Archive pour décembre, 2016

Critique ciné : Rogue One – A Star Wars Story

17 décembre, 2016

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Dans une pure logique disneyenne, Star Wars se voit appliqué le même traitement que le Marvel Cinematic Universe avec une multiplication des sorties. Pour l’instant nous n’en sommes qu’à un film par an mais même à cette cadence, difficile de tenir le rythme de production sur une seule saga. D’où l’apparition des salvateurs spin-offs dont ce Rogue One : A Star Wars Story est le premier exemple, un ancien projet de série télé que le studio aux grandes oreilles a donc décidé de transformer en long-métrage et qui relate le vol des plans de l’Etoile de la mort par les rebelles conduisant à l’épisode 4. Alors, simple nouveau produit dérivé ou vrai chapitre du mythe ? Ce qui est sûr c’est que le petit dernier veut se démarquer des sept chapitres déjà sortis, il marque sa différence d’entrée de jeu avec l’absence du fameux résumé en texte déroulant et de l’immortel main theme. La musique essaye effectivement de se démarquer en introduisant ses propres thèmes, reléguant les grands classiques à quelques apparitions, mais le style de Michael Giacchino sait toujours aussi bien calquer celui de John Williams. Quel dommage alors que le français Alexandre Desplat – un temps rattaché au projet – n’ait pas pu y prendre part pour cause de calendrier, il aurait certainement apposé une personnalité plus tranchée à la BO (souvenez-vous de ses partitions épiques pour les derniers Harry Potter). Ironiquement, le film a aussi un peu de mal à trouver son rythme dans la première bobine parce qu’il cherche à mettre rapidement en place son intrigue afin de se rattacher au plus vite à la trame de la saga. Non, en réalité, le vrai gros avantage de ce spin-off est qu’en «sortant» de la saga-mère (enfin il y reste malgré tout intrinsèquement lié, ne serait-ce que par son simple postulat de départ), il peut se permettre de s’éloigner de la thématique de la lutte du Bien contre le Mal. Il aboutit par le fait à un résultat davantage nuancé où même l’Alliance rebelle possède une part sombre, que ce soit dans ses décisions ou dissensions. Plus que dans de la fantasy, nous sommes ainsi face à un film de guerre dont l’approche plus réaliste, plus sombre, se traduit par un éloignement du schéma campbellien et à l’image par une photo en demi-teinte oubliant les couleurs très marquées des précédents métrages. Pour le coup, ce serait vraiment la guerre des étoiles. Dans le même ordre d’idée, les personnages principaux n’ont rien d’archétypal, on note une réelle complexité chez Jyn et Cassian (Felicity Jones se rattrape du récent Inferno en imposant un nouveau personnage féminin fort dans cet univers et l’inattendu Diego Luna compose une sorte de Han Solo dark et maudit) tandis qu’ils sont entourés par une incroyable galerie de seconds rôles, autant en raison de leurs interprètes que de leur caractérisation. Sans oublier ce qui constitue peut-être bien le robot le plus cool et balèze de tous les films Star Wars, K-2S0, auquel Alan Tudyk (spécialiste des machines pour avoir été le Sonny de I, Robot) confère une ironie faisant de lui un buddy mémorable et un androïde complètement inédit dans le pendant cinématographique de cet univers. Moins inédits, on rencontre les habituels clins d’oeil pour les fans mais rien de trop encombrant, après tout on est là pour prendre les choses au sérieux. Si sérieusement que la présence de certains protagonistes du film original requiert un travail phénoménal avec de magnifiques clones en CGI, entre autre de Peter Cushing (Moff Tarkin is alive !) qui tient un vrai rôle dans l’intrigue, pas juste un caméo pour faire sourire les fans. Dans son ensemble, Rogue One : A Star Wars Story réussit ainsi brillamment à exister en tant que spin-off, forgeant sa propre identité tout en s’inscrivant comme un ajout on ne peut plus notable à la saga-mère.Le réalisateur Gareth Edwards fait le taf’ comme il faut, plus à l’aise dans le cahier des charges de Star Wars que celui de Godzilla, et reste alors à espérer que les prochains cinéastes à décrocher le privilège d’illustrer cet objet de culte sauront (pourront ?) apporter autant d’âme dans ce qui pourrait ne devenir qu’une franchise de plus en plus formatée. N’est-ce pas Marvel ?

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Critique ciné : Les Trolls

15 décembre, 2016

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Vous rappelez-vous des Trolls, ces jouets ignobles et hirsutes qui rencontrèrent un franc succès à cheval sur le 80′s et 90′s ? Le jouet tout moche que Starlord laisse à Yondu à la place de la Pierre d’Infini dans Les Gardiens de la galaxie ? Voilà, c’est ça. Hé bien croyez-le ou non mais Dreamworks Animation – toujours à la recherche d’une nouvelle licence forte tandis que même son Kung-Fu Panda s’essouffle – a carrément tiré un film de cette gamme de jouets. Pourquoi ? On ne sait pas trop. Peut-être que les droits étaient offerts avec autre chose, comme un paquet de lessive. Toujours est-il que le film est maintenant dans nos salles et forcément, avec une telle origine, on n’en a à priori un peu rien à péter. Mais il faut se méfier des apparences, même lorsqu’elle sont d’un kitsch bariolé à rendre jaloux un clown portugais. Ainsi, si les géniteurs du projet évoquent Le Grand livre des gnomes du regretté Terry Pratchett comme source d’inspiration, on lui attribuera plus volontiers un filiation avec La Grande aventure Lego en cela que ces deux œuvres réussissent à adapter ce qui à-priori ne pouvait pas l’être, à créer leurs univers et intrigues à partir des spécificités de leurs modèles. Ici, cela se traduit donc par un visuel criard et guimauve recelant en fait de petites touches de «perversion» (c’est fou le nombre de gags pipi-caca qu’on croise) nous rappelant que l’un des co-réalisateurs, Mike Mitchell, est un ancien de Bob l’éponge (et également responsable du très sympa Sky High). En gros, s’ils vont tant dans le mignon, c’est pour mieux le détourner, jouer sur les contrastes, et tisser au bout du compte un discours pas trop con sur la nature du bonheur tout en plaçant quelques bons gags. Certes il n’y a alors rien de véritablement impertinent  – la bonne morale est sauve à la fin – mais cela nous aide malgré tout considérablement à accepter un script aux ressorts pas toujours très originaux (l’histoire d’amour du roi et de la servante bergens). a et bien évidemment l’excellente bande originale chapeautée par Justin Timberlake, également doubleur, pleine de reprises de classiques qui vous feront sans peine battre la mesure. C’est con mais ça fonctionne (c’est peut-être bien aussi simple que ça, le bonheur), et grâce à ces petites choses Les Trolls parvient à dépasser ses discutables origines. Ce qui n’était pas gagné pour qui a gardé le souvenir de ces jouets ignobles et hirsutes…

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Critique ciné : Premier contact

10 décembre, 2016

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Quand on pense «invasion alien», c’est plutôt l’image belliqueuse et guerrière de Independence Day qui nous vient à l’esprit. Persiste néanmoins une SF s’appropriant les thèmes les plus extravagants pour les traiter sur une note plus réaliste que d’ordinaire, plus encore maintenant que la vague Star Wars s’apprête à reformater le genre (ce n’est pas un hasard si le très proche Trees de Warren Ellis et Jason Howard est actuellement en cours de publication). Le réalisateur Denis Villeneuve était ainsi l’homme de la situation pour Premier contact car malgré son inexpérience dans la science-fiction, ses thrillers dénotent une excellence certaine lorsqu’il s’agit d’imprégner de véracité leur intrigue, ce qui ne pouvait aboutir qu’à une approche rare dans le genre : une réflexion sur la communication et son importance, comment d’une vision fragmentée peut naître l’incompréhension et le malentendu. Le film ne cesse de rappeler cela dans sa réalisation, par exemple avec ce cadre restreint au travers duquel les humains échangent avec les heptapodes et qui empêche de les voir dans leur entièreté. Un discours lourd de signification, plus encore en cette époque de migrations massives où l’on ne peut que déplorer quotidiennement les drames nés du manque de compréhension, premier pas vers l’empathie. Le problème est alors que cette volonté d’incarner les thématiques dans la mise en scène est ce qui rend le film plus compliqué que nécessaire. Sans trop en dévoiler pour ne pas spoiler et même si on comprend bien ce twist donnant corps à l’idée que des informations peuvent être trompeuses tant qu’on n’a pas une vue d’ensemble, tout comme on comprend le souhait de Villeneuve de s’éloigner d’une vision hollywoodienne (c’est à dire tranchée) de l’invasion alien, son utilisation de certains ressorts de la science-fiction laisse en effet franchement dubitatif. Les implications sont telles que le final aura un goût sacrément amer pour qui y réfléchira un tant soit peu, tandis que ceux largués se contenteront de pouffer en moquant le caractère nébuleux de l’entreprise. Dommage car cette ultime impression que beaucoup percevront donc comme négative leur fera peut-être bien oublier les quelques grands moments de cinéma qui parcourent le métrage, anti-spectaculaires au possible et pourtant d’une beauté qui en un seul plan nous coupe davantage le souffle que tout un climax de Transformers (la première véritable vue d’un vaisseau demeurera l’une des images les plus marquantes de la SF de ces dernières années). Sans oublier bien sûr l’incroyable talent formel de Villeneuve qui avec un minimalisme confinant au génie met en valeur la moindre évolution de ses personnages, leur moindre émotion, aidé en cela par un casting solide comme il en a l’habitude (Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, du vrai cinq étoiles). S’il ne manquera donc pas de décontenancer dans sa dernière bobine, Premier contact s’inscrit malgré tout comme une claque passionnante, revisitant un canon du cinéma de genre sous un jour unique. Voilà qui est très prometteur pour le Blade Runner 2049 que prépare en ce moment Villeneuve !

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Critique ciné : Sully

3 décembre, 2016

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Centré sur les événements du «Miracle de l’Hudson», Sully n’avait pas franchement de quoi exciter notre curiosité. Déjà de par sa trop grande ressemblance avec le récent Flight de Robert Zemeckis – un souvenir restant douloureux – et plus encore vis-à-vis de Clint Eastwood lui-même, pas toujours franchement au top ces dernières années que ce soit par mollesse ou douteuse idéologie (c.f. le puant American Sniper). Cette fois encore il disserte alors sur son thème de prédilection, l’héroïsme, et plus particulièrement la manière dont la société s’acharne parfois contre ceux qu’elle a érigés en modèles. Il y a bien sûr l’enquête officielle, motivée par des questions d’argent et d’image publique, mais également le discours des journalistes d’un cynisme absolu, ridiculement outrancier au cas où l’on oublierait que Clint est un fieffé Républicain. Le cinéaste a au moins l’intelligence de ne pas uniquement glorifier son personnage principal, il en dévoile même brièvement une part un peu plus sombre avec l’histoire de sa société de sécurité aérienne. Et bien que cela reste un peu démagogique, il n’oublie pas de saluer tous ceux qui ont aidé les passagers ce jour-là (le traumatisme du 11 septembre plane sur tout le métrage même si cet événement en fut comme un exorcisme). A son âge, on ne va pas refaire le bonhomme, et on retrouve ainsi une très grande sobriété dans la réalisation typique de Clint : palette de couleurs terne (la seule vraie touche de couleur qui marquera la rétine et l’esprit est ce drapeau américain en néons, on ne se refait décidément pas), caméra posée, musique limitée à un simple habillage discret… Pour autant, cela n’empêche pas le film de se révéler proprement estomaquant lors de ses différentes reconstitutions du «crash», vues à chaque fois selon un angle bien particulier. Un travail solide dans l’ensemble, le réalisateur d’Impitoyable sait mener sa barque et livre un film relativement bien rythmé (il faut dire que c’est le plus court de sa filmographie), où la narration trompe intelligemment la linéarité grâce à une poignée de flashbacks révélateurs dans le passé du capitaine Chesley Sullenberger et quelques cauchemars à glacer le sang. Demeure quand même le problème des scènes de dialogue avec l’épouse, redondantes de par leur dispositif (Laura Linney a passé tout le tournage le téléphone vissé à l’oreille) et un brin affligeantes dans leur description de la femme éplorée. Et n’oublions pas ce faux suspense avec la «disparition» du fils d’un des passagers, symptomatique du manque de matière pouvant tenir en haleine au sein d’un récit qui a déjà été copieusement relayé par les médias. Heureusement, Tom Hanks est fantastique de subtilité, on lui pardonne même son récent cachetonnage quelque peu honteux sur Inferno où on lui faisait tenir un rôle de héros qui ne lui correspondait pas contrairement à ce Sully. Il porte véritablement le film, épaulé par un Aaron Eckhart le complétant idéalement. Quant à Eastwood, on rêverait de le voir s’atteler à un film sur l’ouragan Katrina qui ravagea la Nouvelle-Orléans en 2005, afin de mettre sa réflexion sur l’héroïsme face à des thématiques plus conflictuelles.

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