Archive pour mars, 2017

Critique ciné : The Lost City of Z

21 mars, 2017

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D’ordinaire plus contemporain et urbain (il était jusque-là irrémédiablement attaché à la ville de New-York), James Gray s’était frotté au genre historique avec son précédent effort, The Immigrant, et poursuit cela aujourd’hui avec The Lost City of Z, adaptation d’un roman de David Grann qui s’intéressait à l’histoire réelle de l’explorateur anglais Percy Fawcett, disparu en Amazonie tandis qu’il cherchait une mystérieuse cité antédiluvienne. Une rupture encore plus flagrante donc des habitudes du cinéaste, dévoilant peut-être sa volonté de livrer un pur film d’aventure, de plonger pour de bon dans l’entertainment ? On pourrait en effet le croire pendant un temps, ne serait-ce qu’en raison du souffle épique parcourant le récit ou d’emprunts purement cinématographiques (on pense beaucoup à David Lean puis Apocalypse Now lors de la scène de «l’Opéra»). Il n’en sera toutefois rien car Gray préfère en fait construire son projet comme un biopic à l’approche naturaliste et réaliste, constat particulièrement notable dans la photo de l’illustre Darius Khondji qui privilégie la lumière naturelle et paraît de moins en moins picturale à mesure qu’on progresse dans le récit, en tout cas lors des séquences dans la jungle (étouffante et inhospitalière comme il se doit mais en même temps fascinante). Le film respectera ainsi scrupuleusement la chronologie de la vie de Fawcett et son exploration de l’Amazonie se fait en réalité en trois temps, avec à chaque fois un retour au pays, ce qui casse sérieusement l’idée d’aventure comme on pouvait la concevoir. Ce qui intéresse Gray c’est bien de dresser le portrait de cet homme qui le fascine, de sa passion pour un mystère que tout le monde réfute et des sacrifices auxquels il est prêt à se résoudre. Dommage alors que le réalisateur/scénariste se refuse à aborder la folie douce que représente une telle entreprise car si cela abonde dans le sens de son éloge de l’humaniste Fawcett, ça empêche également Charlie Hunnam de s’épanouir dans un rôle un peu plus étoffé (Robert Pattinson s’en sort mieux d’une certaine manière, trouvant là un des meilleurs emplois de sa jeune carrière) sans compter que cela aurait dénoté une approche plus honnête, car plus nuancée. Loin d’être l’odyssée aventureuse dans l’Enfer vert que nous imaginions, The Lost City of Z se propose donc davantage comme un descendant de films historiques tels que Out of Africa, Lawrence d’Arabie ou Mission, dont il partage l’élégance classique (le rejet du réalisateur pour le numérique participe évidemment à cette parenté old-school) et la foi dans leurs protagonistes. Et c’est tout aussi loin d’être une déception car à l’image de son interprétation de Percy Fawcett, James Gray prouve qu’il peut sortir de ses ornières – s’aventurer en terrain inconnu – sans se perdre aucunement. On a hâte de voir quel tour prendra sa filmographie ensuite.

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Critique ciné : Kong – Skull Island

11 mars, 2017

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Avec Kong : Skull Island, la société de production Legendary Pictures ajoute un nouveau monstre géant à son tableau de chasse, le plus célèbre et le plus titanesque des primates, le roi Kong en personne. Et si l’on craignait qu’il soit impossible de passer derrière l’incroyable remake de Peter Jackson, les responsables de ce film-ci ont pris la sage décision de partir sur une toute autre voie : dans une logique typique du kaiju eiga, ils s’apprêtent en effet à nous pondre un crossover avec le Godzilla de 2014 et en cela, on s’éloigne de la traditionnelle thématique de «la Belle et la Bête». Pas le temps pour la poésie et le sentimentalisme, on est là pour la baston. La vraie bonne surprise ainsi, c’est qu’ils ont également décidé de s’éloigner du style du film de Gareth Edwards, où l’on se prenait trop au sérieux en dépit d’un scénario vraiment très faible et se refusait à trop céder au spectaculaire. Frustrant. Ce coup-ci on a droit à un vrai film d’exploitation limite bis qui s’assume pleinement, au rythme qui ne se relâche pas une fois sur l’île où l’on cumule visions dantesques et idées barrées (cette putain d’araignée bambous). De l’aventure, de l’action et de l’exotisme comme à la belle époque, sans compter qu’avec la présence des bidasses on est déjà dans une dynamique à la Aliens sans avoir à attendre la suite ! Réalisateur quasi-inconnu, Jordan Vogt-Roberts (The Kings of Summer et quelques séries dont la très sympa Death Valley) s’en sort avec les honneurs grâce au plaisir évident qu’il prend à faire mumuse avec ce matériau, il compose entre autres quelques splendides images où la taille et la silhouette de Kong sont magnifiées par son sens de la perspective (vive la 3D dans ces conditions). On pourra lui reprocher une démarche de clippeur mais ça pète quand même grave la classe, la démesure et la fureur sont palpables. Tandis que Kong s’impose comme un monstre bien badass, roi du street fight même si ses affrontements, au final, souffriront un peu de la comparaison avec ceux orchestrés par Jackson, qui se montrait davantage inventif. De toute façon le métrage de Vogt-Roberts ne prétend pas soutenir la comparaison, il se complaît dans sa simplicité bon enfant comme en atteste un scénario prétexte, chargé de personnages un peu génériques à l’exception de Samuel L. Jackson qui arrive à tirer son épingle du jeu grâce à un rôle plus complexe qu’il en a l’air, ne serait-ce que parce qu’il est le seul à avoir une motivation autre que la fuite dans cet enfer vert. S’il n’est donc pas un grand classique digne de son légendaire protagoniste en titre, Kong : Skull Island n’en fait pas moins le taf’ de par sa générosité débridée et un emballage qui a de la gueule, l’asseyant comme un moment pop-corn tout à fait recommandable. Nous verrons en 2019 ce qu’il en sera pour sa rencontre avec Godzilla… et les autres monstres de la Toho !

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Critique ciné : Logan

7 mars, 2017

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Après 17 ans de bons et loyaux services et neuf longs-métrages, Hugh Jackman a officiellement déclaré que Logan marquerait sa dernière incursion dans la peau du mutant au squelette d’adamantium. Ce film entérine par conséquent un deuil, et même un plus important que ce que nous aurions cru. Vaguement inspiré ainsi du Old Man Logan de Mark Millar et Steve McNiven, le matériau a cependant été revu en profondeur par James Mangold et ses scénaristes, à la recherche plutôt une parenté évidente avec le western (le film cite directement L’Homme des vallées perdues et s’en pose ouvertement comme une relecture). Un genre qui réussit particulièrement bien au réalisateur, qu’il l’aborde de plein front (voir l’excellent remake de 3h10 pour Yuma) ou de manière plus détournée comme dans le cas présent ou à l’époque avec Copland. On le retrouve donc bien plus convaincant que sur un Wolverine : Le Combat de l’immortel où on ne le sentait pas trop à l’aise avec l’aspect comic-book du projet, sans compter qu’il se fourvoyait dans son traitement mécanique des traumas du super-héros. Mangold prend ici le contre-pied de tout cela : plus en phase avec l’ancien X-Man, abandonnant le cahier des charges du comic-book movie, il livre ce qui est peut-être bien le premier film de super-héros à pouvoir prétendre s’inscrire au rang des grands films classiques du cinéma américain, justement parce qu’il ne cherche pas à satisfaire aux codes du genre (la partie science-fictionnel n’est par exemple limitée qu’à de petits détails). Car il s’agit en fait aussi du premier vrai film de super-héros crépusculaire depuis que Marvel s’est lancé dans la course aux salles obscures, une œuvre d’une noirceur et d’une violence absolues, sans commune mesure avec ce que l’on a pu voir jusqu’à présent chez les autres super-slips. Même chez DC, pourtant traditionnellement plus dark. On n’y épargne rien ni personne et surtout pas les enfants, les griffes du glouton n’ont jamais eu de résultat si sanglant ni réaliste (et en plans bien serrés qui plus est) et surtout, nous assistons là réellement à la fin d’un certain âge de l’Homo superior, entre une démystification cruelle du mythe du héros et un traitement de la figure du «mutant-dieu» dans ce qu’elle a de plus tristement humain. Quand on pense en effet à comment la Maison aux idées s’échaudait à l’idée de montrer un Tony Stark alcoolique, on ne pourra que tomber des nues devant le spectacle ultra-crédible d’un Professeur Xavier atteint d’Alzheimer, aussi affaibli qu’il est dangereux, avec tout ce que cela implique de nuances et problématiques que le métrage ne s’épargne pas. Mais si Patrick Stewart offre une performance exceptionnelle, il faut rendre à César ce qui appartient à César, celui qui porte le métrage sur ses épaules. Hugh Jackman s’avère ainsi parfaitement royal, habité comme jamais par ce personnage qu’il a considérablement contribué à rendre populaire au cinéma alors que personne ne croyait en lui, quand Bryan Singer l’avait choisi pour le premier X-Men. Impliqué parce qu’il s’agit de ses adieux au rôle qui l’a fait connaître mais aussi car le portrait de ce Wolverine vieillissant et malade résonne gravement avec sa propre vie personnelle, ajoutant encore en véracité à cette odyssée funèbre. Heureusement alors que Marvel n’a pas totalement la main-mise sur la licence X-Men au cinéma, sans quoi il est sûr que nous n’aurions jamais eu droit à ce Logan (ni Deadpool d’ailleurs) mélancolique et brutal, où surgit malgré tout un espoir grâce à une histoire simple et touchante qui achève de faire naître une nouvelle facette chez un héros que nous pensions connaître par cœur. Et maintenant qu’il est temps de lui dire au revoir, nous ne voyons pas comment cela aurait pu mieux se faire. So long, Wolverine !

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