Critique ciné : Warcraft – le commencement

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Porter à l’écran un jeu vidéo à succès est une gageure, un chemin de croix, l’assurance de se frotter aux hordes de fans d’une communauté très active. Porter à l’écran un jeu vidéo à succès, c’est dur. C’est donc suite à un development hell de près de dix ans, durant lesquels Sam Raimi aura été sacrifié sur l’autel de l’intransigeance et des manigances de Blizzard, que débarque Warcraft : le commencement. Du classique pour une adaptation de jeu vidéo, la transition d’un média à l’autre étant toujours une étape des plus délicates à appréhender. Et une attente peut-être bien profitable au film au bout du compte, car cela lui permet de ne pas se retrouver coincé entre les deux trilogies de Peter Jackson, maîtres-étalons de la fantasy face auxquels il fait triste mine. Comment en serait-il autrement lorsqu’on est handicapé par des retournements de scénario grillés à mille lieues, au point que l’on n’ose pas y croire quand on nous les révèle ? De personnages fades en dépit des pathétiques tentatives de les épaissir (voir la sous-intrigue du fils) ? D’une narration dans son ensemble désincarnée ? En progressant, la nature «épisodique» du film ouvre néanmoins la voie à une tragédie plus intéressante, frustrante de par son côté «à suivre» mais au moins prometteuse. Les fans des jeux trouveront alors toujours à redire – normal, ils sont là pour ça – pendant  que le profane, une fois digérée une longue introduction cahoteuse à l’univers, finira donc peut-être par trouver de quoi réveiller sa curiosité dans l’univers relativement cohérent qui se dessine. On échappe qui plus est au kitsch à la Donjons et Dragons (on parle du film, hein) que semblaient nous promettre les bandes-annonces même si certains choix de design restent douteux, trop proches du jeu vidéo et de son style pour s’intégrer harmonieusement au live (les nains en particulier). On aura également droit à quelques plans aux CGI bien dégueulasses où même les armures de Weta Workshop – gage de qualité pourtant d’ordinaire – y paraissent un brin toc, encore plus sous la photo étonnamment terne de Simon Duggan (300 : La naissance d’un empire). La mise en scène s’avère de manière générale ultra-statique, on n’y croise que très peu de mouvements de caméra comme si le pourtant prometteur Duncan Jones (Moon, Source Code) était effrayé par l’ampleur du défi technique (sans compter que ses années de travail sur le métrage ont été marquées par plusieurs drames personnels, de quoi avoir la tête ailleurs) ou bien qu’on avait voulu faciliter le travail des infographistes, afin qu’ils puissent terminer dans les temps. Ainsi, les money-shots les plus impressionnants sont en fait des transpositions au plan près de scènes tirées des cinématiques des jeux de la licence, une véritable lose créatrice faisant que nous ne sommes jamais vraiment emportés par l’action ou les drames, et ce n’est pas la partition énergique mais brouillonne de Ramin Djawadi (Game of Thrones) qui va inverser la tendance. Warcraft : le commencement est en définitive une plutôt bonne adaptation de jeu vidéo (disons que c’est au moins respectueux du matériau d’origine et que ça pullule de clins d’oeil) mais – ironiquement – un long-métrage très moyen, sauvé de justesse par ses promesses de saga permettant une intrigue un peu plus ouverte et complexe qu’attendue. Oui, ça fait un épisode de série pas mal pour à peine 160 millions de dollars mais que voulez-vous : porter à l’écran un jeu vidéo à succès, c’est dur.

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