Archive pour avril, 2018

Critique ciné : L’Ile aux chiens

22 avril, 2018

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S’il a toujours fait partie des réalisateurs nous apparaissant comme sympathiques, Wes Anderson n’a jamais tant convaincu que depuis qu’il se lâche un peu et insuffle à son cinéma la touche animée qu’il a toujours réclamé. C’est donc une grande joie de le voir revenir avec L’Ile aux chiens à l’animation pure et dure après l’excellent Fantastic Mr Fox sorti il y a huit ans, d’autant que les deux films gardent la même patte visuelle à la fois élégante et rugueuse. Un paradoxe de plus pour un cinéaste n’ayant pas peur de les accumuler, en témoignent ses personnages paraissant vivants malgré une animation qui s’économise (sans être péjoratif). La nouveauté se situe alors au niveau du scénario, une oeuvre originale – et non plus une adaptation – imaginée par Wes et ses comparses et qui leur donne l’opportunité d’explorer à fond leur propre univers, leurs propres délires. Le cinéaste a beau ainsi ne s’être jamais frotté au Japon et à sa culture jusque-là, on retrouve totalement dans ce nouvel effort son style de mise en scène – en particulier le fonctionnement en « miniatures » – mais celle-ci s’accompagne pour le coup d’une ampleur inédite, cristallisée en un récit d’aventure qui convoque aussi bien la SF que George Orwell pour évoquer les thèmes de la communication, de la manipulation, de la fidélité… Tout ça en gardant une sensibilité un peu détachée mais toujours sincère, ainsi qu’une véritable émotion transmise sans encombre par l’apparente simplicité du récit. Clairement, ces dernières années ont donc été les plus passionnantes de la filmographie de Wes Anderson et L’Ile aux chiens vient enfoncer le clou, démontrant sans ambages que le réalisateur est fait pour l’animation. Et inversement.

Critique ciné : Gaston Lagaffe

21 avril, 2018

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A l’image de Alain Chabat qui a mis des années à concrétiser son rêve de porter à l’écran Le Marsupilami, cela fait un bout de temps que Pierre-François Martin-Laval veut adapter une autre BD de Franquin, Gaston Lagaffe. C’est pourquoi l’ex-Robins des bois s’est coltiné Les Profs et sa suite, afin de pallier au manque mais aussi prouver qu’il était capable de tirer une péloche viable – artistiquement et commercialement parlant – de ce genre de bande-dessinée à sketches. Et le voici donc enfin ce film, fruit d’une longue réflexion qui en a fait une adaptation ô combien respectueuse de l’oeuvre culte de Franquin. Mais pas parfaite, malheureusement. Car le respect ne va pas sans poser certains problèmes ici, en particulier dans la construction cyclique du métrage (pour rappeler le format gag de la version papier) qui n’implique pas de réelle progression narrative ; ou bien dans l’immobilisme naturel du personnage en titre qui le rendrait presque antipathique parfois. Un comble. Le film ne cultive en effet pas suffisamment sa fibre cartoon pour rendre acceptable le comportement de Gaston, et l’univers trop réaliste va de manière générale peiner à retranscrire le charme de l’oeuvre originale. Il n’y a qu’à voir la différence de traitement concernant les animaux pour s’en convaincre (la mouette aux mimiques légendaires n’est par exemple plus qu’un bête piaf qui chie en volant). Comme ça se produit parfois, nous nous retrouvons ainsi avec une adaptation exemplaire dont les partis-pris vont pourtant lui porter préjudice, justement parce que le processus d’adaptation ne fera que dénaturer le matériau si on le mène à terme. On ne peut que saluer la démarche tout en regrettant un peu le résultat final, et en se disant que Gaston Lagaffe reste pour l’instant un antihéros de papier.

Critique ciné : Dans la brume

8 avril, 2018

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Les incursions du cinéma français dans le fantastique et le film-catastrophe sont trop rares pour être boudées, surtout quand ça se fait sur la base d’un postulat aussi intriguant – même si pas très original – que celui de Dans la brume. Alors on va le voir, en sachant pertinemment qu’on y rencontrera toutes les scories de ce type d’excercice, mélange de frilosités auteurisante et économique si fréquentes dans l’hexagone (la présence du québécois Daniel Roby derrière la caméra n’y changeant rien) . Et elles sont toutes là, du casting réduit à l’unité de lieu en passant par une action peu fofolle ou un scénario trop prévisible. Pourtant, le réalisateur a eu la bonne idée de condenser son récit au maximum, réduisant la durée du métrage à moins d’1h30, ce qui lui permet de ne pas s’éparpiller en bavasseries et perdre en efficacité. Les sentiments d’urgence et de danger sont bien présents, induits par une mise en scène au plus près du point-de-vue de personnages campés par des comédiens impliqués (eux aussi doivent être ravis de voir émerger ce genre de projet), faisant que l’intrigue ne rebute pas malgré sa mécanique des plus classiques et redondantes. S’il ne soutiendra alors pas la comparaison avec les canons du genre américains (The Mist, c’est ce film à la puissance 10 sur tous les plans), Dans la brume reste une tentative tout à fait honorable de bousculer un brin la production française avec ses faux airs de blockbuster à la sauce apocalyptique. A défaut de mieux…

Critique ciné : Ready Player One

4 avril, 2018

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« Merci d’avoir joué à mon jeu ». Une ligne de dialogue tirée de la fin de Ready Player One et qui rappelle les derniers mots des enfants perdus à Peter Banning, alors qu’il quitte le Pays imaginaire (« c’était sympa de jouer avec toi » ou quelque chose d’approchant). Le dernier Spielberg est ainsi un peu dans la veine de son Hook, il réclame du spectateur qu’il mette de côté son cynisme d’adulte pour mieux retrouver l’émerveillement de l’enfance, l’aspiration à l’aventure. Pas la peine donc de râler sur la soi-disant débauche putassière de culture geek qui a tant fait jaser, il n’y a rien de trop appuyé (ou en tout cas lourdingue) dans le film et les plus gros clins d’oeil sont là en fait pour servir le récit, ils font partie intégrante de ses morceaux de bravoure (voir la splendide recréation du Shining de Kubrick qui finit par totalement s’emballer). Pas la peine non plus de reprocher au métrage sa façon de tricher avec le fonctionnement de l’Oasis et de la réalité virtuelle – pour simplifier le récit, pour permettre certains effets de mise en scène – alors qu’il est très clair là-dessus dès le début, quand bien même cette dichotomie réel/virtuel et la difficulté de les faire coïncider s’incarnent en des trous dans la narration et des séquences flottantes (tout particulièrement la rencontre de Wade avec les autres joueurs dans le vrai monde). En fait, pour pinailler, on pourra surtout trouver que le message asséné en guise de conclusion sur l’importance du réel, de la relation physique à autrui, a quelque chose d’un peu trop moralisateur. Comme si Peter tournait le dos à la fantaisie après avoir vaincu Crochet. Dommage, mais tant pis. Car au-delà de cela il faudrait être fou pour refuser la proposition de Steven Spielberg qui transforme le roman de Ernest Cline en un grand 8 décoiffant, un pur ride plein à craquer de scènes hallucinantes et mené à un rythme qui ne faiblit jamais. Fou pour refuser de retrouver avec Ready Player One un Spielby au top de sa forme et profiter d’un vrai grand film d’aventure 2.0. Pour peu bien sûr qu’on soit prêt à prendre part au jeu.