Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Critique ciné : Crawl

28 juillet, 2019

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S’il a voulu s’éloigner de l’horreur avec deux projets très réussis au demeurant (Horns et La Neuvième vie de Louis Drax), ceux-ci n’ont pourtant pas rencontré les faveurs du public et Alexandre Aja revient donc au genre qui l’a fait connaître avec Crawl, un pur ride de terreur comme il sait si bien le faire. Quelque part entre La Colline a des yeux et Piranha 3D, son nouvel effort est le prototype du « high concept pitch » (un cache-cache avec des alligators dans une maison en plein ouragan) et s’il n’est pas forcément des plus originaux – on a déjà vu des variations sur le même thème – il profite toutefois d’une écriture ciselée, laquelle ménage un rythme implacable tout en caractérisant ses personnages avec autant de concision que d’efficacité. Le frenchy peut en fait se reposer aussi bien sur son casting inspiré (Kaya Scodelario et Barry Pepper, du solide) que sur un producteur bienveillant et avisé (l’immense Sam Raimi) afin de livrer une péloche certes très ramassée sur elle-même mais d’autant plus tendue, qui ne s’arrête plus un seul instant une fois l’action lancée. Et il s’agira d’un putain de calvaire pour la paire de protagonistes à qui rien ne sera épargné, les alligators étant de foutues bestioles n’ayant rien à envier à des créatures surnaturelles ou mutantes. Tout le contraire en somme de l’expérience idyllique vécue par le cinéaste sur un projet qu’il a pu mener comme il l’entendait. Crawl en devient une pure série B dans le sens le plus noble du terme, un divertissement remplissant pleinement son office et la preuve que Alexandre Aja reste l’un de nos réalisateurs les plus doués.

Critique ciné : Toy Story 4

22 juillet, 2019

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Bien que le troisième volet bouclait la boucle d’une magistrale manière, Disney laisse l’appât du gain l’emporter sur le bon sens et a commandé à sa succursale Pixar un Toy Story 4… Alors ça y est, nous voici venus au moment où la souris ruine l’aura jusqu’ici immaculée des jouets de John Lasseter ? C’est en tout cas ce que laisse entendre un scénario en apparence bien plus anecdotique que la moyenne de la saga, entre les gros emprunts aux précédents films sans les surclasser (ce que réussissait brillamment Toy Story 2) ou des bouts d’intrigue qu’on croirait rescapés de versions avortées du script (le personnage de Fourchette, rigolo mais sans le moindre traitement thématique concluant puisqu’on ne commence à questionner sa nature que lors… du générique de fin). Même la caractérisation de l’antagoniste, évitant le manichéisme dans la grande tradition de Pixar, prend ici une tournure presque forcée atténuant le sentiment de menace. On est donc loin de l’excellence du studio et pourtant, en resserrant les enjeux sur un héros en particulier non plus seulement en tant que jouet mais bien en tant que personnage («personne» ?) à part entière, avec à la clé une conclusion aussi surprenante qu’émouvante, Toy Story 4 parvient malgré tout à gagner sa place dans la saga. En nous rappelant combien nous aimons sincèrement ces jouets qui sont bien plus que cela. Mais gaffe à ne pas trop tirer la queue du Mickey…

Critique ciné : Parasite

22 juillet, 2019

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Fer de lance du nouveau cinéma coréen passé par une belle expérience à l’étranger (Snowpiercer, cette claque putain), Bong Joon-ho revient au pays avec ce qu’on serait tenté de qualifier de petit film. Parasite est effectivement un thriller centré sur moins d’une dizaine de personnages et situé dans deux décors principaux, ce qui n’en jette à priori pas trop, et même récompensé par une Palme d’or on continuerait à se méfier… surtout récompensé par une Palme d’or, d’ailleurs. Le réalisateur n’est toutefois pas n’importe qui et sur la base d’un canevas des plus simples, il déploie tout son art pour livrer une oeuvre à l’efficacité implacable, transfigurant des schémas vus pourtant de nombreuses fois ailleurs (une spécialité du ciné sud-coréen moderne). Sa mise en scène soutient aussi bien l’action que son propos au travers d’une escalade prévisible mais néanmoins très surprenante, ménageant à la fois des retournements de situation et un basculement de point de vue qui en dit long sur l’intelligence avec laquelle Bong Joon-ho aborde son sujet, sans prendre parti. S’il s’agit donc clairement à la base d’un petit film, Parasite a pourtant tout d’un grand grâce au talent inextinguible de son réalisateur. Et une Palme d’or bien méritée, une !

Critique ciné : Tolkien

30 juin, 2019

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Jusqu’à quel point une oeuvre est-elle connectée à son créateur, dans quelle mesure la retrouve-t-on dans son parcours ? Telle est la question que se pose Tolkien, évocation de la vie de l’auteur de Bilbo le hobbit et du Seigneur des anneaux depuis son enfance jusqu’à la rédaction des premières lignes de son chef d’oeuvre. Un récit classique et efficace, mis en images avec élégance par Dome Karukoski (Tom of Finland), et au cours duquel on verra donc se dessiner petit à petit certains motifs des écrits de JRR, émerger certaines figures, en particulier lors de ces visions infernales de la bataille de la Somme où surgissent dragons et cavaliers encapuchonnés. Mais plus que cette chasse aux clins d’oeil et coïncidences qui ravirait juste les fanboys, le film a la bonne idée de se reposer pour beaucoup sur l’amitié liant Tolkien à ses camarades, un petit groupe d’artistes idéalistes en qui il va trouver de vrais frères, soit le thème au coeur même des écrits de l’auteur. Le métrage préfère donc à une accumulation factuelle, qui serait en plus fictive et forcée, un portrait émotionnel de son sujet. En cela, Tolkien raconte avec conviction les destins entremêlés d’un homme et de son oeuvre et constitue un biopic parfait pour cette légende de la littérature.

Critique ciné : Godzilla 2 – Roi des monstres

17 juin, 2019

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Persévérant dans sa volonté de concrétiser le MCU du kaiju eiga malgré la réception en demi-teinte des précédents volets, Warner Bros met les bouchées doubles avec Godzilla 2 – Roi des monstres, vendu comme une foire d’empoigne apocalyptique entre pléthore de monstres géants. Un programme alléchant mais qui, on le sait, peut très facilement se prendre les pieds dans le tapis de ses promesses, surtout lorsqu’on en vient si vite au combat royal dans une saga (remember Justice League ?). Catapulté aux commandes de son premier blockbuster, le plutôt doué Michael Dougherty (Trick ‘r Treat, Krampus) use de son expérience de scénariste pour livrer un script sachant respecter la nature « catastrophe naturelle » des monstres de la Toho tout en approfondissant la mythologie mise en place depuis deux films. Qui plus est, il donne à leur apparition simultanée une raison et une construction qui évitent au métrage de tomber dans le piège du buffet si garni qu’il finit par s’écrouler sous son propre poids. Pourtant, ce savoir-faire ne l’empêche pas de se planter sur les protagonistes humains, dont la caractérisation trouble et potentiellement intéressante se dilue dans un développement revenant comme par magie aux standards hollywoodiens. Soit le même problème que dans l’opus de Gareth Edwards, c’est à dire cette incapacité à sortir des schémas avec un traitement générique qui ne s’accorde thématiquement pas du tout aux quelques grandes idées que charrie l’intrigue, sans compter qu’il casse le rythme en faisant régulièrement redescendre notre pic d’intérêt. On sera néanmoins très vite et souvent réveillé par la partition tonitruante de ce bourrin de Bear McCreary mais aussi, et surtout, par l’avalanche de visions dantesques qu’offre Godzilla 2 – Roi des monstres, redonnant tout son sens et son gigantisme à l’expression « forces de la nature ». Rien que pour ça, on demande à voir la suite de ce kaijuverse. Et puis, c’est quand même cool les gros monstres qui se tapent dessus.

Critique ciné : Rocketman

31 mai, 2019

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Quelques mois après le succès de Bohemian Rhapsody, voici qu’arrive dans nos salles un autre biopic évènementiel avec Rocketman et si on les met en parallèle, ce n’est pas seulement parce qu’ils évoquent tous les deux le destin d’icônes rock et gay s’étant abîmées dans les excès. Ni parce qu’ils offrent à de jeunes comédiens prometteurs le rôle de leur vie, ici Taron Egerton qui continue de prouver qu’il a tout d’un grand. Non, si on les met ensemble, c’est en fait que ces deux métrages possèdent le même réalisateur, ou presque. Aux commandes dans le cas présent, Dexter Fletcher (Eddie the Eagle) est effectivement celui que la Fox avait appelé en renfort pour achever le biopic de Queen, Bryan Singer ayant été rattrapé par des démêlés avec la justice, ce qui ne fait que justifier plus encore le jeu des comparaisons. On remarquera ainsi très vite que là où Bohemian Rhapsody privilégiait une linéarité factuelle, Rocketman opte lui pour quelque chose de beaucoup plus déconstruit, plus fou, parce qu’il adopte en fait les oripeaux d’une véritable comédie musicale. Une différence cruciale qui se joue aussi bien aux niveaux visuel, narratif que musical, forcément, et à cause de laquelle le récit de la vie de Elton John pourrait sembler moins réussi que celui de Freddie Mercury. En effet, dès que se faisaient entendre les premières notes d’un tube de Queen, nous étions immédiatement transportés, le film nous menait sans cesse par le bout du nez et nous adorions ça. Ici, les classiques de Sir Elton se voient réappropriés, transformés afin de devenir des numéros musicaux bien troussés au demeurant mais aussi, obligatoirement, moins efficaces pour nous faire remuer sur nos sièges dès le premier visionnage. Ce que Rocketman perd donc en impact immédiat, il le gagne en personnalité propre. Celle de Fletcher, cette fois c’est sûr, mais aussi celle d’Elton John. Un mal pour un bien ?

Critique ciné : The Dead Don’t Die

17 mai, 2019

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Événement ! Avec The Dead Don’t Die, un film de zombies fait l’ouverture du festival de Cannes ! Et une comédie qui plus est ! En bons viandards que nous sommes, on ne peut refuser une telle proposition, et pourtant on aurait dû se méfier en voyant le nom de l’homme aux manettes, Jim Jarmusch, auteur quelque peu pédant et enfant-chéri des festivals cinés. Le bonhomme s’intéresse en fait au film de zombies dans la droite lignée du travail de George Romero, c’est à dire que les monstres servent de reflet à peine déformé aux travers de notre société consumériste, ils constituent une charge directe contre l’Amérique selon Trump. Jusque-là très bien, pas de soucis avec ça, sauf que Jimbo ne s’intéresse qu’à ça et seulement ça : faire passer son message. Il n’a aucun respect pour le genre (il le prend même clairement de haut) et n’en a strictement rien à foutre de son histoire, d’où un récit virant au grand n’importe quoi et fardé de références métas qui auraient pu être drôles si c’était du vrai second degré… sauf qu’on a surtout l’impression de voir Jarmusch ricaner en se titillant le nombril. Romero, lui, livrait un pamphlet frontal tout en racontant une vraie histoire, dans un vrai film, mais ici cela apparaît comme impossible tant l’ego du cinéaste bouffe tout l’espace. Et c’est bien dommage car même si l’ambiance est contemplative et les personnages plutôt clichetons, leurs (excellents) interprètes font qu’on s’attache malgré tout à eux, qu’on aimerait avoir peur pour eux, d’autant qu’ils ne manquent pas de créer quelques très bons moments de comédie. Mais non. The Dead Don’t Die, c’est en fait du ZAZ qui se prend grave au sérieux, la saison 3 de Twin Peaks quand on attendait la 1 ou la 2. Alors va te faire foutre Jarmusch. Et va te faire foutre Cannes.

Critique ciné : Hellboy

11 mai, 2019

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Déjà porté deux fois à l’écran par le fan génial Guillermo del Toro sans qu’il puisse achever la trilogie envisagée, Hellboy revient finalement au ciné après avoir changé de mains. Changement de réalisateur donc avec désormais le sympathique Neil Marshall (The Descent, Centurion) aux commandes mais surtout changement de structure, les droits ayant été récupérés par Davis Films et Millennium Films. Des pros de la surenchère décomplexée, du divertissement déraisonné, à qui l’on doit par exemple les Expendables ou les Resident Evil. Voilà la nouvelle maison du démon rouge et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a facilement trouvé ses marques. D’un côté, le film fait ainsi preuve d’une générosité sans borne, livrant une aventure pulp sans temps mort pleine de gloumouttes, de bastons ultra-gores et parsemée de visions dantesques, le tout emballé avec tout le savoir-faire qu’on est en droit d’attendre de Marshall. Toutefois, en contrepartie, ce foisonnement ne va pas sans déséquilibrer l’intrigue, trop bordélique pour son propre bien alors qu’on pourrait difficilement faire plus basique (on sent qu’ils anticipent une ou plusieurs suites, la malédiction MCU en action), ni sans appauvrir le traitement des personnages réduit à peau de zob’ (le professeur Broom s’avère tout particulièrement insaisissable). Même le bestiaire n’échappe pas à quelques faux-pas assez consternants, tels ces esprits gutturaux au concept aussi dégueulasse que leurs SFX sont moisis. S’il se laissera donc mater sans trop de déplaisir grâce à sa bonne volonté pléthorique, cet Hellboy ne nous fera pas oublier notre frustration de ne jamais voir le troisième épisode promis par del Toro et, pire, il l’exacerbe tant il sacrifie la poésie et le coeur de ses adaptations sur l’autel du gavage de spectaculaire. Seule une version longue laissant davantage souffler la narration pourrait rattraper un tant soit peu cette déception.

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