Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Eden Log

29 décembre, 2007

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Alors, autant vous prévenir tout de suite, Eden Log risque d’en décontenancer plus d’un tant le film ne vous prendra jamais par la main pour expliquer ses tenants et aboutissants. C’est chiant, mais c’est comme ça. Pourtant, le postulat de départ n’a rien de bien compliqué : un homme (Clovis Cornillac) se réveille dans une sorte de grotte plongée dans l’obscurité, en fait le dernier sous-sol d’une structure qu’il devra gravir pour en découvrir la véritable nature, ainsi que pour retrouver sa mémoire… Postulat simple, donc, mais qui va se voir sérieusement compliqué par son traitement et sa réalisation, de bon goût (le travail sur la lumière est de toute beauté) mais avec un peu trop de tics auteurisants pour être facilement accessible.

Parce que si les révélations que nous offre le film n’ont rien d’incompréhensibles (alors en fait, le mec derrière tout ça c’est… Patrick Sabatier ?), il faut voir de quelle façon elles nous sont communiquées : la plupart des dialogues sont presque incompréhensibles (beaucoup de voix sont modifiées par divers artifices tels que des enceintes et autres masques à gaz, mais ce problème pourrait aussi avoir été accentué par le son – pas génial – de la salle où je l’ai vu), les éléments les plus révélateurs sont des détails noyés dans l’obscurité,… L’obscurité, justement, est un autre des éléments qui en rebutera beaucoup avec son traitement extrême et jusqu’au-boutiste, peut-être même plus encore que dans The Descent (la référence en la matière jusqu’à présent) et dont l’omniprésence contribue parfois à rendre le montage quelque peu illisible. De nombreux parti-pris de réalisation qui n’aident donc en rien à la compréhension mais qui tendent à deux choses : coller au point de vue du héros et raconter une histoire aux accents mystico-bibliques (la Bible fonctionne beaucoup sur la parabole et le sous-texte, un peu comme Eden Log). Des intentions louables, et concrétisées, mais qui n’en éclaircissent pas plus les choses.

Dommage, surtout que le film possède malgré tout quelques solides bons points. Ce bon vieux Clovis, déjà, sur qui repose tout le film. Les lumières, dont on a déjà parlé. Des p’tites bestioles pas piquées des hannetons et qui font bien plaisir dans un paysage cinématographique français plutôt frisquet en la matière. Deux, trois très bonnes idées de décors (le personnage en suspension, très étrange). Et, pour finir, un univers d’anticipation assez original, en tout cas en ce qui concerne le cinéma. Autant de qualités qui ne parviennent cependant pas à complétement corriger le tir dans un style finalement assez minimaliste (faut dire que ça coute cher de faire des films en France et que l’on alloue peu de crédits à ce genre de cinéma), reflet d’une intellectualisation trop poussée qui laisse sur le carreaux toute la partie « émotion », au sens large. 

Eden Log est donc à conseiller aux férus de science-fiction avec une bonne ouverture d’esprit et un fort pouvoir de concentration (au moins niveau 23 avec une bonne spécialisation en stamina). Ceux-là sauront profiter d’un film surprenant dans bien des sens, bons comme mauvais, tandis que les autres se feront royalement chier. Le film n’est absolument pas fait pour le grand public, ni même pensé en terme de « fun », et c’est bien dommage car le cinéma français manque de grosses locomotives récentes dans le genre, de celles qui redonneraient un souffle à cette production dans nos contrées. Parce qu’entre Chrysalis et ce Eden Log, force est d’avouer que l’on donne l’impression de toujours se branler un peu beaucoup le ciboulot, comme si on avait peur de faire des films de SF qui pourraient être de grands succès publiques (ce qui n’est absolument pas incompatible avec le succès critique, rappelons-le). Rageant, d’autant plus qu’on a de purs talents par chez nous. Franck Vestiel, je te souhaite donc une bonne carrière aux states où, je l’espère, tu nous feras une bonne grosse bombe !       

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Je suis une légende

22 décembre, 2007

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« 2012. L’humanité a été rasée par un nouveau virus, mutation d’un remède miracle contre le cancer ayant transformé de nombreuses personnes en créatures nocturnes et voraces. Seul a survécu à la pandémie Robert Neville (Will Smith), scientifique militaire mystérieusement immunisé dont le quotidien – dans un New-York dévasté – s’organise autour de la survie de l’espèce humaine et la sienne, physique comme mentale. A la recherche d’un remède pouvant guérir la maladie, le survivant est sur le point de le trouver mais le temps manque car les mutants se font de plus en plus agressifs… et de plus en plus malins…« 

On l’a attendu ; on l’a vu ; et il a vaincu ! Autant le dire tout de suite, Je suis une Légende est un excellent film qui satisfait à tous les espoirs que l’on avait placé en lui ! Préparez-vous donc à un festival de streums bien haineux et speeds ; à des scènes de flippe bien stressantes (la lampe torche, c’est  toujours efficace) ; à de l’action avec plein de « kaboom », de « tac-tac-tac » et de « run ! » dedans ; à une vision post-apocalyptique du monde de toute beauté ; et, enfin, à un scénario d’anticipation exploitant des ficelles bien connues mais d’une façon si dynamique et efficace que ça en devient presque une re-découverte. On pourrait alors regretter que le thème de l’ « humanisation » des mutants ne soit pas un peu plus traité mais, puisque cela permet de conserver intacte leur dangerosité (et dangereux, ils le sont, croyez-moi) tout en offrant à l’histoire des horizons tout aussi efficaces à leur manière, pourquoi se plaindre ?

Car Je suis une Légende est aussi une péloche sincère, avec du coeur, prenant le temps de mettre en place son ambiance écrasante. Et c’est là peut-être la plus grosse surprise de ce film qui ne se pose pas uniquement comme un blockbuster tripant, celle d’être en même temps un film souvent émouvant. Un performance due en grande partie à celle de Will Smith, vraiment convaincant dans le rôle (oui, il m’a rabattu mon cacquet), mais aussi à une caméra qui ne cesse de l’écraser avec des plongées vertigineuses, de l’isoler dans des décors gigantesques. La solitude de Robert Neville est palpable dans ce film et, lorsqu’elle est mise à l’épreuve, on le ressent de façon d’autant plus cinglante, douloureuse, à l’égale de ce qu’il doit ressentir face à son combat désespéré et obsessionnel. Celui d’un homme voué au sacrifice, comme le démontre à son terme la très belle scène de chasse au tout début du métrage. Celui d’un héros simplement humain.

Un film qui plaira donc autant aux geeks (quelques clins d’oeil assez énormes nous sont adressés, comme cette gigantesque affiche teaser avec les logos de Superman et Batman superposés : les frères Warner auraient-ils quelque chose à nous avouer ou juste ils se foutent de notre gueule ?) qu’aux cinéphiles ou usagers occasionnels, tant Je suis une Légende parvient à faire mouche sur tous les tableaux. Un film d’anticipation aussi intelligent qu’efficace, aussi complet que pouvait l’être I, Robot (le moins qu’on puisse dire c’est que Will Smith cartonne sévère dans le genre) et qui confirme tout le bien que laissait supposer Constantine quant aux talents de Francis Lawrence, désormais réalisateur à suivre avec assiduité. Et si certains critiqueront peut-être la nouvelle fin, plus optimiste que l’originale, il n’en demeure pas moins que l’important est malgré tout là et bien là : Robert Neville est réellement une légende…

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Il était une fois

15 décembre, 2007

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 « Giselle est la parfaite princesse de contes de fées, béate de bonheur dans son monde de dessin animé. Belle, douce, douée en chant et amie des animaux de la forêt, elle a en plus la chance de rencontrer son prince charmant avec lequel elle va se marier très prochainement (demain). Mais cela n’est pas au goût de la Reine, une sorcière qui voit dans l’arrivée de cette jeune beauté une menace à sa main-mise sur le royaume et qui l’expédie alors hors de ses limites, dans un monde où la maxime « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » a autant de sens qu’une publicité japonaise n’en a pour un occidental… Notre monde…« 

Avec un pitch comme ça, on s’offre normalement un vaste champ de possibilités en matière de gags. Regardez La Rose pourpre du Caire, regardez Last Action Hero : le décalage résultant de l’irruption d’un personnage dans un monde qui n’est pas le sien permet de jouer à fond sur les contrastes, ce qui est toujours un moyen détourné pour commenter notre monde ou des éléments le composant. Et comme on nous parle en fait de choses qui nous sont quelque part proches, le gag en est d’autant plus réussi et le rire d’autant plus libérateur. Et même s’il faudrait être fou pour s’attendre à une approche de la sorte dans une production Disney estampillée « BLOCKBUSTER X-MAS ’07″, la bande-annonce laissait entrevoir un humour plutôt bon-enfant et « corrosif » envers les classiques de l’animation disneyenne, jouant à fond sur les caractéristiques toonesques de ses personnages. Alors, pourquoi pas ? Enfin, c’est noël, quoi !

Sauf que, voilà, les toons qui sont ici « parodiés » sont ceux des premiers classiques et si leur pureté virginale aurait pu être la source d’excellents gags, il n’en est en fait presque rien puisque le concept est exploité juste du bout des doigts, sans trop se mouiller. On est dans un Disney, quoi, et faut pas trop pousser le bouchon. Seul le Prince Charmant (James Marsden, plus convaincant que dans X-Men)(faut dire que dans Il était une fois, il parle… ça aide) s’en sort donc sur la longueur, avec quelques excès qui font bien plaisir mais que l’on aurait aimé plus nombreux. Et c’est là le problème, parce qu’on est dans un Disney et qu’il faut une jolie morale toute mimi pour que nos ch’tiots aient confiance dans l’avenir : « oui, le grand amour de conte de fées est possible dans notre monde ». Haaaaa… On se retrouve donc avec une romance croisée entre les deux univers qui, en plus d’alourdir sacrément le scénario par une guimauve mise au point il y a déjà longtemps dans les cuisines Disney, va carrément contredire la thématique même du film : non, le monde censé être réel ne l’est pas, c’est juste un monde d’histoires à l’eau de rose, un New-York de carte postale vu dans au moins une bonne trentaine de comédies romantiques (j’peux pas vous les citer là, mais j’suis bien sûr qu’y en a au moins 30 !). Il n’y a donc pas de réelle confrontation, l’histoire est cousue de fil blanc et ne remet surtout rien en cause. Du pur téléfilm Disneychannel, juste avec beaucoup plus de thunes.

Et encore, si le scénario ne faisait que prendre une (très) mauvaise voie mais qu’il parvenait à avoir un minimum de cohérence… bah non, ce n’est pas le cas ici. Décidément. Parce qu’il faut voir les ellipses hasardeuses et autres raccourcis douteux qui parsément le métrage, expression d’un montage que l’on imagine tronqué au max pour pouvoir faire plus de séances par jour et ne pas lasser les petits kids. Le tout jusqu’à un final d’une inutilité flagrante (la méchante dit elle-même « Vous voulez du spectacle ? Vous allez en avoir !« , comme si elle se savait obligée de justifier sa transformation) et qui se résout dans un déni absolu de sens et de logique. Climax sans intérêt + final rose bonbon à gerber = très mauvaises dernières impressions.

Il était une fois est donc un film qui souffre terriblement de sa parenté avec le studio Disney puisque tous ses tics les plus exaspérants se retrouvent ici condensés, dans un maelström de bons sentiments gnangnans et bigarrés. Pourtant, c’est aussi ça qui fera certainement le succès du film : les enfants vont adorer, les parents peu regardants seront contents que leurs enfants se soient amusés, les dépressifs vont retrouver le sourire ou trouver la force de régler tous leurs problèmes d’un coup,… Il y en a qui seront preneurs, quoi. Et puis il y en a d’autres qui regretteront que le film n’ait pas été confié à l’équipe qui nous avait offert le monstrueux Kuzco, l’empereur mégalo…     

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American Gangster

30 novembre, 2007

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 « Frank Lucas (Denzel Washington) travaille depuis plusieurs années pour Bumpy Johnson, le Parrain noir de Harlem, en tant que chauffeur et homme de main. Mais le début des 70′s est l’époque des changements et c’est en toute logique qu’il prend la relève lorsque son patron meurt. Réorganisant la mafia noire autour de sa famille et révolutionnant le business de l’héroïne en traitant directement avec les producteurs, Frank acquiert rapidement à son tour le titre de Parrain de Harlem. Mais cette réussite aussi  brillante que subite finit par  attirer l’attention de l’intégre inspecteur Roberts (Russel Crowe), récemment promu à la tête du jeune département anti-drogue et bien décidé à faire son boulot…« 

Alors c’est sûr que comme ça, en lisant le synopsis, on pourrait croire qu’on va assister à un bras-de-fer titanesque entre deux excellents acteurs, avec une pure ambiance de polar des seventies, une bonne grosse fresque dans les tréfonds de New-York de 2h30… mais non. Je sais, ça ne commence pas terrible comme critique mais c’est pourtant vrai : jamais, au cours du film, le duel Washington/Crowe ne satisfait nos attentes. Et en même temps, on se demande comment cela pourrait être le cas puisque leurs personnages ne se rencontrent que dans les 20 dernières minutes du film ! Remember Heat, anyone ? Nous suivons donc pendant deux heures deux intrigues qui peinent à se recouper sur le plan narratif ou à entrer thématiquement en résonnance (tout juste le contraste « Lucas qui réunit sa famille »/ »Roberts qui perd sa famille »). Ceci étant peut-être dû au fait que le scénario veuille coller au plus près de l’histoire vraie dont il s’inspire, ce qui retire pas mal de liberté en matière de dramatisation.

Pire encore, jamais le scénario ou la réalisation ne parviennent à provoquer notre empathie pour les personnages. C’est bizarre, mais il y a toujours comme une distance entre nous et ce que nous voyons, on ne s’implique pas dans l’histoire. La faute encore à ce manque de dramatisation, le film adoptant une forme « énonciation de faits » un peu fastidieuse. Mais si cette approche fonctionnait dans le Zodiac de Fincher (justement parce que cela correspondait à la méticuleuse enquête du personnage principal), ici les personnages ne donnent l’impression d’être que des figures lointaines quand on aurait aimé avoir des héros tragiques. Avec exactement la même histoire (suffit de passer des 20/30′s aux 70′s), Les Incorruptibles de Brian de Palma faisait ainsi bien plus plaisir car il n’hésitait pas à jouer sur le côté  »mythologique » de son sujet, ce que ne se permet jamais American Gangster dans sa constitution d’une chronique détaillée où aucune sous-intrigue n’aide la principale à s’élever (faut voir comment les seconds-rôles sont traités par-dessus la jambe, exactement l’inverse du film de de Palma : comparez comment sont traitées les teams d’incorruptibles dans les deux cas pour comprendre).

Alors, et malgré ces défaut majeurs, peut-on dire du dernier Ridley Scott qu’il s’agit d’une grosse bouse ? Bien sûr que non, parce que le réalisateur de Blade Runner et Gladiator sait quand même sacrèment bien s’y prendre pour nous faire de la bonne image (n’oublions pas qu’il était un clippeur au début de sa carrière et qu’il en a gardé un certain savoir-faire esthètique), avec une reconstitution des 70′s criante de vérité. Et puis il y a Russel Crowe et Denzel Washington, qui sont quand même deux putains d’acteurs. Et il reste aussi quelques scènes bien cool (la mise à mort en pleine rue par Frank d’un concurrent, par exemple), ce qui finit de nous faire rager quand on imagine ce qu’aurait pu être le film avec juste quelques scènes en plus. Va donc falloir attendre l’inévitable édition director’s cut, comme pour Kingdom of Heaven, afin de savoir ce que vaut réellement cet American Gangster.

n.b : putain, je suis vert ! C’est moi qui ai dormi ou le plan génial avec Denzel en contre-jour, qu’on voyait à la fin du trailer, a été coupé ? 

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La Légende de Beowulf

23 novembre, 2007

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Alors celui-là, on pourra dire que je l’aurai attendu ! Depuis presque un an et demi, je crois, depuis le moment en fait où j’avais lu l’annonce du projet sur le web et que je m’étaisrendu sur le site officiel, à l’époque un simple page avec le titre du film animé. Un truc cheap mais qui m’avait laissé malgré tout une forte impression, surtout vis-à-vis de ce que je connaissais du projet : le nouveau Zemeckis, tiré de la légende nordique de Beowulf et réalisé avec la technique du Polar Express, sur un ton adulte, et scénarisé par Roger Avary et Neil Gaiman… tous les éléments étaient déjà là, concrets sans même avoir vu une seule vidéo. Et quand le temps des trailers est arrivé, quel plaisir à chaque fois renouvelé ! La douce impression qu’on allait assister à un spectacle barbare, épique, fantastique, beau à en crever. Et alors, une fois l’attente terminée, qu’en reste-t-il ?…

Eh bah tout ce que l’on était en droit d’attendre, mon gars (je vous ai fait peur, hein ?) ! C’est bien simple, le film satisfait à quasiment toutes nos attentes – les miennes en tout cas, puisqu’un récent commentaire sur ce blog disait le contraire – en étant à la fois beau et tripant. Car malgré quelques rares plans un peu foireux, jamais personnages de synthèse n’ont été aussi vivants, laissant autant transparaître une réelle interprétation d’acteur et démontrant déjà une énorme évolution par rapport au photo-réalisme du Polar Express, ce qui laisse présager du meilleur pour l’avenir (une nouvelle forme de cinéma est réellement en train de naître). Surtout que la cadre dans lequel ils évoluent, leur ressemblance avec les vrais acteurs et le ton plus adulte de la péloche – c’est vraiment pas pour les p’tits kids, même s’il n’y a pas grand chose de choquant - les font exister à un autre niveau que celui de personnages animés. C’est difficile à expliquer, mais je crois en fait… que ça ressemble beaucoup à un film live !

Outre que ce « film live »-ci est débarrassé de nombre des contraintes physiques propre à un tournage classique, comme la caméra, par exemple. C’est tout con, mais la technique de performance capture permet vraiment des merveilles quand on la met dans les mains d’un mec comme Zemeckis, toujours prêt à expérimenter et à pousser son concept jusqu’au bout. Ce qui nous donne une réalisation s’adaptant au poil à son sujet, stable et sans fioriture pour les scènes classiques; et tout en mouvements normalement impossibles dès que l’action s’installe. A ce titre, les combats contre les monstres géants sont tout bonnement incroyables de lisibilité et de fluidité malgré les différences d’échelle, la caméra collant à l’action avec une ampleur quasi-mythologique (ceux qui connaissent le jeu « God of War » devraient apprécier). 

Mais La Légende de Beowulf n’est pas qu’un exploit technologique, loin de là, c’est aussi un conte avec sa rudesse et sa cruauté venues directement des terres du Nord. Les fans de vikings (yep, Judepomm, c’est pour toi) devraient bien baver devant la classe du héros, qui rappelle parfois dans sa brutalité et sa détermination un certain Buliwyf de forte bonne mémoire, et cela même s’il se permet 2/3 cabrioles dans le combat avec Grendell (magnifique créature, au fait) pas forcèment très crédibles. Alors on pourra toujours lui reprocher quelques blans dans son intrigue (restriction budgétaire, durée ou problème quant à l’adaptation du texte d’origine, ça je ne sais pas), mais ce serait se mentir et refuser d’avouer que, Beowulf, c’est barbare, épique, fantastique et beau à en crever !  Tout ce que l’on en attendait ! (et en plus la musique déchire !) 

Alors, allez, tous en choeur : « I – AM – BEOWULF !!! » 

(oui toi aussi, là dans le fond… oui, toi aussi, YOU – ARE – BEOWULF !!!)   

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Dans la vallée d’Elah

15 novembre, 2007

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« Hank Deerfield (Tommy Lee Jones, de plus en plus bon) reçoit un jour un appel lui annonçant que son fils, soldat récemment revenu d’Irak pour une permission, vient d’être déclaré déserteur. Etonné et inquiet, l’ancien militaire se rend sur la base pour chercher lui-même son enfant mais l’enquête est de courte durée car, très vite, un cadavre atrocement mutilé est retrouvé. Celui de son fils. Fou de chagrin, Hank n’en remarque pas moins le silence gêné de l’armée sur cette affaire et décide alors, avec l’aide de l’officier Emily Sanders (Charlize Theron, de plus en plus bonne), d’enquêter sur les circonstances troubles de ce meurtre« .

Y a pas à dire : la guerre, c’est une saloperie. Une affreuse machine dévorant les êtres humains sans êtat d’âme, les convertissant en billets verts et faits de gloire retombant sur ceux assez malins pour envoyer les autres crever. Poussant le vice encore plus loin, celle-ci ne fait aucun prisonnier, brisant les survivants de façon à ce qu’ils ne puissent plus s’adapter à une certaine normalité. Un sujet déjà maintes fois traité au cinéma mais là où Dans la vallée d’Elah y satisfait si bien, c’est dans son utilisation d’une actualité toujours brûlante. Car le dernier film de Paul Haggis nous parle bien de la guerre en Irak et, surtout, de ses conséquences sur les soldats poussés à la barbarie par leurs supérieurs, actuellement au centre d’une certaine polémique aux Etats-Unis. Un thème qu’il est donc salvateur et utile d’aborder, l’information étant le premier pas vers la contestation. Pourtant, et même si cela donne un « fond » solide au film, on pourra regretter qu’il tombe lors de ses révélations finales dans une explicitation un peu trop appuyée, un peu trop démonstrative.

Un léger défaut qui pourrait être mis sur le compte de la « forme » du film, au demeurant très réussie. Car Dans la vallée d’Elah ne suit pas le point-de-vue du soldat brisé et sa chute comme dans ses nombreux prédecesseurs thématiques. Bien au contraire, c’est à une véritable enquête policière sur les traces du disparu à laquelle nous assistons, hantée par un Tommy Lee Jones perdant peu à peu ses illusions dans l’armée et son pays. Une forme qui permet au film d’éviter le pathos ainsi qu’un ralentissement du rythme malgré son approche réaliste, un peu à la manière du Trois enterrements du sieur Jones, justement, qui agissait sur un principe similaire mais en faisant cette fois adopter les codes du western à son histoire.

Jouant habilement entre sa forme d’enquête policière et son fond pamphlètaire, Dans la vallée d’Elah est donc un excellent film tout en retenue jusqu’à un final que l’on aurait aimé être plus dans le ton de l’ensemble. Dommage, mais cela ne gâche en rien notre intérêt à suivre l’histoire ni la force des sentiments que l’on met dans le parcours d’acceptation du père, surtout que Tommy Lee Jones est vraiment excellent, réhaussé par une réalisation fine et assurée.

Y a pas à dire : la guerre, c’est vraiment une saloperie !   

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Les Promesses de l’ombre

10 novembre, 2007

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 « Une jeune russe de 14 ans, enceinte, arrive un jour aux urgences d’un hôpital où elle meurt d’une hémorragie. Sa petite fille, elle, est sauvée par l’équipe médicale présente dont Anna (Naomi Watts), la sage-femme qui trouve dans le sac de la défunte son journal intime. Boulversée par cette disparition et le sombre destin s’offrant à l’enfant, Anna va chercher à faire traduire ce journal et, ce faisant, va prendre contact avec les mauvaises personnes : la mafia russe de Londres et tout particulièrement Nikolaï (Viggo Mortensen), un « chauffeur » froid et dévoué. Mais jusqu’à quel point ?« 

Alors, n’étant pas vraiment un expert de Cronenberg, je ne m’avancerai pas trop sur la critique que beaucoup de mes confrères (la classe !) (hé! ho! maintenant qu’il y a plus de 10 000 visites sur ce blog, j’peux m’la péter un peu, non ?) emploieront sûrement et qui consiste à relier ce film au reste de sa filmographie, c’est à dire autour de son obsession de la transformation du corps. Mais bon, comme c’est incontournable, je vais m’y risquer un peu, pour la forme :
« oeuvrant principalement dans le fantastique à ses débuts, Cronenberg nous montrait alors la métamorphose du corps humain sous un aspect monstrueux, basculant avec brio dans une horreur autant viscérale que « charnelle » (La Mouche, Frissons,…). Pourtant, on constate depuis plusieurs années que  le sujet d’étude de Cronenberg s’est quelque peu déplacé, revenant à un plus grand réalisme, se recentrant sur l’humain dont le corps est déjà suffisamment transformable pour ne pas avoir recours au fantastique. Et Les Promesses de l’ombre correspond parfaitement à ce portrait car il ne raconte ni plus, ni moins que la transformation du corps de son héros, entre tatouages et cicatrices, entre faits de gloire et trahisons. »
Voilà. C’était pas terrible, hein ? Alors maintenant, je vais vous dire pourquoi j’ai vraiment aimé ce film.

Parce qu’il s’agit d’un putain de polar ! Voilà la raison ! Parce que si l’on ne suit au début que le personnage d’Anna, embringuée dans sa quête cathartique, ce n’est que pour mieux pénétrer dans l’univers de la mafia russe (celui-ci et ses intrigues internes finissent même par prendre le pas sur l’intrigue « principale »), un univers aussi terrifiant qu’exaltant. Et Cronenberg s’y prend de fort belle manière pour nous le faire découvrir, alliant un décorum vraiment classe et presque « mythologique » (la scène de l’intronisation est à tomber) à une brutalité frontale et sans concession (le combat dans le hammam, entre full-nudity et extrême-violence). Sans compter que Viggo Mortensen est absolument ENORME dans le film (Cassel est pas mal non plus), incarnant son anti-héros avec ce qu’il faut de nuances pour lier crédiblement et « ludiquement » les deux histoires, évitant ainsi que la partie avec Naomi Watts ne fasse trop tâche, ralentisse l’ensemble.

Alors, on pourra toujours prétexter qu’il s’agit là d’une des erreurs du film, cette propension à oublier son intrigue quitte à finir sur une conclusion on ne peut plus abrupte, mais ce serait passer à côté du véritable intérêt de ces Promesses de l’ombre : la présentation d’un monde réglé par les codes et la violence, un monde mystérieux et donc fascinant. En cela, le dernier Cronenberg rappelle parfois les meilleurs moments de la trilogie Pusher, sur la mafia danoise, sauf qu’ici l’étude de ces réseaux souterrains s’accompagne d’une certaine « iconisation » lui donnant des allures de vrai film noir (les Pusher sont aussi très bons mais pour d’autres raisons, comme leur réalisme sec par exemple), avec toute la classe que l’on attend des grands films. Voilà ce que sont Les Promesses de l’ombre : un putain de grand polar !  

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Chrysalis

3 novembre, 2007

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 Y a des fois où encourager le cinéma français de genre relève d’un vrai parcours d’obstacles, partagé entre le coeur et la raison. Le « coeur », c’est le goût pour un cinoche hexagonal sortant un peu de ses sentiers battus, parce que ça fait plaisir de savoir que nous aussi on peut faire du spectacle (c’est bien la seule chose pour laquelle je ferai un peu preuve de chauvinisme, mais ce n’est pas désintéressé) et qu’il y a une place pour ces films dans notre paysage cinématographique (voilà l’intérêt que j’y porte). La « raison »,  c’est la douche froide lorsque l’on est finalement confronté au film, ce qui arrive souvent avec les productions françaises qui sont bien loin du rythme et de l’efficacité des consorts ricains. Est-ce dû à un manque d’argent ? A un complexe que l’on essaye de pallier comme on peut ? Ou bien à une véritable volonté auteurisante ? Ce qui est sûr, déjà, c’est que ce n’est pas dû à un problème de technique ou à un manque de savoir-faire, et c’est là où c’est vraiment dommage. Et Chrysalis correspond bien à cela. Dommage.

Dommage car, donc, la réalisation est vraiment bien assurée dans ce film (surtout qu’il s’agit d’un premier long-métrage), en termes de composition des plans, mouvements de caméra, montage, l’ensemble offrant une visibilité parfaite de l’action – quand il y en a - et une certaine teneur à la péloche. Le problème, c’est que cette réalisation sert des décors pas vraiment pauvres, comme j’étais tenté de l’écrire, mais terriblement froids. On en revient au manque de moyens potentiel (comparativement aux ricains, bien sûr, parce qu’on est quand même pas mal logé si on compare à d’autres pays) et aux impératifs économiques d’un cinéma français frileux en matière de SF; ou bien à la volonté auteurisante des réalisateurs d’chez nous, héritage d’une certaine idée du Grand cinéma français. Toujours est-il que cela débouche sur une vision glacée de l’avenir, sans grand relief ni réelle saveur.

Ce qui créé un sentiment de vide, de malaise, encore renforcé par un scénario au rythme porté sur l’économie d’énergie et plutôt mal fichu, tout en réserve et demi-teinte. Si l’on peut faire l’impasse sur son côté prévisible (il y a bien une fausse-piste pour nous fourvoyer mais, comme elle n’est que vaguement suggérée, elle fout plus la merde qu’autre chose), il est en effet beaucoup plus difficile de faire de même pour le « flottement » de l’intrigue, cette sensation que l’on n’est jamais pris par l’histoire. Ça tient peut-être aux personnages qui, dans cet univers froid et aseptisé, semblent comme morts et nous font donc difficilement réagir. Dommage, encore et toujours, car tous les acteurs sont plutôt bons (exception faite de Marthe Keller qui, lors de 2/3 répliques, est carrèment nulle à chier) et auraient sûrement pu apporter beaucoup plus au film. Dupontel quand même, j’veux dire !

Chrysalis laisse donc un sévère arrière-goût de rendez-vous manqué et devrait vous mettre un seul et amer mot à la bouche : dommage. Non pas que le film soit vraiment mauvais (il y a même quelques scènes vraiment bonnes, comme l’opération holographique vraiment novatrice), mais il est en fait trop français. Je sais, c’est con à dire, mais c’est comme ça. Et ce qui est encore plus con c’est qu’il faudra sûrement attendre que Julien Leclercq, son réalisateur, s’expatrie lui aussi aux states pour nous pondre un vrai bon film. Dommage…   

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