Critique ciné : La Grande muraille

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Sous ses dehors de banal blockbuster, La Grande muraille soulève en réalité plusieurs questions qui bien souvent s’embrasent en scandales : l’occidentalisation des comédiens dans des contextes étrangers, la part de plus en plus grande de la Chine dans les capitaux et décisions hollywoodiens, la politique démagogique des studios (avec en particulier le remplacement de Edward Le Dernier samouraï Zwick en cours de préproduction au profit de Zhang Yimou), la réécriture fantaisiste de l’Histoire, le nationalisme latent du réalisateur… Autant d’éléments qui auraient normalement dû, à un moment où un autre du visionnage, provoquer notre agacement, voire notre rejet. Mais non. Rien de tout cela, pas plus que les faiblesses d’un script aussi léger (on va droit à l’essentiel quand on a à peine plus d’1h40 de métrage) que parfois lourdingue (les blagues des occidentaux entre eux, typiques buddy-movie) ne parviennent à entacher cette impression toute simple : le film est cool. Pas incroyable mais cool, ouais. Le melting-pot d’influences et cultures – dont aurait pu craindre qu’il aboutisse à un résultat aseptisé, sans identité – fonctionne ainsi étonnamment bien. Les délires cross-genres de Max Brooks (World War Z) offrent une perspective un peu originale sur les dragons, l’héritage de Zwick passe mieux dans un cadre plus fantastique tout en gardant son romanesque et Tony Gilroy, abonné aux Jason Bourne, façonne à Matt Damon un rôle de héros en définitive plutôt charismatique, bien bad-ass dans l’action et pas dénué de chevalerie. Pendant ce temps, derrière la caméra, Zhang Yimou déploie tout le faste qu’on lui connaît et s’il ne cède pas aux folies les plus aériennes du wu xia pian (rappelons que c’est lui qui avait introduit le genre en Occident avec son Tigre et dragon), il compose malgré tout de puissantes séquences, spectaculaires et iconiques. Même les armures créées par Weta Workshop, un peu kitsch dans le contexte des bandes-annonces, se trouvent magnifiées par la réalisation une fois dans celui du métrage, participant pour beaucoup de la richesse visuelle du projet. Le cinéaste chinois fait se conjuguer en fait l’élégance et le style de son cinéma avec l’efficacité et les armes des majors du pays de l’oncle Sam pendant que, pas en reste quand il s’agit de métisser les influences, le compositeur Ramin Djawadi semble très inspiré par l’Asie et livre une partition martiale, à la démesure du spectacle. On rêverait alors d’une version longue de cette Grande muraille, histoire d’étoffer le propos de l’intrigue et les personnages, mais ce serait prendre le risque de déstabiliser un équilibre fragile. Petit miracle en soi ou gros coup de bol, il n’en demeure pas moins que la péloche constitue l’une des bonnes surprises de ce début d’année.

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