Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Critique ciné : Ghost in the Shell

2 avril, 2017

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Dans les cartons depuis 2008 où il était très bien, Ghost in the Shell, le projet d’adaptation du manga de Masamune Shirow par Dreamworks, a finalement abouti mais reste toutefois encombré par le très lourd héritage du film de Mamoru Oshii, l’incarnation la plus célèbre de cette licence. Bien qu’il s’inspire également de quelques autres itérations de cet univers (en particulier l’anime GITS : Stand Alone Complex), le métrage y revient en effet constamment pour en reprendre les morceaux de bravoure quasiment tels quels… mais tout en s’en cachant. Un déni qui saute aux yeux dès le générique de début, avec le refus de reprendre la cultissime musique de Kenji Kawai (remplacée par une BO qui singe mollement Tron l’héritage) alors que les images ne sont à peu de choses près qu’un portage live du film de 1995, une contradiction résumant bien le dilemme intrinsèque à l’oeuvre. Très 90′s ainsi dans son approche et son esthétique (nous sommes à mille lieues du «tout-CGI»), cette période où la SF s’était spécialisée dans la surenchère du style visuel de Blade Runner, ce Ghost in the Shell s’inscrit pile dans l’époque de la sortie du premier film et cela aurait pu être une bonne idée pour tisser un lien sauf qu’en définitive, on a souvent davantage l’impression d’être face à Johnny Mnemonic. Ce qui peut être pas mal aussi, hein, mais à une échelle moindre toutefois. On s’en doutait, avec son passage au live et surtout sa récupération par Hollywood, le matériau ne pouvait que se voir transformé. Alors qu’il était par exemple question chez Oshii de savoir «qui suis-je ?», cette nouvelle version préfère s’interroger sur «qui étais-je ?», mystère aux mécaniques de polar bien plus reconnaissables pour le large public des blockbusters. De la même manière, les responsables intègrent un antagoniste bien identifiable (une fois le twist d’usage passé) pour structurer une histoire qui avait plus tendance à l’abstraction existentialiste, au questionnement sociétal ; une occidentalisation indéniable jusque dans son épilogue qui ressemble beaucoup à celui de Underworld, une des rares références chez nous de femme forte dans un film d’action… Réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur (tentative un brin loupée de transformer une princesse de conte de fée en guerrière), Rupert Sanders donnait alors le sentiment d’être surtout un faiseur de belles images, ce qui se confirme ici. Si sa vision ne manque effectivement pas de sincérité ni de petites touches d’originalité (il est évident qu’il veut bien faire, quoi), il a clairement de grosses lacunes en tant que narrateur – le récit se déroule sans grand relief – et une incapacité certaine à s’imposer auprès de ses producteurs comme en atteste l’effacement de la sexualisation (oui c’est possible, même lorsqu’on a Scarlett Johansson en combi moulante), avec entre autre la disparition du baiser lesbien qu’on apercevait pourtant dans les bandes-annonces. Symptomatique en fait dans ses grandes lignes de cette mode hollywoodienne de plus en plus lassante et préoccupante (merci Disney) qui consiste à transposer en prise de vues réelles des films d’animations juste parce que les effets spéciaux d’aujourd’hui le permettent, Ghost in the Shell version 2017 ne parvient pas à se forger une identité propre. Le résultat n’est pas foncièrement mauvais et pourra s’avérer être une porte d’entrée à cette culture pour certains spectateurs, mais ça ne le rend pas plus utile et encore moins réellement justifiable. Croisons les doigts pour que si elle se fait un jour, l’adaptation de Akira emprunte une autre voie. Et croisons les encore plus fort pour que ça ne se fasse jamais.

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Critique ciné : The Lost City of Z

21 mars, 2017

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D’ordinaire plus contemporain et urbain (il était jusque-là irrémédiablement attaché à la ville de New-York), James Gray s’était frotté au genre historique avec son précédent effort, The Immigrant, et poursuit cela aujourd’hui avec The Lost City of Z, adaptation d’un roman de David Grann qui s’intéressait à l’histoire réelle de l’explorateur anglais Percy Fawcett, disparu en Amazonie tandis qu’il cherchait une mystérieuse cité antédiluvienne. Une rupture encore plus flagrante donc des habitudes du cinéaste, dévoilant peut-être sa volonté de livrer un pur film d’aventure, de plonger pour de bon dans l’entertainment ? On pourrait en effet le croire pendant un temps, ne serait-ce qu’en raison du souffle épique parcourant le récit ou d’emprunts purement cinématographiques (on pense beaucoup à David Lean puis Apocalypse Now lors de la scène de «l’Opéra»). Il n’en sera toutefois rien car Gray préfère en fait construire son projet comme un biopic à l’approche naturaliste et réaliste, constat particulièrement notable dans la photo de l’illustre Darius Khondji qui privilégie la lumière naturelle et paraît de moins en moins picturale à mesure qu’on progresse dans le récit, en tout cas lors des séquences dans la jungle (étouffante et inhospitalière comme il se doit mais en même temps fascinante). Le film respectera ainsi scrupuleusement la chronologie de la vie de Fawcett et son exploration de l’Amazonie se fait en réalité en trois temps, avec à chaque fois un retour au pays, ce qui casse sérieusement l’idée d’aventure comme on pouvait la concevoir. Ce qui intéresse Gray c’est bien de dresser le portrait de cet homme qui le fascine, de sa passion pour un mystère que tout le monde réfute et des sacrifices auxquels il est prêt à se résoudre. Dommage alors que le réalisateur/scénariste se refuse à aborder la folie douce que représente une telle entreprise car si cela abonde dans le sens de son éloge de l’humaniste Fawcett, ça empêche également Charlie Hunnam de s’épanouir dans un rôle un peu plus étoffé (Robert Pattinson s’en sort mieux d’une certaine manière, trouvant là un des meilleurs emplois de sa jeune carrière) sans compter que cela aurait dénoté une approche plus honnête, car plus nuancée. Loin d’être l’odyssée aventureuse dans l’Enfer vert que nous imaginions, The Lost City of Z se propose donc davantage comme un descendant de films historiques tels que Out of Africa, Lawrence d’Arabie ou Mission, dont il partage l’élégance classique (le rejet du réalisateur pour le numérique participe évidemment à cette parenté old-school) et la foi dans leurs protagonistes. Et c’est tout aussi loin d’être une déception car à l’image de son interprétation de Percy Fawcett, James Gray prouve qu’il peut sortir de ses ornières – s’aventurer en terrain inconnu – sans se perdre aucunement. On a hâte de voir quel tour prendra sa filmographie ensuite.

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Critique ciné : Kong – Skull Island

11 mars, 2017

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Avec Kong : Skull Island, la société de production Legendary Pictures ajoute un nouveau monstre géant à son tableau de chasse, le plus célèbre et le plus titanesque des primates, le roi Kong en personne. Et si l’on craignait qu’il soit impossible de passer derrière l’incroyable remake de Peter Jackson, les responsables de ce film-ci ont pris la sage décision de partir sur une toute autre voie : dans une logique typique du kaiju eiga, ils s’apprêtent en effet à nous pondre un crossover avec le Godzilla de 2014 et en cela, on s’éloigne de la traditionnelle thématique de «la Belle et la Bête». Pas le temps pour la poésie et le sentimentalisme, on est là pour la baston. La vraie bonne surprise ainsi, c’est qu’ils ont également décidé de s’éloigner du style du film de Gareth Edwards, où l’on se prenait trop au sérieux en dépit d’un scénario vraiment très faible et se refusait à trop céder au spectaculaire. Frustrant. Ce coup-ci on a droit à un vrai film d’exploitation limite bis qui s’assume pleinement, au rythme qui ne se relâche pas une fois sur l’île où l’on cumule visions dantesques et idées barrées (cette putain d’araignée bambous). De l’aventure, de l’action et de l’exotisme comme à la belle époque, sans compter qu’avec la présence des bidasses on est déjà dans une dynamique à la Aliens sans avoir à attendre la suite ! Réalisateur quasi-inconnu, Jordan Vogt-Roberts (The Kings of Summer et quelques séries dont la très sympa Death Valley) s’en sort avec les honneurs grâce au plaisir évident qu’il prend à faire mumuse avec ce matériau, il compose entre autres quelques splendides images où la taille et la silhouette de Kong sont magnifiées par son sens de la perspective (vive la 3D dans ces conditions). On pourra lui reprocher une démarche de clippeur mais ça pète quand même grave la classe, la démesure et la fureur sont palpables. Tandis que Kong s’impose comme un monstre bien badass, roi du street fight même si ses affrontements, au final, souffriront un peu de la comparaison avec ceux orchestrés par Jackson, qui se montrait davantage inventif. De toute façon le métrage de Vogt-Roberts ne prétend pas soutenir la comparaison, il se complaît dans sa simplicité bon enfant comme en atteste un scénario prétexte, chargé de personnages un peu génériques à l’exception de Samuel L. Jackson qui arrive à tirer son épingle du jeu grâce à un rôle plus complexe qu’il en a l’air, ne serait-ce que parce qu’il est le seul à avoir une motivation autre que la fuite dans cet enfer vert. S’il n’est donc pas un grand classique digne de son légendaire protagoniste en titre, Kong : Skull Island n’en fait pas moins le taf’ de par sa générosité débridée et un emballage qui a de la gueule, l’asseyant comme un moment pop-corn tout à fait recommandable. Nous verrons en 2019 ce qu’il en sera pour sa rencontre avec Godzilla… et les autres monstres de la Toho !

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Critique ciné : Logan

7 mars, 2017

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Après 17 ans de bons et loyaux services et neuf longs-métrages, Hugh Jackman a officiellement déclaré que Logan marquerait sa dernière incursion dans la peau du mutant au squelette d’adamantium. Ce film entérine par conséquent un deuil, et même un plus important que ce que nous aurions cru. Vaguement inspiré ainsi du Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven, le matériau a cependant été revu en profondeur par James Mangold et ses scénaristes, à la recherche plutôt une parenté évidente avec le western (le film cite directement L’Homme des vallées perdues et s’en pose ouvertement comme une relecture). Un genre qui réussit particulièrement bien au réalisateur, qu’il l’aborde de plein front (voir l’excellent remake de 3h10 pour Yuma) ou de manière plus détournée comme dans le cas présent ou à l’époque avec Copland. On le retrouve donc bien plus convaincant que sur un Wolverine : Le Combat de l’immortel où on ne le sentait pas trop à l’aise avec l’aspect comic-book du projet, sans compter qu’il se fourvoyait dans son traitement mécanique des traumas du super-héros. Mangold prend ici le contre-pied de tout cela : plus en phase avec l’ancien X-Man, abandonnant le cahier des charges du comic-book movie, il livre ce qui est peut-être bien le premier film de super-héros à pouvoir prétendre s’inscrire au rang des grands films classiques du cinéma américain, justement parce qu’il ne cherche pas à satisfaire aux codes du genre (la partie science-fictionnel n’est par exemple limitée qu’à de petits détails). Car il s’agit en fait aussi du premier vrai film de super-héros crépusculaire depuis que Marvel s’est lancé dans la course aux salles obscures, une œuvre d’une noirceur et d’une violence absolues, sans commune mesure avec ce que l’on a pu voir jusqu’à présent chez les autres super-slips. Même chez DC, pourtant traditionnellement plus dark. On n’y épargne rien ni personne et surtout pas les enfants, les griffes du glouton n’ont jamais eu de résultat si sanglant ni réaliste (et en plans bien serrés qui plus est) et surtout, nous assistons là réellement à la fin d’un certain âge de l’Homo superior, entre une démystification cruelle du mythe du héros et un traitement de la figure du «mutant-dieu» dans ce qu’elle a de plus tristement humain. Quand on pense en effet à comment la Maison aux idées s’échaudait à l’idée de montrer un Tony Stark alcoolique, on ne pourra que tomber des nues devant le spectacle ultra-crédible d’un Professeur Xavier atteint d’Alzheimer, aussi affaibli qu’il est dangereux, avec tout ce que cela implique de nuances et problématiques que le métrage ne s’épargne pas. Mais si Patrick Stewart offre une performance exceptionnelle, il faut rendre à César ce qui appartient à César, celui qui porte le métrage sur ses épaules. Hugh Jackman s’avère ainsi parfaitement royal, habité comme jamais par ce personnage qu’il a considérablement contribué à rendre populaire au cinéma alors que personne ne croyait en lui, quand Bryan Singer l’avait choisi pour le premier X-Men. Impliqué parce qu’il s’agit de ses adieux au rôle qui l’a fait connaître mais aussi car le portrait de ce Wolverine vieillissant et malade résonne gravement avec sa propre vie personnelle, ajoutant encore en véracité à cette odyssée funèbre. Heureusement alors que Marvel n’a pas totalement la main-mise sur la licence X-Men au cinéma, sans quoi il est sûr que nous n’aurions jamais eu droit à ce Logan (ni Deadpool d’ailleurs) mélancolique et brutal, où surgit malgré tout un espoir grâce à une histoire simple et touchante qui achève de faire naître une nouvelle facette chez un héros que nous pensions connaître par cœur. Et maintenant qu’il est temps de lui dire au revoir, nous ne voyons pas comment cela aurait pu mieux se faire. So long, Wolverine !

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Critique ciné : Split

24 février, 2017

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Réalisateur aussi bien capable de nous mettre une grosse baffe que de nous filer les grosses boules, M. Night Shyamalan s’était quelque peu abîmé dans le système des majors hollywoodiennes ces dernières années, son ego surdimensionné ne sachant s’accorder avec toute l’attention qu’il générait. C’est pourquoi son passage dans l’écurie Blumhouse Productions – à l’occasion du récent et réussi The Visit – fut aussi fortement ressenti comme un renouveau, l’auteur du Sixième sens n’ayant plus qu’à s’y consacrer à son art sur un tout petit budget. Sans contraintes pour le froisser. Sans grandes attentes pour le pousser à se la péter. L’expérience lui a ainsi tellement plu qu’il la réitère pour Split, qui reste en apparence dans la droite lignée de la formule établie par Jason Blum : film de couloir, décor quasi-unique, casting réduit au strict minimum… Rien de très sexy à priori mais si ce film a malgré tout su captiver l’imagination des spectateurs durant les mois passés, c’est sur la base de son pitch ultra-accrocheur que Shyamalan transforme en thriller des plus efficaces, teinté de conte noir. Contournant en effet les limites du tournage à l’économie grâce à un script ultra-carré, qui aère intelligemment la narration par le biais des visites à la psy ou flashbacks de l’héroïne loin d’être anecdotiques, il prend ensuite corps de par une mise en scène allant droit au but et surtout, surtout, une interprétation admirable. Il y a donc tout d’abord Anya Taylor-Joy, la jeune révélation de The Witch, laquelle compose un rôle étonnamment complexe relevant la gageure de ne jamais nous être antipathique malgré sa passivité (ce qui nous a pourtant déjà fait copieusement râler devant nombre de péloches). Et puis bien sûr James McAvoy, tout bonnement monstrueux dans les multiples peaux de son personnage schizophrène. Et même si l’on n’en verra pas les 24 identités distinctes que nous promet le résumé (le film se concentre en fait sur une demi-douzaine d’entre elles), la performance reste ahurissante, inscrivant cet antagoniste au panthéon des frappadingues du cinéma. Et même plus. Car la vraie surprise avec Split c’est que Shyamalan a décidé de le relier lors de son épilogue à un autre des ses efforts (et un des plus passionnants qui plus est), changeant totalement notre perspective sur l’histoire. Sans trop en dire pour ne pas vous gâcher la surprise, le thriller horrifique bien foutu se mue en une origin-story excitante et mine de rien, il s’agit là d’un putain de twist. Pour un temps du moins, c’est sûr, on a retrouvé le Shyamalan de la grande époque.

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Critique ciné : Seuls

23 février, 2017

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Si la BD française est pleine de titres à faire pâlir les plus gros blockbusters hollywoodiens, il n’en va pas de même pour son cinéma qui reste toujours aussi frileux face au genre et aux risques. L’année 2017 changera alors un peu la donne puisque, en attendant le Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, déboule dans les salles Seuls, adaptation d’une bande-dessinée de Fabien Wehlmann et Bruno Gazzotti et plus précisément des cinq premiers tomes sur les vingt que devrait compter la série. Un petit événement dans le tristoune PAF mais aussi pour son réalisateur, David Moreau, qui joue ici son va-tout. Le bonhomme avait effectivement commencé très fort dans le cinoche de genre avec le tendu Ils (aux côtés de son pote Xavier Palud) puis s’était fourvoyé sur le remake américain de The Eye, le contraignant à une petite traversée du désert dont il n’était sorti qu’en revenant en France pour signer la comédie romantique 20 ans d’écart. C’est dire donc si Seuls représente pour lui une formidable opportunité de revenir à un cinéma beaucoup plus (et trop) rare sous nos latitudes et par conséquent il donne tout ce qu’il a, au travers d’une mise en scène inventive et nerveuse – bien qu’elle manque un peu de vrais gros morceaux de bravoure pour briller pleinement – et riche d’images fortes. Toutefois, plus encore que dans son aspect «saga adaptée d’une œuvre littéraire» (ou son épilogue qui en reprend l’esthétique), le long-métrage rappelle pas mal Hunger Games dans la manière qu’il a de réarranger des recettes bien connues à sa sauce – ce qui ne laisse que peu de chances à son twist à la Quatrième dimension de nous surprendre – et bien sûr de maltraiter des adolescents. Sauf que sur ce dernier point nous sommes en réalité plus proches du britannique Attack the Block, avec un traitement des personnages davantage réaliste et proche de nous (servi par un casting fort sympathique) si l’on excepte bien sûr un méchant dévoilé sur le tard et caricatural au possible, poussant le film dans un manichéisme dont on se serait bien passé. Tandis donc que son intrigue ne nous surprendra guère dans son déroulement et ses retournements, Seuls le fera bien plus grâce à son ton qui s’affranchit de la tiédeur propre aux œuvres avec des kids (on comprend pourquoi plusieurs studios ont abandonné l’idée de porter la bédé à l’écran, d’autant que les responsables ont rendu le tout plus mâture que le matériau d’origine), lui prodiguant une âme rare et précieuse dans cette époque où l’on polisse plutôt à tout-va. En revanche, curieux paradoxe vue l’aridité de la présence du genre dans le cinoche français, pas sûr que nous désirions voir la suite de la bande-dessinée portée à l’écran. Déjà parce qu’elle partirait dans un tout autre délire qu’amorce le curieux épilogue. Et ensuite car cela retirerait à Seuls un peu de son caractère unique.

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Critique ciné : A Cure for Life

20 février, 2017

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Alors qu’il n’avait jamais été aussi inspiré que sur ses deux derniers efforts, les westerns Rango et Lone Ranger, Gore Verbinski s’est pris coup sur coup deux bides relatifs ayant quelque peu remis en cause sa position à Hollywood, lui faisant perdre de sa superbe après les cartons de la trilogie originale Pirates des Caraïbes. Encore malmené par l’annulation de son adaptation de Bioshock, le réalisateur fait alors acte de catharsis avec A Cure for Life, petit budget imaginé par ses soins et ceux de son co-scénariste Justin Haythe et lui permettant d’exorciser toute la noirceur accumulée ces dernières années (tout en tapant sur le monde de l’argent et la folie qui l’entoure). Un retour au thriller horrifique après son plutôt bon Le Cercle, annoncé à renfort de trailers ayant su titiller notre curiosité de par leur élégante étrangeté et non leur caractère «choc». Car si l’on croise bien le long du métrage quelques fulgurances de violence, de brefs instants d’horreur graphique qui flirtent même avec le torture-porn dans leur description clinique des sévices infligés (bel hommage à Marathon Man au passage), celles-ci restent très rares, Verbinski préférant faire naître le malaise, l’effroi, de manière plus insidieuse. Que ce soit en se reposant sur la fabuleuse direction artistique de Eve Stewart (Docteur Frankenstein), laquelle doit beaucoup au cadre choisi pour le tournage avec cette «Suisse» un peu hors du temps (l’Allemagne en réalité, et tout spécialement le magnifique château de Hohenzollern) et perdue au sein d’une nature sauvage et primitive (la figure de l’animal est disséminée partout), ou bien en nous confrontant aux méandres d’un script jonglant avec des idées assez dérangeantes afin de mieux triturer la psyché de son héros (impeccable Dane DeHaan). Plus qu’à un Shutter Island comme on l’a beaucoup entendu, A Cure for Life fait donc penser à La Neuvième porte de Roman Polanski dans sa manière de suivre un protagoniste perdu au milieu d’une enquête qui le dépasse, un mystère dont les ténébreuses ramifications nous font chanceler entre réalité et fiction. Un récit où le fantastique est omniprésent sans jamais être clairement là. Sauf que le final gothique très explicite viendra alors briser complètement cela, ce qui ne manquera pas de rebuter tous ceux qui appréciaient cette suspension d’incrédulité, cette atmosphère indicible. Il  apparaîtra en fait comme d’autant plus facultatif que film s’avère trop long : avec ses presque 2h30, il pose en effet admirablement son ambiance mais, à trop prendre son temps, il se montre trop bavard et nous laisse amplement le temps de déceler à l’avance les révélations de sa dernière bobine. Dommage. A peu de choses près, A Cure for Life s’inscrivait comme l’un des sommets du cinéma horrifique de ces dernières années. Il reste néanmoins la preuve indubitable du talent formel de Verbinski et plus encore, il démontre que le bonhomme n’a rien d’un anonyme yes-man à la solde des blockbusters. Pour ceux qui en doutaient encore.

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Critique ciné : xXx – Reactivated

5 février, 2017

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Mine de rien, Vin Diesel est en train de devenir un véritable héros sauveur pour les licences qu’il a lancées (et inversement). En effet, après avoir porté à bout de bras – épaulé par le réalisateur/scénariste David Twohy – le personnage de Riddick et refait le plein de la saga Fast and Furious, le comédien est de retour dans la peau tatouée de Xander Cage pour xXx : Reactivated, qu’il avait délaissée le temps d’un xXx 2 : The Next Level mené par Ice Cube. Le désir manifeste de relancer une franchise moribonde depuis maintenant presque douze ans et nous n’aurions pas grand chose à y redire tant cette relecture djeun’s de James Bond a de potentiel dans le spectaculaire, sauf que les responsables ont choisi une toute autre direction pour ce troisième volet. Inspirés ainsi par le carton de la bande à Toretto, le xXx nouveau embraye sur le style des Fast and Furious et c’est loin d’être porteur. Outre une tendance à la surenchère pouvant tomber dans le grotesque pur (sérieux, la poursuite en motos sur l’océan…) et un Diesel paraissant ne plus savoir dans quel film il joue, cela s’accompagne effectivement d’une écriture pour le moins médiocre. C’est à dire plus concentrée sur l’accumulation d’éléments disparates que l’élaboration d’un véritable récit, en reprenant telles quelles les marottes de la licence tunée : constitution d’une équipe/famille avec ce que ça implique comme personnages secondaires comiques bien lourdingues (et là on touche le fond du fond, avec entre autres un Tony Jaa une nouvelle fois sacrifié), brouillage des frontières entre gentils et méchants au point d’annihiler toute structure narrative (on ne comprend même pas qu’on y est lorsque débute le climax), beauferie généralisée et assumée en lieu et place qu’une quelconque recherche thématique… On a beau savoir qu’un xXx ne brillera jamais franchement grâce à son script, il s’agit là malgré tout d’un sacré nivellement par le bas, pas même rattrapé par les séquences d’action ou si peu. Car s’il s’était montré plutôt efficace dans le domaine du thriller tendu avec Paranoïak ou L’Oeil du mal, le réalisateur D.J. Caruso est bien moins convaincant lorsqu’il s’agit de tout faire péter, de s’épanouir dans le cadre d’un blockbuster, en témoigne son pénible Numéro Quatre. S’il n’y avait alors Donnie Yen pour placer quelques mandales bien senties et dégager un charisme réel, en dépit d’un rôle pourtant sans saveur, il faudrait se satisfaire de cascades plus folles les unes que les autres mais en même temps si peu crédibles – ou bien mises en scène – qu’elles sont privées de tout «effet whaou». Loin d’être les retrouvailles que nous espérions, xXx : Reactivated marque donc un tournant particulièrement décevant pour la franchise qui développe sa mythologie de bien piètre manière, en piochant allègrement dans les travers d’une autre série qui a déjà montré ses limites depuis fort longtemps. Mais puisque les billets verts continuent d’être engrangés, un xXx 4 avec la même équipe est déjà dans les starting-blocks… Puisse Riddick ne jamais connaître tel traitement !

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