Critique ciné : Kubo et l’armure magique

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Comme Pixar à la belle époque, le jeune studio Laika est porté depuis ses débuts sur le sommet d’une vague créatrice irréprochable, additionnant à chaque sortie une nouvelle petite pépite – à défaut de gros cartons en salles – à son curriculum vitae. Quatrième effort en à peine plus de huit ans, une gageure sachant la difficulté que représente la stop-motion, Kubo et l’armure magique ne trahit alors en rien la tradition et, une nouvelle fois, les artistes à sa solde repoussent les limites de leur art. Ayant dès le départ fait le pari du mélange des techniques là où Aardman Animations se refuse obstinément au recours aux CGI (ce qui fait par ailleurs tout leur charme), ils en arrivent aujourd’hui à un résultat brouillant totalement les frontières, effaçant les contraintes de l’animation en volume au profit d’une fluidité stupéfiante (les scènes usant du shamisen sont à pleurer de beauté et poésie) sans en perdre l’âme. Ou presque tant certains éléments sembleraient à priori irréalisables en image par image, tel ce monstrueux squelette qu’affrontent nos héros riquiqui face à lui. Puis le traditionnel petit aperçu des coulisses vient nous rappeler les défis relevés par les équipes de Laika, ne pouvant qu’une nouvelle fois nous laisser bouche-bée. Car loin de se poser ces questions techniques lorsque nous découvrons le métrage, nous sommes en effet davantage subjugués par la magnifique direction artistique, qui mêle une influence asiatique retranscrite avec un bon goût exemplaire (certains plans sont du pur wu xia pian des 70′s) aux premiers amours horrifiques du studio avec un naturel confondant (on repense à leur façon de mixer les différents arts) et une démesure rendant honneur au caractère épique de l’aventure. C’est encore une grosse baffe visuelle, que dire de plus ? Après, muni d’une bonne grosse louche de mauvaise foi, on pourra toujours critiquer une intrigue dont la simplicité relève en fait d’une volonté de renouer avec la forme du conte classique pour mieux parler aux publics de tous âges, un besoin vital pour les productions de Laika qui peinent à rallier les spectateurs en dépit de leurs qualités indéniables. Pour autant, cela ne signifie pas qu’ils appauvrissent leur contenu pour mieux racoler les marmots. Lorsqu’on y regarde de plus près, Kubo et l’armure magique s’avère au contraire être une histoire sur l’art de raconter des histoires, de les regarder et de les apprécier, tout un sous-texte dont la profondeur finit par donner corps à une véritable profession de foi de la part d’artistes tristement menacés d’extinction (rappelons que le film s’est méchamment planté au box-office US). Alors tant qu’on peut encore jouir d’un tel spectacle sur grand écran, il faut absolument en profiter.

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