Critique ciné : Rogue One – A Star Wars Story

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Dans une pure logique disneyenne, Star Wars se voit appliqué le même traitement que le Marvel Cinematic Universe avec une multiplication des sorties. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à un film par an mais même à cette cadence, difficile de tenir le rythme de production sur une seule saga. D’où l’apparition des salvateurs spin-offs dont ce Rogue One : A Star Wars Story est le premier exemple, un ancien projet de série télé que le studio aux grandes oreilles a donc décidé de transformer en long-métrage et qui relate le vol des plans de l’Etoile de la mort par les rebelles conduisant à l’épisode 4. Alors, simple nouveau produit dérivé ou vrai chapitre du mythe ? Ce qui est sûr c’est que le petit dernier veut se démarquer des sept chapitres déjà sortis, il marque sa différence d’entrée de jeu avec l’absence du fameux résumé en texte déroulant et de l’immortel main theme. La musique essaye effectivement de se démarquer en introduisant ses propres thèmes, reléguant les grands classiques à quelques apparitions, mais le style de Michael Giacchino sait toujours aussi bien calquer celui de John Williams. Quel dommage alors que le français Alexandre Desplat – un temps rattaché au projet – n’ait pas pu y prendre part pour cause de calendrier, il aurait certainement apposé une personnalité plus tranchée à la BO (souvenez-vous de ses partitions épiques pour les derniers Harry Potter). Ironiquement, le film a aussi un peu de mal à trouver son rythme dans la première bobine parce qu’il cherche à mettre rapidement en place son intrigue afin de se rattacher au plus vite à la trame de la saga. Non, en réalité, le vrai gros avantage de ce spin-off est qu’en «sortant» de la saga-mère (enfin il y reste malgré tout intrinsèquement lié, ne serait-ce que par son simple postulat de départ), il peut se permettre de s’éloigner de la thématique de la lutte du Bien contre le Mal. Il aboutit par le fait à un résultat davantage nuancé où même l’Alliance rebelle possède une part sombre, que ce soit dans ses décisions ou dissensions. Plus que dans de la fantasy, nous sommes ainsi face à un film de guerre dont l’approche plus réaliste, plus sombre, se traduit par un éloignement du schéma campbellien et à l’image par une photo en demi-teinte oubliant les couleurs très marquées des précédents métrages. Pour le coup, ce serait vraiment la guerre des étoiles. Dans le même ordre d’idée, les personnages principaux n’ont rien d’archétypal, on note une réelle complexité chez Jyn et Cassian (Felicity Jones se rattrape du récent Inferno en imposant un nouveau personnage féminin fort dans cet univers et l’inattendu Diego Luna compose une sorte de Han Solo dark et maudit) tandis qu’ils sont entourés par une incroyable galerie de seconds rôles, autant en raison de leurs interprètes que de leur caractérisation. Sans oublier ce qui constitue peut-être bien le robot le plus cool et balèze de tous les films Star Wars, K-2S0, auquel Alan Tudyk (spécialiste des machines pour avoir été le Sonny de I, Robot) confère une ironie faisant de lui un buddy mémorable et un androïde complètement inédit dans le pendant cinématographique de cet univers. Moins inédits, on rencontre les habituels clins d’oeil pour les fans mais rien de trop encombrant, après tout on est là pour prendre les choses au sérieux. Si sérieusement que la présence de certains protagonistes du film original requiert un travail phénoménal avec de magnifiques clones en CGI, entre autre de Peter Cushing (Moff Tarkin is alive !) qui tient un vrai rôle dans l’intrigue, pas juste un caméo pour faire sourire les fans. Dans son ensemble, Rogue One : A Star Wars Story réussit ainsi brillamment à exister en tant que spin-off, forgeant sa propre identité tout en s’inscrivant comme un ajout on ne peut plus notable à la saga-mère.Le réalisateur Gareth Edwards fait le taf’ comme il faut, plus à l’aise dans le cahier des charges de Star Wars que celui de Godzilla, et reste alors à espérer que les prochains cinéastes à décrocher le privilège d’illustrer cet objet de culte sauront (pourront ?) apporter autant d’âme dans ce qui pourrait ne devenir qu’une franchise de plus en plus formatée. N’est-ce pas Marvel ?

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