Critique ciné : Sully

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Centré sur les événements du «Miracle de l’Hudson», Sully n’avait pas franchement de quoi exciter notre curiosité. Déjà de par sa trop grande ressemblance avec le récent Flight de Robert Zemeckis – un souvenir restant douloureux – et plus encore vis-à-vis de Clint Eastwood lui-même, pas toujours franchement au top ces dernières années que ce soit par mollesse ou douteuse idéologie (c.f. le puant American Sniper). Cette fois encore il disserte alors sur son thème de prédilection, l’héroïsme, et plus particulièrement la manière dont la société s’acharne parfois contre ceux qu’elle a érigés en modèles. Il y a bien sûr l’enquête officielle, motivée par des questions d’argent et d’image publique, mais également le discours des journalistes d’un cynisme absolu, ridiculement outrancier au cas où l’on oublierait que Clint est un fieffé Républicain. Le cinéaste a au moins l’intelligence de ne pas uniquement glorifier son personnage principal, il en dévoile même brièvement une part un peu plus sombre avec l’histoire de sa société de sécurité aérienne. Et bien que cela reste un peu démagogique, il n’oublie pas de saluer tous ceux qui ont aidé les passagers ce jour-là (le traumatisme du 11 septembre plane sur tout le métrage même si cet événement en fut comme un exorcisme). A son âge, on ne va pas refaire le bonhomme, et on retrouve ainsi une très grande sobriété dans la réalisation typique de Clint : palette de couleurs terne (la seule vraie touche de couleur qui marquera la rétine et l’esprit est ce drapeau américain en néons, on ne se refait décidément pas), caméra posée, musique limitée à un simple habillage discret… Pour autant, cela n’empêche pas le film de se révéler proprement estomaquant lors de ses différentes reconstitutions du «crash», vues à chaque fois selon un angle bien particulier. Un travail solide dans l’ensemble, le réalisateur d’Impitoyable sait mener sa barque et livre un film relativement bien rythmé (il faut dire que c’est le plus court de sa filmographie), où la narration trompe intelligemment la linéarité grâce à une poignée de flashbacks révélateurs dans le passé du capitaine Chesley Sullenberger et quelques cauchemars à glacer le sang. Demeure quand même le problème des scènes de dialogue avec l’épouse, redondantes de par leur dispositif (Laura Linney a passé tout le tournage le téléphone vissé à l’oreille) et un brin affligeantes dans leur description de la femme éplorée. Et n’oublions pas ce faux suspense avec la «disparition» du fils d’un des passagers, symptomatique du manque de matière pouvant tenir en haleine au sein d’un récit qui a déjà été copieusement relayé par les médias. Heureusement, Tom Hanks est fantastique de subtilité, on lui pardonne même son récent cachetonnage quelque peu honteux sur Inferno où on lui faisait tenir un rôle de héros qui ne lui correspondait pas contrairement à ce Sully. Il porte véritablement le film, épaulé par un Aaron Eckhart le complétant idéalement. Quant à Eastwood, on rêverait de le voir s’atteler à un film sur l’ouragan Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orléans en 2005, afin de mettre sa réflexion sur l’héroïsme face à des thématiques plus conflictuelles.

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