Critique ciné : L’Homme qui tua don Quichotte

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L’Homme qui tua don Quichotte est un projet de longue haleine, enfanté dans une douleur qui n’a pas fini de tenailler son géniteur comme en atteste le message au début du film, rappelant qu’une action en justice est toujours en cours suite aux catastrophes que furent les précédentes tentatives de Terry Gilliam de porter à l’écran sa vision. Et si celle-ci a considérablement changé au fil des années (l’intrigue n’a plus grand chose à voir avec ce qu’elle était à l’époque où Johnny Depp et Jean Rochefort étaient attachés au projet), c’est peut-être bien pour le mieux. En effet, en faisant de son Sancho Panza un réalisateur peinant à tourner son propre don Quichotte en Espagne, Gilliam crée un double évident de lui-même et nourrit son propos de toute les expériences accumulées ces dernières années, la frustration et la colère, puis s’en sert pour dresser un portrait au vitriol du milieu du cinéma, une charge ironique et grotesque comme il en avait le secret. Mieux encore, le fait d’abandonner le postulat fantastique – à l’origine, Sancho était un homme de notre époque projeté au 17e siècle – permet de brouiller encore plus la frontière entre réalité et fiction, la deuxième prenant progressivement le dessus sur l’autre dans la tête du protagoniste principal et sur le film en général, offrant au cinéaste l’opportunité de nous offrir des visions baroques et fantasmagoriques comme nous n’en espérions plus chez lui. Malgré l’étroitesse du budget, elles font de L’Homme qui tua don Quichotte le pur descendant esthétique et thématique des Aventures du baron de Munchausen (bien que la notion de merveilleux comme idéal ait totalement disparu au profit de celle de chevalerie, de droiture morale, quitte à en devenir un paria) et aident à ranimer un rythme parfois un peu lent. Autant dire donc que c’est un Terry Gilliam en très grande forme que nous retrouvons ici, en apparence enfin débarrassé de ses démons. Le chevalier est parvenu au bout de sa quête, et fuck le procès ! C’est fait, enfin !

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