Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Critique ciné : Assassin’s Creed

1 janvier, 2017

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Comme Blizzard il y a quelques mois à l’occasion de leur Warcraft : le commencement, Ubisoft se lance aujourd’hui dans l’aventure du grand écran et accompagnera activement l’adaptation de leurs licences vidéo-ludiques, histoire de garantir le sacro-saint argument du «respect de l’oeuvre originale» au travers de leur branche Ubisoft Motion Pictures. On sait toutefois que cet argument de la fidélité n’est pas forcément synonyme de qualité et malheureusement, Assassin’s Creed le démontre dans les grandes largeurs. Respectueux, il l’est donc bien (hormis l’absence de sang, pas question de travestir ou alléger le matériau pour taper à tous les râteliers), mais le problème est qu’il choisit de l’être sur des éléments peu porteurs de la franchise. Dans les jeux déjà, les gamers réprouvaient en effet ces passages contemporains mettant en place une mythologie aussi peu crédible que le gameplay y était intéressant, les éloignant du trip historique pour lequel ils s’enflammaient à force de casser immersion et fluidité de la narration. Mais cela restait anodin face à l’ampleur de l’aventure. Ici, alors même qu’ils semblaient avoir compris et l’avaient réduit à sa plus simple expression dans les derniers volets sur consoles et PC, les responsables d’Ubisoft ont voulu pour le film creuser cet aspect à part égale avec les plongées dans l’Histoire (voyez l’hideuse et on ne peut plus explicite affiche ci-dessus), démultipliant sans commune mesure la gêne rencontrée alors (soyons clairs : suivre un quidam en jogging déambuler dans une prison de béton, on n’en a clairement rien à  foutre quand on vient voir un Assassin’s Creed). Parce qu’elles ne se répondent pas ou presque, parce que rien n’est expliqué ou si peu, parce qu’elles ne sont même pas réparties équitablement, les deux parties de l’intrigue finissent ainsi par s’annuler, laissant la petite poignée de personnages orphelins de la moindre épaisseur – à l’exception de Michael Fassbender, les acteurs ont d’ailleurs l’air de bien se faire chier – et la narration aux fraises. On a donc tôt fait de s’ennuyer ferme, d’autant que le pourtant prometteur Justin Kurzel (réalisateur du remarqué Macbeth déjà avec Fassbender et Marion Cotillard) ne brille pas franchement dans ce contexte de blockbuster. Sa volonté de bien faire saute aux yeux (par exemple avec le respect des langues du lieu et de l’époque, rarissime dans une grosse production) mais cela ne l’empêche pas de torcher des scènes d’action jamais excitantes, foutraques – le manque d’iconisation est dramatique – et encore plombées par la bande originale atonale du frangin Jed Kurzel. De la même manière, si son travail avec le directeur de la photo Adam Arkapaw (True Detective) laisse une excellente première impression de par sa stylisation appuyée, on en a vite marre des perpétuels nuages de poussière ou fumée couplés à cette lumière très contrastée, lesquels renforcent encore des problèmes de lisibilité dus à un montage s’emballant régulièrement… Et quand tout ça s’achève sur un climax insipide et anti-spectaculaire au possible, on se dit que Ubisoft – après l’avoir essorée jusqu’à la corde en jeu vidéo – n’a pas fini de saloper sa franchise Assassin’s Creed en dépit de son évidente volonté de bien faire. On le redit, une adaptation respectueuse ne suffit pas à faire un bon film.

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Critique ciné : Rogue One – A Star Wars Story

17 décembre, 2016

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Dans une pure logique disneyenne, Star Wars se voit appliqué le même traitement que le Marvel Cinematic Universe avec une multiplication des sorties. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à un film par an mais même à cette cadence, difficile de tenir le rythme de production sur une seule saga. D’où l’apparition des salvateurs spin-offs dont ce Rogue One : A Star Wars Story est le premier exemple, un ancien projet de série télé que le studio aux grandes oreilles a donc décidé de transformer en long-métrage et qui relate le vol des plans de l’Etoile de la mort par les rebelles conduisant à l’épisode 4. Alors, simple nouveau produit dérivé ou vrai chapitre du mythe ? Ce qui est sûr c’est que le petit dernier veut se démarquer des sept chapitres déjà sortis, il marque sa différence d’entrée de jeu avec l’absence du fameux résumé en texte déroulant et de l’immortel main theme. La musique essaye effectivement de se démarquer en introduisant ses propres thèmes, reléguant les grands classiques à quelques apparitions, mais le style de Michael Giacchino sait toujours aussi bien calquer celui de John Williams. Quel dommage alors que le français Alexandre Desplat – un temps rattaché au projet – n’ait pas pu y prendre part pour cause de calendrier, il aurait certainement apposé une personnalité plus tranchée à la BO (souvenez-vous de ses partitions épiques pour les derniers Harry Potter). Ironiquement, le film a aussi un peu de mal à trouver son rythme dans la première bobine parce qu’il cherche à mettre rapidement en place son intrigue afin de se rattacher au plus vite à la trame de la saga. Non, en réalité, le vrai gros avantage de ce spin-off est qu’en «sortant» de la saga-mère (enfin il y reste malgré tout intrinsèquement lié, ne serait-ce que par son simple postulat de départ), il peut se permettre de s’éloigner de la thématique de la lutte du Bien contre le Mal. Il aboutit par le fait à un résultat davantage nuancé où même l’Alliance rebelle possède une part sombre, que ce soit dans ses décisions ou dissensions. Plus que dans de la fantasy, nous sommes ainsi face à un film de guerre dont l’approche plus réaliste, plus sombre, se traduit par un éloignement du schéma campbellien et à l’image par une photo en demi-teinte oubliant les couleurs très marquées des précédents métrages. Pour le coup, ce serait vraiment la guerre des étoiles. Dans le même ordre d’idée, les personnages principaux n’ont rien d’archétypal, on note une réelle complexité chez Jyn et Cassian (Felicity Jones se rattrape du récent Inferno en imposant un nouveau personnage féminin fort dans cet univers et l’inattendu Diego Luna compose une sorte de Han Solo dark et maudit) tandis qu’ils sont entourés par une incroyable galerie de seconds rôles, autant en raison de leurs interprètes que de leur caractérisation. Sans oublier ce qui constitue peut-être bien le robot le plus cool et balèze de tous les films Star Wars, K-2S0, auquel Alan Tudyk (spécialiste des machines pour avoir été le Sonny de I, Robot) confère une ironie faisant de lui un buddy mémorable et un androïde complètement inédit dans le pendant cinématographique de cet univers. Moins inédits, on rencontre les habituels clins d’oeil pour les fans mais rien de trop encombrant, après tout on est là pour prendre les choses au sérieux. Si sérieusement que la présence de certains protagonistes du film original requiert un travail phénoménal avec de magnifiques clones en CGI, entre autre de Peter Cushing (Moff Tarkin is alive !) qui tient un vrai rôle dans l’intrigue, pas juste un caméo pour faire sourire les fans. Dans son ensemble, Rogue One : A Star Wars Story réussit ainsi brillamment à exister en tant que spin-off, forgeant sa propre identité tout en s’inscrivant comme un ajout on ne peut plus notable à la saga-mère.Le réalisateur Gareth Edwards fait le taf’ comme il faut, plus à l’aise dans le cahier des charges de Star Wars que celui de Godzilla, et reste alors à espérer que les prochains cinéastes à décrocher le privilège d’illustrer cet objet de culte sauront (pourront ?) apporter autant d’âme dans ce qui pourrait ne devenir qu’une franchise de plus en plus formatée. N’est-ce pas Marvel ?

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Critique ciné : Les Trolls

15 décembre, 2016

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Vous rappelez-vous des Trolls, ces jouets ignobles et hirsutes qui rencontrèrent un franc succès à cheval sur le 80′s et 90′s ? Le jouet tout moche que Starlord laisse à Yondu à la place de la Pierre d’Infini dans Les Gardiens de la galaxie ? Voilà, c’est ça. Hé bien croyez-le ou non mais Dreamworks Animation – toujours à la recherche d’une nouvelle licence forte tandis que même son Kung-Fu Panda s’essouffle – a carrément tiré un film de cette gamme de jouets. Pourquoi ? On ne sait pas trop. Peut-être que les droits étaient offerts avec autre chose, comme un paquet de lessive. Toujours est-il que le film est maintenant dans nos salles et forcément, avec une telle origine, on n’en a à priori un peu rien à péter. Mais il faut se méfier des apparences, même lorsqu’elle sont d’un kitsch bariolé à rendre jaloux un clown portugais. Ainsi, si les géniteurs du projet évoquent Le Grand livre des gnomes du regretté Terry Pratchett comme source d’inspiration, on lui attribuera plus volontiers un filiation avec La Grande aventure Lego en cela que ces deux œuvres réussissent à adapter ce qui à-priori ne pouvait pas l’être, à créer leurs univers et intrigues à partir des spécificités de leurs modèles. Ici, cela se traduit donc par un visuel criard et guimauve recelant en fait de petites touches de «perversion» (c’est fou le nombre de gags pipi-caca qu’on croise) nous rappelant que l’un des co-réalisateurs, Mike Mitchell, est un ancien de Bob l’éponge (et également responsable du très sympa Sky High). En gros, s’ils vont tant dans le mignon, c’est pour mieux le détourner, jouer sur les contrastes, et tisser au bout du compte un discours pas trop con sur la nature du bonheur tout en plaçant quelques bons gags. Certes il n’y a alors rien de véritablement impertinent  – la bonne morale est sauve à la fin – mais cela nous aide malgré tout considérablement à accepter un script aux ressorts pas toujours très originaux (l’histoire d’amour du roi et de la servante bergens). a et bien évidemment l’excellente bande originale chapeautée par Justin Timberlake, également doubleur, pleine de reprises de classiques qui vous feront sans peine battre la mesure. C’est con mais ça fonctionne (c’est peut-être bien aussi simple que ça, le bonheur), et grâce à ces petites choses Les Trolls parvient à dépasser ses discutables origines. Ce qui n’était pas gagné pour qui a gardé le souvenir de ces jouets ignobles et hirsutes…

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Critique ciné : Premier contact

10 décembre, 2016

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Quand on pense «invasion alien», c’est plutôt l’image belliqueuse et guerrière de Independence Day qui nous vient à l’esprit. Persiste néanmoins une SF s’appropriant les thèmes les plus extravagants pour les traiter sur une note plus réaliste que d’ordinaire, plus encore maintenant que la vague Star Wars s’apprête à reformater le genre (ce n’est pas un hasard si le très proche Trees de Warren Ellis et Jason Howard est actuellement en cours de publication). Le réalisateur Denis Villeneuve était ainsi l’homme de la situation pour Premier contact car malgré son inexpérience dans la science-fiction, ses thrillers dénotent une excellence certaine lorsqu’il s’agit d’imprégner de véracité leur intrigue, ce qui ne pouvait aboutir qu’à une approche rare dans le genre : une réflexion sur la communication et son importance, comment d’une vision fragmentée peut naître l’incompréhension et le malentendu. Le film ne cesse de rappeler cela dans sa réalisation, par exemple avec ce cadre restreint au travers duquel les humains échangent avec les heptapodes et qui empêche de les voir dans leur entièreté. Un discours lourd de signification, plus encore en cette époque de migrations massives où l’on ne peut que déplorer quotidiennement les drames nés du manque de compréhension, premier pas vers l’empathie. Le problème est alors que cette volonté d’incarner les thématiques dans la mise en scène est ce qui rend le film plus compliqué que nécessaire. Sans trop en dévoiler pour ne pas spoiler et même si on comprend bien ce twist donnant corps à l’idée que des informations peuvent être trompeuses tant qu’on n’a pas une vue d’ensemble, tout comme on comprend le souhait de Villeneuve de s’éloigner d’une vision hollywoodienne (c’est à dire tranchée) de l’invasion alien, son utilisation de certains ressorts de la science-fiction laisse en effet franchement dubitatif. Les implications sont telles que le final aura un goût sacrément amer pour qui y réfléchira un tant soit peu, tandis que ceux largués se contenteront de pouffer en moquant le caractère nébuleux de l’entreprise. Dommage car cette ultime impression que beaucoup percevront donc comme négative leur fera peut-être bien oublier les quelques grands moments de cinéma qui parcourent le métrage, anti-spectaculaires au possible et pourtant d’une beauté qui en un seul plan nous coupe davantage le souffle que tout un climax de Transformers (la première véritable vue d’un vaisseau demeurera l’une des images les plus marquantes de la SF de ces dernières années). Sans oublier bien sûr l’incroyable talent formel de Villeneuve qui avec un minimalisme confinant au génie met en valeur la moindre évolution de ses personnages, leur moindre émotion, aidé en cela par un casting solide comme il en a l’habitude (Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, du vrai cinq étoiles). S’il ne manquera donc pas de décontenancer dans sa dernière bobine, Premier contact s’inscrit malgré tout comme une claque passionnante, revisitant un canon du cinéma de genre sous un jour unique. Voilà qui est très prometteur pour le Blade Runner 2049 que prépare en ce moment Villeneuve !

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Critique ciné : Sully

3 décembre, 2016

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Centré sur les événements du «Miracle de l’Hudson», Sully n’avait pas franchement de quoi exciter notre curiosité. Déjà de par sa trop grande ressemblance avec le récent Flight de Robert Zemeckis – un souvenir restant douloureux – et plus encore vis-à-vis de Clint Eastwood lui-même, pas toujours franchement au top ces dernières années que ce soit par mollesse ou douteuse idéologie (c.f. le puant American Sniper). Cette fois encore il disserte alors sur son thème de prédilection, l’héroïsme, et plus particulièrement la manière dont la société s’acharne parfois contre ceux qu’elle a érigés en modèles. Il y a bien sûr l’enquête officielle, motivée par des questions d’argent et d’image publique, mais également le discours des journalistes d’un cynisme absolu, ridiculement outrancier au cas où l’on oublierait que Clint est un fieffé Républicain. Le cinéaste a au moins l’intelligence de ne pas uniquement glorifier son personnage principal, il en dévoile même brièvement une part un peu plus sombre avec l’histoire de sa société de sécurité aérienne. Et bien que cela reste un peu démagogique, il n’oublie pas de saluer tous ceux qui ont aidé les passagers ce jour-là (le traumatisme du 11 septembre plane sur tout le métrage même si cet événement en fut comme un exorcisme). A son âge, on ne va pas refaire le bonhomme, et on retrouve ainsi une très grande sobriété dans la réalisation typique de Clint : palette de couleurs terne (la seule vraie touche de couleur qui marquera la rétine et l’esprit est ce drapeau américain en néons, on ne se refait décidément pas), caméra posée, musique limitée à un simple habillage discret… Pour autant, cela n’empêche pas le film de se révéler proprement estomaquant lors de ses différentes reconstitutions du «crash», vues à chaque fois selon un angle bien particulier. Un travail solide dans l’ensemble, le réalisateur d’Impitoyable sait mener sa barque et livre un film relativement bien rythmé (il faut dire que c’est le plus court de sa filmographie), où la narration trompe intelligemment la linéarité grâce à une poignée de flashbacks révélateurs dans le passé du capitaine Chesley Sullenberger et quelques cauchemars à glacer le sang. Demeure quand même le problème des scènes de dialogue avec l’épouse, redondantes de par leur dispositif (Laura Linney a passé tout le tournage le téléphone vissé à l’oreille) et un brin affligeantes dans leur description de la femme éplorée. Et n’oublions pas ce faux suspense avec la «disparition» du fils d’un des passagers, symptomatique du manque de matière pouvant tenir en haleine au sein d’un récit qui a déjà été copieusement relayé par les médias. Heureusement, Tom Hanks est fantastique de subtilité, on lui pardonne même son récent cachetonnage quelque peu honteux sur Inferno où on lui faisait tenir un rôle de héros qui ne lui correspondait pas contrairement à ce Sully. Il porte véritablement le film, épaulé par un Aaron Eckhart le complétant idéalement. Quant à Eastwood, on rêverait de le voir s’atteler à un film sur l’ouragan Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orléans en 2005, afin de mettre sa réflexion sur l’héroïsme face à des thématiques plus conflictuelles.

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Critique ciné : Alliés

27 novembre, 2016

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Nous ayant copieusement déçu avec un Flight qui ne rappelait en rien ou presque le style généreux de son auteur, Robert Zemeckis semblait revenir à un résultat aussi tristement similaire – après le vertigineux et sympatoche The Walk – avec Alliés, projet sentant à plein nez la respectabilité oscarisable. Ce qu’il est, à n’en point douter, mais pas seulement car il marque aussi un nouveau moment fort dans la carrière du cinéaste et, plus encore, la résurrection d’un certain grand Hollywood. Il y souffle un vrai feeling d’aventure (on a même des résurgences de A la poursuite du diamant vert), surtout dans la première partie marocaine qui évoque donc fortement l’âge d’or de la Mecque américaine du cinéma. En grande forme, inspiré par un projet qu’il a ardemment désiré, le papa de Roger Rabbit et Forrest Gump livre de pures moments de réalisation comme l’introduction sans la moindre parole, portée par la partition magnifiquement rétro et lyrique du fidèle Alan Silvestri. Ou bien ces nombreuses séquences où son goût pour la performance technique, la prouesse technologique, se fond dans la narration pour mieux l’appuyer, en développer la puissance évocatrice (c.f l’incroyable scène de sexe dans la voiture en pleine tempête de sable, avec cette caméra qui ne cesse de tourner autour des personnages en dépit de l’espace doublement confiné). Un remarquable travail de mise en scène qui fait honneur au scénario particulièrement solide et romanesque de Steven Knight (Les Promesses de l’ombre), d’autant moins mélodramatique que Zemeckis et sa direction d’acteur veillent au grain. Il est alors intéressant de voir Brad Pitt dans ce rôle surtout si on le compare au plutôt proche – mais beaucoup plus léger – Mr & Mrs Smith. Pas de guerre des sexes romantico-couillue toutefois ici, on y aborde des questions bien plus lourdes de sens telle que la véritable nature de l’allié et comment on peut oublier celle-ci lorsque le ver de la trahison s’est installé, comment la paranoïa peut faire irruption. Moteur de ces questions, Marion Cotillard quant à elle trouve là un excellent rôle, étonnant par exemple dans la manière qu’il a de faire d’elle une «réalisatrice» dans un premier temps, menant leur jeu de dupe pour se faire finalement piéger malgré elle. En résulte une romance loin d’être classique et moins superficielle qu’il n’y paraît, où la guerre comme toile de fond en renforce chaque instant. Avec l’aide de l’indispensable directeur de la photographie Don Burgess, on s’est à l’évidence assuré que les décors fassent directement écho à l’action qui s’y déroule, afin d’en démultiplier la dramaturgie (on a entre autres rarement vécu accouchement plus houleux). La recette d’Alliés pourra alors paraître à certains surannée, simple resucée des canons hollywoodiens pour les plus cyniques, mais ils passeraient à côté du constat évident que pose ce film : Robert Zemeckis reste l’un des plus grands dans son domaine et le prouve ici avec une flamboyance que ne renierait pas son mentor, Steven Spielberg.

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Critique ciné : Les Animaux fantastiques

18 novembre, 2016

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Phénomène majeur du début du 21ème siècle, la poule aux œufs d’or Harry Potter s’est depuis quelque peu tarie, au grand dam de la Warner et d’une J.K. Rowling ayant définitivement échoué à passer à autre chose. Les Animaux fantastiques, tiré d’un bouquin spin-off déjà opportuniste, est donc l’occasion de réactiver la machine, et on ne s’en plaindra pas trop vu comme tout ça nous a manqué. Il faut juste ne pas refaire la même chose… ou alors pas trop. Le film affirme ainsi son identité propre d’entrée de jeu, avec les premières notes du thème d’Hedwige – le thème-phare de Harry Potter – sur le logo de Warner qui sont immédiatement remplacées par le nouveau de James Newton Howard, plus martial. Le cadre américain et l’époque (nous sommes 70 ans avant la naissance du sorcier binoclard) apportent également des choses intéressantes quant au contexte du récit, très différent de celui des sept romans originaux. Nous sommes en effet dans un monde où plane une guerre entre magiciens et moldus (ou non-maj’ comme ils disent outre-Atlantique) – la cohabitation est loin d’être aussi évidente que ce que nous connaissions – et où par exemple on condamne à la peine de mort. Bien plus dark que L’école des sorciers, Les Animaux fantastiques n’est pas du tout un premier épisode jouant la carte de l’émerveillement même s’il reste alors quand même de quoi abreuver notre imaginaire. La valise de Norbert Dragonneau en particulier, véritable dédale de merveilles et mystères… Et il en reste beaucoup, de mystères, car le film s’avère un brin décevant quant à la question des animaux fantastiques, ils sont finalement très peu à s’échapper de la valise et leur traque, si elle avait été plus mise en avant, aurait certainement permis de booster un peu le rythme. Le plus gênant est toutefois que, pour la première fois scénariste, J.K. Rowling ne parvient pas vraiment à poser les enjeux de sa saga à venir, on les voit sans vraiment les attendre. Effectivement, hormis l’apparition surprise d’un célèbre acteur en toute fin, la plupart des problèmes semblent déjà pas mal résolus et les suites à venir en paraissent forcément plus accessoires. On revient un peu au problème des premiers films de la série-mère, qui elle avait au moins l’avantage de posséder dès le départ une structure bien établie (rappelons que cette nouvelle itération est passée de 3 à 5 épisodes en cours de production, un changement de mauvaise augure quand on se souvient du déséquilibre qu’il avait amené sur The Hobbit). En contrepartie la narration présente plutôt bien ses personnages, les sorciers restent relativement perchés – Eddie Redmayne frôle parfois franchement l’autisme – mais elle réussit en tout cas l’exploit de rendre sympathique, puis même émouvant, le sidekick humain incarné par Dan Fogler, ce qui n’était pas gagné (la première impression est assez lourdingue). Le personnage s’avère surtout intéressant en cela qu’il est le premier humain que nous voyons pénétrer ce monde, il est l’évident reflet de notre propre désir ce qui favorise encore l’identification. Aussi, on rentre d’autant plus facilement dans l’aventure que David Yates, responsable des quatre derniers opus de Harry Potter, est de retour derrière la caméra. Aidé par la magnifique photo de Philippe Rousselot (Sherlock Holmes), il livre ainsi une vision fantasmatique du passé new-yorkais, tissant un lien habile avec l’imaginaire britannique jusque-là propre à la franchise, mais nous impressionne surtout par sa représentation de l’obscural. Une «créature» s’imposant comme l’incroyable expression d’une colère incontrôlable, d’un déchaînement de pure violence cinégénique comme on en a rarement (jamais ?) vu sur grand écran. Le bonhomme garde donc toute notre confiance – heureusement puisqu’il a signé pour les quatre prochains longs-métrages – et si l’on trouvera de quoi rechigner dans ces Animaux fantastiques, c’est un tel plaisir de renouer avec cet univers que la magie opère encore, renforcée par tout ce qu’il reste à débroussailler et que le film effleure à peine. Pour citer une réplique coupée au montage final mais présente dans les trailers : «I wanna be a wizard».

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Critique ciné : Inferno

16 novembre, 2016

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Alors même que le deuxième volet montrait déjà de gros signes d’essoufflement (bien qu’encore très rentable au box-office, Anges et Démons l’était presque moitié moins que Da Vinci Code et ne parlons même pas de son intérêt artistique), voilà que débarque Inferno, une troisième aventure cinématographique de Robert Langdon avec toujours la même équipe aux commandes. Autant dire qu’on ne l’attendait pas franchement et que l’on en attend encore moins, un sentiment généralisé jusque dans l’équipe si l’on en croit la mollesse carabinée dans laquelle se complaît le film. Déjà, à ne pas changer leur formule, les romans de Dan Brown en deviennent très prévisibles quant à leurs twists ; et l’adaptation de celui-ci trouve en plus le moyen de ne pas mettre assez en avant sa mythologie, l’Enfer de Dante, qui inspire à Ron Howard quelques visions malheureusement trop proprettes (la faute à un montage épileptique) avant de ne devenir qu’un prétexte au second plan. Pas le temps de faire mieux que ça, il faut réussir à caser tous les tenants et aboutissants d’une intrigue balisée et pourtant pleine d’incohérences. Un paradoxe. Tout comme il est paradoxal de se faire à ce point chier devant un film se voulant sous tension en permanence : il va en fait tellement vite qu’on n’a même pas envie de le suivre (c’est aussiune très mauvaise idée que de vouloir se la jouer Jason Bourne, Langdon n’ayant rien d’un homme d’action). Les comédiens n’ont ainsi strictement rien pour étoffer leurs rôles (pauvre Omar Sy réduit à cachetonner), pas le temps, jusqu’à Tom Hanks qui doit se contenter d’une tristouille romance pour être autre chose qu’une simple machine à résoudre des énigmes. Même sa position de faiblesse dans cet opus, ses troubles de la mémoire, n’ont finalement aucune conséquence sur le fil de l’enquête. Seul le méchant aurait alors pu être un minimum charismatique (comme Samuel L. Jackson dans Kingsman, la thématique du «problème de la surpopulation» apporte une dimension très intéressante au vilain) mais pas de bol, il meurt dès les premières minutes pour ne plus reparaître que lors de quelques flashbacks épars (triste sous-emploi de l’excellent Ben Foster). Les personnages sont en réalité un prétexte à avancer dans l’intrigue, elle-même prétexte à faire un film qui n’est rien d’autre qu’un prétexte pour engranger quelques billets verts… nan, sincèrement, cet Inferno pue sévère. Laissez Langdon prendre sa retraite.

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