Critique ciné : On l’appelle Jeeg Robot

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Davantage associé au cinéma hollywoodien par les temps qui courent, le modèle Marvellien s’étant imposé jusque chez la concurrence et par-delà les frontières des States, le film de super-héros brille par son absence quasi-totale dans la vieille Europe pour des raisons aussi bien culturelles que financières. Venu ainsi d’un pays que nous n’aurions jamais cru capable de supporter un tel projet, l’Italie et son industrie en berne depuis des décennies, On l’appelle Jeeg Robot débarque dans nos salles auréolé d’une flopée de prestigieuses récompenses mais bien évidemment, avec un peu moins de 2 millions d’euros de budget, pas question de chercher à jouer sur le terrain des américains. Sans aller alors jusque dans les excès auteurisants du français Vincent n’a pas d’écailles (non, mais quel titre, putain), le premier long-métrage de Gabriele Mainetti – remarqué pour son court-métrage Tiger Boy en lice aux Oscars il y a quelques années – prend le parti du réalisme sans pour autant s’éloigner du genre. Voire même DES genres puisque le film de super-héros sert en fait ici de colonne vertébrale sur laquelle viennent se greffer du drame social à la Ken Loach, une bonne grosse louche de film de gangster digne des Pusher de Nicolas Winding Refn, de la comédie romantique et de la comédie plus absurde, de l’action à la Jason Bourne, de la satire et de l’anime japonais (le titre et le film font directement référence à une œuvre de Go Nagai, le papa de Goldorak et Devilman)… Et comme si cela ne suffisait pas le tout se fait avec des personnages étonnamment complexes au regard d’un premier contact avec eux tirant plus vers le caricatural, de par une caractérisation à gros traits qui va en réalité révéler des trésors de subtilité (et quand on voit le premier rôle féminin ou celui du méchant, ce n’était vraiment pas gagné d’avance). Le miracle tient alors au fait que jamais aucun de ces éléments ne vient vampiriser les autres, ils forment un tout parfaitement homogène et cohérent malgré leurs disparités, leurs grands écarts stylistiques, rappelant le numéro d’équilibriste du Super de James Gunn avec en sus une indéniable sensibilité européenne et de la vraie SF dedans. Aidé par un scénario et d’un montage exemplaires, Mainetti fait donc preuve d’une efficacité redoutable (la poursuite du début fait ressentir comme rarement l’effort physique que cela demande) et d’une maîtrise sans faille, le poussant de suite dans la catégorie des réalisateurs à suivre de très près et faisant de son On l’appelle Jeeg Robot un représentant ô combien précieux du genre super-héroïque. Ou encore une réponse au cinéma hollywoodien comme on aimerait en voir plus souvent par chez nous : vous voyez bien que c’est possible !

020304

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