Critique ciné : Dans la brume

8 avril, 2018

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Les incursions du cinéma français dans le fantastique et le film-catastrophe sont trop rares pour être boudées, surtout quand ça se fait sur la base d’un postulat aussi intriguant – même si pas très original – que celui de Dans la brume. Alors on va le voir, en sachant pertinemment qu’on y rencontrera toutes les scories de ce type d’excercice, mélange de frilosités auteurisante et économique si fréquentes dans l’hexagone (la présence du québécois Daniel Roby derrière la caméra n’y changeant rien) . Et elles sont toutes là, du casting réduit à l’unité de lieu en passant par une action peu fofolle ou un scénario trop prévisible. Pourtant, le réalisateur a eu la bonne idée de condenser son récit au maximum, réduisant la durée du métrage à moins d’1h30, ce qui lui permet de ne pas s’éparpiller en bavasseries et perdre en efficacité. Les sentiments d’urgence et de danger sont bien présents, induits par une mise en scène au plus près du point-de-vue de personnages campés par des comédiens impliqués (eux aussi doivent être ravis de voir émerger ce genre de projet), faisant que l’intrigue ne rebute pas malgré sa mécanique des plus classiques et redondantes. S’il ne soutiendra alors pas la comparaison avec les canons du genre américains (The Mist, c’est ce film à la puissance 10 sur tous les plans), Dans la brume reste une tentative tout à fait honorable de bousculer un brin la production française avec ses faux airs de blockbuster à la sauce apocalyptique. A défaut de mieux…

Critique ciné : Ready Player One

4 avril, 2018

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« Merci d’avoir joué à mon jeu ». Une ligne de dialogue tirée de la fin de Ready Player One et qui rappelle les derniers mots des enfants perdus à Peter Banning, alors qu’il quitte le Pays imaginaire (« c’était sympa de jouer avec toi » ou quelque chose d’approchant). Le dernier Spielberg est ainsi un peu dans la veine de son Hook, il réclame du spectateur qu’il mette de côté son cynisme d’adulte pour mieux retrouver l’émerveillement de l’enfance, l’aspiration à l’aventure. Pas la peine donc de râler sur la soi-disant débauche putassière de culture geek qui a tant fait jaser, il n’y a rien de trop appuyé (ou en tout cas lourdingue) dans le film et les plus gros clins d’oeil sont là en fait pour servir le récit, ils font partie intégrante de ses morceaux de bravoure (voir la splendide recréation du Shining de Kubrick qui finit par totalement s’emballer). Pas la peine non plus de reprocher au métrage sa façon de tricher avec le fonctionnement de l’Oasis et de la réalité virtuelle – pour simplifier le récit, pour permettre certains effets de mise en scène – alors qu’il est très clair là-dessus dès le début, quand bien même cette dichotomie réel/virtuel et la difficulté de les faire coïncider s’incarnent en des trous dans la narration et des séquences flottantes (tout particulièrement la rencontre de Wade avec les autres joueurs dans le vrai monde). En fait, pour pinailler, on pourra surtout trouver que le message asséné en guise de conclusion sur l’importance du réel, de la relation physique à autrui, a quelque chose d’un peu trop moralisateur. Comme si Peter tournait le dos à la fantaisie après avoir vaincu Crochet. Dommage, mais tant pis. Car au-delà de cela il faudrait être fou pour refuser la proposition de Steven Spielberg qui transforme le roman de Ernest Cline en un grand 8 décoiffant, un pur ride plein à craquer de scènes hallucinantes et mené à un rythme qui ne faiblit jamais. Fou pour refuser de retrouver avec Ready Player One un Spielby au top de sa forme et profiter d’un vrai grand film d’aventure 2.0. Pour peu bien sûr qu’on soit prêt à prendre part au jeu.

Critique ciné : Hostiles

20 mars, 2018

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Western au titre on ne peut plus adéquat, Hostiles dresse un portrait très sombre des Etats-Unis alors qu’ils étaient à une époque charnière de leur histoire, ce moment où ils commençaient à faire face aux conséquences de leurs actes (le film rappelle pas mal en cela The Homesman). Le scénario de Scott Cooper – également réalisateur et toujours passionné par le côté sombre de son pays – est ainsi tout entier pensé pour confronter les points de vue et montrer comment peuvent évoluer les mentalités pour peu qu’on se donne la peine de rencontrer l’autre, d’essayer de le comprendre (l’intensité du casting illustre cela parfaitement). Un message toujours aussi primordial aujourd’hui et le métrage nous le communique sans l’enrober de mélo ou du lyrisme croisé parfois dans le genre, il reste implacable et cru dans sa manière de dépeindre ces prises de conscience : il n’y a aucun espoir de pardon, ne reste qu’à vivre avec le poids de ses actes et essayer seulement de s’améliorer pour ne pas qu’ils se reproduisent. Même si l’hostilité paraît être un poison ayant totalement vicié le sang coulant dans les veines de l’Amérique (voir la citation très pessimiste en ouverture). Si c’est donc toujours un plaisir que de voir débarquer un nouveau western, ça l’est encore plus lorsque cela se fait avec autant de choses à dire. Et Hostiles les dit très bien.

Critique ciné : Le Labyrinthe – Le Remède mortel

9 mars, 2018

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Sauvée in extremis par la ferveur d’une solide base de fans et d’excellentes ventes en vidéo, la trilogie tirée des écrits de James Dashner arrive aujourd’hui à son terme avec Le Labyrinthe : Le Remède mortel. Une conclusion venant confirmer sans peine tout le bien que nous pensions de la saga jusque-là, entre un casting attachant (et leurs quelques années en plus ajoutent encore à leur rôle) et un réalisateur – Wes Ball – qui aura su mener sa barque à bon port en dépit du fait qu’il s’agissait de ses premiers efforts en longs-métrages (et outre le dynamisme de sa mise en scène, on appréciera son goût pour les panoramas post-apo magnifiques). Mais ce qui fait surtout la force de ces films en comparaison de la concurrence, c’est bien le travail d’adaptation exemplaire dont ils jouissent, lequel sait soustraire des romans tout ce qui aurait été lourdingue ou trop peu crédible pour aboutir à un condensé à l’efficacité redoutable. Et puisqu’il s’agit de la fin de l’histoire, Le Labyrinthe : Le Remède mortel se permet même d’étoffer avec finesse la conclusion originale, pour lui apporter davantage de nuances. Quand on vous dit que cette saga est mortelle.

Critique ciné : Cro Man

24 février, 2018

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Porté par son héritage prestigieux (Wallace et Gromit, quand même) mais bousculé par les réalités du marché, le studio Aardman démontre avec Cro Man qu’il continue malgré tout son petit bonhomme de chemin sans se préoccuper franchement de la concurrence, avec un flegme et un humour pince-sans-rire typiquement britanniques. L’histoire part ainsi d’un postulat aussi simple qu’absurde, une relecture footballistique de la préhistoire dont l’idée faisait marrer le réalisateur attitré Nick Park. Il ne leur en a pas fallu davantage pour se lancer sur un projet de long-métrage et à contrario de ce terreau à priori peu fertile, on peut faire confiance à l’inventivité du studio pour faire fleurir trouvailles et gags. Mais surtout, les créateurs croient dur comme pierre en leur péloche et ses personnages et n’ont donc aucun mal à nous communiquer ce sentiment, jusqu’à nous faire nous enflammer pour un match de foot même si on n’aime pas ce sport. Moins ambitieux peut-être alors que leurs précédents travaux (on sent bien depuis Shaun le mouton que les budgets ont été revus à la baisse), Cro Man n’en porte pas moins la signature Aardman caractéristique qui en fait un vrai petit moment de bonheur et d’humour. Et Crochon est vraiment trop une mascotte géniale !

Critique ciné : The Greatest Showman

9 février, 2018

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Qu’est-ce qui fait une bonne comédie musicale ? Ses numéros musicaux, pardi ! On pourrait bien sûr ajouter des choses à cette affirmation mais pour le coup, on n’est pas loin de la vérité. Sa nature d’oeuvre originale le desservant quelque peu dans un genre habitué aux adaptations des grands succès de Broadway, The Greatest Showman doit alors mettre les bouchées doubles pour nous faire taper du pied, nous emporter, et force est d’avouer que nous n’avions pas rencontré une énergie si communicatrice dans une comédie musicale depuis Hairspray. Porté par des chansons aux rythmiques implacables (on pense beaucoup au groupe Imagine Dragons), un casting au diapason (putain de Hugh Jackman, ce mec a décidément trop la classe) et une mise en scène inventive, le film remplit son office avec une folie qui ne transparaissait pas dans sa promotion. On ne saurait dire si c’est seulement dû à Michael Gracey (un ancien des SFX passé à la réalisation pour ce projet) ou bien au «producteur exécutif» James Mangold (appelé en renfort en cours de production) mais cela fait en tout cas très plaisir de découvrir une comédie musicale à ce point flamboyante. Tant pis donc si The Greatest Showman prend beaucoup de libertés avec la vie de Phineas Taylor Barnum et la création de son cirque pour en faire un récit optimiste et un peu bateau : quand la musique est bonne…

Critique ciné : Pentagon Papers

4 février, 2018

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Continuant de faire ses va-et-vient entre films historiques «sérieux» et blockbusters pour toute la famille, Steven Spielberg s’attaque cette fois avec Pentagon Papers à l’un des premiers scandales d’Etat mis à jour par la presse, un exercice journalistique qui n’a jamais été aussi vivace que ces dernières années. C’est ainsi une occasion bienvenue de découvrir les arcanes d’un grand quotidien, son fonctionnement en interne et ses implications en externe, accompagnés pour cela par un casting aux petits oignons. Une visite d’autant plus intéressante que le cofondateur de Dreamworks n’a pas son pareil pour capter le réel tout en gardant toujours une approche cinématographique pertinente et élégante, ce qui tient autant à sa mise en scène – ses plans-séquence n’ont rien perdu de leur efficacité – qu’au travail impeccable de ses collaborateurs de longue (John Williams, Janusz Kaminski, Rick Carter, Michael Kahn…). Tout ça respire néanmoins un peu trop la facilité. Le cinéaste progresse en effet sur un terrain où il ne prend clairement aucun risque, où son idéalisme empêche d’avoir un regard vraiment objectif sur les événements et finit par confiner à la démagogie (n’oublions pas que la course au scoop reste une des motivations premières du journalisme). Handicapé encore par une grosse absence de suspense qu’incarne un climax vite torché, Pentagon Papers s’inscrit comme un successeur (ou prédécesseur ?) en demi-teinte aux Hommes du président, un exercice de style appliqué mais un peu creux. Pour voir Spielberg se mettre en danger et potentiellement nous couper le souffle, on attendra donc plutôt son Ready Player One à sortir dans quelques semaines !

Critique ciné : 3 Billboards – Les panneaux de la vengeance

20 janvier, 2018

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Attention, chef d’oeuvre immédiat ! Encensé par la critique à juste titre, 3 Billboards – Les panneaux de la vengeance est en effet un film d’une intelligence rare, abordant un fait divers – qui n’est qu’un prétexte – en multipliant points de vue et changements de perspective pour dresser une galerie de portraits complexes, tout en nuances : inexorablement humains en somme. Le casting (Frances McDormand en tête mais aussi Sam Rockwell, Woody Harrelson…) est à ce titre absolument incroyable, les comédiens trouvent tous des rôles uniques de profondeur et se révèlent parfaits dans chacune de leurs facettes jusqu’à en devenir bouleversants. C’est simple, on a rarement ressenti tant d’empathie devant un écran de cinéma et des personnages qui auraient normalement dû nous rebuter. La réalisation de Martin McDonagh (Sept psychopathes, Bons baisers de Bruges) et le style général du métrage ne manqueront pas alors de rappeler le travail des frères Coen sauf que pour le coup, le travail des frangins n’a jamais atteint une telle véracité dans l’émotion, dans le mélange de la comédie et du drame. Tout ça pour mener une réflexion exemplaire sur la colère et la vengeance, jamais stigmatisante ou moralisatrice mais au contraire compréhensive et pleine d’espoir sans verser pour autant dans la facilité. 3 Billboards – Les panneaux de la vengeance, c’est sans conteste la première (la plus ?) grosse claque de 2018 et un grand film indispensable.

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