Critique ciné : Seuls

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Si la BD française est pleine de titres à faire pâlir les plus gros blockbusters hollywoodiens, il n’en va pas de même pour son cinéma qui reste toujours aussi frileux face au genre et aux risques. L’année 2017 changera alors un peu la donne puisque, en attendant le Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, déboule dans les salles Seuls, adaptation d’une bande-dessinée de Fabien Wehlmann et Bruno Gazzotti et plus précisément des cinq premiers tomes sur les vingt que devrait compter la série. Un petit événement dans le tristoune PAF mais aussi pour son réalisateur, David Moreau, qui joue ici son va-tout. Le bonhomme avait effectivement commencé très fort dans le cinoche de genre avec le tendu Ils (aux côtés de son pote Xavier Palud) puis s’était fourvoyé sur le remake américain de The Eye, le contraignant à une petite traversée du désert dont il n’était sorti qu’en revenant en France pour signer la comédie romantique 20 ans d’écart. C’est dire donc si Seuls représente pour lui une formidable opportunité de revenir à un cinéma beaucoup plus (et trop) rare sous nos latitudes et par conséquent il donne tout ce qu’il a, au travers d’une mise en scène inventive et nerveuse – bien qu’elle manque un peu de vrais gros morceaux de bravoure pour briller pleinement – et riche d’images fortes. Toutefois, plus encore que dans son aspect «saga adaptée d’une œuvre littéraire» (ou son épilogue qui en reprend l’esthétique), le long-métrage rappelle pas mal Hunger Games dans la manière qu’il a de réarranger des recettes bien connues à sa sauce – ce qui ne laisse que peu de chances à son twist à la Quatrième dimension de nous surprendre – et bien sûr de maltraiter des adolescents. Sauf que sur ce dernier point nous sommes en réalité plus proches du britannique Attack the Block, avec un traitement des personnages davantage réaliste et proche de nous (servi par un casting fort sympathique) si l’on excepte bien sûr un méchant dévoilé sur le tard et caricatural au possible, poussant le film dans un manichéisme dont on se serait bien passé. Tandis donc que son intrigue ne nous surprendra guère dans son déroulement et ses retournements, Seuls le fera bien plus grâce à son ton qui s’affranchit de la tiédeur propre aux œuvres avec des kids (on comprend pourquoi plusieurs studios ont abandonné l’idée de porter la bédé à l’écran, d’autant que les responsables ont rendu le tout plus mâture que le matériau d’origine), lui prodiguant une âme rare et précieuse dans cette époque où l’on polisse plutôt à tout-va. En revanche, curieux paradoxe vue l’aridité de la présence du genre dans le cinoche français, pas sûr que nous désirions voir la suite de la bande-dessinée portée à l’écran. Déjà parce qu’elle partirait dans un tout autre délire qu’amorce le curieux épilogue. Et ensuite car cela retirerait à Seuls un peu de son caractère unique.

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