Critique ciné : The Witch

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L’occulte dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du 17ème siècle fait partie de ces contextes à très fort potentiel cinématographique mais il reste malheureusement trop peu vu sur les écrans depuis la déception du Village de Shyamalan, qui sacrifiait à l’intelligence de son twist tout son propos fantastique. Rien de tel à-priori dans The Witch, vendu comme un sommet de terreur avec de la vraie sorcière cradingue dedans… ce que le film du nouveau-venu Robert Eggers n’est bien évidemment pas, ou pas tout à fait. Dans la veine du cinéma fantastique des 70′s, le film privilégie ainsi une approche laissant planer le doute sur la nature de ce que l’on voit, suspendant notre incrédulité dans un état proche de celui qui devait étreindre nos ancêtres se transmettant contes et légendes au coin du feu, tandis que les loups hurlaient dans les bois. Coincés quelque part entre réalité et fiction. Prétendument basé sur de véritables rapports d’actes de sorcellerie de l’époque, ce qui ne manque pas d’amener un troublant cachet mystico-animiste, The Witch brouille surtout la frontière de par sa mise en scène, l’aspect hautement pictural des cadrages y étant baigné par une magnifique lumière naturelle. Laquelle rend crédible ce passé fidèlement reconstitué où les fantasmes trouvent malgré tout leur place, le plus naturellement du monde. Quelque part entre réalité et fiction. D’autant que le réalisateur n’hésite pas à dévoiler très tôt sa sorcière, à avoir recours à une imagerie corsée mais classique du mythe comme pour flatter l’inspiration du conte tout en conservant un aspect réaliste, tangible, plus encore si l’on se questionne sur la véracité de ce que l’on voit. Egalement scénariste, Eggers s’est en effet assuré que son script laisse libre cours à l’interprétation, toujours pour nous garder dans cette incertitude primale. Aidé par des comédiens étonnants, avec en tête la jeune révélation Anya Taylor-Joy, il joue habilement des points-de-vue pour ne pas nous laisser d’ancrage trop solide, de conviction trop certaine, et creuse en parallèle sa thématique, celle de la croyance qui poussée à l’extrême devient folie (une idée explicitée par le décor en lui-même, avec cette masure à l’orée des bois où les protagonistes sont exilés à cause de l’intransigeance du père). Et tout ça, le métrage le fait donc extrêmement bien, avec une rigueur des plus prometteuses pour la suite de la carrière du jeune cinéaste. Sauf que d’un autre côté le bonhomme se prend quand même très au sérieux, et son premier effort en devient sacrément austère entre sa situation ramassée (on ne suit que la famille, totalement isolée à l’exception de la scène d’introduction) et les innombrables séquences de prière (un bon quart du film, sérieux). Sans compter que l’horreur se passe pour beaucoup à un niveau dont la subtilité fera bailler la plupart des spectateurs, attirés par une campagne promo trop tapageuse. Bien sûr alors que tout cela sert le propos du film mais quel dommage que Robert Eggers n’ait pas voulu mettre un peu plus de fun là-dedans, moins de Polanski et plus de Raimi. Sans être ainsi Le Village, The Witch ne satisfait pas non plus pleinement et la péloche qui saura exploiter comme il faut ce putain de contexte reste à faire… on était si près du but…

020304

Une Réponse à “Critique ciné : The Witch”

  1. mabataille dit :

    « Esthétichiant »… mais peut-être surtout mal vendu. Dommage.

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