Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Critique ciné : Split

24 février, 2017

split_james mcavoy_anya taylor-joy_m night shyamalan_affiche_poster

Réalisateur aussi bien capable de nous mettre une grosse baffe que de nous filer les grosses boules, M. Night Shyamalan s’était quelque peu abîmé dans le système des majors hollywoodiennes ces dernières années, son ego surdimensionné ne sachant s’accorder avec toute l’attention qu’il générait. C’est pourquoi son passage dans l’écurie Blumhouse Productions – à l’occasion du récent et réussi The Visit – fut aussi fortement ressenti comme un renouveau, l’auteur du Sixième sens n’ayant plus qu’à s’y consacrer à son art sur un tout petit budget. Sans contraintes pour le froisser. Sans grandes attentes pour le pousser à se la péter. L’expérience lui a ainsi tellement plu qu’il la réitère pour Split, qui reste en apparence dans la droite lignée de la formule établie par Jason Blum : film de couloir, décor quasi-unique, casting réduit au strict minimum… Rien de très sexy à priori mais si ce film a malgré tout su captiver l’imagination des spectateurs durant les mois passés, c’est sur la base de son pitch ultra-accrocheur que Shyamalan transforme en thriller des plus efficaces, teinté de conte noir. Contournant en effet les limites du tournage à l’économie grâce à un script ultra-carré, qui aère intelligemment la narration par le biais des visites à la psy ou flashbacks de l’héroïne loin d’être anecdotiques, il prend ensuite corps de par une mise en scène allant droit au but et surtout, surtout, une interprétation admirable. Il y a donc tout d’abord Anya Taylor-Joy, la jeune révélation de The Witch, laquelle compose un rôle étonnamment complexe relevant la gageure de ne jamais nous être antipathique malgré sa passivité (ce qui nous a pourtant déjà fait copieusement râler devant nombre de péloches). Et puis bien sûr James McAvoy, tout bonnement monstrueux dans les multiples peaux de son personnage schizophrène. Et même si l’on n’en verra pas les 24 identités distinctes que nous promet le résumé (le film se concentre en fait sur une demi-douzaine d’entre elles), la performance reste ahurissante, inscrivant cet antagoniste au panthéon des frappadingues du cinéma. Et même plus. Car la vraie surprise avec Split c’est que Shyamalan a décidé de le relier lors de son épilogue à un autre des ses efforts (et un des plus passionnants qui plus est), changeant totalement notre perspective sur l’histoire. Sans trop en dire pour ne pas vous gâcher la surprise, le thriller horrifique bien foutu se mue en une origin-story excitante et mine de rien, il s’agit là d’un putain de twist. Pour un temps du moins, c’est sûr, on a retrouvé le Shyamalan de la grande époque.

Split0304

Critique ciné : Seuls

23 février, 2017

seuls_stephane bak_sofia lesaffre_david moreau_affiche_poster

Si la BD française est pleine de titres à faire pâlir les plus gros blockbusters hollywoodiens, il n’en va pas de même pour son cinéma qui reste toujours aussi frileux face au genre et aux risques. L’année 2017 changera alors un peu la donne puisque, en attendant le Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, déboule dans les salles Seuls, adaptation d’une bande-dessinée de Fabien Wehlmann et Bruno Gazzotti et plus précisément des cinq premiers tomes sur les vingt que devrait compter la série. Un petit événement dans le tristoune PAF mais aussi pour son réalisateur, David Moreau, qui joue ici son va-tout. Le bonhomme avait effectivement commencé très fort dans le cinoche de genre avec le tendu Ils (aux côtés de son pote Xavier Palud) puis s’était fourvoyé sur le remake américain de The Eye, le contraignant à une petite traversée du désert dont il n’était sorti qu’en revenant en France pour signer la comédie romantique 20 ans d’écart. C’est dire donc si Seuls représente pour lui une formidable opportunité de revenir à un cinéma beaucoup plus (et trop) rare sous nos latitudes et par conséquent il donne tout ce qu’il a, au travers d’une mise en scène inventive et nerveuse – bien qu’elle manque un peu de vrais gros morceaux de bravoure pour briller pleinement – et riche d’images fortes. Toutefois, plus encore que dans son aspect «saga adaptée d’une œuvre littéraire» (ou son épilogue qui en reprend l’esthétique), le long-métrage rappelle pas mal Hunger Games dans la manière qu’il a de réarranger des recettes bien connues à sa sauce – ce qui ne laisse que peu de chances à son twist à la Quatrième dimension de nous surprendre – et bien sûr de maltraiter des adolescents. Sauf que sur ce dernier point nous sommes en réalité plus proches du britannique Attack the Block, avec un traitement des personnages davantage réaliste et proche de nous (servi par un casting fort sympathique) si l’on excepte bien sûr un méchant dévoilé sur le tard et caricatural au possible, poussant le film dans un manichéisme dont on se serait bien passé. Tandis donc que son intrigue ne nous surprendra guère dans son déroulement et ses retournements, Seuls le fera bien plus grâce à son ton qui s’affranchit de la tiédeur propre aux œuvres avec des kids (on comprend pourquoi plusieurs studios ont abandonné l’idée de porter la bédé à l’écran, d’autant que les responsables ont rendu le tout plus mâture que le matériau d’origine), lui prodiguant une âme rare et précieuse dans cette époque où l’on polisse plutôt à tout-va. En revanche, curieux paradoxe vue l’aridité de la présence du genre dans le cinoche français, pas sûr que nous désirions voir la suite de la bande-dessinée portée à l’écran. Déjà parce qu’elle partirait dans un tout autre délire qu’amorce le curieux épilogue. Et ensuite car cela retirerait à Seuls un peu de son caractère unique.

020304

Critique ciné : A Cure for Life

20 février, 2017

a cure for life_a cure for wellness_dane dehaan_jason isaacs_gore verbinski_affiche_poster

Alors qu’il n’avait jamais été aussi inspiré que sur ses deux derniers efforts, les westerns Rango et Lone Ranger, Gore Verbinski s’est pris coup sur coup deux bides relatifs ayant quelque peu remis en cause sa position à Hollywood, lui faisant perdre de sa superbe après les cartons de la trilogie originale Pirates des Caraïbes. Encore malmené par l’annulation de son adaptation de Bioshock, le réalisateur fait alors acte de catharsis avec A Cure for Life, petit budget imaginé par ses soins et ceux de son co-scénariste Justin Haythe et lui permettant d’exorciser toute la noirceur accumulée ces dernières années (tout en tapant sur le monde de l’argent et la folie qui l’entoure). Un retour au thriller horrifique après son plutôt bon Le Cercle, annoncé à renfort de trailers ayant su titiller notre curiosité de par leur élégante étrangeté et non leur caractère «choc». Car si l’on croise bien le long du métrage quelques fulgurances de violence, de brefs instants d’horreur graphique qui flirtent même avec le torture-porn dans leur description clinique des sévices infligés (bel hommage à Marathon Man au passage), celles-ci restent très rares, Verbinski préférant faire naître le malaise, l’effroi, de manière plus insidieuse. Que ce soit en se reposant sur la fabuleuse direction artistique de Eve Stewart (Docteur Frankenstein), laquelle doit beaucoup au cadre choisi pour le tournage avec cette «Suisse» un peu hors du temps (l’Allemagne en réalité, et tout spécialement le magnifique château de Hohenzollern) et perdue au sein d’une nature sauvage et primitive (la figure de l’animal est disséminée partout), ou bien en nous confrontant aux méandres d’un script jonglant avec des idées assez dérangeantes afin de mieux triturer la psyché de son héros (impeccable Dane DeHaan). Plus qu’à un Shutter Island comme on l’a beaucoup entendu, A Cure for Life fait donc penser à La Neuvième porte de Roman Polanski dans sa manière de suivre un protagoniste perdu au milieu d’une enquête qui le dépasse, un mystère dont les ténébreuses ramifications nous font chanceler entre réalité et fiction. Un récit où le fantastique est omniprésent sans jamais être clairement là. Sauf que le final gothique très explicite viendra alors briser complètement cela, ce qui ne manquera pas de rebuter tous ceux qui appréciaient cette suspension d’incrédulité, cette atmosphère indicible. Il  apparaîtra en fait comme d’autant plus facultatif que film s’avère trop long : avec ses presque 2h30, il pose en effet admirablement son ambiance mais, à trop prendre son temps, il se montre trop bavard et nous laisse amplement le temps de déceler à l’avance les révélations de sa dernière bobine. Dommage. A peu de choses près, A Cure for Life s’inscrivait comme l’un des sommets du cinéma horrifique de ces dernières années. Il reste néanmoins la preuve indubitable du talent formel de Verbinski et plus encore, il démontre que le bonhomme n’a rien d’un anonyme yes-man à la solde des blockbusters. Pour ceux qui en doutaient encore.

020304

Critique ciné : xXx – Reactivated

5 février, 2017

xxx reactivated_vin diesel_donnie yen_dj caruso_affiche_poster

Mine de rien, Vin Diesel est en train de devenir un véritable héros sauveur pour les licences qu’il a lancées (et inversement). En effet, après avoir porté à bout de bras – épaulé par le réalisateur/scénariste David Twohy – le personnage de Riddick et refait le plein de la saga Fast and Furious, le comédien est de retour dans la peau tatouée de Xander Cage pour xXx : Reactivated, qu’il avait délaissée le temps d’un xXx 2 : The Next Level mené par Ice Cube. Le désir manifeste de relancer une franchise moribonde depuis maintenant presque douze ans et nous n’aurions pas grand chose à y redire tant cette relecture djeun’s de James Bond a de potentiel dans le spectaculaire, sauf que les responsables ont choisi une toute autre direction pour ce troisième volet. Inspirés ainsi par le carton de la bande à Toretto, le xXx nouveau embraye sur le style des Fast and Furious et c’est loin d’être porteur. Outre une tendance à la surenchère pouvant tomber dans le grotesque pur (sérieux, la poursuite en motos sur l’océan…) et un Diesel paraissant ne plus savoir dans quel film il joue, cela s’accompagne effectivement d’une écriture pour le moins médiocre. C’est à dire plus concentrée sur l’accumulation d’éléments disparates que l’élaboration d’un véritable récit, en reprenant telles quelles les marottes de la licence tunée : constitution d’une équipe/famille avec ce que ça implique comme personnages secondaires comiques bien lourdingues (et là on touche le fond du fond, avec entre autres un Tony Jaa une nouvelle fois sacrifié), brouillage des frontières entre gentils et méchants au point d’annihiler toute structure narrative (on ne comprend même pas qu’on y est lorsque débute le climax), beauferie généralisée et assumée en lieu et place qu’une quelconque recherche thématique… On a beau savoir qu’un xXx ne brillera jamais franchement grâce à son script, il s’agit là malgré tout d’un sacré nivellement par le bas, pas même rattrapé par les séquences d’action ou si peu. Car s’il s’était montré plutôt efficace dans le domaine du thriller tendu avec Paranoïak ou L’Oeil du mal, le réalisateur D.J. Caruso est bien moins convaincant lorsqu’il s’agit de tout faire péter, de s’épanouir dans le cadre d’un blockbuster, en témoigne son pénible Numéro Quatre. S’il n’y avait alors Donnie Yen pour placer quelques mandales bien senties et dégager un charisme réel, en dépit d’un rôle pourtant sans saveur, il faudrait se satisfaire de cascades plus folles les unes que les autres mais en même temps si peu crédibles – ou bien mises en scène – qu’elles sont privées de tout «effet whaou». Loin d’être les retrouvailles que nous espérions, xXx : Reactivated marque donc un tournant particulièrement décevant pour la franchise qui développe sa mythologie de bien piètre manière, en piochant allègrement dans les travers d’une autre série qui a déjà montré ses limites depuis fort longtemps. Mais puisque les billets verts continuent d’être engrangés, un xXx 4 avec la même équipe est déjà dans les starting-blocks… Puisse Riddick ne jamais connaître tel traitement !

xXx: Return of Xander CagexXx: The Return of Xander CagexXx: Return of Xander Cage

Critique ciné : Tous en scène

30 janvier, 2017

tous en scene_sing_matthew mcconaughey_patrick bruel_garth jennings_christophe lourdelet_affiche_poster

Comptant de plus en plus parmi les acteurs majeurs de l’animation américaine (même si sa partie artistique est rattachée aux français de Mac Guff), le studio Illumination Entertainment veut se diversifier de Gru et des Minions et multiplie les sorties afin de tenir la dragée haute à la concurrence. Après Comme des bêtes il y a quelques mois voici donc Tous en scène, récit du sauvetage d’un théâtre par son propriétaire grâce à un radio-crochet événementiel. Dans le fond comme la forme le film fait par conséquent beaucoup penser à Les Producteurs de Mel Brooks et ironiquement, il s’agit d’un vrai film de producteur : pas n’importe lequel, Chris Meledandri, mogul de Illumination dont l’ego gonfle au fur et à mesure des succès (voir le carton dans le générique de début avec la mention «A Chris Meledandri Production» à la place du nom de sa compagnie). L’idée d’un long-métrage reposant beaucoup sur la réutilisation exhaustive de tubes musicaux – avec forcément du très bon et du plus douteux sur une si large palette – sentait ainsi déjà franchement la facilité ; mais quand en plus on additionne cela à un concours de chant, comme dans une bonne grosse télé-réalité, là l’intrigue vire presque au ra-koala-ge pur et simple. Toutefois, en dépit d’une caractérisation qui y va sans honte dans l’archétypal, les personnages s’avèrent étonnamment humains dans leur comportement. Leur espèce n’influe en effet pas forcément sur ce qu’ils sont, ils sont tous égaux d’une certaine manière contrairement à un Zootopie (les responsables ont à l’évidence beaucoup réfléchi sur la question de l’anthropomorphisme). En réalité, le film serait tout à fait transposable avec des acteurs en chair et en os, nous sommes plus proches d’un Fame que d’un Moi, moche et méchant, et c’est peut-être dû au fait qu’on retrouve à la (co-)réalisation Garth Jennings, également scénariste, qui fait ici ses premiers pas dans l’animation après H2G2 : le guide du voyageur galactique et Le Fils de Rambow. Epaulé par Christophe Lourdelet (dans l’animation lui depuis des années), ils réussissent alors à insuffler suffisamment de rythme et d’humour à un projet qui sans cela s’étoufferait sous son propre opportunisme, sauvant une petite étincelle de sincérité dans la formule mathématique née de l’esprit du producteur. Car oui, qui l’eut cru, Tous en scène est à l’origine une commande de Meledandri…

020304

Critique ciné : Resident Evil – Chapitre Final

27 janvier, 2017

resident evil chapitre final_the final chapter_milla jovovich_ali larter_paul ws anderson_affiche_poster

Tandis que la licence vidéo-ludique se réinvente en ce moment à l’occasion de son septième épisode, son pendant cinématographique trouve sa conclusion (à priori) avec Resident Evil : Chapitre Final sans rien changer à sa pétaradante formule, l’assimilant toujours plus aux volets 4, 5 et 6 sur consoles. Un aspect qui n’aurait rien de problématique si les responsables de ces adaptations ne s’étaient pas gonflés d’orgueil au point de vouloir raconter une histoire d’un seul tenant, faire de leur série de films une véritable saga. Et le faire mal. Sans aucune profondeur thématique ou presque (le discours religieux du bad guy n’échappe pas hors-sujet dans cet univers), le scénario reste ainsi perpétuellement en surface, se contentant d’aligner les péripéties – les premières minutes sont particulièrement éreintantes en la matière – sans que nous en ayons quelque chose à battre entre le manque de mise en place dans la narration ou le caractère foncièrement grotesque de l’intrigue. Et les personnages n’y changeront rien : les petits nouveaux sont autant caractérisés qu’un sachet de haricots surgelés, quant aux anciens ils ont perdu toute saveur à force de mourir et revenir à chaque épisode en un festival de clones à faire pâlir l’armée de l’Empire. Même Milla Jovovich paraît ne plus y croire alors qu’il doit s’agir désormais de sa seule source de revenus. Et que dire de son mari, le sympathique Paul W.S. Anderson, de retour derrière la caméra pour la quatrième fois sur la franchise ? Perfectible, le bonhomme ne nous en a pas moins habitués à se montrer toujours généreux et de bonne volonté, ou en tout cas lorsqu’il s’attachait à des projets quelque peu originaux. Là, au fur et à mesure des Resident Evil, on le sent de plus en plus cachetonner, n’y participer que pour faire mumuse avec le budget, ce qui permet de faire illusion sur une poignée de plans apocalyptiques du plus bel effet. Quand il filme large. Et laisse aux spectateurs plus de deux secondes afin de savourer le tableau. Car pour le reste du métrage, du peu qu’on pourrait apprécier (curieux comme on s’échine à ne pas montrer clairement les monstres dans le cadrage ou l’éclairage, c’est tout de même pas The Thing), le montage au hachoir se charge de saloper la moindre scène, quelle que soit sa nature. Dialogue, horreur, action, tout sonne faux, confus, à un point que ça en deviendrait presque conceptuel si ce n’était pas juste consternant. Paulo ne nous avait en tout cas jamais déçu dans ces proportions et livre donc avec Resident Evil : Chapitre Final une œuvre tout simplement honteuse, qui pousse la malhonnêteté jusqu’à annoncer sa suite en dépit d’un titre pour le moins définitif. On verra si, comme pour le jeu vidéo, le septième saura réinventer une licence foutrement en berne…

020304

Critique ciné : La Grande muraille

22 janvier, 2017

la grande muraille_the great wall_matt damon_andy lau_jing tian_zhang yimou_affiche_poster

Sous ses dehors de banal blockbuster, La Grande muraille soulève en réalité plusieurs questions qui bien souvent s’embrasent en scandales : l’occidentalisation des comédiens dans des contextes étrangers, la part de plus en plus grande de la Chine dans les capitaux et décisions hollywoodiens, la politique démagogique des studios (avec en particulier le remplacement de Edward Le Dernier samouraï Zwick en cours de préproduction au profit de Zhang Yimou), la réécriture fantaisiste de l’Histoire, le nationalisme latent du réalisateur… Autant d’éléments qui auraient normalement dû, à un moment où un autre du visionnage, provoquer notre agacement, voire notre rejet. Mais non. Rien de tout cela, pas plus que les faiblesses d’un script aussi léger (on va droit à l’essentiel quand on a à peine plus d’1h40 de métrage) que parfois lourdingue (les blagues des occidentaux entre eux, typiques buddy-movie) ne parviennent à entacher cette impression toute simple : le film est cool. Pas incroyable mais cool, ouais. Le melting-pot d’influences et cultures – dont aurait pu craindre qu’il aboutisse à un résultat aseptisé, sans identité – fonctionne ainsi étonnamment bien. Les délires cross-genres de Max Brooks (World War Z) offrent une perspective un peu originale sur les dragons, l’héritage de Zwick passe mieux dans un cadre plus fantastique tout en gardant son romanesque et Tony Gilroy, abonné aux Jason Bourne, façonne à Matt Damon un rôle de héros en définitive plutôt charismatique, bien bad-ass dans l’action et pas dénué de chevalerie. Pendant ce temps, derrière la caméra, Zhang Yimou déploie tout le faste qu’on lui connaît et s’il ne cède pas aux folies les plus aériennes du wu xia pian (rappelons que c’est lui qui avait introduit le genre en Occident avec son Tigre et dragon), il compose malgré tout de puissantes séquences, spectaculaires et iconiques. Même les armures créées par Weta Workshop, un peu kitsch dans le contexte des bandes-annonces, se trouvent magnifiées par la réalisation une fois dans celui du métrage, participant pour beaucoup de la richesse visuelle du projet. Le cinéaste chinois fait se conjuguer en fait l’élégance et le style de son cinéma avec l’efficacité et les armes des majors du pays de l’oncle Sam pendant que, pas en reste quand il s’agit de métisser les influences, le compositeur Ramin Djawadi semble très inspiré par l’Asie et livre une partition martiale, à la démesure du spectacle. On rêverait alors d’une version longue de cette Grande muraille, histoire d’étoffer le propos de l’intrigue et les personnages, mais ce serait prendre le risque de déstabiliser un équilibre fragile. Petit miracle en soi ou gros coup de bol, il n’en demeure pas moins que la péloche constitue l’une des bonnes surprises de ce début d’année.

020304

Critique ciné : Quelques minutes après minuit

7 janvier, 2017

quelques minutes apres minuit_a monster calls_Lewis MacDougall_felicity jones_juan antonio bayona_affiche_poster

Difficile thématique que celle de la mort d’un proche, du deuil qui l’accompagne, et que le talentueux Juan Antonio Bayona ne cesse d’explorer au travers de ses longs-métrages. Après L’Orphelinat et The Impossible, il y revient donc avec Quelques minutes après minuitA Monster Calls en VO – mais cette fois du point-de-vue d’un enfant, s’appuyant sur le roman de Patrick Ness (également scénariste ici) pour nous livrer un conte aussi sombre que lumineux, aussi réaliste que merveilleux. Centré sur un garçon (bouleversant Lewis MacDougall) se réfugiant de la maladie de sa mère (Felicity Jones, qui commence aussi bien 2017 qu’elle avait fini 2016 avec Rogue One) auprès d’un monstre sylvestre, à la fois force de la nature et source de force, le film se joue ainsi sur un équilibre perpétuel et délicat l’empêchant de sombrer ne serait-ce qu’une seule fois dans le pathos, en dépit d’un matériau qui avait tout pour. On doit cela autant à l’intelligence du discours (il a beau être un simili-Ent, les propos du monstre sont confondants de lucidité, et le récit n’épargne rien à son jeune héros afin d’en dresser un portrait crédible) qu’à celle de la mise en scène (on notera par exemple la retenue de la partition de Fernando Velazquez), toute l’oeuvre semblant pensée dans ses moindres détails par un réalisateur véritablement tombé amoureux du roman original. Plus encore, ce projet permet à Bayona de transcender tout le bien qu’on pensait de lui : inspiré par les magnifiques illustrations du livre, l’espagnol nous donne en effet à contempler quelques scènes à la beauté proprement ravageuse, dont le caractère hautement pictural n’empêche pas une vitalité de chaque instant (les peintures prennent même littéralement vie lors de quelques séquences d’animation à l’aquarelle du plus bel effet). Quelque part alors entre son mentor Guillermo del Toro et Tim Burton pour le style visuel et Steven Spielberg pour le talent de narrateur (sans compter ici des thématiques que ne renierait pas le papa de E.T. l’extraterrestre), le cinéaste dévoile un sens du spectacle qu’on ne lui connaissait pas forcément et qui fait de Quelques minutes après minuit un mix parfait de drame intimiste et de blockbuster de fantasy, digne successeur d’un Labyrinthe de Pan. Reste maintenant à voir si JA Bayona saura conserver la cohérence de sa filmographie avec son prochain projet, la suite de Jurassic World.

02Sieben Minuten Nach Mitternacht_MG_9962.CR2

12345...65