Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

13 octobre, 2007

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Jesse James est une des figures mythiques de l’Ouest, une des premières « superstars » à avoir vu le jour de l’autre côté de l’Atlantique. Sorte de Robin des bois avec des colts, sa légende s’est bâtie sur le récit de ses « faits de gloire », relatés au travers de romans qui permettaient à chacun de vivre les aventures du bandit au grand coeur, de partager cette liberté. Sa mort elle-même participe de ce mouvement de glorification : tué d’une balle dans le dos, acte lâche par excellence et preuve ultime de son invincibilité, car seule cette odieuse tactique a pu mettre fin à ses jours. D’ailleurs, le titre du film qui nous intéresse présentement, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, abonde largement dans ce sens en mettant bien en avant l’aspect fourbe de cet acte. Mais est-ce là réellement la volonté du film ?

Car le métrage commence sur une voix-over nous énoncant des détails sur la vie de Jesse James, des points factuels et très terre-à-terre. Nous comprenons alors que nous n’allons pas suivre le destin éclatant d’une légende mais bien la fin d’un homme, d’un simple être humain avec ses défauts. Jesse James n’est pas ici un héros, bien au contraire. C’est un ancien sudiste convaincu (pour ceux qui ne sont pas au fait de l’histoire des states, cela implique qu’il est pro-esclavagisme), un homme pouvant être violent et fichant une peur bleue aux membres de son gang, malade autant physiquement que psychologiquement. Bien loin de l’image d’épinal que pouvaient véhiculer les romans s’inspirant de ses braquages, donc. Et tout le film participe de cet effort d’aller au-delà de la légende, de rechercher une certaine vérité, un réalisme auquel se confrontera la vision idéalisée de Robert Ford, jusque-là admirateur obséquieux de Jesse James (il en viendra lui-même à démonter la légende après avoir voulu en faire parti, quand la réalité de son geste le rattrapera, par exemple dans la scène où il reprend un chanteur sur le nombre d’enfants qu’avait le « héros » ou bien dans sa façon obsessionnelle de vouloir montrer et expliquer le meurtre). L’utilisation répétée d’un point de vue comme au travers d’un appareil photo marque bien aussi cette volonté, puisque la photographie était à l’époque – les trucages photo n’étaient pas encore très répandus – la meilleure façon de capter le réel, elle était porteuse d’une idée de « Vérité ». Cette même « Vérité » que cherche à atteindre le film. 

Mais le principe de la photographie n’implique pas seulement le concept de réalisme, et c’est bien là le problème du métrage. Car une photographie est aussi un moment passé que l’on ne retrouvera jamais, un moment mort n’existant plus qu’au travers d’une image, elle-même génitrice du souvenir. Un système que le film reproduit encore par une économie de mouvements de caméra et de montage, faisant de ses plans de longs instantanés. L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford baigne ainsi dans une ambiance atmosphérique, posée, soutenue par une musique splendide mais oh! combien mélancolique. Car c’est bien à un « spectacle » de mort auquel nous assistons, et tous ses protagonistes ne sont pas des légendes qui vivront à jamais mais des êtres déjà morts, les symptômes d’un passé en train de disparaître à l’orée du nouveau siècle. Ce n’est pas un hasard si les frères James veulent cesser leurs activités, si Robert Ford ne vivra jamais réellement : tous sont déjà morts. Et cette ambiance funeste va quelque peu plomber le film, comme la châpe de nuages omniprésente tout du long. Surtout que l’ensemble s’étire sur plus de 2h30, ce qui implique un énorme manque de rythme pouvant aisément faire décrocher le spectateur. Ce qui est un défaut sans en être réellement un non plus, puisqu’il s’agit du propos même du film.

A la fois d’une beauté glacée et figée (l’image est au diapason de la musique, avec des plans tout bonnement magnifiques), L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford serait un peu comme une version extrême de l’Impitoyable de Clint Eastwood, en cela que le côté crépusculaire/mortuaire et la mise à mal des légendes de l’Ouest y sont encore plus prégnants. A un point tel, d’ailleurs, qu’il est difficile de la classer comme un western (ce qu’est le film de Eastwood). Ou, pour être plus précis, de ne le classer uniquement que comme un western. Car il s’agit aussi d’un véritable film historique, parfois un peu lassant (chiant ?), mais toujours sincère et maîtrisé. La vérité derrière la légende, en somme.

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L’Ennemi intime

6 octobre, 2007

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« Algérie, 1959. Un jeune lieutenant idéaliste et volontaire, Terrien (Benoit Magimel), prend le commandement d’une section française dans l’une des régions les plus reculées du pays colonisé, une région où le FLN est très actif. Partant régulièrement en missions aux côtés de ses hommes et du sergent Dougnac (Albert Dupontel), un vieux de la vieille que les guerres ont fini par désabuser, Terrien essaye de régler les conflits avec humanité, refusant les méthodes barbares que pratiquent ceux qui sont là depuis plus longtemps que lui. Seulement voilà, l’horreur est partout et, comme un voile, se met à couvrir le regard du jeune idéaliste qui bientôt en oublie jusqu’à ce qu’il était. Un monstre naît en lui, enfanté par la guerre. Son pire ennemi…« 

Alors, puisque vous êtes des gens cultivés et suivant l’actualité, je suis sûr que vous devez déjà avoir entendu tout ce qui doit être dit sur L’Ennemi intime, quatrième long-métrage de Florent-Emilio Siri (Nid de guêpes, Otage). Oui, c’est un film à la réalisation maîtrisée, mélange de classicisme à la 50′s – pour tout ce qui touche à la composition du cadre, aux mouvements de caméra et au montage, sans artifice ni effet tape-à-l’oeil – et d’images léchées à l’américaine (voyez les couleurs désaturées sur les images plus bas, une norme devenue quasi-obligatoire depuis Il faut sauver le soldat Ryan pour représenter les guerres du passé). Oui, le film traite intelligemment de la guerre d’Algérie, sans manichéisme, montrant à la fois les horreurs commises par le FLN et l’armée française, profitant aussi de son sujet peu traité au cinéma pour rappeler un certain nombre de faits que l’on ne retrouve pas dans les manuels d’Histoire français. Mais plus encore, le film se pose comme un pamphlet contre toutes les guerres, symbolisées par le personnage de Dupontel, et qui finissent toutes par nous faire renier nos valeurs. Oui, le casting est de premier choix, que ce soit en ce qui concerne les têtes d’affiche comme les seconds rôles, qui nous deviennent familiers en quelques plans, en deux, trois dialogues ou détails. Et oui, donc, L’Ennemi intime est un très bon film.

Pourtant, il demeure comme un impression de manque au visionnage du film, un petit vide qui l’empêche de vraiment éclater à l’écran. Ce manque, c’est en fait un refus d’avoir recours à une véritable ampleur cinématographique, à un plaisir épique. Un défaut qui n’en est pas vraiment un puisque ce n’est absolument pas là le propos du film, ni son but. Au contraire, L’Ennemi intime vise un réalisme le plus complet possible, à approcher la Vérité au plus près (une volonté que l’on retrouve souvent dans les films de guerre puisqu’ils ont la valeur de « témoignage », de « devoir de mémoire ») comme le prouve l’objectivité du point-de-vue adopté, en se refusant à tout parti-pris. Mais il n’empêche que cette démarche presque documentaire (pas étonnant lorsque l’on sait que le scénariste est Patrick Rotman, réalisateur d’un documentaire choc sur le sujet et à l’origine du film) en vient à étouffer les scènes d’action, pourtant bien menées et impressionantes. Parce que le plaisir que l’on peut avoir à regarder des trucs péter ne fait pas vraiment le poids quand ont le met à côté de l’horreur et de la culpabilité.

L’Ennemi intime est donc un très bon film, ça oui, en plus d’être une vraie preuve de maturité dans la filmo d’un Florent-Emilio Siri qui assure de plus en plus; mais ce n’est pas vraiment non plus un film que l’on regarde avec plaisir. Et c’est peut-être ça, le signe le plus flagrant de sa réussite : être un film qui parvient à faire revivre l’Histoire dans tout ce qu’elle avait de plus crue, de plus ignoble, et nous le renvoyer à la face avec la destruction de destins qui ne nous sont pas si éloignés. Ce qui ne fait pas forcèment plaisir, mais la mémoire est un fardeau que l’on ferait bien de moins laisser de côté si l’on ne veut pas voir revenir des horreurs du passé (suivez mon regard… non, plus bas… il n’a pas ses talonnettes, aujourd’hui…) et ce film la ravive avec force et rage. La marque des grands films de guerre, mais pas forcèment des grands chefs d’oeuvres… il y manque juste un peu de coeur, je crois…

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99 F

3 octobre, 2007

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Jan Kounen est un réalisteur comme je les aime, un de ceux qui osent explorer des territoires encore vierges avec sa caméra et dont le style propre ne ressemble à celui d’aucun autre dans le genre survolté. Dobermann avait été un choc à l’époque car, en plus d’être un film français comme on n’en avait jamais vu, c’était aussi un film d’action où même les dialogues étaient « dynamiques ». Quant à Blueberry, son second film, bien qu’étant dans sa majorité assez posé et contemplatif (rien à voir avec ses premières oeuvres, en somme), se permettait malgré tout quelques expérimentations qui laissèrent les fans de la bd dubitatifs. Et on retrouve beaucoup de ces deux films dans 99 F, dans la façon qu’a Jan Kounen d’être un réalisateur qui va au-delà de l’image « classique » du cinéma grâce à diverses techniques de montage et autres trucages, où ce qu’il montre va au-delà de ce que l’on verrait normalement. En effet, la caméra n’est pas pour lui qu’un simple oeil captant le réel, elle n’est au contraire qu’une base à partir de laquelle il va jouer, la triturant pour accoucher d’un film qui jamais ne cherchera à cacher sa nature « fictive », qui se donne comme un film et rien d’autre. Plus encore, elle est une caméra « subjective », la visualisation de la psychée de son héros dans tout ce qu’elle peut avoir de plus sensitif (rappelez-vous justement le climax de Blueberry). Autant dire, donc, que 99 F était un projet parfait pour Jan Kounen.  

Car le livre d’origine de Beigbeder a la particularité d’être écrit à la première personne, déjà, il est le reflet du cheminement mental de son héros, ce publicitaire baignant dans la réussite et les excès jusqu’à une prise de conscience qui l’amènera à prendre du recul par rapport à cet univers. Et donc à l’analyser, le commenter, le faire s’effondrer sur lui-même. Pour bien comprendre à quoi cela peut ressembler, je vous propose de tout simplement repenser au cultissime Fight Club de David Fincher (une filiation que Jan Kounen avoue ouvertement au détour d’un plan faisant référence à la « scène Ikea » du film de Fincher), un long-métrage ayant beaucoup de rapports avec le nouveau Kounen : dans les deux cas, on suit un trentenaire parfaitement intégré à un système et qui va vouloir en sortir quand il découvrira autre chose que cette routine, allant jusqu’à la combattre et essayer de la détruire, devenant par-là même sympathique à nos yeux; dans les deux cas, et pour renforcer cette « sympathie » que l’on a pour le héros, une narration en voix-over omniprésente est utilisée et le personnage commente avec cynisme l’ensemble du film, des acteurs aux situations; dans les deux cas, on a une réalisation « subjective » - les  »techniques » et « trucages » dont je parlais plus tôt - qui adopte le point-de-vue du héros et qui se matérialise sous des formes assez barrées;… Dans les deux cas, il s’agit ainsi de films centrés sur un personnage unique, omnipotent, mais aussi de sa lutte contre un système car c’est au travers de cela qu’il va se mettre à réellement exister (c’est d’ailleurs pourquoi les films ne portent pas, en titre, le nom de leur héros malgré leur rôle plus que central). Autant dire, donc, qu’il fallait un acteur solide pour supporter l’ensemble du film et les différentes facettes du personnage.

Chose que réussit parfaitement Jean Dujardin qui, mine de rien, est en train de devenir un des acteurs les plus intéressants du cinéma français, que ce soit dans la comédie ou les registres plus sérieux. Possédant un véritable talent de caméléon, l’acteur parvient ici à rendre vivant Octave Parango sur différents plans, que ce soit dans la fiction (l’alter-ego de Beigbeder) comme dans la « réalité » (Beigbeder lui-même). Tour à tour répugnant, attachant, exaspérant et émouvant, Dujardin confirme donc encore davantage son talent en portant le film sur ses épaules avec une l’élégance d’un dandy coké jusqu’aux yeux. Et n’oublions pas le reste du casting, qui laisse voir d’autres acteurs et actrices excellents comme Jocelyn Quivrin, Elisa Tovati ou bien les habitués des films de Kounen, comme Dominique Bettenfeld ou Antoine Basler, que l’on n’avait plus vu aussi bon depuis son cultissime rôle de Moustique dans Dobermann.

99 F est donc un film drôle, fou, gerbant, intelligent, pamphlétaire, une véritable réussite à laquelle on ne pourrait reprocher qu’une légère baisse de rythme dans ses dernières minutes… je me rends compte que l’on pourrait apparenter cette critique à une sorte de pub pour un long-métrage critiquant justement la publicité, ce qui pourrait sembler assez contradictoire. Mais, putain, quand c’est pour promouvoir un film bon comme ça, faut avouer que ça fait du bien de se ranger du côté du Diable ! Jan Kounen Rules !

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Shoot ‘Em Up

21 septembre, 2007

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« Mr Smith est un homme mystérieux, une sorte d’humaniste-misanthrope ne désirant rien d’autre que de disparaître dans la crasse d’une grande ville. Seulement, voilà, quand une femme enceinte et terrifiée passe devant lui, poursuivie par un homme jurant sa mort, ce Robin des bois moderne n’a d’autre choix que de s’interposer. Manque de pot, il ne s’agit pas d’une simple dispute conjugale et, bientôt, Mr Smith se retrouve avec des dizaines de tueurs à gage sur le dos et un bébé sur les bras. Heureusement pour lui, Mr Smith sait faire parler la poudre… »  

Bon, on ne va pas tourner 150 ans autour du trou de balle et aller droit à la cible (remarquez la métaphore filée des armes à feu) : ce film est carrèment débile. Mais débile d’une force ! Pourtant, il ne s’agit pas d’un « débile » genre « je n’écrirais rien sur ce film, c’est une merde ! » (© La Cité de la peur), mais bien d’un  »débile » genre « ce film est un putain de gros délire nawakesque ultra-fendard ! ». Parce que si l’on est le genre de spectateur à ne prendre en considération que la qualité du scénario, la cohérence et la crédibilité, eh bah Shoot ‘Em Up n’est absolument pas fait pour vous, vous pouvez d’office passer votre chemin. Par contre, pour ceux qui n’ont rien contre des scènes d’action toutes les 7 minutes, de la violence mongoloïde, de l’humour 3ème degré  et un mega-bad-ass anti-héros à la cool, ne cherchez plus et réservez 1h30 du temps que vous pourriez passer à regarder une connerie (une vraie, celle-là) à la télé pour mater ce film où l’on shoote plus que l’on ne cause . Et dans la bonne humeur, pour ne rien gâcher !

Dire donc de Shoot ‘Em Up que c’est une comédie d’action serait comme dire qu’il est dangereux de participer au concours du plus gros mangeur de clous rouillés : ça tombe sous le sens. Le film se complaît même tellement dans ce savoureux second-degré qu’il en flirte parfois avec la parodie, un genre où la cohérence n’est pas vraiment nécessaire, ce qui permet d’adopter un rythme de fou en enchaînant les scènes comme autant de petits modules quasi-indépendants et qui valent principalement pour les idées qu’il y a dedans (voir les Scary Movie).  Le réalisateur Michael Davis avait déjà usé de ce stratagème pour pondre un petit film d’horreur bien sympa, Monster Man, qui jouait à gonfler les codes du genre (son véhicule est, par exemple, un monster truck) à l’extrème tout en s’arrêtant avant que cela ne bascule complètement dans l’humour.  Et ce principe appliqué au film d’action donne quelque chose qui, il faut l’avouer, est assez joussif ! Il faut voir les hommes de main arriver par vagues et de nulle part pour comprendre à quel point ils ne sont là que pour faire de la casse – leur spécialité semble être de toujours louper leur cible, même quand elle est à deux mètres devant eux et à découvert - tout en se faisant sévèremment démastiquer (quelques plans gores sont à prévoir). Ça n’a ni queue, ni tête, mais ça a des flingues et ça c’est chouette !

L’histoire est donc inexistante, ou alors terriblement banale, mais cela signifie-t’il pour autant que l’on assiste à un spectacle creux ne consistant qu’en des « bang-bang ! » et des ‘kouishhh ! » à l’écran ? Eh bah… oui… Presque. Mais ça ne pose pas réellement problème, car ce manque est pallié par une réelle inventivité mise au service de la vacuité, que ce soit dans les situations (le gunfight en chute libre, la scène du « marionnettiste des flingues ») ou dans les chorégraphies des fusillades avec une utilisation des décors très dynamique. Et puis il y a Clive Owen qui, après Sin City, prouve une nouvelle fois qu’il assure grave en anti-héros débonnaire et ultra-violent. Son personnage de Mr Smith, cet homme dont on ne saura peut-être jamais rien, est exactement ce que l’on pourrait appeler un chevalier errant. Un homme de principes, sans maître et sans but, et pour qui l’apparition d’une « mission sacrée » sera l’occasion de reconstruire son univers perdu. Mais on pourrait aussi dire de lui que c’est un personnage de dessins-animés, avec sa manie de manger des carottes (ou de tuer avec ses carottes… sérieux !) rappelant un certain lapin; ou bien encore un cow-boy, comme le laissent entendre des musiques typées western entre deux morceaux de métal,…

Autant de références qui participent donc de cette impression de gros bazar foutraque et jubilatoire où tout n’a été pensé qu’en fonction du fun que cela pourrait apporter, comme un jeu vidéo où l’on enchaîne les niveaux avec la satisfaction du gamin qui fait tout péter. On n’a pas le temps de s’ennuyer devant ce Shoot ‘Em Up et, pour peu que l’on fasse l’impasse sur ses défauts de jeune chien fou, on se rendra compte qu’on tient là une péloche tripante comme peu existent. Here comes the nanny !   

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Mr. Brooks

7 septembre, 2007

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« Mister Brooks est un modèle de réussite de l’american way of life : patron d’une entreprise florissante, marié à une belle blonde, avec une gentille fille à la fac… Sauf que, voilà, Mr Brooks a un problème : il est schizophrène. Et sa deuxième personnalité, Marshall, sait ce dont il a besoin même s’il le repousse depuis deux ans déjà : tuer. Froidement, méthodiquement. Car Mr Brooks est un serial-killer, et quand il cède à nouveau à ses pulsions meurtrières, il fait alors une erreur qui risque bien de l’exposer à la lumière…« 

Bon, ok, l’histoire fait très « Hollywood Night » du samedi soir sur TF1 racontée comme ça, mais je me suis volontairement restreint – déjà que j’ai peur d’en avoir trop dit - pour ne pas trop déflorer quelques éléments du scénario qui m’ont assez surpris (parce que je m’attendais plus à un « Hollywood Night »-like, justement). Parce qu’il y a de très bonnes choses dans ce Mr Brooks, principalement le portrait de son anti-héros, tueur en série qui lutte contre son addiction au meurtre et dont on partage la replongée sanglante. Un rôle souvent bien écrit, donc, mais surtout interprété par un acteur que l’on n’attendait pas forcément  dans ce rôle (franchement, « Kewouin » Costner en serial-killer, c’est pas vraiment ce que l’on peut appeler une association logique) et qui s’en sort haut la main, le rendant aussi méprisable que sympathique. Vous verrez, c’est pas du pipeau. Il y a des moments où il est carrèment flippant, d’autres où il est parfaitement banal, et d’autres encore où il vous fait sacrèment rire (la scène où il discute avec son double et se marre à propos de trucs horribles est géniale) ! Jusque là, on a ainsi un long-métrage assez brillant et qui fait bien plaisir à voir.

Mais voilà, il y a un problème car le film ne se concentre pas uniquement sur lui et son histoire qui se serait parfaitement suffit à elle-même, que ce soit au niveau de l’intrigue ou de la thématique (encore une fois, je préfère ne pas trop en dire). On suit donc aussi la pseudo-enquête d’une fliquette pas du tout crédible (Demi Moore en fille à papa multi-millionnaire qui a des choses à se prouver) et dont l’histoire personnelle interfère même avec celle du tueur ! « Oh, là, là, c’est une policière qu’a les boules parce que son divorce se passe mal ! »  »Oh, là,là, il y a un type qu’elle a arrêté il y a longtemps qui vient de s’évader et qui lui en veut ! » « Oh, là, là,… » Tout ça pour dire que le film perd sacrèment de temps avec ces bêtises et doit, en plus, y rattacher par la suite l’intrigue principale de façon assez artificielle. Ce qui donne la désagréable impression que toutes ces scènes ont été rajoutées par la suite, pour inclure dans le film un peu de sexy attitude (parce que Demi Moore ne sert jamais qu’à ça) et 2/3 scènes d’action.

A se demander donc si Mr Brooks n’aurait pas eu quelques désagrements lors d’un de ces « screen-tests » merdiques tant la superposition des deux intrigues fait fausse, forcée. Surtout que cela se ressent aussi sur la durée (2h avec une bonne grosse vingtaine de minutes à couper), le film ayant donc eu tout a gagner à ne se focaliser que sur son rôle-titre : de la cohérence, de l’efficacité et de la qualité. En l’état, Mr Brooks n’est que sympathique quand il aurait pu être excellent, voire génial. Dommage. Et incompréhensible.

n.b. : je précise que l’affiche au-dessus n’est pas l’affiche française, très laide, mais une affiche américaine qui cristalise le problème du film : l’américaine, avec Kevin tout seul et qui montre la dualité du personnage, est superbe. La française, avec Demi Moore dessus et la présentation du film en tant que simple jeu du « gendarme et du voleur », est à chier. Comme quoi la présence de Demi Moore gâche beaucoup de choses… 

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Hairspray

1 septembre, 2007

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La comédie musicale est vraiment un genre cinématographique étrange. Quand on l’utilise, on peut parler de tout car tout passe comme une lettre à la poste, on peut montrer n’importe quoi sans que cela soit remis en cause,… car la comédie musicale dédramatise tout. Elle est « second degré » par nature, extra-réelle. Non pas que l’on ne peut pas être ému mais, à moins d’être neurasthénique, il est difficile d’être triste devant une comédie musicale (voyez les films indiens, et tout particulièrement les drames – ce qui veut dire presque tous – qui sont les plus marrants). Alors quand on doit parler de sujets aussi lourds que l’intégration et la différence, pourquoi ne pas le faire en musique ?

Hairspray narre donc l’histoire d’une jeune fille un peu trop grosse dans le modèle de perfection des sixties, ce qui ne l’empêche pas de rêver de participer à un show musical télévisuel dont elle est fan. Tout particulièrement l’émission du mardi, le « negro day » où les noirs peuvent s’exprimer en dansant et chantant à leur façon. Grâce à sa forte personnalité et à un certain talent de danseuse, la jeune fille parvient à réaliser son rêve et intégre l’émission, mais c’est pour mieux découvrir la ségrégation qui ronge les usa de l’époque. Courageusement, et en chanson, la jeune fille changera tout ça (on va me dire encore que je spoile, là, mais tout le monde se doute qu’une comédie musicale sur l’intégration et le racisme aura un happy-end, ou alors on tient là l’exemple d’un des rares blockbusters néo-nazis).

On pourrait craindre avec un tel scénario que Hairspray ne soit qu’une énorme guimauve meringuée, ce qui est un peu le cas, mais cela fait en fait parti du délire, cette béatification qu’avaient les sixties sur elles-mêmes et la façon dont elles se représentaient. Cela s’explique aisément par l’origine du film, une autre version (non musicale, celle la) sortie en 1988 et réalisée par John Waters (qui a un caméo très rigolo), plus communément connu sous le surnom de « Pape du Trash ». A savoir qu’il s’était spécialisé dans les excès, tous les excès, que ce soit faire bouffer une vraie merde de chien à l’un de ses acteurs – ou actrice, parce que c’était un travelo qui jouait d’ailleurs déjà le rôle de Travolta dans l’original - ou bien user d’une caricature appuyée pour railler ce qui n’allait pas dans son environnement (la ville du film, Baltimore, est sa ville natale). Et on retrouve quelque peu cette influence dans le film, une très bonne chose puisque cela nous offre quelques blagues assez décalées et un ton qui évite trop la miévrerie, ce qui est toujours pas si mal quand on parle du remake d’un film à partir de la comédie musicale qui en avait été tirée.

Mais le principale dans une comédie musicale, si ce n’est la comédie, c’est le musical ! Et de ce côté, le film s’en sort plutôt bien avec des morceaux qui swinguent sévère, qui balancent grave, complètement bath, quoi ! Les numéros de danse ne sont pas en reste et offrent une assez grande variété de configurations (chanson en solo, en groupe, en montage alterné,…)  et de styles qui maintiennent le rythme sur près de deux heures. Le tout avec le classicisme des comédies musicales d’antan, ce qui signifie  beaucoup de caméras fixes mais toujours ce côté clinquant et foisonnant qui fait de l’image un véritable spectacle, qui la rend vivante. Car c’est pour ça qu’étaient faites les comédies musicales à l’époque : en foutre plein les yeux et les oreilles.

S’appuyant sur un casting 4 étoiles où tous tirent leur épingle du jeu, Hairspray est donc un film très sympa et une excellente comédie musicale. Bon, c’est sûr que les classiques que sont The Rocky Horror Picture Show ou Phantom of the Paradise peuvent encore dormir sur leurs deux oreilles, mais en cette période de rentrée grise et de politique de plus en plus à l’extrême droite, ça fait plaisir de voir un petit film qui se veut juste divertissant, positif, et qui le fait bien. 

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Evan Tout-Puissant (Reloaded)

28 août, 2007

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Comme je m’étais promis de le faire – dans ma critique « div-x-nation » – si l’occasion se présentait, je suis allé voir Evan Tout-Puissant au cinéma (prenez ça dans votre face, détracteurs du div-x !). Histoire de confirmer mon opinion plutôt excellente de ce petit film (c’est rigolo de dire « petit » parce que c’est le plus gros budget jamais alloué à une comédie) (qu’est-ce qu’on se marre !), mais ce nouveau visionnage m’a contraint à revenir en ces terres désolées pour apporter quelques petites précisions. Comme j’ai déjà bien parlé de ce film (cherchez dans la catégorie « Div-X-nation »  pour retrouver la critique complète), je vais faire très vite et ne gâcherais le temps de personne.

Numero uno : la vf craint. Mais vraiment, elle craint ! Ça étonne quelqu’un ? Personne ? Comme c’est étonnant…

Numero doue : la vf craint… ah non, je l’ai déjà fait, ça. Ah, oui ! Les commentaires sur Dieu que j’avais mal compris en vo non sous-titrée ! Ou comment on nous explique que le Déluge invoqué par Dieu n’est pas un système d’épuration à faire pâlir de jalousie les nazis mais bien un acte d’amour… bah oui, les animaux viennent par paire pour… s’aimer… et tout ça. J’avais donc manqué ces quelques petites touches d’hypocrisie quand j’avais le cul vissé devant mon ordi, mais au cinéma on ne peut pas passer au travers. Voilà, c’est pas très méchant mais ça rend quand même le film un peu moins sympathique. Dommage.

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Ratatouille

28 août, 2007

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« Rémi, petit rat de campagne, est un passionné de cuisine. Un jour, par sa faute, toute sa colonie est forcée de déménager et il se retrouve à voler de ses propres ailes dans Paris, la capitale de la gastronomie. S’incrustant dans un restaurant légendaire, il va se lier d’amitié avec un humain maladroit, chacun profitant de cette association pour réaliser ses rêves…«  

Grandiose ! Avec ce nouveau film, Pixar confirme le sens de l’excellence que l’on retrouve presque toujours dans leurs films, ce génie dans la façon d’aborder l’animation par informatique et qui renoue habillement avec la méthode classique. Ratatouille, c’est un dessin animé à l’ancienne fait avec des méthodes contemporaines, parce que c’est dans les vieux bols que l’on fait les meilleures ratatouilles, bien sûr ! (hahaha… j’vais m’pendre)

Ce film a donc beau être, comme à chaque production du studio, une avancée dans la maîtrise des images de synthèse (avec des textures plus réalistes, des mouvements plus fluides, des volumes plus concrets, des poils plus luxuriants,…), il n’en demeure pas moins qu’il se prévaut d’une certaine tradition disneyenne de l’animation. Si l’on prend le cas des personnages et de leur character-design particulièrement réussi, par exemple, on remarque qu’ils sont stylisés à l’extrême et ne cherchent pas à imiter le réel comme pourrait le permettre l’informatique (voyez Beowulf). Le cadre de l’histoire (un Paris fantasmé et hors du temps) et le comique (basé uniquement sur les situations et les personnages) participent aussi de cet effort, ils sont pensés de façon à avoir toujours autant d’impact dans 10, 20 ou 60 ans. Il s’agit donc bien ici d’un véritable dessin animé, un de ces « grands classiques »  intemporels qui ont fait la réputation du studio Disney depuis près de 70 ans. Un « grand classique » brillant.

Mais il ne faudrait pas mettre tout le crédit du succès de ce film sur le compte de l’héritage disneyen, ce serait oublier l’homme aux commandes : Brad Bird. Ancien transfuge de la série « Les Simpson » sur laquelle il a acquis des bases plus qu’excellentes, le sieur s’est réellement fait remarquer avec son premier long-métrage, Le Géant de Fer, un des derniers grands dessins animés à l’ancienne. Puis il a retourné tout le monde avec Les Indestructibles, chef d’oeuvre de l’animation « adulte ». Et aujourd’hui encore, son talent explose au travers de Ratatouille : la réalisation est virtuose, ne serait-ce que par rapport au brio avec lequel elle fait cohabiter des personnages à échelles si éloignées dans un même plan. Et, puisqu’il s’agit d’animation par ordinateur, les libertés que l’on peut prendre avec la « caméra » s’en retrouvent décuplées, Brad Bird les utilisant plus qu’efficacement : la scène de la première soupe de Rémi (le rat-héros), dans le restaurant, est donc instantanément une scène d’anthologie avec sa caméra sans cesse en mouvement, accompagnant chaque geste du perso, chacun de ses regards avec une fluidité hallucinante. Et des scènes d’anthologie comme celle-ci, le film en compte beaucoup.

Ratatouille est ainsi un véritable chef d’oeuvre, un petit bijou de film d’animation avec un scénario solide, une réalisation béton, une musique excellente,… Je ne vois pas ce que je peux dire de plus : si vous n’avez pas compris que vous devez courir au cinéma, je ne peux rien faire pour vous.

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