Critique ciné : A Cure for Life

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Alors qu’il n’avait jamais été aussi inspiré que sur ses deux derniers efforts, les westerns Rango et Lone Ranger, Gore Verbinski s’est pris coup sur coup deux bides relatifs ayant quelque peu remis en cause sa position à Hollywood, lui faisant perdre de sa superbe après les cartons de la trilogie originale Pirates des Caraïbes. Encore malmené par l’annulation de son adaptation de Bioshock, le réalisateur fait alors acte de catharsis avec A Cure for Life, petit budget imaginé par ses soins et ceux de son co-scénariste Justin Haythe et lui permettant d’exorciser toute la noirceur accumulée ces dernières années (tout en tapant sur le monde de l’argent et la folie qui l’entoure). Un retour au thriller horrifique après son plutôt bon Le Cercle, annoncé à renfort de trailers ayant su titiller notre curiosité de par leur élégante étrangeté et non leur caractère «choc». Car si l’on croise bien le long du métrage quelques fulgurances de violence, de brefs instants d’horreur graphique qui flirtent même avec le torture-porn dans leur description clinique des sévices infligés (bel hommage à Marathon Man au passage), celles-ci restent très rares, Verbinski préférant faire naître le malaise, l’effroi, de manière plus insidieuse. Que ce soit en se reposant sur la fabuleuse direction artistique de Eve Stewart (Docteur Frankenstein), laquelle doit beaucoup au cadre choisi pour le tournage avec cette «Suisse» un peu hors du temps (l’Allemagne en réalité, et tout spécialement le magnifique château de Hohenzollern) et perdue au sein d’une nature sauvage et primitive (la figure de l’animal est disséminée partout), ou bien en nous confrontant aux méandres d’un script jonglant avec des idées assez dérangeantes afin de mieux triturer la psyché de son héros (impeccable Dane DeHaan). Plus qu’à un Shutter Island comme on l’a beaucoup entendu, A Cure for Life fait donc penser à La Neuvième porte de Roman Polanski dans sa manière de suivre un protagoniste perdu au milieu d’une enquête qui le dépasse, un mystère dont les ténébreuses ramifications nous font chanceler entre réalité et fiction. Un récit où le fantastique est omniprésent sans jamais être clairement là. Sauf que le final gothique très explicite viendra alors briser complètement cela, ce qui ne manquera pas de rebuter tous ceux qui appréciaient cette suspension d’incrédulité, cette atmosphère indicible. Il  apparaîtra en fait comme d’autant plus facultatif que film s’avère trop long : avec ses presque 2h30, il pose en effet admirablement son ambiance mais, à trop prendre son temps, il se montre trop bavard et nous laisse amplement le temps de déceler à l’avance les révélations de sa dernière bobine. Dommage. A peu de choses près, A Cure for Life s’inscrivait comme l’un des sommets du cinéma horrifique de ces dernières années. Il reste néanmoins la preuve indubitable du talent formel de Verbinski et plus encore, il démontre que le bonhomme n’a rien d’un anonyme yes-man à la solde des blockbusters. Pour ceux qui en doutaient encore.

020304

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