Critique ciné : The Lost City of Z

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D’ordinaire plus contemporain et urbain (il était jusque-là irrémédiablement attaché à la ville de New-York), James Gray s’était frotté au genre historique avec son précédent effort, The Immigrant, et poursuit cela aujourd’hui avec The Lost City of Z, adaptation d’un roman de David Grann qui s’intéressait à l’histoire réelle de l’explorateur anglais Percy Fawcett, disparu en Amazonie tandis qu’il cherchait une mystérieuse cité antédiluvienne. Une rupture encore plus flagrante donc des habitudes du cinéaste, dévoilant peut-être sa volonté de livrer un pur film d’aventure, de plonger pour de bon dans l’entertainment ? On pourrait en effet le croire pendant un temps, ne serait-ce qu’en raison du souffle épique parcourant le récit ou d’emprunts purement cinématographiques (on pense beaucoup à David Lean puis Apocalypse Now lors de la scène de «l’Opéra»). Il n’en sera toutefois rien car Gray préfère en fait construire son projet comme un biopic à l’approche naturaliste et réaliste, constat particulièrement notable dans la photo de l’illustre Darius Khondji qui privilégie la lumière naturelle et paraît de moins en moins picturale à mesure qu’on progresse dans le récit, en tout cas lors des séquences dans la jungle (étouffante et inhospitalière comme il se doit mais en même temps fascinante). Le film respectera ainsi scrupuleusement la chronologie de la vie de Fawcett et son exploration de l’Amazonie se fait en réalité en trois temps, avec à chaque fois un retour au pays, ce qui casse sérieusement l’idée d’aventure comme on pouvait la concevoir. Ce qui intéresse Gray c’est bien de dresser le portrait de cet homme qui le fascine, de sa passion pour un mystère que tout le monde réfute et des sacrifices auxquels il est prêt à se résoudre. Dommage alors que le réalisateur/scénariste se refuse à aborder la folie douce que représente une telle entreprise car si cela abonde dans le sens de son éloge de l’humaniste Fawcett, ça empêche également Charlie Hunnam de s’épanouir dans un rôle un peu plus étoffé (Robert Pattinson s’en sort mieux d’une certaine manière, trouvant là un des meilleurs emplois de sa jeune carrière) sans compter que cela aurait dénoté une approche plus honnête, car plus nuancée. Loin d’être l’odyssée aventureuse dans l’Enfer vert que nous imaginions, The Lost City of Z se propose donc davantage comme un descendant de films historiques tels que Out of Africa, Lawrence d’Arabie ou Mission, dont il partage l’élégance classique (le rejet du réalisateur pour le numérique participe évidemment à cette parenté old-school) et la foi dans leurs protagonistes. Et c’est tout aussi loin d’être une déception car à l’image de son interprétation de Percy Fawcett, James Gray prouve qu’il peut sortir de ses ornières – s’aventurer en terrain inconnu – sans se perdre aucunement. On a hâte de voir quel tour prendra sa filmographie ensuite.

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