés du manque de compréhension, premier pas vers l’empathie. Le problème est alors que cette volonté d’incarner les thématiques dans la mise en scène est ce qui rend le film plus compliqué que nécessaire. Sans trop en dévoiler pour ne pas spoiler et même si on comprend bien ce twist donnant corps à l’idée que des informations peuvent être trompeuses tant qu’on n’a pas une vue d’ensemble, tout comme on comprend le souhait de Villeneuve de s’éloigner d’une vision hollywoodienne (c’est à dire tranchée) de l’invasion alien, son utilisation de certains ressorts de la science-fiction laisse en effet franchement dubitatif. Les implications sont telles que le final aura un goût sacrément amer pour qui y réfléchira un tant soit peu, tandis que ceux largués se contenteront de pouffer en moquant le caractère nébuleux de l’entreprise. Dommage car cette ultime impression que beaucoup percevront donc comme négative leur fera peut-être bien oublier les quelques grands moments de cinéma qui parcourent le métrage, anti-spectaculaires au possible et pourtant d’une beauté qui en un seul plan nous coupe davantage le souffle que tout un climax de Transformers (la première véritable vue d’un vaisseau demeurera l’une des images les plus marquantes de la SF de ces dernières années). Sans oublier bien sûr l’incroyable talent formel de Villeneuve qui avec un minimalisme confinant au génie met en valeur la moindre évolution de ses personnages, leur moindre émotion, aidé en cela par un casting solide comme il en a l’habitude (Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, du vrai cinq étoiles). S’il ne manquera donc pas de décontenancer dans sa dernière bobine, Premier contact s’inscrit malgré tout comme une claque passionnante, revisitant un canon du cinéma de genre sous un jour unique. Voilà qui est très prometteur pour le Blade Runner 2049 que prépare en ce moment Villeneuve !

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