Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Critique ciné : Alien – Covenant

17 mai, 2017

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Réécriture ambitieuse de la mythologie Alien par l’un de ses principaux instigateurs, Prometheus était pourtant loin du plébiscite absolu chez les fans de la saga qui peinaient à en retrouver l’ADN, ce qui n’a certainement pas manqué de faire tiquer Ridley Scott et le pousser à revoir ses plans pour la nouvelle série de films (dont la forme est au passage au moins aussi changeante que celle du xénomorphe). Le petit dernier, Alien : Covenant, a ainsi la lourde charge de revenir aux sources du mythe tout en prolongeant l’approche initiée par le précédent et décrié opus, un cul entre deux chaises qui ne va pas manquer chez Scott – de moins en moins concerné par les scénarios qu’il illustre – d’aboutir à un résultat bâtard. Et ça ne rate pas. Le film possède ainsi indéniablement les forces de son cinéaste, à commencer par une mise en scène comme toujours impeccable, servie par une direction artistique absolument grandiose (les visions de la nécropole sont dantesques). Tout juste regrettera-t-on que les créatures ne soient pas davantage iconisées, trop bondissantes et dans l’action quand elles sont là (on ne ressent pas les efforts revendiqués pour limiter l’utilisation des CGI) alors que, en vrai maître du suspense qui aura filé des cauchemars à plus d’un spectateur, il avait à chaque fois bien fait monter la tension comme il faut. Mais Scott est aussi un monsieur de 80 printemps qui a changé au fil des ans et donne donc de plus en plus le sentiment d’être un esthète ne prêtant que peu d’importance au scénario qu’il met en images, se contentant très bien de quelques bonnes idées rattachées à une structure anémique. La noirceur absolue et le discours philosophique du script de John Logan (Penny Dreadful) et Dante Harper sont ainsi annihilés par des scories indignes d’un film de cette ampleur : personnages humains inconsistants (ils ne sont tous définis qu’au travers de leurs relations de couples), pistes narratives abandonnées (quid de la Reine Alien pourtant évoquée au travers d’une ligne de dialogue ?), twist grillé à mille bornes au point que c’est à se demander s’ils ne l’ont pas fait exprès… Même alors si son emballage est somptueux, cet Alien : Covenant tombe dans les errements d’un film d’horreur banal, il n’a pas tellement plus de choses à raconter qu’une énième suite de Halloween ou Vendredi 13 et se transforme finalement en simple jeu de massacre sans jamais ressusciter l’étincelle du film original, dont il se pose pourtant comme un quasi-remake. Prometheus, lui au moins, faisait son truc perso, et c’est à se demander si ce nouveau pan de la saga n’échappe pas en fin de compte à ses créateurs (nous en sommes aujourd’hui à six films prévus contre une simple trilogie au départ), impliquant dès lors qu’il vaudrait peut-être mieux arrêter les frais…

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Critique ciné : On l’appelle Jeeg Robot

5 mai, 2017

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Davantage associé au cinéma hollywoodien par les temps qui courent, le modèle Marvellien s’étant imposé jusque chez la concurrence et par-delà les frontières des States, le film de super-héros brille par son absence quasi-totale dans la vieille Europe pour des raisons aussi bien culturelles que financières. Venu ainsi d’un pays que nous n’aurions jamais cru capable de supporter un tel projet, l’Italie et son industrie en berne depuis des décennies, On l’appelle Jeeg Robot débarque dans nos salles auréolé d’une flopée de prestigieuses récompenses mais bien évidemment, avec un peu moins de 2 millions d’euros de budget, pas question de chercher à jouer sur le terrain des américains. Sans aller alors jusque dans les excès auteurisants du français Vincent n’a pas d’écailles (non, mais quel titre, putain), le premier long-métrage de Gabriele Mainetti – remarqué pour son court-métrage Tiger Boy en lice aux Oscars il y a quelques années – prend le parti du réalisme sans pour autant s’éloigner du genre. Voire même DES genres puisque le film de super-héros sert en fait ici de colonne vertébrale sur laquelle viennent se greffer du drame social à la Ken Loach, une bonne grosse louche de film de gangster digne des Pusher de Nicolas Winding Refn, de la comédie romantique et de la comédie plus absurde, de l’action à la Jason Bourne, de la satire et de l’anime japonais (le titre et le film font directement référence à une œuvre de Go Nagai, le papa de Goldorak et Devilman)… Et comme si cela ne suffisait pas le tout se fait avec des personnages étonnamment complexes au regard d’un premier contact avec eux tirant plus vers le caricatural, de par une caractérisation à gros traits qui va en réalité révéler des trésors de subtilité (et quand on voit le premier rôle féminin ou celui du méchant, ce n’était vraiment pas gagné d’avance). Le miracle tient alors au fait que jamais aucun de ces éléments ne vient vampiriser les autres, ils forment un tout parfaitement homogène et cohérent malgré leurs disparités, leurs grands écarts stylistiques, rappelant le numéro d’équilibriste du Super de James Gunn avec en sus une indéniable sensibilité européenne et de la vraie SF dedans. Aidé par un scénario et d’un montage exemplaires, Mainetti fait donc preuve d’une efficacité redoutable (la poursuite du début fait ressentir comme rarement l’effort physique que cela demande) et d’une maîtrise sans faille, le poussant de suite dans la catégorie des réalisateurs à suivre de très près et faisant de son On l’appelle Jeeg Robot un représentant ô combien précieux du genre super-héroïque. Ou encore une réponse au cinéma hollywoodien comme on aimerait en voir plus souvent par chez nous : vous voyez bien que c’est possible !

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Critique ciné : Les Gardiens de la Galaxie vol.2

2 mai, 2017

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Le premier Gardiens de la Galaxie avait eu à sa sortie l’effet d’un véritable vent de fraîcheur, venant nous prouver que le Marvel Cinematic Universe n’était pas forcément condamné à la triste uniformisation que nous constations. Mais la licence était encore inconnue du grand public à ce moment-là, et c’est certainement grâce à cela que le trublion James Gunn avait eu les coudées plus franches que ses collègues pour adapter un comics de la Maison aux idées. Une situation qui a bien changé aujourd’hui, après le carton – mérité – du premier volet, posant alors la question de savoir si le transfuge de la Troma a réussi à nouveau avec Les Gardiens de la galaxie vol.2 à injecter un peu de personnalité dans un blockbuster du géant Disney. Et la réponse est «oui», clairement. Nous sommes bien sûr loin des prises de risque d’un Logan mais quand même, dans un long-métrage qui on le sait va rameuter les bamboches en salles par paquets de douze, ça fait du bien de voir des antihéros badass et gentiment impertinents, plongés dans un univers de SF qui ne cherche pas à effacer à tout prix sa maturité (on retrouve Yondu dans un bordel, mine de rien) ou sa violence (les tendances meurtrières de Rocket, de plus en plus prégnantes). De la même manière, le film ne cherche pas à se rattacher aux autres productions du studio comme c’est désormais la norme (même le fan-service est tout entier tourné vers les Gardiens seuls), il mène sa propre barque en ayant pleinement conscience des privilèges qui sont siens. Cette suite avance ainsi par exemple pendant longtemps sans énoncer clairement les enjeux de son intrigue, faisant ce qu’elle veut, en conséquence de quoi Les Gardiens de la galaxie vol.2 adopte un rythme quelque peu indolent que certains ne manqueront pas de critiquer, surtout comparé à l’énergie communicative du précédent opus. Le cinéaste à la coupe de punk ne fait toutefois pas l’école buissonnière par pur laxisme, il en profite pour creuser ses thématiques et développer ses protagonistes avec amour, par petites couches successives sans que cela devienne des sous-intrigues à proprement parler, lesquelles alourdiraient le récit plus qu’autre chose. Alchimiste brillant, Gunn manipule en fait éléments et ingrédients avec le brio qu’on lui connaît (ses débuts en tant que scénariste ont vraiment porté leurs fruits) et livre une œuvre satisfaisant aux critères du comic-book movie sans tomber dans ses pièges, plus intéressée par son groupe de bras cassés que par la cahier des charges du blockbuster (une donnée qu’on retrouve dans la sélection des chansons composant la BO, moins «tubesque» que précédemment mais plus représentative de l’état d’esprit des héros). Qu’on se rassure toutefois, le spectacle est là. Conscient que c’est leur originalité qui avait fait le succès des scènes d’action du premier film et qu’il ne pourra pas forcément rivaliser sur ce point, le réalisateur prend le parti de soigner à l’extrême la mise en scène de ces séquences, de les rendre uniques de par leur esthétisme, et il compose ainsi des moments de grâce où la fureur le partage à la poésie et au flashy (l’évasion du vaisseau des Ravageurs transcende la déjà très cool flèche volante de Yondu). Autant dire que ça ne ressemble à pas grand chose de ce que l’on connaît et c’est là justement la plus grande force des Gardiens de la Galaxie vol.2, cette faculté presque unique à imposer son style en dépit d’origines institutionnelles en ayant formaté plus d’un. Prévu pour rester aux commandes d’un troisième volet qui devrait marquer la rencontre des Gardiens et des Avengers, on verra alors si James Gunn – hors du délicieux cocon qu’il s’est confectionné – pourra continuer à exister au travers de la machine marvelo-disneyenne. Si seulement…

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Critique ciné : Life – Origine inconnue

22 avril, 2017

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Alors que Ridley Scott reviendra selon toute vraisemblance avec Alien : Covenant aux origines du mythe qu’il a initié en 1979, en salles dans une poignée de semaines, il se fait un peu couper l’herbe sous le pied par un de ses protégés, Daniel Espinosa (Enfant 44, une production Scott Free), qui sort lui Life – Origine inconnue. Le twist, car il en faut bien un, c’est que là où son modèle transposait l’horreur gothique dans de la SF pure et dure, l’élève opte pour une approche contemporaine et surtout réaliste, montrant notre première rencontre avec une forme de vie extraterrestre sous un jour aussi crédible qu’inquiétant. Après, à quelques divergences près, nous sommes donc clairement face à une relecture du séminal Alien, le huitième passager, avec un équipage spatial confronté à une créature agressive dans un environnement confiné. Ni plus, ni moins. Une ressemblance qui a coûté cher à nombre de suiveurs par le passé parce qu’ils ne faisaient que recopier le style de Scott, ce dont se garde heureusement Life – Origine inconnue en allant jusqu’au bout de son désir de véracité, comme si Alien et Gravity avaient copulé dans une navette et étaient revenus sur Terre avec un petit. Reprenant en effet les techniques mises au point par Alfonso Cuaron et ses artistes CGI, Espinosa recrée l’atmosphère d’une station orbitale avec une crédibilité inattaquable, sa caméra se mouvant dans un décor solide tel un astronaute à part entière. Une manière efficace de nous impliquer avant que les choses ne se gâtent avec l’apparition de ce monstre fruit d’une anticipation profondément raisonnée, véritable saloperie dont les talents de machine à tuer n’ont rien à envier à ceux du fameux xénomorphe. Tout en gardant sa veine scientifique (c’est par la déduction et la réflexion que les personnages luttent contre l’envahisseur), on plonge alors dans du survival bien tendu qui prolonge l’efficacité générale du métrage (la caractérisation s’en tient par exemple au minimum syndical et repose beaucoup sur le charisme du casting). Après on pourra toujours remettre en cause la morale quelque peu douteuse du film, qui se limiterait grosso modo à «la curiosité est un vilain défaut», mais Life – Origine inconnue est suffisamment bien foutu pour remplir malgré tout ses objectifs de thriller horrifico-scientifique spatial… et de mise en bouche à Alien : Covenant. Dans l’espace, on n’a pas fini de crier !

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Critique ciné : Ghost in the Shell

2 avril, 2017

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Dans les cartons depuis 2008 où il était très bien, Ghost in the Shell, le projet d’adaptation du manga de Masamune Shirow par Dreamworks, a finalement abouti mais reste toutefois encombré par le très lourd héritage du film de Mamoru Oshii, l’incarnation la plus célèbre de cette licence. Bien qu’il s’inspire également de quelques autres itérations de cet univers (en particulier l’anime GITS : Stand Alone Complex), le métrage y revient en effet constamment pour en reprendre les morceaux de bravoure quasiment tels quels… mais tout en s’en cachant. Un déni qui saute aux yeux dès le générique de début, avec le refus de reprendre la cultissime musique de Kenji Kawai (remplacée par une BO qui singe mollement Tron l’héritage) alors que les images ne sont à peu de choses près qu’un portage live du film de 1995, une contradiction résumant bien le dilemme intrinsèque à l’oeuvre. Très 90′s ainsi dans son approche et son esthétique (nous sommes à mille lieues du «tout-CGI»), cette période où la SF s’était spécialisée dans la surenchère du style visuel de Blade Runner, ce Ghost in the Shell s’inscrit pile dans l’époque de la sortie du premier film et cela aurait pu être une bonne idée pour tisser un lien sauf qu’en définitive, on a souvent davantage l’impression d’être face à Johnny Mnemonic. Ce qui peut être pas mal aussi, hein, mais à une échelle moindre toutefois. On s’en doutait, avec son passage au live et surtout sa récupération par Hollywood, le matériau ne pouvait que se voir transformé. Alors qu’il était par exemple question chez Oshii de savoir «qui suis-je ?», cette nouvelle version préfère s’interroger sur «qui étais-je ?», mystère aux mécaniques de polar bien plus reconnaissables pour le large public des blockbusters. De la même manière, les responsables intègrent un antagoniste bien identifiable (une fois le twist d’usage passé) pour structurer une histoire qui avait plus tendance à l’abstraction existentialiste, au questionnement sociétal ; une occidentalisation indéniable jusque dans son épilogue qui ressemble beaucoup à celui de Underworld, une des rares références chez nous de femme forte dans un film d’action… Réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur (tentative un brin loupée de transformer une princesse de conte de fée en guerrière), Rupert Sanders donnait alors le sentiment d’être surtout un faiseur de belles images, ce qui se confirme ici. Si sa vision ne manque effectivement pas de sincérité ni de petites touches d’originalité (il est évident qu’il veut bien faire, quoi), il a clairement de grosses lacunes en tant que narrateur – le récit se déroule sans grand relief – et une incapacité certaine à s’imposer auprès de ses producteurs comme en atteste l’effacement de la sexualisation (oui c’est possible, même lorsqu’on a Scarlett Johansson en combi moulante), avec entre autre la disparition du baiser lesbien qu’on apercevait pourtant dans les bandes-annonces. Symptomatique en fait dans ses grandes lignes de cette mode hollywoodienne de plus en plus lassante et préoccupante (merci Disney) qui consiste à transposer en prise de vues réelles des films d’animations juste parce que les effets spéciaux d’aujourd’hui le permettent, Ghost in the Shell version 2017 ne parvient pas à se forger une identité propre. Le résultat n’est pas foncièrement mauvais et pourra s’avérer être une porte d’entrée à cette culture pour certains spectateurs, mais ça ne le rend pas plus utile et encore moins réellement justifiable. Croisons les doigts pour que si elle se fait un jour, l’adaptation de Akira emprunte une autre voie. Et croisons les encore plus fort pour que ça ne se fasse jamais.

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Critique ciné : The Lost City of Z

21 mars, 2017

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D’ordinaire plus contemporain et urbain (il était jusque-là irrémédiablement attaché à la ville de New-York), James Gray s’était frotté au genre historique avec son précédent effort, The Immigrant, et poursuit cela aujourd’hui avec The Lost City of Z, adaptation d’un roman de David Grann qui s’intéressait à l’histoire réelle de l’explorateur anglais Percy Fawcett, disparu en Amazonie tandis qu’il cherchait une mystérieuse cité antédiluvienne. Une rupture encore plus flagrante donc des habitudes du cinéaste, dévoilant peut-être sa volonté de livrer un pur film d’aventure, de plonger pour de bon dans l’entertainment ? On pourrait en effet le croire pendant un temps, ne serait-ce qu’en raison du souffle épique parcourant le récit ou d’emprunts purement cinématographiques (on pense beaucoup à David Lean puis Apocalypse Now lors de la scène de «l’Opéra»). Il n’en sera toutefois rien car Gray préfère en fait construire son projet comme un biopic à l’approche naturaliste et réaliste, constat particulièrement notable dans la photo de l’illustre Darius Khondji qui privilégie la lumière naturelle et paraît de moins en moins picturale à mesure qu’on progresse dans le récit, en tout cas lors des séquences dans la jungle (étouffante et inhospitalière comme il se doit mais en même temps fascinante). Le film respectera ainsi scrupuleusement la chronologie de la vie de Fawcett et son exploration de l’Amazonie se fait en réalité en trois temps, avec à chaque fois un retour au pays, ce qui casse sérieusement l’idée d’aventure comme on pouvait la concevoir. Ce qui intéresse Gray c’est bien de dresser le portrait de cet homme qui le fascine, de sa passion pour un mystère que tout le monde réfute et des sacrifices auxquels il est prêt à se résoudre. Dommage alors que le réalisateur/scénariste se refuse à aborder la folie douce que représente une telle entreprise car si cela abonde dans le sens de son éloge de l’humaniste Fawcett, ça empêche également Charlie Hunnam de s’épanouir dans un rôle un peu plus étoffé (Robert Pattinson s’en sort mieux d’une certaine manière, trouvant là un des meilleurs emplois de sa jeune carrière) sans compter que cela aurait dénoté une approche plus honnête, car plus nuancée. Loin d’être l’odyssée aventureuse dans l’Enfer vert que nous imaginions, The Lost City of Z se propose donc davantage comme un descendant de films historiques tels que Out of Africa, Lawrence d’Arabie ou Mission, dont il partage l’élégance classique (le rejet du réalisateur pour le numérique participe évidemment à cette parenté old-school) et la foi dans leurs protagonistes. Et c’est tout aussi loin d’être une déception car à l’image de son interprétation de Percy Fawcett, James Gray prouve qu’il peut sortir de ses ornières – s’aventurer en terrain inconnu – sans se perdre aucunement. On a hâte de voir quel tour prendra sa filmographie ensuite.

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Critique ciné : Kong – Skull Island

11 mars, 2017

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Avec Kong : Skull Island, la société de production Legendary Pictures ajoute un nouveau monstre géant à son tableau de chasse, le plus célèbre et le plus titanesque des primates, le roi Kong en personne. Et si l’on craignait qu’il soit impossible de passer derrière l’incroyable remake de Peter Jackson, les responsables de ce film-ci ont pris la sage décision de partir sur une toute autre voie : dans une logique typique du kaiju eiga, ils s’apprêtent en effet à nous pondre un crossover avec le Godzilla de 2014 et en cela, on s’éloigne de la traditionnelle thématique de «la Belle et la Bête». Pas le temps pour la poésie et le sentimentalisme, on est là pour la baston. La vraie bonne surprise ainsi, c’est qu’ils ont également décidé de s’éloigner du style du film de Gareth Edwards, où l’on se prenait trop au sérieux en dépit d’un scénario vraiment très faible et se refusait à trop céder au spectaculaire. Frustrant. Ce coup-ci on a droit à un vrai film d’exploitation limite bis qui s’assume pleinement, au rythme qui ne se relâche pas une fois sur l’île où l’on cumule visions dantesques et idées barrées (cette putain d’araignée bambous). De l’aventure, de l’action et de l’exotisme comme à la belle époque, sans compter qu’avec la présence des bidasses on est déjà dans une dynamique à la Aliens sans avoir à attendre la suite ! Réalisateur quasi-inconnu, Jordan Vogt-Roberts (The Kings of Summer et quelques séries dont la très sympa Death Valley) s’en sort avec les honneurs grâce au plaisir évident qu’il prend à faire mumuse avec ce matériau, il compose entre autres quelques splendides images où la taille et la silhouette de Kong sont magnifiées par son sens de la perspective (vive la 3D dans ces conditions). On pourra lui reprocher une démarche de clippeur mais ça pète quand même grave la classe, la démesure et la fureur sont palpables. Tandis que Kong s’impose comme un monstre bien badass, roi du street fight même si ses affrontements, au final, souffriront un peu de la comparaison avec ceux orchestrés par Jackson, qui se montrait davantage inventif. De toute façon le métrage de Vogt-Roberts ne prétend pas soutenir la comparaison, il se complaît dans sa simplicité bon enfant comme en atteste un scénario prétexte, chargé de personnages un peu génériques à l’exception de Samuel L. Jackson qui arrive à tirer son épingle du jeu grâce à un rôle plus complexe qu’il en a l’air, ne serait-ce que parce qu’il est le seul à avoir une motivation autre que la fuite dans cet enfer vert. S’il n’est donc pas un grand classique digne de son légendaire protagoniste en titre, Kong : Skull Island n’en fait pas moins le taf’ de par sa générosité débridée et un emballage qui a de la gueule, l’asseyant comme un moment pop-corn tout à fait recommandable. Nous verrons en 2019 ce qu’il en sera pour sa rencontre avec Godzilla… et les autres monstres de la Toho !

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Critique ciné : Logan

7 mars, 2017

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Après 17 ans de bons et loyaux services et neuf longs-métrages, Hugh Jackman a officiellement déclaré que Logan marquerait sa dernière incursion dans la peau du mutant au squelette d’adamantium. Ce film entérine par conséquent un deuil, et même un plus important que ce que nous aurions cru. Vaguement inspiré ainsi du Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven, le matériau a cependant été revu en profondeur par James Mangold et ses scénaristes, à la recherche plutôt une parenté évidente avec le western (le film cite directement L’Homme des vallées perdues et s’en pose ouvertement comme une relecture). Un genre qui réussit particulièrement bien au réalisateur, qu’il l’aborde de plein front (voir l’excellent remake de 3h10 pour Yuma) ou de manière plus détournée comme dans le cas présent ou à l’époque avec Copland. On le retrouve donc bien plus convaincant que sur un Wolverine : Le Combat de l’immortel où on ne le sentait pas trop à l’aise avec l’aspect comic-book du projet, sans compter qu’il se fourvoyait dans son traitement mécanique des traumas du super-héros. Mangold prend ici le contre-pied de tout cela : plus en phase avec l’ancien X-Man, abandonnant le cahier des charges du comic-book movie, il livre ce qui est peut-être bien le premier film de super-héros à pouvoir prétendre s’inscrire au rang des grands films classiques du cinéma américain, justement parce qu’il ne cherche pas à satisfaire aux codes du genre (la partie science-fictionnel n’est par exemple limitée qu’à de petits détails). Car il s’agit en fait aussi du premier vrai film de super-héros crépusculaire depuis que Marvel s’est lancé dans la course aux salles obscures, une œuvre d’une noirceur et d’une violence absolues, sans commune mesure avec ce que l’on a pu voir jusqu’à présent chez les autres super-slips. Même chez DC, pourtant traditionnellement plus dark. On n’y épargne rien ni personne et surtout pas les enfants, les griffes du glouton n’ont jamais eu de résultat si sanglant ni réaliste (et en plans bien serrés qui plus est) et surtout, nous assistons là réellement à la fin d’un certain âge de l’Homo superior, entre une démystification cruelle du mythe du héros et un traitement de la figure du «mutant-dieu» dans ce qu’elle a de plus tristement humain. Quand on pense en effet à comment la Maison aux idées s’échaudait à l’idée de montrer un Tony Stark alcoolique, on ne pourra que tomber des nues devant le spectacle ultra-crédible d’un Professeur Xavier atteint d’Alzheimer, aussi affaibli qu’il est dangereux, avec tout ce que cela implique de nuances et problématiques que le métrage ne s’épargne pas. Mais si Patrick Stewart offre une performance exceptionnelle, il faut rendre à César ce qui appartient à César, celui qui porte le métrage sur ses épaules. Hugh Jackman s’avère ainsi parfaitement royal, habité comme jamais par ce personnage qu’il a considérablement contribué à rendre populaire au cinéma alors que personne ne croyait en lui, quand Bryan Singer l’avait choisi pour le premier X-Men. Impliqué parce qu’il s’agit de ses adieux au rôle qui l’a fait connaître mais aussi car le portrait de ce Wolverine vieillissant et malade résonne gravement avec sa propre vie personnelle, ajoutant encore en véracité à cette odyssée funèbre. Heureusement alors que Marvel n’a pas totalement la main-mise sur la licence X-Men au cinéma, sans quoi il est sûr que nous n’aurions jamais eu droit à ce Logan (ni Deadpool d’ailleurs) mélancolique et brutal, où surgit malgré tout un espoir grâce à une histoire simple et touchante qui achève de faire naître une nouvelle facette chez un héros que nous pensions connaître par cœur. Et maintenant qu’il est temps de lui dire au revoir, nous ne voyons pas comment cela aurait pu mieux se faire. So long, Wolverine !

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