Archive pour mai, 2019

Critique ciné : Rocketman

31 mai, 2019

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Quelques mois après le succès de Bohemian Rhapsody, voici qu’arrive dans nos salles un autre biopic évènementiel avec Rocketman et si on les met en parallèle, ce n’est pas seulement parce qu’ils évoquent tous les deux le destin d’icônes rock et gay s’étant abîmées dans les excès. Ni parce qu’ils offrent à de jeunes comédiens prometteurs le rôle de leur vie, ici Taron Egerton qui continue de prouver qu’il a tout d’un grand. Non, si on les met ensemble, c’est en fait que ces deux métrages possèdent le même réalisateur, ou presque. Aux commandes dans le cas présent, Dexter Fletcher (Eddie the Eagle) est effectivement celui que la Fox avait appelé en renfort pour achever le biopic de Queen, Bryan Singer ayant été rattrapé par des démêlés avec la justice, ce qui ne fait que justifier plus encore le jeu des comparaisons. On remarquera ainsi très vite que là où Bohemian Rhapsody privilégiait une linéarité factuelle, Rocketman opte lui pour quelque chose de beaucoup plus déconstruit, plus fou, parce qu’il adopte en fait les oripeaux d’une véritable comédie musicale. Une différence cruciale qui se joue aussi bien aux niveaux visuel, narratif que musical, forcément, et à cause de laquelle le récit de la vie de Elton John pourrait sembler moins réussi que celui de Freddie Mercury. En effet, dès que se faisaient entendre les premières notes d’un tube de Queen, nous étions immédiatement transportés, le film nous menait sans cesse par le bout du nez et nous adorions ça. Ici, les classiques de Sir Elton se voient réappropriés, transformés afin de devenir des numéros musicaux bien troussés au demeurant mais aussi, obligatoirement, moins efficaces pour nous faire remuer sur nos sièges dès le premier visionnage. Ce que Rocketman perd donc en impact immédiat, il le gagne en personnalité propre. Celle de Fletcher, cette fois c’est sûr, mais aussi celle d’Elton John. Un mal pour un bien ?

Critique ciné : The Dead Don’t Die

17 mai, 2019

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Événement ! Avec The Dead Don’t Die, un film de zombies fait l’ouverture du festival de Cannes ! Et une comédie qui plus est ! En bons viandards que nous sommes, on ne peut refuser une telle proposition, et pourtant on aurait dû se méfier en voyant le nom de l’homme aux manettes, Jim Jarmusch, auteur quelque peu pédant et enfant-chéri des festivals cinés. Le bonhomme s’intéresse en fait au film de zombies dans la droite lignée du travail de George Romero, c’est à dire que les monstres servent de reflet à peine déformé aux travers de notre société consumériste, ils constituent une charge directe contre l’Amérique selon Trump. Jusque-là très bien, pas de soucis avec ça, sauf que Jimbo ne s’intéresse qu’à ça et seulement ça : faire passer son message. Il n’a aucun respect pour le genre (il le prend même clairement de haut) et n’en a strictement rien à foutre de son histoire, d’où un récit virant au grand n’importe quoi et fardé de références métas qui auraient pu être drôles si c’était du vrai second degré… sauf qu’on a surtout l’impression de voir Jarmusch ricaner en se titillant le nombril. Romero, lui, livrait un pamphlet frontal tout en racontant une vraie histoire, dans un vrai film, mais ici cela apparaît comme impossible tant l’ego du cinéaste bouffe tout l’espace. Et c’est bien dommage car même si l’ambiance est contemplative et les personnages plutôt clichetons, leurs (excellents) interprètes font qu’on s’attache malgré tout à eux, qu’on aimerait avoir peur pour eux, d’autant qu’ils ne manquent pas de créer quelques très bons moments de comédie. Mais non. The Dead Don’t Die, c’est en fait du ZAZ qui se prend grave au sérieux, la saison 3 de Twin Peaks quand on attendait la 1 ou la 2. Alors va te faire foutre Jarmusch. Et va te faire foutre Cannes.

Critique ciné : Hellboy

11 mai, 2019

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Déjà porté deux fois à l’écran par le fan génial Guillermo del Toro sans qu’il puisse achever la trilogie envisagée, Hellboy revient finalement au ciné après avoir changé de mains. Changement de réalisateur donc avec désormais le sympathique Neil Marshall (The Descent, Centurion) aux commandes mais surtout changement de structure, les droits ayant été récupérés par Davis Films et Millennium Films. Des pros de la surenchère décomplexée, du divertissement déraisonné, à qui l’on doit par exemple les Expendables ou les Resident Evil. Voilà la nouvelle maison du démon rouge et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a facilement trouvé ses marques. D’un côté, le film fait ainsi preuve d’une générosité sans borne, livrant une aventure pulp sans temps mort pleine de gloumouttes, de bastons ultra-gores et parsemée de visions dantesques, le tout emballé avec tout le savoir-faire qu’on est en droit d’attendre de Marshall. Toutefois, en contrepartie, ce foisonnement ne va pas sans déséquilibrer l’intrigue, trop bordélique pour son propre bien alors qu’on pourrait difficilement faire plus basique (on sent qu’ils anticipent une ou plusieurs suites, la malédiction MCU en action), ni sans appauvrir le traitement des personnages réduit à peau de zob’ (le professeur Broom s’avère tout particulièrement insaisissable). Même le bestiaire n’échappe pas à quelques faux-pas assez consternants, tels ces esprits gutturaux au concept aussi dégueulasse que leurs SFX sont moisis. S’il se laissera donc mater sans trop de déplaisir grâce à sa bonne volonté pléthorique, cet Hellboy ne nous fera pas oublier notre frustration de ne jamais voir le troisième épisode promis par del Toro et, pire, il l’exacerbe tant il sacrifie la poésie et le coeur de ses adaptations sur l’autel du gavage de spectaculaire. Seule une version longue laissant davantage souffler la narration pourrait rattraper un tant soit peu cette déception.

Critique ciné : Détective Pikachu

8 mai, 2019

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A la base, et même pour un fan de la licence Pokémon, le concept du jeu Détective Pikachu avait de quoi paraître incongru, trahissant plusieurs règles du lore et son principe même de gameplay. Autant dire qu’on ne misait pas un kopeck sur son adaptation en long-métrage, la rencontre jeux vidéo/cinéma nous ayant souvent conduit à de décevants résultats par le passé, et cependant… ça fonctionne ! Aussi fou que ça puisse paraître, Rob Letterman (Monstres contre Aliens, Chair de poule, le film) et ses équipes ont réussi à rendre crédibles des créatures aux looks pourtant complètement pétés grâce à un univers et une mise en scène très bien pensés, qui jettent sans cesse un pont entre notre réalité et celle du film (le futur Sonic devrait en prendre de la graine). Sans parler bien sûr des SFX à se décrocher la mâchoire. Peut-être est-ce alors dû à ce matériau d’origine en décalage avec l’image générique de la licence, offrant plus de latitude dans l’adaptation, ou bien au fait que le métrage gagne en plus ses galons de vraie oeuvre cinématographique de par ses oripeaux de film noir, lui faisant cumuler quelques belles ambiances dont certaines assez sombres (l’attaque des Capumains). Ok, la partie enquête de l’intrigue est très basique, mécanique (on reste devant un film ne voulant pas s’aliéner le jeune public), il y a pléthore d’incohérences et grosses ficelles, mais on rencontre également un tel humour (merci Ryan Reynolds), un tel rythme et un tel sens du spectacle qu’on est emporté par le tourbillon Détective Pikachu. Et puis quelle joie de voir enfin les Pokémons comme en vrai !

Critique ciné : Monsieur Link

8 mai, 2019

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On a déjà dit tout le bien qu’on pense du studio Laika, en fait à chacune de leurs sorties tant les équipes du fondateur Travis Knight excellent dans leur art, et leur Monsieur Link perpétue cette belle dynamique. Prolongeant en douceur la mouvance plus familiale du studio, le film ne bâcle pas pour autant le travail et constitue un nouveau tour de force technique et stylistique (voir les efforts considérables concédés pour que la mise en scène puisse s’affranchir des limites du medium, être aussi mouvante que dans le cinéma live) au service d’une histoire forte et émouvante, laquelle continue de préciser le discours humaniste qu’ont dessiné leurs précédents efforts. Le petit dernier pourra certes apparaître plus facile que ceux-ci, plus abordable (on pense parfois à Aardman sans que ce soit péjoratif), mais cela découle d’une obligation pour survivre sur marché de l’animation et, on le redit, n’implique en rien une quelconque trahison de la philosophie de Laika, de sa volonté de dénoncer les apparences par le biais de métrages à la fois beaux, malins et magiques. Sans être au panthéon de leur filmographie, Monsieur Link n’en demeure donc pas moins un excellent film d’animation, ce qui est déjà très bien. Bah oui, on ne peut pas pondre à chaque fois un Etrange pouvoir de Norman ou un Kubo.