Critique ciné : Premier contact

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Quand on pense «invasion alien», c’est plutôt l’image belliqueuse et guerrière de Independence Day qui nous vient à l’esprit. Persiste néanmoins une SF s’appropriant les thèmes les plus extravagants pour les traiter sur une note plus réaliste que d’ordinaire, plus encore maintenant que la vague Star Wars s’apprête à reformater le genre (ce n’est pas un hasard si le très proche Trees de Warren Ellis et Jason Howard est actuellement en cours de publication). Le réalisateur Denis Villeneuve était ainsi l’homme de la situation pour Premier contact car malgré son inexpérience dans la science-fiction, ses thrillers dénotent une excellence certaine lorsqu’il s’agit d’imprégner de véracité leur intrigue, ce qui ne pouvait aboutir qu’à une approche rare dans le genre : une réflexion sur la communication et son importance, comment d’une vision fragmentée peut naître l’incompréhension et le malentendu. Le film ne cesse de rappeler cela dans sa réalisation, par exemple avec ce cadre restreint au travers duquel les humains échangent avec les heptapodes et qui empêche de les voir dans leur entièreté. Un discours lourd de signification, plus encore en cette époque de migrations massives où l’on ne peut que déplorer quotidiennement les drames nés du manque de compréhension, premier pas vers l’empathie. Le problème est alors que cette volonté d’incarner les thématiques dans la mise en scène est ce qui rend le film plus compliqué que nécessaire. Sans trop en dévoiler pour ne pas spoiler et même si on comprend bien ce twist donnant corps à l’idée que des informations peuvent être trompeuses tant qu’on n’a pas une vue d’ensemble, tout comme on comprend le souhait de Villeneuve de s’éloigner d’une vision hollywoodienne (c’est à dire tranchée) de l’invasion alien, son utilisation de certains ressorts de la science-fiction laisse en effet franchement dubitatif. Les implications sont telles que le final aura un goût sacrément amer pour qui y réfléchira un tant soit peu, tandis que ceux largués se contenteront de pouffer en moquant le caractère nébuleux de l’entreprise. Dommage car cette ultime impression que beaucoup percevront donc comme négative leur fera peut-être bien oublier les quelques grands moments de cinéma qui parcourent le métrage, anti-spectaculaires au possible et pourtant d’une beauté qui en un seul plan nous coupe davantage le souffle que tout un climax de Transformers (la première véritable vue d’un vaisseau demeurera l’une des images les plus marquantes de la SF de ces dernières années). Sans oublier bien sûr l’incroyable talent formel de Villeneuve qui avec un minimalisme confinant au génie met en valeur la moindre évolution de ses personnages, leur moindre émotion, aidé en cela par un casting solide comme il en a l’habitude (Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, du vrai cinq étoiles). S’il ne manquera donc pas de décontenancer dans sa dernière bobine, Premier contact s’inscrit malgré tout comme une claque passionnante, revisitant un canon du cinéma de genre sous un jour unique. Voilà qui est très prometteur pour le Blade Runner 2049 que prépare en ce moment Villeneuve !

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