Archive pour septembre, 2016

Critique ciné : Kubo et l’armure magique

27 septembre, 2016

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Comme Pixar à la belle époque, le jeune studio Laika est porté depuis ses débuts sur le sommet d’une vague créatrice irréprochable, additionnant à chaque sortie une nouvelle petite pépite – à défaut de gros cartons en salles – à son curriculum vitae. Quatrième effort en à peine plus de huit ans, une gageure sachant la difficulté que représente la stop-motion, Kubo et l’armure magique ne trahit alors en rien la tradition et, une nouvelle fois, les artistes à sa solde repoussent les limites de leur art. Ayant dès le départ fait le pari du mélange des techniques là où Aardman Animations se refuse obstinément au recours aux CGI (ce qui fait par ailleurs tout leur charme), ils en arrivent aujourd’hui à un résultat brouillant totalement les frontières, effaçant les contraintes de l’animation en volume au profit d’une fluidité stupéfiante (les scènes usant du shamisen sont à pleurer de beauté et poésie) sans en perdre l’âme. Ou presque tant certains éléments sembleraient à priori irréalisables en image par image, tel ce monstrueux squelette qu’affrontent nos héros riquiqui face à lui. Puis le traditionnel petit aperçu des coulisses vient nous rappeler les défis relevés par les équipes de Laika, ne pouvant qu’une nouvelle fois nous laisser bouche-bée. Car loin de se poser ces questions techniques lorsque nous découvrons le métrage, nous sommes en effet davantage subjugués par la magnifique direction artistique, qui mêle une influence asiatique retranscrite avec un bon goût exemplaire (certains plans sont du pur wu xia pian des 70′s) aux premiers amours horrifiques du studio avec un naturel confondant (on repense à leur façon de mixer les différents arts) et une démesure rendant honneur au caractère épique de l’aventure. C’est encore une grosse baffe visuelle, que dire de plus ? Après, muni d’une bonne grosse louche de mauvaise foi, on pourra toujours critiquer une intrigue dont la simplicité relève en fait d’une volonté de renouer avec la forme du conte classique pour mieux parler aux publics de tous âges, un besoin vital pour les productions de Laika qui peinent à rallier les spectateurs en dépit de leurs qualités indéniables. Pour autant, cela ne signifie pas qu’ils appauvrissent leur contenu pour mieux racoler les marmots. Lorsqu’on y regarde de plus près, Kubo et l’armure magique s’avère au contraire être une histoire sur l’art de raconter des histoires, de les regarder et de les apprécier, tout un sous-texte dont la profondeur finit par donner corps à une véritable profession de foi de la part d’artistes tristement menacés d’extinction (rappelons que le film s’est méchamment planté au box-office US). Alors tant qu’on peut encore jouir d’un tel spectacle sur grand écran, il faut absolument en profiter.

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Critique ciné : Free State of Jones

19 septembre, 2016

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Parce que le combat n’a jamais pris fin, Free State of Jones s’intéresse à l’histoire vraie de Newt Knight (Matthew McConaughey, incroyable comme à son habitude ces dernières années), héros oublié de la guerre de Sécession qui fit se soulever une partie du Sud contre les Confédérés et leur doctrine esclavagiste. L’occasion d’une grande fresque historique comme le cinéma américain les adore, portée par la caméra d’un Gary Ross bien plus motivé que sur le premier Hunger Games. (entre Pleasantville et Pur Sang : la légende de Seabiscuit, il est clairement plus à l’aise dans l’illustration du passé). Mais si cette petite histoire dans la grande est davantage notable qu’une autre, c’est qu’elle s’est poursuivie en fait sur plusieurs décennies avec la descendance de Knight, marquant la très difficile (illusoire ?) transition du pays vers l’abolition des préjugés. Un héritage tristement maudit que l’on découvre par le biais de flashforwards – des scènes de procès dans les 60′s – faisant planer sur l’ensemble du récit un pessimisme diffus, éclatant en même temps que les drames émaillant les vaillantes tentatives des affranchis pour mettre en place un nouvel idéal ou, plus insidieux, lors de ces petites scènes dévoilant le racisme larvé chez de nombreuses personnes. Comment cela finit toujours par resurgir. Il en ressort que la tonalité du métrage s’avère plutôt pesante pour ne pas dire désespérée, d’une précision presque cruelle lorsqu’il s’agit de piétiner nos espoirs en l’être humain, et cela a quelque peu tendance à casser le rythme d’une narration qui avance sans nous cacher qu’elle ne peut aller nulle part. Malgré tout, paradoxe, c’est également sur ce point que Free State of Jones parvient le mieux à ses fins, exprimant pleinement l’immensité de la tâche qu’il reste à accomplir de par une lucidité que le caractère romanesque de l’intrigue n’entame en rien, un choix tranché dont peu des autres œuvres du même genre peuvent se targuer. Le combat continue…

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Critique ciné : Blood Father

10 septembre, 2016

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«Le grand retour de Mel Gibson». C’est à dire que le bonhomme a effectivement quelque peu disparu des écrans ces dernières années, rattrapé par son comportement borderline. Mais il était quand même là, dans les parages, s’amusant à jouer le bad guy dans Expendables 3 et Machete Kills ou bien ravivant la gloire d’antan le temps d’un DTV pas honteux (Kill the Gringo). Parler alors de «grand retour» à l’occasion de Blood Father est délicat mais s’il faut bien lui concéder une chose, c’est que Mad Mel n’avait pas trouvé depuis très longtemps un rôle lui collant autant à la peau. Tout y est ou presque : le personnage bad-ass droit dans ses bottes, la famille au cœur de la problématique, la violence sèche et libératrice, et même des petits airs de Mad Max de temps à autre… Ne manquerait plus que Danny Glover ! Plus encore, c’est bien la symétrie se dessinant entre l’acteur et son rôle (en particulier concernant les problèmes d’addiction ou la culpabilité envers les proches) qui lui permet d’être aussi crédible et dense, le mea culpa de l’un étant les explications de l’autre et inversement. Tout en restant digne et plutôt juste. On imagine ainsi fort bien comment Gibson a dû se jeter sur le projet, le scénario inespéré de Peter Craig – auteur du roman original – étant littéralement fait pour lui. Initiateur du métrage avec Wild Bunch et Why Not, le français Jean-François Richet (le diptyque Mesrine) a en tout cas réussi un beau hold-up sur son casting (même la jeune Erin Moriarty aide efficacement à rendre son personnage moins crispant) et ne se repose pas sur cette seule réussite. Toujours efficace et nerveuse, sa réalisation – appuyée par la lumière du fidèle Robert Gantz – confère à la cavale du père et de sa fille une âpreté et un lyrisme typiques du western moderne, offrant au spectacle un standing indéniable. Après, Blood Father n’est pas non plus traumatisant d’originalité, on est face à un «thriller du désert» comme il y en a déjà beaucoup. Ce qui n’est pas vraiment un problème car «le grand retour de Mel Gibson», nous l’attendons en fait plutôt pour novembre prochain et la sortie de Tu ne tueras point, ses retrouvailles avec le poste de réalisateur depuis Apocalypto (dix ans… fuck). Et ça lui fait toujours une bonne petite péloche de plus dans sa filmographie de comédien.

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