Archive pour la catégorie 'Cinema Cinema'

Critique ciné : Wonder Woman

12 juin, 2017

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La galanterie n’est pas morte : si l’on excepte les inévitables chefs de file que sont Batman et Superman, c’est à l’amazone Wonder Woman que revient l’honneur d’avoir en première son film bien à elle, devant Aquaman, Flash et consorts, et ceci avant leur réunion dans Justice League en fin d’année. Un projet que l’on n’attendait pas franchement, DC et Warner ayant eu une tendance nette à saccager leurs dernières péloches en voulant recopier la recette du Marvel Cinematic Universe et en reproduisant sans cesse les mêmes schémas (ah, la sempiternelle destruction massive en guise de climax). La surprise n’en est alors que plus grande lorsqu’on constate que ce nouveau film, audacieux à plus d’un titre (rappelons que le dernier titre avec une super-héroïne en tête d’affiche remonte à l’échec en 2005 de Elektra), rompt avec la routine qui s’était installée jusqu’ici et cela pour le meilleur. Tout comme les deux Gardiens de la galaxie de James Gunn, Wonder Woman ne cherche en effet quasiment jamais à rattacher son wagon à la locomotive Justice League, il raconte sa propre histoire – allant jusqu’à se passer de l’habituelle scène post-générique de fin pour annoncer la suite – et ce faisant gagne tout ce qui faisait défaut à ses prédécesseurs. De la personnalité, de la cohérence, autant de choses faisant de ce métrage un spectacle véritablement abouti, pas bouleversant d’originalité (on pense quand même souvent à Captain America : First Avenger) mais ô combien plus satisfaisant que les dernières adaptations DC. On prend ainsi un réel plaisir à découvrir les origines de la porteuse du Lasso de la Vérité, de son enfance idyllique à sa première confrontation avec le monde des hommes en un arc narratif empruntant autant au film de super-héros qu’à ceux de guerre et d’aventure, porté par la magnifique et puissante Gal Gadot (à côté d’elle, Chris Pine déploie des trésors de charisme pour exister). Tout juste aurait-on aimé que le scénario creuse davantage la thématique de la désillusion de l’héroïne, afin de complexifier encore sa caractérisation – tout en expliquant pourquoi elle ne prendra plus les armes pendant plusieurs décennies – et se passer d’un super-méchant qui débarque comme un cheveu sur la soupe mais sans cela, c’est du carré et de l’efficace. L’autre femme forte de ce Wonder Woman est alors indéniablement la réalisatrice Patty Jenkins, absente des salles obscures depuis Monster il y a déjà presque quinze ans, et qui est parvenue à maintenir cette unité salvatrice dans un projet qui autrement aurait rejoint ses compères au rang des blockbusters sabordés par leur studio (les retours sur les versions antérieures du script laissaient clairement entendre qu’on allait droit dans le mur), sans parler de la difficulté de rendre crédible cette rencontre entre la mythologie grecque et la Première Guerre Mondiale. La preuve que si la femme est l’avenir de l’homme, comme disait le poète, elle est peut-être bien également aujourd’hui celui du super-héros DC Comics.

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Critique ciné : Get Out

10 juin, 2017

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Alors qu’on croyait la formule minimaliste de Blumhouse Productions à bout de souffle à force de suites signées par des anonymes interchangeables, le jeune studio nous a prouvé le contraire en faisant appel à des réalisateurs confirmés prêts à sacrifier leur budget au profit d’une liberté créative (Barry Levinson, James Wan, Rob Zombie, Eli Roth, M. Night Shyamalan…) ou, mieux, en dénichant de vrais nouveaux talents (James DeMonaco, Mike Flanagan). Ce qui est le cas ici avec leur nouveau carton surprise, Get Out, lequel marque en effet les premiers pas de scénariste/metteur en scène du comique Jordan Peele. On ne rencontrera pourtant pas tellement de comédie dans son premier effort, en tout cas pas autant qu’on pouvait l’attendre connaissant donc le pedigree de l’homme aux commandes (membre du duo d’humoristes Key and Peele), et ce n’est pas plus mal car la présence de celle-ci pose finalement un double problème dans ce thriller teinté de science-fiction. Elle consiste déjà pour beaucoup en des scènes annexes avec le meilleur ami du héros (Daniel Kaluuya, excellent comme sa partenaire Allison Williams), resté dans la grande ville, ce qui a tendance à rallonger une histoire à la Twilight Zone qui aurait été encore plus efficace si davantage resserrée (le rythme traîne la patte dans la deuxième bobine). Ensuite, en toute logique, ces moments complètement coupés de l’action principale nous en sortent par la même occasion, et les respirations voulues à l’origine deviennent des pauses pures et simples cassant la tension. On regrettera donc que l’apprenti-cinéaste n’ait pas opté pour une immersion totale dans cet univers de WASP apparemment bienveillants d’autant qu’il manie le suspense et l’horreur avec un ton qui lui est bien propre, nous déstabilisant par son sens de l’étrange et son humour noir plutôt que grâce aux jump-scares et autres débordements graphiques (le film est très soft sur le gore). Son passage derrière la caméra n’est en tout cas pas qu’un simple caprice, on découvre un artiste avec une vraie sensibilité et des choses à dire. Ainsi, s’il n’est en apparence pas très fin dans son message, dans la façon qu’il a d’opposer noirs et blancs (il rappelle un peu en cela la caricature pratiquée dans Les Femmes de Stepford en plus de lui emprunter en quelque sorte son postulat), cela lui permet malgré tout de se montrer original quant au racisme qu’il dépeint, loin des clichés haineux habituels, et donne en fin de compte intelligemment à réfléchir sur la nature réelle de ce fléau. Sans être alors le sommet de l’horreur que nous vend le buzz l’entourant, Get Out n’en reste pas moins un représentant hautement méritant et recommandable, marquant la naissance d’un réalisateur à suivre de près (surtout qu’il a l’intention de poursuivre dans la même veine). Et nous rappelant que la formule Blumhouse a encore de beaux jours devant elle, pour peu qu’elle s’attache les talents qu’il faut.

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Critique ciné : Pirates des Caraïbes – La Vengeance de Salazar

2 juin, 2017

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Avec Pirates des Caraïbes – La Vengeance de Salazar, le pirate le plus maniéré d’Hollywood est de retour pour une cinquième aventure qui a tout du test de popularité pour un Johnny Depp dont la carrière est en sérieuse perte de vitesse. Jack Sparrow est pourtant étonnamment en retrait dans cet opus, il est porté par l’intrigue sans en être véritablement acteur. On ne ressent en fait pas plus de motivation chez le personnage que chez son interprète (Depp était semble-t-il plus intéressé par la picole que le film lors du tournage et cela saute aux yeux), il est juste là pour faire son show et encore, il y va mollo dans le registre. Ce qui ne sera pas pour déplaire à ceux qu’il saoulait. Pour le coup, l’habituel petit couple qui faisait tâche dans chaque film de la saga trouve alors ici une place et une utilité plus concluantes. Sans être incroyables de profondeur (même s’il faut bien leur reconnaître un certain charisme), ils se justifient malgré tout par la façon dont ils s’intègrent dans la mythologie et annoncent un possible renouvellement de la franchise. De manière générale on appréciera comment le film, après le stand-alone La Fontaine de jouvence, veut renouer avec la trame des trois premiers volets, s’en poser comme une véritable suite et pourquoi pas comme une conclusion si l’on excepte l’inutile et illogique scène post-générique. Jamais nous n’aurions cru que revoir Orlando Bloom pourrait être vecteur de qualité mais c’est pourtant bien la cas, en cela que cet épisode donne le sentiment de boucler la boucle et gagne ainsi une raison viable d’exister. Après, ça n’en fait pas non plus un égal du Secret du coffre maudit et encore moins un grand film. Transfuges de l’écurie Besson pour qui ils avaient signé la panouille Bandidas, les norvégiens Joachim Ronning et Espen Sandberg reviennent ainsi au blockbuster après quelques drames historiques et s’ils sont à l’évidence des faiseurs appliqués, ils n’en demeurent pas moins dans ce contexte de film de commande de simples yes-men mettant mécaniquement en scène le scénario, sans chercher à se l’approprier. Le duo réserve bien quelques séquences joliment foldingues (la réinvention de l’expression «voler la banque», la guillotine acrobatique) mais c’est avant que le métrage ne passe par un gros ventre mou dès qu’on embarque sur l’océan, ces péripéties maritimes peinant à passionner de par leur propension à retarder l’affrontement (le rapport de force est trop inégal) ou varier les rencontres (voir comment est expédiée la séquence du mariage forcé). Tout cela fait que Pirates des Caraïbes – La Vengeance de Salazar n’est pas honteux mais justement, ce serait peut-être bien l’occasion d’arrêter la saga sur une note relativement positive. Ou presque.

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Critique ciné : Le Roi Arthur – La Légende d’Excalibur

31 mai, 2017

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Plusieurs fois repoussé, vendu sur la base d’une campagne de promotion aux fraises, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur s’est crashé comme il faut au box-office US, perpétuant ainsi la (seconde) perte de vitesse de la carrière de Guy Ritchie depuis le carton de son Sherlock Holmes. Ce coup-ci pourtant, et au contraire du classieux Agents très spéciaux, lui et sa team avaient bien tout fait comme lors de leur adaptation modernisée du héros de Conan Doyle, alors pourquoi la sauce ne prend pas cette fois ? Ce qui est sûr déjà, c’est qu’ils pissent ouvertement sur la légende arthurienne : le film fait davantage penser dans un premier temps au Seigneur des anneaux (surtout lors de son introduction épico-bordélique), à Game of Thrones, mais il s’avère ensuite sans ambiguïté que nous sommes surtout face à un film de Guy Ritchie. On retrouve en effet une réalisation comme toujours très organique chez lui, comme dirigée par les personnages (voir la scène classique où un flashback est aiguillé en direct par ceux qui le racontent), ce qui influe également sur la bande originale de Daniel Pemberton (Steve Jobs) composée pour beaucoup d’instruments atypiques, des matériaux bruts et des «respirations». Il y a bien sûr et aussi ce montage chaotique qui flirterait presque avec l’abrutissant parfois («très souvent» diront certains) si Ritchie ne savait pas lui donner une musicalité bien particulière, un rythme et un humour qui sont devenus une de ses marques de fabrique. Le problème étant que la fantasy, plus encore avec de telles ambitions, a davantage besoin d’ampleur pour s’épanouir, du fameux souffle épique. Ce qui conduit par exemple le métrage à sacrifier, lors de séquences épileptiques, certains pans de son scénario qui auraient pu faire des films à eux tout seuls (la jeunesse d’Arthur, son voyage dans les Terres Obscures). Cela reste fun, énergique, mais ce n’est absolument pas ce dont a besoin le genre, et on pourrait dire la même chose des scènes d’action qui tendent souvent à perdre en lisibilité dû à ces coupes opérées au hachoir. L’autre caractéristique du cinéma de Ritchie est alors son goût pour les bandits, les criminels, et il décide de faire de son Arthur pré-couronnement un véritable mafieux (avec manteau de mac’ inclus) plongé dans une sorte de Snatch moyenâgeux et magique. Loin pour le coup d’être un gimmick déplacé, cela permet en fait d’étayer le personnage, de lui donner un arc narratif personnel auquel Charlie Hunnam apporte toute son implication. Pas de bol pour lui néanmoins, cela n’aura donc pas suffi une fois encore – après les résultats salles en demi-teinte de Pacific Rim – à l’imposer comme tête d’affiche d’un succès populaire, Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur étant condamné à ne pas rencontrer son public (on le redit, la com’ pue de la gueule) car si le style survitaminé de Guy Ritchie trouvait un écho dans la vivacité d’esprit du détective de Baker Street, il n’en va pas de même avec les mythes du roi Arthur. Contrairement à son précédent effort où il avait su adapter sa mise en scène au projet et signer l’un de ses meilleurs travaux, ce coup-ci on sent le bourrage en force et, forcément, ça coince.

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Critique ciné : Alien – Covenant

17 mai, 2017

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Réécriture ambitieuse de la mythologie Alien par l’un de ses principaux instigateurs, Prometheus était pourtant loin du plébiscite absolu chez les fans de la saga qui peinaient à en retrouver l’ADN, ce qui n’a certainement pas manqué de faire tiquer Ridley Scott et le pousser à revoir ses plans pour la nouvelle série de films (dont la forme est au passage au moins aussi changeante que celle du xénomorphe). Le petit dernier, Alien : Covenant, a ainsi la lourde charge de revenir aux sources du mythe tout en prolongeant l’approche initiée par le précédent et décrié opus, un cul entre deux chaises qui ne va pas manquer chez Scott – de moins en moins concerné par les scénarios qu’il illustre – d’aboutir à un résultat bâtard. Et ça ne rate pas. Le film possède ainsi indéniablement les forces de son cinéaste, à commencer par une mise en scène comme toujours impeccable, servie par une direction artistique absolument grandiose (les visions de la nécropole sont dantesques). Tout juste regrettera-t-on que les créatures ne soient pas davantage iconisées, trop bondissantes et dans l’action quand elles sont là (on ne ressent pas les efforts revendiqués pour limiter l’utilisation des CGI) alors que, en vrai maître du suspense qui aura filé des cauchemars à plus d’un spectateur, il avait à chaque fois bien fait monter la tension comme il faut. Mais Scott est aussi un monsieur de 80 printemps qui a changé au fil des ans et donne donc de plus en plus le sentiment d’être un esthète ne prêtant que peu d’importance au scénario qu’il met en images, se contentant très bien de quelques bonnes idées rattachées à une structure anémique. La noirceur absolue et le discours philosophique du script de John Logan (Penny Dreadful) et Dante Harper sont ainsi annihilés par des scories indignes d’un film de cette ampleur : personnages humains inconsistants (ils ne sont tous définis qu’au travers de leurs relations de couples), pistes narratives abandonnées (quid de la Reine Alien pourtant évoquée au travers d’une ligne de dialogue ?), twist grillé à mille bornes au point que c’est à se demander s’ils ne l’ont pas fait exprès… Même alors si son emballage est somptueux, cet Alien : Covenant tombe dans les errements d’un film d’horreur banal, il n’a pas tellement plus de choses à raconter qu’une énième suite de Halloween ou Vendredi 13 et se transforme finalement en simple jeu de massacre sans jamais ressusciter l’étincelle du film original, dont il se pose pourtant comme un quasi-remake. Prometheus, lui au moins, faisait son truc perso, et c’est à se demander si ce nouveau pan de la saga n’échappe pas en fin de compte à ses créateurs (nous en sommes aujourd’hui à six films prévus contre une simple trilogie au départ), impliquant dès lors qu’il vaudrait peut-être mieux arrêter les frais…

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Critique ciné : On l’appelle Jeeg Robot

5 mai, 2017

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Davantage associé au cinéma hollywoodien par les temps qui courent, le modèle Marvellien s’étant imposé jusque chez la concurrence et par-delà les frontières des States, le film de super-héros brille par son absence quasi-totale dans la vieille Europe pour des raisons aussi bien culturelles que financières. Venu ainsi d’un pays que nous n’aurions jamais cru capable de supporter un tel projet, l’Italie et son industrie en berne depuis des décennies, On l’appelle Jeeg Robot débarque dans nos salles auréolé d’une flopée de prestigieuses récompenses mais bien évidemment, avec un peu moins de 2 millions d’euros de budget, pas question de chercher à jouer sur le terrain des américains. Sans aller alors jusque dans les excès auteurisants du français Vincent n’a pas d’écailles (non, mais quel titre, putain), le premier long-métrage de Gabriele Mainetti – remarqué pour son court-métrage Tiger Boy en lice aux Oscars il y a quelques années – prend le parti du réalisme sans pour autant s’éloigner du genre. Voire même DES genres puisque le film de super-héros sert en fait ici de colonne vertébrale sur laquelle viennent se greffer du drame social à la Ken Loach, une bonne grosse louche de film de gangster digne des Pusher de Nicolas Winding Refn, de la comédie romantique et de la comédie plus absurde, de l’action à la Jason Bourne, de la satire et de l’anime japonais (le titre et le film font directement référence à une œuvre de Go Nagai, le papa de Goldorak et Devilman)… Et comme si cela ne suffisait pas le tout se fait avec des personnages étonnamment complexes au regard d’un premier contact avec eux tirant plus vers le caricatural, de par une caractérisation à gros traits qui va en réalité révéler des trésors de subtilité (et quand on voit le premier rôle féminin ou celui du méchant, ce n’était vraiment pas gagné d’avance). Le miracle tient alors au fait que jamais aucun de ces éléments ne vient vampiriser les autres, ils forment un tout parfaitement homogène et cohérent malgré leurs disparités, leurs grands écarts stylistiques, rappelant le numéro d’équilibriste du Super de James Gunn avec en sus une indéniable sensibilité européenne et de la vraie SF dedans. Aidé par un scénario et d’un montage exemplaires, Mainetti fait donc preuve d’une efficacité redoutable (la poursuite du début fait ressentir comme rarement l’effort physique que cela demande) et d’une maîtrise sans faille, le poussant de suite dans la catégorie des réalisateurs à suivre de très près et faisant de son On l’appelle Jeeg Robot un représentant ô combien précieux du genre super-héroïque. Ou encore une réponse au cinéma hollywoodien comme on aimerait en voir plus souvent par chez nous : vous voyez bien que c’est possible !

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Critique ciné : Les Gardiens de la Galaxie vol.2

2 mai, 2017

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Le premier Gardiens de la Galaxie avait eu à sa sortie l’effet d’un véritable vent de fraîcheur, venant nous prouver que le Marvel Cinematic Universe n’était pas forcément condamné à la triste uniformisation que nous constations. Mais la licence était encore inconnue du grand public à ce moment-là, et c’est certainement grâce à cela que le trublion James Gunn avait eu les coudées plus franches que ses collègues pour adapter un comics de la Maison aux idées. Une situation qui a bien changé aujourd’hui, après le carton – mérité – du premier volet, posant alors la question de savoir si le transfuge de la Troma a réussi à nouveau avec Les Gardiens de la galaxie vol.2 à injecter un peu de personnalité dans un blockbuster du géant Disney. Et la réponse est «oui», clairement. Nous sommes bien sûr loin des prises de risque d’un Logan mais quand même, dans un long-métrage qui on le sait va rameuter les bamboches en salles par paquets de douze, ça fait du bien de voir des antihéros badass et gentiment impertinents, plongés dans un univers de SF qui ne cherche pas à effacer à tout prix sa maturité (on retrouve Yondu dans un bordel, mine de rien) ou sa violence (les tendances meurtrières de Rocket, de plus en plus prégnantes). De la même manière, le film ne cherche pas à se rattacher aux autres productions du studio comme c’est désormais la norme (même le fan-service est tout entier tourné vers les Gardiens seuls), il mène sa propre barque en ayant pleinement conscience des privilèges qui sont siens. Cette suite avance ainsi par exemple pendant longtemps sans énoncer clairement les enjeux de son intrigue, faisant ce qu’elle veut, en conséquence de quoi Les Gardiens de la galaxie vol.2 adopte un rythme quelque peu indolent que certains ne manqueront pas de critiquer, surtout comparé à l’énergie communicative du précédent opus. Le cinéaste à la coupe de punk ne fait toutefois pas l’école buissonnière par pur laxisme, il en profite pour creuser ses thématiques et développer ses protagonistes avec amour, par petites couches successives sans que cela devienne des sous-intrigues à proprement parler, lesquelles alourdiraient le récit plus qu’autre chose. Alchimiste brillant, Gunn manipule en fait éléments et ingrédients avec le brio qu’on lui connaît (ses débuts en tant que scénariste ont vraiment porté leurs fruits) et livre une œuvre satisfaisant aux critères du comic-book movie sans tomber dans ses pièges, plus intéressée par son groupe de bras cassés que par la cahier des charges du blockbuster (une donnée qu’on retrouve dans la sélection des chansons composant la BO, moins «tubesque» que précédemment mais plus représentative de l’état d’esprit des héros). Qu’on se rassure toutefois, le spectacle est là. Conscient que c’est leur originalité qui avait fait le succès des scènes d’action du premier film et qu’il ne pourra pas forcément rivaliser sur ce point, le réalisateur prend le parti de soigner à l’extrême la mise en scène de ces séquences, de les rendre uniques de par leur esthétisme, et il compose ainsi des moments de grâce où la fureur le partage à la poésie et au flashy (l’évasion du vaisseau des Ravageurs transcende la déjà très cool flèche volante de Yondu). Autant dire que ça ne ressemble à pas grand chose de ce que l’on connaît et c’est là justement la plus grande force des Gardiens de la Galaxie vol.2, cette faculté presque unique à imposer son style en dépit d’origines institutionnelles en ayant formaté plus d’un. Prévu pour rester aux commandes d’un troisième volet qui devrait marquer la rencontre des Gardiens et des Avengers, on verra alors si James Gunn – hors du délicieux cocon qu’il s’est confectionné – pourra continuer à exister au travers de la machine marvelo-disneyenne. Si seulement…

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Critique ciné : Life – Origine inconnue

22 avril, 2017

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Alors que Ridley Scott reviendra selon toute vraisemblance avec Alien : Covenant aux origines du mythe qu’il a initié en 1979, en salles dans une poignée de semaines, il se fait un peu couper l’herbe sous le pied par un de ses protégés, Daniel Espinosa (Enfant 44, une production Scott Free), qui sort lui Life – Origine inconnue. Le twist, car il en faut bien un, c’est que là où son modèle transposait l’horreur gothique dans de la SF pure et dure, l’élève opte pour une approche contemporaine et surtout réaliste, montrant notre première rencontre avec une forme de vie extraterrestre sous un jour aussi crédible qu’inquiétant. Après, à quelques divergences près, nous sommes donc clairement face à une relecture du séminal Alien, le huitième passager, avec un équipage spatial confronté à une créature agressive dans un environnement confiné. Ni plus, ni moins. Une ressemblance qui a coûté cher à nombre de suiveurs par le passé parce qu’ils ne faisaient que recopier le style de Scott, ce dont se garde heureusement Life – Origine inconnue en allant jusqu’au bout de son désir de véracité, comme si Alien et Gravity avaient copulé dans une navette et étaient revenus sur Terre avec un petit. Reprenant en effet les techniques mises au point par Alfonso Cuaron et ses artistes CGI, Espinosa recrée l’atmosphère d’une station orbitale avec une crédibilité inattaquable, sa caméra se mouvant dans un décor solide tel un astronaute à part entière. Une manière efficace de nous impliquer avant que les choses ne se gâtent avec l’apparition de ce monstre fruit d’une anticipation profondément raisonnée, véritable saloperie dont les talents de machine à tuer n’ont rien à envier à ceux du fameux xénomorphe. Tout en gardant sa veine scientifique (c’est par la déduction et la réflexion que les personnages luttent contre l’envahisseur), on plonge alors dans du survival bien tendu qui prolonge l’efficacité générale du métrage (la caractérisation s’en tient par exemple au minimum syndical et repose beaucoup sur le charisme du casting). Après on pourra toujours remettre en cause la morale quelque peu douteuse du film, qui se limiterait grosso modo à «la curiosité est un vilain défaut», mais Life – Origine inconnue est suffisamment bien foutu pour remplir malgré tout ses objectifs de thriller horrifico-scientifique spatial… et de mise en bouche à Alien : Covenant. Dans l’espace, on n’a pas fini de crier !

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