Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

American Gangster

30 novembre, 2007

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 « Frank Lucas (Denzel Washington) travaille depuis plusieurs années pour Bumpy Johnson, le Parrain noir de Harlem, en tant que chauffeur et homme de main. Mais le début des 70′s est l’époque des changements et c’est en toute logique qu’il prend la relève lorsque son patron meurt. Réorganisant la mafia noire autour de sa famille et révolutionnant le business de l’héroïne en traitant directement avec les producteurs, Frank acquiert rapidement à son tour le titre de Parrain de Harlem. Mais cette réussite aussi  brillante que subite finit par  attirer l’attention de l’intégre inspecteur Roberts (Russel Crowe), récemment promu à la tête du jeune département anti-drogue et bien décidé à faire son boulot…« 

Alors c’est sûr que comme ça, en lisant le synopsis, on pourrait croire qu’on va assister à un bras-de-fer titanesque entre deux excellents acteurs, avec une pure ambiance de polar des seventies, une bonne grosse fresque dans les tréfonds de New-York de 2h30… mais non. Je sais, ça ne commence pas terrible comme critique mais c’est pourtant vrai : jamais, au cours du film, le duel Washington/Crowe ne satisfait nos attentes. Et en même temps, on se demande comment cela pourrait être le cas puisque leurs personnages ne se rencontrent que dans les 20 dernières minutes du film ! Remember Heat, anyone ? Nous suivons donc pendant deux heures deux intrigues qui peinent à se recouper sur le plan narratif ou à entrer thématiquement en résonnance (tout juste le contraste « Lucas qui réunit sa famille »/ »Roberts qui perd sa famille »). Ceci étant peut-être dû au fait que le scénario veuille coller au plus près de l’histoire vraie dont il s’inspire, ce qui retire pas mal de liberté en matière de dramatisation.

Pire encore, jamais le scénario ou la réalisation ne parviennent à provoquer notre empathie pour les personnages. C’est bizarre, mais il y a toujours comme une distance entre nous et ce que nous voyons, on ne s’implique pas dans l’histoire. La faute encore à ce manque de dramatisation, le film adoptant une forme « énonciation de faits » un peu fastidieuse. Mais si cette approche fonctionnait dans le Zodiac de Fincher (justement parce que cela correspondait à la méticuleuse enquête du personnage principal), ici les personnages ne donnent l’impression d’être que des figures lointaines quand on aurait aimé avoir des héros tragiques. Avec exactement la même histoire (suffit de passer des 20/30′s aux 70′s), Les Incorruptibles de Brian de Palma faisait ainsi bien plus plaisir car il n’hésitait pas à jouer sur le côté  »mythologique » de son sujet, ce que ne se permet jamais American Gangster dans sa constitution d’une chronique détaillée où aucune sous-intrigue n’aide la principale à s’élever (faut voir comment les seconds-rôles sont traités par-dessus la jambe, exactement l’inverse du film de de Palma : comparez comment sont traitées les teams d’incorruptibles dans les deux cas pour comprendre).

Alors, et malgré ces défaut majeurs, peut-on dire du dernier Ridley Scott qu’il s’agit d’une grosse bouse ? Bien sûr que non, parce que le réalisateur de Blade Runner et Gladiator sait quand même sacrèment bien s’y prendre pour nous faire de la bonne image (n’oublions pas qu’il était un clippeur au début de sa carrière et qu’il en a gardé un certain savoir-faire esthètique), avec une reconstitution des 70′s criante de vérité. Et puis il y a Russel Crowe et Denzel Washington, qui sont quand même deux putains d’acteurs. Et il reste aussi quelques scènes bien cool (la mise à mort en pleine rue par Frank d’un concurrent, par exemple), ce qui finit de nous faire rager quand on imagine ce qu’aurait pu être le film avec juste quelques scènes en plus. Va donc falloir attendre l’inévitable édition director’s cut, comme pour Kingdom of Heaven, afin de savoir ce que vaut réellement cet American Gangster.

n.b : putain, je suis vert ! C’est moi qui ai dormi ou le plan génial avec Denzel en contre-jour, qu’on voyait à la fin du trailer, a été coupé ? 

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La Légende de Beowulf

23 novembre, 2007

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Alors celui-là, on pourra dire que je l’aurai attendu ! Depuis presque un an et demi, je crois, depuis le moment en fait où j’avais lu l’annonce du projet sur le web et que je m’étaisrendu sur le site officiel, à l’époque un simple page avec le titre du film animé. Un truc cheap mais qui m’avait laissé malgré tout une forte impression, surtout vis-à-vis de ce que je connaissais du projet : le nouveau Zemeckis, tiré de la légende nordique de Beowulf et réalisé avec la technique du Polar Express, sur un ton adulte, et scénarisé par Roger Avary et Neil Gaiman… tous les éléments étaient déjà là, concrets sans même avoir vu une seule vidéo. Et quand le temps des trailers est arrivé, quel plaisir à chaque fois renouvelé ! La douce impression qu’on allait assister à un spectacle barbare, épique, fantastique, beau à en crever. Et alors, une fois l’attente terminée, qu’en reste-t-il ?…

Eh bah tout ce que l’on était en droit d’attendre, mon gars (je vous ai fait peur, hein ?) ! C’est bien simple, le film satisfait à quasiment toutes nos attentes – les miennes en tout cas, puisqu’un récent commentaire sur ce blog disait le contraire – en étant à la fois beau et tripant. Car malgré quelques rares plans un peu foireux, jamais personnages de synthèse n’ont été aussi vivants, laissant autant transparaître une réelle interprétation d’acteur et démontrant déjà une énorme évolution par rapport au photo-réalisme du Polar Express, ce qui laisse présager du meilleur pour l’avenir (une nouvelle forme de cinéma est réellement en train de naître). Surtout que la cadre dans lequel ils évoluent, leur ressemblance avec les vrais acteurs et le ton plus adulte de la péloche – c’est vraiment pas pour les p’tits kids, même s’il n’y a pas grand chose de choquant - les font exister à un autre niveau que celui de personnages animés. C’est difficile à expliquer, mais je crois en fait… que ça ressemble beaucoup à un film live !

Outre que ce « film live »-ci est débarrassé de nombre des contraintes physiques propre à un tournage classique, comme la caméra, par exemple. C’est tout con, mais la technique de performance capture permet vraiment des merveilles quand on la met dans les mains d’un mec comme Zemeckis, toujours prêt à expérimenter et à pousser son concept jusqu’au bout. Ce qui nous donne une réalisation s’adaptant au poil à son sujet, stable et sans fioriture pour les scènes classiques; et tout en mouvements normalement impossibles dès que l’action s’installe. A ce titre, les combats contre les monstres géants sont tout bonnement incroyables de lisibilité et de fluidité malgré les différences d’échelle, la caméra collant à l’action avec une ampleur quasi-mythologique (ceux qui connaissent le jeu « God of War » devraient apprécier). 

Mais La Légende de Beowulf n’est pas qu’un exploit technologique, loin de là, c’est aussi un conte avec sa rudesse et sa cruauté venues directement des terres du Nord. Les fans de vikings (yep, Judepomm, c’est pour toi) devraient bien baver devant la classe du héros, qui rappelle parfois dans sa brutalité et sa détermination un certain Buliwyf de forte bonne mémoire, et cela même s’il se permet 2/3 cabrioles dans le combat avec Grendell (magnifique créature, au fait) pas forcèment très crédibles. Alors on pourra toujours lui reprocher quelques blans dans son intrigue (restriction budgétaire, durée ou problème quant à l’adaptation du texte d’origine, ça je ne sais pas), mais ce serait se mentir et refuser d’avouer que, Beowulf, c’est barbare, épique, fantastique et beau à en crever !  Tout ce que l’on en attendait ! (et en plus la musique déchire !) 

Alors, allez, tous en choeur : « I – AM – BEOWULF !!! » 

(oui toi aussi, là dans le fond… oui, toi aussi, YOU – ARE – BEOWULF !!!)   

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Dans la vallée d’Elah

15 novembre, 2007

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« Hank Deerfield (Tommy Lee Jones, de plus en plus bon) reçoit un jour un appel lui annonçant que son fils, soldat récemment revenu d’Irak pour une permission, vient d’être déclaré déserteur. Etonné et inquiet, l’ancien militaire se rend sur la base pour chercher lui-même son enfant mais l’enquête est de courte durée car, très vite, un cadavre atrocement mutilé est retrouvé. Celui de son fils. Fou de chagrin, Hank n’en remarque pas moins le silence gêné de l’armée sur cette affaire et décide alors, avec l’aide de l’officier Emily Sanders (Charlize Theron, de plus en plus bonne), d’enquêter sur les circonstances troubles de ce meurtre« .

Y a pas à dire : la guerre, c’est une saloperie. Une affreuse machine dévorant les êtres humains sans êtat d’âme, les convertissant en billets verts et faits de gloire retombant sur ceux assez malins pour envoyer les autres crever. Poussant le vice encore plus loin, celle-ci ne fait aucun prisonnier, brisant les survivants de façon à ce qu’ils ne puissent plus s’adapter à une certaine normalité. Un sujet déjà maintes fois traité au cinéma mais là où Dans la vallée d’Elah y satisfait si bien, c’est dans son utilisation d’une actualité toujours brûlante. Car le dernier film de Paul Haggis nous parle bien de la guerre en Irak et, surtout, de ses conséquences sur les soldats poussés à la barbarie par leurs supérieurs, actuellement au centre d’une certaine polémique aux Etats-Unis. Un thème qu’il est donc salvateur et utile d’aborder, l’information étant le premier pas vers la contestation. Pourtant, et même si cela donne un « fond » solide au film, on pourra regretter qu’il tombe lors de ses révélations finales dans une explicitation un peu trop appuyée, un peu trop démonstrative.

Un léger défaut qui pourrait être mis sur le compte de la « forme » du film, au demeurant très réussie. Car Dans la vallée d’Elah ne suit pas le point-de-vue du soldat brisé et sa chute comme dans ses nombreux prédecesseurs thématiques. Bien au contraire, c’est à une véritable enquête policière sur les traces du disparu à laquelle nous assistons, hantée par un Tommy Lee Jones perdant peu à peu ses illusions dans l’armée et son pays. Une forme qui permet au film d’éviter le pathos ainsi qu’un ralentissement du rythme malgré son approche réaliste, un peu à la manière du Trois enterrements du sieur Jones, justement, qui agissait sur un principe similaire mais en faisant cette fois adopter les codes du western à son histoire.

Jouant habilement entre sa forme d’enquête policière et son fond pamphlètaire, Dans la vallée d’Elah est donc un excellent film tout en retenue jusqu’à un final que l’on aurait aimé être plus dans le ton de l’ensemble. Dommage, mais cela ne gâche en rien notre intérêt à suivre l’histoire ni la force des sentiments que l’on met dans le parcours d’acceptation du père, surtout que Tommy Lee Jones est vraiment excellent, réhaussé par une réalisation fine et assurée.

Y a pas à dire : la guerre, c’est vraiment une saloperie !   

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Les Promesses de l’ombre

10 novembre, 2007

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 « Une jeune russe de 14 ans, enceinte, arrive un jour aux urgences d’un hôpital où elle meurt d’une hémorragie. Sa petite fille, elle, est sauvée par l’équipe médicale présente dont Anna (Naomi Watts), la sage-femme qui trouve dans le sac de la défunte son journal intime. Boulversée par cette disparition et le sombre destin s’offrant à l’enfant, Anna va chercher à faire traduire ce journal et, ce faisant, va prendre contact avec les mauvaises personnes : la mafia russe de Londres et tout particulièrement Nikolaï (Viggo Mortensen), un « chauffeur » froid et dévoué. Mais jusqu’à quel point ?« 

Alors, n’étant pas vraiment un expert de Cronenberg, je ne m’avancerai pas trop sur la critique que beaucoup de mes confrères (la classe !) (hé! ho! maintenant qu’il y a plus de 10 000 visites sur ce blog, j’peux m’la péter un peu, non ?) emploieront sûrement et qui consiste à relier ce film au reste de sa filmographie, c’est à dire autour de son obsession de la transformation du corps. Mais bon, comme c’est incontournable, je vais m’y risquer un peu, pour la forme :
« oeuvrant principalement dans le fantastique à ses débuts, Cronenberg nous montrait alors la métamorphose du corps humain sous un aspect monstrueux, basculant avec brio dans une horreur autant viscérale que « charnelle » (La Mouche, Frissons,…). Pourtant, on constate depuis plusieurs années que  le sujet d’étude de Cronenberg s’est quelque peu déplacé, revenant à un plus grand réalisme, se recentrant sur l’humain dont le corps est déjà suffisamment transformable pour ne pas avoir recours au fantastique. Et Les Promesses de l’ombre correspond parfaitement à ce portrait car il ne raconte ni plus, ni moins que la transformation du corps de son héros, entre tatouages et cicatrices, entre faits de gloire et trahisons. »
Voilà. C’était pas terrible, hein ? Alors maintenant, je vais vous dire pourquoi j’ai vraiment aimé ce film.

Parce qu’il s’agit d’un putain de polar ! Voilà la raison ! Parce que si l’on ne suit au début que le personnage d’Anna, embringuée dans sa quête cathartique, ce n’est que pour mieux pénétrer dans l’univers de la mafia russe (celui-ci et ses intrigues internes finissent même par prendre le pas sur l’intrigue « principale »), un univers aussi terrifiant qu’exaltant. Et Cronenberg s’y prend de fort belle manière pour nous le faire découvrir, alliant un décorum vraiment classe et presque « mythologique » (la scène de l’intronisation est à tomber) à une brutalité frontale et sans concession (le combat dans le hammam, entre full-nudity et extrême-violence). Sans compter que Viggo Mortensen est absolument ENORME dans le film (Cassel est pas mal non plus), incarnant son anti-héros avec ce qu’il faut de nuances pour lier crédiblement et « ludiquement » les deux histoires, évitant ainsi que la partie avec Naomi Watts ne fasse trop tâche, ralentisse l’ensemble.

Alors, on pourra toujours prétexter qu’il s’agit là d’une des erreurs du film, cette propension à oublier son intrigue quitte à finir sur une conclusion on ne peut plus abrupte, mais ce serait passer à côté du véritable intérêt de ces Promesses de l’ombre : la présentation d’un monde réglé par les codes et la violence, un monde mystérieux et donc fascinant. En cela, le dernier Cronenberg rappelle parfois les meilleurs moments de la trilogie Pusher, sur la mafia danoise, sauf qu’ici l’étude de ces réseaux souterrains s’accompagne d’une certaine « iconisation » lui donnant des allures de vrai film noir (les Pusher sont aussi très bons mais pour d’autres raisons, comme leur réalisme sec par exemple), avec toute la classe que l’on attend des grands films. Voilà ce que sont Les Promesses de l’ombre : un putain de grand polar !  

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Chrysalis

3 novembre, 2007

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 Y a des fois où encourager le cinéma français de genre relève d’un vrai parcours d’obstacles, partagé entre le coeur et la raison. Le « coeur », c’est le goût pour un cinoche hexagonal sortant un peu de ses sentiers battus, parce que ça fait plaisir de savoir que nous aussi on peut faire du spectacle (c’est bien la seule chose pour laquelle je ferai un peu preuve de chauvinisme, mais ce n’est pas désintéressé) et qu’il y a une place pour ces films dans notre paysage cinématographique (voilà l’intérêt que j’y porte). La « raison »,  c’est la douche froide lorsque l’on est finalement confronté au film, ce qui arrive souvent avec les productions françaises qui sont bien loin du rythme et de l’efficacité des consorts ricains. Est-ce dû à un manque d’argent ? A un complexe que l’on essaye de pallier comme on peut ? Ou bien à une véritable volonté auteurisante ? Ce qui est sûr, déjà, c’est que ce n’est pas dû à un problème de technique ou à un manque de savoir-faire, et c’est là où c’est vraiment dommage. Et Chrysalis correspond bien à cela. Dommage.

Dommage car, donc, la réalisation est vraiment bien assurée dans ce film (surtout qu’il s’agit d’un premier long-métrage), en termes de composition des plans, mouvements de caméra, montage, l’ensemble offrant une visibilité parfaite de l’action – quand il y en a - et une certaine teneur à la péloche. Le problème, c’est que cette réalisation sert des décors pas vraiment pauvres, comme j’étais tenté de l’écrire, mais terriblement froids. On en revient au manque de moyens potentiel (comparativement aux ricains, bien sûr, parce qu’on est quand même pas mal logé si on compare à d’autres pays) et aux impératifs économiques d’un cinéma français frileux en matière de SF; ou bien à la volonté auteurisante des réalisateurs d’chez nous, héritage d’une certaine idée du Grand cinéma français. Toujours est-il que cela débouche sur une vision glacée de l’avenir, sans grand relief ni réelle saveur.

Ce qui créé un sentiment de vide, de malaise, encore renforcé par un scénario au rythme porté sur l’économie d’énergie et plutôt mal fichu, tout en réserve et demi-teinte. Si l’on peut faire l’impasse sur son côté prévisible (il y a bien une fausse-piste pour nous fourvoyer mais, comme elle n’est que vaguement suggérée, elle fout plus la merde qu’autre chose), il est en effet beaucoup plus difficile de faire de même pour le « flottement » de l’intrigue, cette sensation que l’on n’est jamais pris par l’histoire. Ça tient peut-être aux personnages qui, dans cet univers froid et aseptisé, semblent comme morts et nous font donc difficilement réagir. Dommage, encore et toujours, car tous les acteurs sont plutôt bons (exception faite de Marthe Keller qui, lors de 2/3 répliques, est carrèment nulle à chier) et auraient sûrement pu apporter beaucoup plus au film. Dupontel quand même, j’veux dire !

Chrysalis laisse donc un sévère arrière-goût de rendez-vous manqué et devrait vous mettre un seul et amer mot à la bouche : dommage. Non pas que le film soit vraiment mauvais (il y a même quelques scènes vraiment bonnes, comme l’opération holographique vraiment novatrice), mais il est en fait trop français. Je sais, c’est con à dire, mais c’est comme ça. Et ce qui est encore plus con c’est qu’il faudra sûrement attendre que Julien Leclercq, son réalisateur, s’expatrie lui aussi aux states pour nous pondre un vrai bon film. Dommage…   

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Stardust

2 novembre, 2007

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 « Dans un petit village anglais du 19ème siècle, nommé « Wall » en raison de l’antique muraille qui borde un de ses côtés et que jamais personne ne franchit, le jeune Tristan tente de s’attirer les faveurs de la plus belle fille des environs. Candide et aveugle, celui-ci ne voit pas la façon qu’elle a de se jouer de lui et fait donc encore moins le poids face à un autre préténdant, « meilleur parti » en tous points. Pour compenser ce manque et impressionner sa belle, Tristan lui promet alors de lui ramener l’étoile filante qu’ils ont vu tomber ensemble, même si celle-ci est perdue de l’autre côté du mur que jamais personne ne franchit… dans le royaume de Stormhold, un univers parallèle où les étoiles filantes deviennent de jeunes filles pour lesquelles se battent sorcières, princes et pirates de l’air. Et Tristan…« 

Adapté d’un roman de Neil Gaiman (De Bons présages, American Gods mais aussi les scénarios de Mirrormask et du Beowulf à venir… oui, je dirai qu’il « touche un peu sa bille », pour sacrifier au langage de l’époque), on pouvait décemment s’attendre à ce que l’histoire de ce Stardust tienne la route, en se montrant aussi originale qu’inventive avec la résurrection de figures classiques de la culture populaire passant par le prisme d’un humour tout ce qu’il y a de plus anglais. Et c’est le cas, vraiment. Partir aux côtés de Tristan à la découverte du monde de Stormhold est donc un réel plaisir tant le scénario multiplie les influences et les tons, passant des traditionnelles sorcières en quête de l’éternelle jeunesse aux pirates de l’air directement inspirés des mangas et jeux vidéos. Un mélange des genres offrant une galerie de personnages aussi iconoclaste que rafraîchissante (mention spéciale aux 7 princes qui s’entretuent pour régner et se retrouvent après, en fantômes, à observer la suite des évènements), le tout étant rendu cohérent par le coeur du film, la relation de Tristan avec Yvenne, l’étoile tombée du ciel, et qui jamais ne tombe dans les excès « eau-de-rosesque ».

Chacun cherchant l’étoile pour une raison bien particulière, le scénario multiplie donc les points de vue et garde ainsi un rythme constant où jamais ne point l’ennui, ce qui implique aussi une certaine maîtrise au niveau de la réalisation qui devra lier ces éléments visuellement. Et, excellente surprise/révélation, Matthew Vaughn assure carrèment de ce côté-ci ! Connu pour avoir été producteur (les films de Guy Ritchie) puis réalisateur d’un petit polar « bien sans plus » (Layer Cake), le monsieur ne semblait pas forcèment avoir un goût prononcé pour le fantastique, encore plus en ce qui concerne les univers de fantasy, mais c’était là une grosse erreur quand on voit la façon dont son travail se partage entre simplicité et sophistication, avec une ampleur épique dans certains mouvements de caméra que soutient encore une bande-originale magnifique, puissante et harmonieuse. On ressent comme une certaine délicatesse dans la réalisation, une élégance qui donne au film la forme d’un conte moderne et stylisé. Une illustration parfaite du travail de Neil Gaiman, en somme.

Stardust est donc réellement un excellent film, une vraie bonne surprise qui mérite une place de choix parmi les chef d’oeuvres de la fantasy. Avec une histoire intelligente qui multiplie les émotions comme les bonnes idées (le combat avec la poupée vaudou, énorme), le second film de Matthew Vaughn est donc une valeur sûre pour tous ceux en quête d’un peu de magie en cette fin d’année. Il m’a même donné envie de voir son prochain film, l’adaptation du comic « Thor », alors que je trouve ce super-héros tout naze… c’est dire !

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Invasion

20 octobre, 2007

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 Avant de commencer, j’aimerais mettre une chose au clair pour ceux d’entre vous qui ne sont pas au courant de la chose : je ne peux pas piffer Nicole Kidman. Et ce n’est pas seulement dû au fait que je la trouve mauvaise comme un cochon mais c’est aussi physique, viscéral. Je n’aime pas sa gueule, voilà tout, avec son air de bêcheuse sophistiquée et son visage retendu à grands renforts d’injections de botox (j’ai le même problème avec Carole Bouquet). Là, vous vous dîtes que cette critique part sur des bases un peu trop subjectives et vous aurez raison. Mais dans le cas d’Invasion, cela finit par se justifier car le manque d’expressivité de son actrice principale va à l’encontre même de la volonté du film, celle de présenter une femme affrontant seule une invasion extra-terrestre qui transforme les humains en zombies inexpressifs. Le nouveau film de  Oliver Hirschbiegel, réalisateur allemand de L’Expérience et de La Chute (très bons tous les deux), partait donc avec un sérieux handicap, et je n’étais pas très chaud pour le voir. Alors, ai-je réussi malgré tout à lui trouver des points positifs ?

Bah oui, bien sûr, je suis quand même relativement bon public. Déjà, cette quatrième adaptation officielle du roman de Albert Finney Invasion of body snatchers  (sans parler des dizaines d’autres non-officielles) est plutôt bien traitée et s’inscrit dans une logique post-11 septembre que l’on aimerait voir plus souvent, celle où les américains cessent d’accuser tout le monde et regardent là où ils ont chié. L’invasion du film se fait ainsi sous couvert gouvernemental, les politiques n’ayant pas réagi au bon moment (remember la Nouvelle-Orléans ?), avec une administration de vaccin qui n’en est pas un mais son contraire (c’est ma théorie quand aux vaccins anti-grippe dont on nous râbache les oreilles en ce moment). La paranoïa inhérente à ce sujet n’est plus donc le fait seulement de la menace directe, les habitants transformés, mais découle aussi d’une méfiance vis-à-vis du pouvoir. Et ça, c’est très sain comme point de vue ! En ce qui concerne justement les habitants, ces anciens humains réunis sous la coupe d’une nouvelle existence unique, la première partie du film réussit brilliamment à faire ressentir les changements qui s’opérent dans l’environnement de l’héroïne, allant du détail vers le général (le film reprend, en moins développé, le système utilisé dans Shaun of the Dead et où la répétition d’un traveling en pleine rue permet de constater le changement radical qui s’est opéré). Et puis ils m’ont quand même fait flipper, ces cons, avec ma phobie de la contamination et de la perte de son identité ! Comme pour les zombies, sauf qu’ici c’est beaucoup moins gore (mais pas moins dégueulasse, vous verrez) !

Mais Invasion souffre d’autres problèmes que son actrice principale et qui vont, peu à peu, faire s’écrouler la tension. En effet, le film dans sa première version n’avait pas satisfait John Silver, son mogul de producteur, et celui-ci décida de le remonter (le scénario aurait été remanié par les Wachowski themself) et de faire tourner de nouvelles scènes par un de ses poulains, James McTeigue (V pour Vendetta). En résulte une introduction artificielle et vainement tonitruante (rien ne sert de faire un flash-forward dans une histoire aussi linéaire et connue que celle de ce type de science-fiction), un montage avec des coupes parfois à gerber et qui font vraiment forcées, un climax aussi gratuit qu’inabouti,… On regrettera aussi que les contaminés (plus encore que « possédés », de par une certaine rigueur médicale dans l’explication de l’invasion) aient perdu leur faculté à partager une seule et même conscience, un élément prépondérant des autres versions et qui les empêcherait d’avoir à courir après Kidman alors qu’ils sont censés être sans pic d’émotion, juste pour rajouter un peu d’action. Quand à l’aberration de Kidman qui ne trouve rien de mieux pour rester éveillée (sa vie en dépend, quand même, puisque la transformation s’opère durant le sommeil) que de s’affaler par terre, je n’en parlerai même pas… (ah, trop tard !)

Bancal sur de nombreux points qui finissent par déstabiliser l’ensemble, Invasion ne parvient donc jamais à réellement convaincre. Entre son remaniement grossier et une actrice principale nulle à chier (c’est ma critique après tout, j’ai le droit d’être subjectif), le film peut se laisser regarder mais se fait oublier presque aussitôt, surtout que d’illustres ancêtres l’enterrent dans les tréfonds du « ouais, bof » (allez revoir la version de Ferrara  ou bien The Thing de Carpenter, le film le plus stressant de tous les temps). Le système hollywoodien dans toute sa splendeur… vive Joel Silver !   

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Sa Majesté Minor

20 octobre, 2007

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« Sur une île perdue dans la mer Egée, à une époque que les civilisations romaines et grecques appelaient déjà le « passé », le temps des mythes, vit une étrange créature. Né humain, Minor a été élevé par des cochons et est devenu un animal à part entière, allant jusqu’à faire sa vie avec une jolie truie. Seulement, voilà, il est considéré comme tel par les membres de la communauté et, quand le « cochon » mord à nouveau une des femmes, ces derniers veulent lui faire subir le sort réservé aux animaux agressifs. Sodomisé par le satyre Pan lors de sa fuite, Minor finit par tomber de l’arbre sacré et est laissé pour mort. Pourtant, la paix que pensaient trouver les habitants sera de courte durée car l’homme-cochon revient bientôt à la vie et, doué de parole et de pensée, va se retrouver nommé roi…« 

Oui, vous avez bien lu, je me suis senti obligé d’utiliser dans ce résumé le mot « sodomisé » – non pas que ça m’ennuie, ni que je sois prude, mais j’ai plus l’habitude de l’utiliser totalement gratuitement, en fait – parce que la sodomie, et le sexe en général par extension, il en est fortement question dans ce Sa Majesté Minor. Et c’est peut-être bien là l’aspect le plus réjouissant du film, cette ambiance paillarde dans laquelle baignent les aventures lubriques du cochon devenu roi. A croire que Jean-Jacques Annaud a fondu un boulon (y a une scène de sexe explicite entre un centaure et une jument !) tant sa nouvelle péloche est éloignée de tout ce qu’il a fait, de tout ce qui a pu être déjà fait (en tout cas à ma connaissance, certes limitée) avec son sujet et son cadre inédit, réhaussé par un humour bien sous la ceinture qui fonctionne ici car en accord avec le style de l’histoire et, surtout, car interprété par des acteurs qui parviennent à rendre le tout crédible. Avec une mention spéciale à Vincent Cassel – pour nous donner l’impression qu’il était né pour jouer un satyre – et à la craquante Mélanie Bernier dont la scéne de plaidoirie devrait inspirer de nombreuses vocations d’avocats. Sans oublier José Garcia, royal comme souvent et encore plus ici où son faste de pacotille est au diapason de ce rôle de bouffon gentil, mais aussi animé par des pulsions destructrices et sexuelles qui le dominent. Parce qu’il est humain mais aussi animal, en accord avec les thèmes des mythes dont s’inspire ce film. 

Sa Majesté Minor tient ainsi à se rapprocher au plus près de ses sources d’inspiration, allant jusqu’à chapitrer le métrage pour reproduire le sentiment de lecture (la valeur oral de ces mythes s’étant perdue depuis longtemps), et cela est un très bon point dans l’optique d’une volonté jusqu’au boutiste à retranscrire ces histoires sous une forme la plus proche de ce à quoi elles pouvaient ressembler. Mais voilà, cela amène aussi un problème de taille puisque ces histoires ne fonctionnent absolument pas comme celles que l’on a l’habitude de voir aujourd’hui, elles ont recours à des astuces et des éléments qui ne nous sont pas familiers. Pour nous, il ne coule pas de source que humains et « mythes » vivent côte-à-côte, que les morts se réincarnent en animaux,… Ce sont des éléments auxquels nous pouvons adhérer s’ils sont utilisés avec parcimonie mais lorsque le film entier repose dessus, se construit à partir d’eux, il peut en résulter une certaine distanciation de la part du spectateur qui va alors un peu décrocher, se perdre dans ce foisonnement de « nouveautés ».

Le dernier film de Jean-Jacques Annaud souffre donc d’un vrai manque de rythme de par même la réussite de son travail d’adaptation. Parce que, oui, il est vraiment réussi de ce côté-ci, avec une réalisation qui ne manque ni de classe, ni de prestance à mettre en image ce qui n’était jusqu’à présent qu’un héritage culturel vaguement oublié (exception faite des écoliers et de quelques érudits). Rien que pour ça, Sa Majesté Minor est un film unique, malgré ses défauts de rythme. Et, rien que pour ça, il mérite ainsi d’être découvert.

En plus, du cul « intelligent » et rigolard, ça ne se refuse pas !

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