Critique ciné : Split

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Réalisateur aussi bien capable de nous mettre une grosse baffe que de nous filer les grosses boules, M. Night Shyamalan s’était quelque peu abîmé dans le système des majors hollywoodiennes ces dernières années, son ego surdimensionné ne sachant s’accorder avec toute l’attention qu’il générait. C’est pourquoi son passage dans l’écurie Blumhouse Productions – à l’occasion du récent et réussi The Visit – fut aussi fortement ressenti comme un renouveau, l’auteur du Sixième sens n’ayant plus qu’à s’y consacrer à son art sur un tout petit budget. Sans contraintes pour le froisser. Sans grandes attentes pour le pousser à se la péter. L’expérience lui a ainsi tellement plu qu’il la réitère pour Split, qui reste en apparence dans la droite lignée de la formule établie par Jason Blum : film de couloir, décor quasi-unique, casting réduit au strict minimum… Rien de très sexy à priori mais si ce film a malgré tout su captiver l’imagination des spectateurs durant les mois passés, c’est sur la base de son pitch ultra-accrocheur que Shyamalan transforme en thriller des plus efficaces, teinté de conte noir. Contournant en effet les limites du tournage à l’économie grâce à un script ultra-carré, qui aère intelligemment la narration par le biais des visites à la psy ou flashbacks de l’héroïne loin d’être anecdotiques, il prend ensuite corps de par une mise en scène allant droit au but et surtout, surtout, une interprétation admirable. Il y a donc tout d’abord Anya Taylor-Joy, la jeune révélation de The Witch, laquelle compose un rôle étonnamment complexe relevant la gageure de ne jamais nous être antipathique malgré sa passivité (ce qui nous a pourtant déjà fait copieusement râler devant nombre de péloches). Et puis bien sûr James McAvoy, tout bonnement monstrueux dans les multiples peaux de son personnage schizophrène. Et même si l’on n’en verra pas les 24 identités distinctes que nous promet le résumé (le film se concentre en fait sur une demi-douzaine d’entre elles), la performance reste ahurissante, inscrivant cet antagoniste au panthéon des frappadingues du cinéma. Et même plus. Car la vraie surprise avec Split c’est que Shyamalan a décidé de le relier lors de son épilogue à un autre des ses efforts (et un des plus passionnants qui plus est), changeant totalement notre perspective sur l’histoire. Sans trop en dire pour ne pas vous gâcher la surprise, le thriller horrifique bien foutu se mue en une origin-story excitante et mine de rien, il s’agit là d’un putain de twist. Pour un temps du moins, c’est sûr, on a retrouvé le Shyamalan de la grande époque.

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