Critique ciné : Ghost in the Shell

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Dans les cartons depuis 2008 où il était très bien, Ghost in the Shell, le projet d’adaptation du manga de Masamune Shirow par Dreamworks, a finalement abouti mais reste toutefois encombré par le très lourd héritage du film de Mamoru Oshii, l’incarnation la plus célèbre de cette licence. Bien qu’il s’inspire également de quelques autres itérations de cet univers (en particulier l’anime GITS : Stand Alone Complex), le métrage y revient en effet constamment pour en reprendre les morceaux de bravoure quasiment tels quels… mais tout en s’en cachant. Un déni qui saute aux yeux dès le générique de début, avec le refus de reprendre la cultissime musique de Kenji Kawai (remplacée par une BO qui singe mollement Tron l’héritage) alors que les images ne sont à peu de choses près qu’un portage live du film de 1995, une contradiction résumant bien le dilemme intrinsèque à l’oeuvre. Très 90′s ainsi dans son approche et son esthétique (nous sommes à mille lieues du «tout-CGI»), cette période où la SF s’était spécialisée dans la surenchère du style visuel de Blade Runner, ce Ghost in the Shell s’inscrit pile dans l’époque de la sortie du premier film et cela aurait pu être une bonne idée pour tisser un lien sauf qu’en définitive, on a souvent davantage l’impression d’être face à Johnny Mnemonic. Ce qui peut être pas mal aussi, hein, mais à une échelle moindre toutefois. On s’en doutait, avec son passage au live et surtout sa récupération par Hollywood, le matériau ne pouvait que se voir transformé. Alors qu’il était par exemple question chez Oshii de savoir «qui suis-je ?», cette nouvelle version préfère s’interroger sur «qui étais-je ?», mystère aux mécaniques de polar bien plus reconnaissables pour le large public des blockbusters. De la même manière, les responsables intègrent un antagoniste bien identifiable (une fois le twist d’usage passé) pour structurer une histoire qui avait plus tendance à l’abstraction existentialiste, au questionnement sociétal ; une occidentalisation indéniable jusque dans son épilogue qui ressemble beaucoup à celui de Underworld, une des rares références chez nous de femme forte dans un film d’action… Réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur (tentative un brin loupée de transformer une princesse de conte de fée en guerrière), Rupert Sanders donnait alors le sentiment d’être surtout un faiseur de belles images, ce qui se confirme ici. Si sa vision ne manque effectivement pas de sincérité ni de petites touches d’originalité (il est évident qu’il veut bien faire, quoi), il a clairement de grosses lacunes en tant que narrateur – le récit se déroule sans grand relief – et une incapacité certaine à s’imposer auprès de ses producteurs comme en atteste l’effacement de la sexualisation (oui c’est possible, même lorsqu’on a Scarlett Johansson en combi moulante), avec entre autre la disparition du baiser lesbien qu’on apercevait pourtant dans les bandes-annonces. Symptomatique en fait dans ses grandes lignes de cette mode hollywoodienne de plus en plus lassante et préoccupante (merci Disney) qui consiste à transposer en prise de vues réelles des films d’animations juste parce que les effets spéciaux d’aujourd’hui le permettent, Ghost in the Shell version 2017 ne parvient pas à se forger une identité propre. Le résultat n’est pas foncièrement mauvais et pourra s’avérer être une porte d’entrée à cette culture pour certains spectateurs, mais ça ne le rend pas plus utile et encore moins réellement justifiable. Croisons les doigts pour que si elle se fait un jour, l’adaptation de Akira emprunte une autre voie. Et croisons les encore plus fort pour que ça ne se fasse jamais.

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