Archive pour avril, 2017

Critique ciné : Life – Origine inconnue

22 avril, 2017

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Alors que Ridley Scott reviendra selon toute vraisemblance avec Alien : Covenant aux origines du mythe qu’il a initié en 1979, en salles dans une poignée de semaines, il se fait un peu couper l’herbe sous le pied par un de ses protégés, Daniel Espinosa (Enfant 44, une production Scott Free), qui sort lui Life – Origine inconnue. Le twist, car il en faut bien un, c’est que là où son modèle transposait l’horreur gothique dans de la SF pure et dure, l’élève opte pour une approche contemporaine et surtout réaliste, montrant notre première rencontre avec une forme de vie extraterrestre sous un jour aussi crédible qu’inquiétant. Après, à quelques divergences près, nous sommes donc clairement face à une relecture du séminal Alien, le huitième passager, avec un équipage spatial confronté à une créature agressive dans un environnement confiné. Ni plus, ni moins. Une ressemblance qui a coûté cher à nombre de suiveurs par le passé parce qu’ils ne faisaient que recopier le style de Scott, ce dont se garde heureusement Life – Origine inconnue en allant jusqu’au bout de son désir de véracité, comme si Alien et Gravity avaient copulé dans une navette et étaient revenus sur Terre avec un petit. Reprenant en effet les techniques mises au point par Alfonso Cuaron et ses artistes CGI, Espinosa recrée l’atmosphère d’une station orbitale avec une crédibilité inattaquable, sa caméra se mouvant dans un décor solide tel un astronaute à part entière. Une manière efficace de nous impliquer avant que les choses ne se gâtent avec l’apparition de ce monstre fruit d’une anticipation profondément raisonnée, véritable saloperie dont les talents de machine à tuer n’ont rien à envier à ceux du fameux xénomorphe. Tout en gardant sa veine scientifique (c’est par la déduction et la réflexion que les personnages luttent contre l’envahisseur), on plonge alors dans du survival bien tendu qui prolonge l’efficacité générale du métrage (la caractérisation s’en tient par exemple au minimum syndical et repose beaucoup sur le charisme du casting). Après on pourra toujours remettre en cause la morale quelque peu douteuse du film, qui se limiterait grosso modo à «la curiosité est un vilain défaut», mais Life – Origine inconnue est suffisamment bien foutu pour remplir malgré tout ses objectifs de thriller horrifico-scientifique spatial… et de mise en bouche à Alien : Covenant. Dans l’espace, on n’a pas fini de crier !

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Critique ciné : Ghost in the Shell

2 avril, 2017

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Dans les cartons depuis 2008 où il était très bien, Ghost in the Shell, le projet d’adaptation du manga de Masamune Shirow par Dreamworks, a finalement abouti mais reste toutefois encombré par le très lourd héritage du film de Mamoru Oshii, l’incarnation la plus célèbre de cette licence. Bien qu’il s’inspire également de quelques autres itérations de cet univers (en particulier l’anime GITS : Stand Alone Complex), le métrage y revient en effet constamment pour en reprendre les morceaux de bravoure quasiment tels quels… mais tout en s’en cachant. Un déni qui saute aux yeux dès le générique de début, avec le refus de reprendre la cultissime musique de Kenji Kawai (remplacée par une BO qui singe mollement Tron l’héritage) alors que les images ne sont à peu de choses près qu’un portage live du film de 1995, une contradiction résumant bien le dilemme intrinsèque à l’oeuvre. Très 90′s ainsi dans son approche et son esthétique (nous sommes à mille lieues du «tout-CGI»), cette période où la SF s’était spécialisée dans la surenchère du style visuel de Blade Runner, ce Ghost in the Shell s’inscrit pile dans l’époque de la sortie du premier film et cela aurait pu être une bonne idée pour tisser un lien sauf qu’en définitive, on a souvent davantage l’impression d’être face à Johnny Mnemonic. Ce qui peut être pas mal aussi, hein, mais à une échelle moindre toutefois. On s’en doutait, avec son passage au live et surtout sa récupération par Hollywood, le matériau ne pouvait que se voir transformé. Alors qu’il était par exemple question chez Oshii de savoir «qui suis-je ?», cette nouvelle version préfère s’interroger sur «qui étais-je ?», mystère aux mécaniques de polar bien plus reconnaissables pour le large public des blockbusters. De la même manière, les responsables intègrent un antagoniste bien identifiable (une fois le twist d’usage passé) pour structurer une histoire qui avait plus tendance à l’abstraction existentialiste, au questionnement sociétal ; une occidentalisation indéniable jusque dans son épilogue qui ressemble beaucoup à celui de Underworld, une des rares références chez nous de femme forte dans un film d’action… Réalisateur de Blanche-Neige et le chasseur (tentative un brin loupée de transformer une princesse de conte de fée en guerrière), Rupert Sanders donnait alors le sentiment d’être surtout un faiseur de belles images, ce qui se confirme ici. Si sa vision ne manque effectivement pas de sincérité ni de petites touches d’originalité (il est évident qu’il veut bien faire, quoi), il a clairement de grosses lacunes en tant que narrateur – le récit se déroule sans grand relief – et une incapacité certaine à s’imposer auprès de ses producteurs comme en atteste l’effacement de la sexualisation (oui c’est possible, même lorsqu’on a Scarlett Johansson en combi moulante), avec entre autre la disparition du baiser lesbien qu’on apercevait pourtant dans les bandes-annonces. Symptomatique en fait dans ses grandes lignes de cette mode hollywoodienne de plus en plus lassante et préoccupante (merci Disney) qui consiste à transposer en prise de vues réelles des films d’animations juste parce que les effets spéciaux d’aujourd’hui le permettent, Ghost in the Shell version 2017 ne parvient pas à se forger une identité propre. Le résultat n’est pas foncièrement mauvais et pourra s’avérer être une porte d’entrée à cette culture pour certains spectateurs, mais ça ne le rend pas plus utile et encore moins réellement justifiable. Croisons les doigts pour que si elle se fait un jour, l’adaptation de Akira emprunte une autre voie. Et croisons les encore plus fort pour que ça ne se fasse jamais.

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