Critique ciné : Peter et Elliott le dragon

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Dans une logique de recyclage qui s’emballe littéralement (sont annoncés les remakes de La Belle et la Bête, Mulan, Pinocchio, Mary Poppins…), voilà que Disney sort Peter et Elliott le dragon, une mise à jour du film de 1977 qui ne devrait pas nous intriguer plus que ça, ne serait-ce qu’au regard de sa démarche hautement discutable. Sauf qu’après une flopée de foirages, Le Livre de la jungle par Jon Favreau nous a prouvé il y a peu que des petits miracles étaient possibles, que de bonnes choses pouvaient sortir de cette politique à-priori sans imagination. Ce que vient donc confirmer cette nouvelle sortie, prenant le sage parti de s’éloigner de son modèle afin de trouver sa propre voie. On y laisse ainsi les numéros de danse, la magie et la fantaisie à l’original, au profit d’un cadre bien plus réaliste ou alors idéalisé juste par petites touches (l’utilisation des chansons folk par exemple), où Peter est un véritable enfant-sauvage (impressionnant Oakes Fegley). Et surtout où le dragon – même s’il a en définitive la même fonction – n’est plus une sorte d’ange venu aider l’enfant à se trouver une famille, il est traité comme un animal réel (un grand bravo au passage aux sfx qui donnent merveilleusement vie à ce gros chien vert ailé). Une différence primordiale qui ouvre l’oeuvre à un tout nouveau discours, écologique, mais aussi à un ton le rapprochant d’un genre de cinéma qui avait un peu disparu, ces films où les amitiés les plus rares et secrètes étaient invariablement mises en danger par l’influence des adultes et de la société, où le havre de paix naturel était perturbé par la civilisation. Le ton dans son ensemble s’avère ainsi plutôt dur et sombre : on n’a pas atteint cinq minutes de métrage que déjà le petit Peter a perdu ses parents dans un accident de la route (filmé avec une stylisation et une retenue n’étouffant en rien la gravité) et se retrouve pourchassé par des loups dans les bois, en pleine nuit… Pour les bambins, ce sera certainement aussi traumatique – et formateur – que le début de Bambi, et c’est là une des plus grandes réussites de ce film et de son réalisateur David Lowery (remarqué avec le drame Les Amants du Texas) qui ne prennent jamais leurs spectateurs – même les plus jeunes – pour des idiots, ils ne cherchent pas à les cajoler. Leur travail ne s’en porte alors que mieux, il gagne en sincérité et c’est ce dont avait le plus besoin ce projet, de réelles motivations pour justifier l’acte de remaker. Pas sûr alors que le studio aux grandes oreilles y parviendra mais pour le coup, son Peter et Elliott le dragon version 2016 mérite amplement d’intégrer la liste des Grands Classiques, aux côtés de son modèle.

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