Critique ciné : Logan

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Après 17 ans de bons et loyaux services et neuf longs-métrages, Hugh Jackman a officiellement déclaré que Logan marquerait sa dernière incursion dans la peau du mutant au squelette d’adamantium. Ce film entérine par conséquent un deuil, et même un plus important que ce que nous aurions cru. Vaguement inspiré ainsi du Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven, le matériau a cependant été revu en profondeur par James Mangold et ses scénaristes, à la recherche plutôt une parenté évidente avec le western (le film cite directement L’Homme des vallées perdues et s’en pose ouvertement comme une relecture). Un genre qui réussit particulièrement bien au réalisateur, qu’il l’aborde de plein front (voir l’excellent remake de 3h10 pour Yuma) ou de manière plus détournée comme dans le cas présent ou à l’époque avec Copland. On le retrouve donc bien plus convaincant que sur un Wolverine : Le Combat de l’immortel où on ne le sentait pas trop à l’aise avec l’aspect comic-book du projet, sans compter qu’il se fourvoyait dans son traitement mécanique des traumas du super-héros. Mangold prend ici le contre-pied de tout cela : plus en phase avec l’ancien X-Man, abandonnant le cahier des charges du comic-book movie, il livre ce qui est peut-être bien le premier film de super-héros à pouvoir prétendre s’inscrire au rang des grands films classiques du cinéma américain, justement parce qu’il ne cherche pas à satisfaire aux codes du genre (la partie science-fictionnel n’est par exemple limitée qu’à de petits détails). Car il s’agit en fait aussi du premier vrai film de super-héros crépusculaire depuis que Marvel s’est lancé dans la course aux salles obscures, une œuvre d’une noirceur et d’une violence absolues, sans commune mesure avec ce que l’on a pu voir jusqu’à présent chez les autres super-slips. Même chez DC, pourtant traditionnellement plus dark. On n’y épargne rien ni personne et surtout pas les enfants, les griffes du glouton n’ont jamais eu de résultat si sanglant ni réaliste (et en plans bien serrés qui plus est) et surtout, nous assistons là réellement à la fin d’un certain âge de l’Homo superior, entre une démystification cruelle du mythe du héros et un traitement de la figure du «mutant-dieu» dans ce qu’elle a de plus tristement humain. Quand on pense en effet à comment la Maison aux idées s’échaudait à l’idée de montrer un Tony Stark alcoolique, on ne pourra que tomber des nues devant le spectacle ultra-crédible d’un Professeur Xavier atteint d’Alzheimer, aussi affaibli qu’il est dangereux, avec tout ce que cela implique de nuances et problématiques que le métrage ne s’épargne pas. Mais si Patrick Stewart offre une performance exceptionnelle, il faut rendre à César ce qui appartient à César, celui qui porte le métrage sur ses épaules. Hugh Jackman s’avère ainsi parfaitement royal, habité comme jamais par ce personnage qu’il a considérablement contribué à rendre populaire au cinéma alors que personne ne croyait en lui, quand Bryan Singer l’avait choisi pour le premier X-Men. Impliqué parce qu’il s’agit de ses adieux au rôle qui l’a fait connaître mais aussi car le portrait de ce Wolverine vieillissant et malade résonne gravement avec sa propre vie personnelle, ajoutant encore en véracité à cette odyssée funèbre. Heureusement alors que Marvel n’a pas totalement la main-mise sur la licence X-Men au cinéma, sans quoi il est sûr que nous n’aurions jamais eu droit à ce Logan (ni Deadpool d’ailleurs) mélancolique et brutal, où surgit malgré tout un espoir grâce à une histoire simple et touchante qui achève de faire naître une nouvelle facette chez un héros que nous pensions connaître par cœur. Et maintenant qu’il est temps de lui dire au revoir, nous ne voyons pas comment cela aurait pu mieux se faire. So long, Wolverine !

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