Archive pour juin, 2016

Critique ciné : The Witch

25 juin, 2016

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L’occulte dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du 17ème siècle fait partie de ces contextes à très fort potentiel cinématographique mais il reste malheureusement trop peu vu sur les écrans depuis la déception du Village de Shyamalan, qui sacrifiait à l’intelligence de son twist tout son propos fantastique. Rien de tel à-priori dans The Witch, vendu comme un sommet de terreur avec de la vraie sorcière cradingue dedans… ce que le film du nouveau-venu Robert Eggers n’est bien évidemment pas, ou pas tout à fait. Dans la veine du cinéma fantastique des 70′s, le film privilégie ainsi une approche laissant planer le doute sur la nature de ce que l’on voit, suspendant notre incrédulité dans un état proche de celui qui devait étreindre nos ancêtres se transmettant contes et légendes au coin du feu, tandis que les loups hurlaient dans les bois. Coincés quelque part entre réalité et fiction. Prétendument basé sur de véritables rapports d’actes de sorcellerie de l’époque, ce qui ne manque pas d’amener un troublant cachet mystico-animiste, The Witch brouille surtout la frontière de par sa mise en scène, l’aspect hautement pictural des cadrages y étant baigné par une magnifique lumière naturelle. Laquelle rend crédible ce passé fidèlement reconstitué où les fantasmes trouvent malgré tout leur place, le plus naturellement du monde. Quelque part entre réalité et fiction. D’autant que le réalisateur n’hésite pas à dévoiler très tôt sa sorcière, à avoir recours à une imagerie corsée mais classique du mythe comme pour flatter l’inspiration du conte tout en conservant un aspect réaliste, tangible, plus encore si l’on se questionne sur la véracité de ce que l’on voit. Egalement scénariste, Eggers s’est en effet assuré que son script laisse libre cours à l’interprétation, toujours pour nous garder dans cette incertitude primale. Aidé par des comédiens étonnants, avec en tête la jeune révélation Anya Taylor-Joy, il joue habilement des points-de-vue pour ne pas nous laisser d’ancrage trop solide, de conviction trop certaine, et creuse en parallèle sa thématique, celle de la croyance qui poussée à l’extrême devient folie (une idée explicitée par le décor en lui-même, avec cette masure à l’orée des bois où les protagonistes sont exilés à cause de l’intransigeance du père). Et tout ça, le métrage le fait donc extrêmement bien, avec une rigueur des plus prometteuses pour la suite de la carrière du jeune cinéaste. Sauf que d’un autre côté le bonhomme se prend quand même très au sérieux, et son premier effort en devient sacrément austère entre sa situation ramassée (on ne suit que la famille, totalement isolée à l’exception de la scène d’introduction) et les innombrables séquences de prière (un bon quart du film, sérieux). Sans compter que l’horreur se passe pour beaucoup à un niveau dont la subtilité fera bailler la plupart des spectateurs, attirés par une campagne promo trop tapageuse. Bien sûr alors que tout cela sert le propos du film mais quel dommage que Robert Eggers n’ait pas voulu mettre un peu plus de fun là-dedans, moins de Polanski et plus de Raimi. Sans être ainsi Le Village, The Witch ne satisfait pas non plus pleinement et la péloche qui saura exploiter comme il faut ce putain de contexte reste à faire… on était si près du but…

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Critique ciné : Warcraft – le commencement

12 juin, 2016

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Porter à l’écran un jeu vidéo à succès est une gageure, un chemin de croix, l’assurance de se frotter aux hordes de fans d’une communauté très active. Porter à l’écran un jeu vidéo à succès, c’est dur. C’est donc suite à un development hell de près de dix ans, durant lesquels Sam Raimi aura été sacrifié sur l’autel de l’intransigeance et des manigances de Blizzard, que débarque Warcraft : le commencement. Du classique pour une adaptation de jeu vidéo, la transition d’un média à l’autre étant toujours une étape des plus délicates à appréhender. Et une attente peut-être bien profitable au film au bout du compte, car cela lui permet de ne pas se retrouver coincé entre les deux trilogies de Peter Jackson, maîtres-étalons de la fantasy face auxquels il fait triste mine. Comment en serait-il autrement lorsqu’on est handicapé par des retournements de scénario grillés à mille lieues, au point que l’on n’ose pas y croire quand on nous les révèle ? De personnages fades en dépit des pathétiques tentatives de les épaissir (voir la sous-intrigue du fils) ? D’une narration dans son ensemble désincarnée ? En progressant, la nature «épisodique» du film ouvre néanmoins la voie à une tragédie plus intéressante, frustrante de par son côté «à suivre» mais au moins prometteuse. Les fans des jeux trouveront alors toujours à redire – normal, ils sont là pour ça – pendant  que le profane, une fois digérée une longue introduction cahoteuse à l’univers, finira donc peut-être par trouver de quoi réveiller sa curiosité dans l’univers relativement cohérent qui se dessine. On échappe qui plus est au kitsch à la Donjons et Dragons (on parle du film, hein) que semblaient nous promettre les bandes-annonces même si certains choix de design restent douteux, trop proches du jeu vidéo et de son style pour s’intégrer harmonieusement au live (les nains en particulier). On aura également droit à quelques plans aux CGI bien dégueulasses où même les armures de Weta Workshop – gage de qualité pourtant d’ordinaire – y paraissent un brin toc, encore plus sous la photo étonnamment terne de Simon Duggan (300 : La naissance d’un empire). La mise en scène s’avère de manière générale ultra-statique, on n’y croise que très peu de mouvements de caméra comme si le pourtant prometteur Duncan Jones (Moon, Source Code) était effrayé par l’ampleur du défi technique (sans compter que ses années de travail sur le métrage ont été marquées par plusieurs drames personnels, de quoi avoir la tête ailleurs) ou bien qu’on avait voulu faciliter le travail des infographistes, afin qu’ils puissent terminer dans les temps. Ainsi, les money-shots les plus impressionnants sont en fait des transpositions au plan près de scènes tirées des cinématiques des jeux de la licence, une véritable lose créatrice faisant que nous ne sommes jamais vraiment emportés par l’action ou les drames, et ce n’est pas la partition énergique mais brouillonne de Ramin Djawadi (Game of Thrones) qui va inverser la tendance. Warcraft : le commencement est en définitive une plutôt bonne adaptation de jeu vidéo (disons que c’est au moins respectueux du matériau d’origine et que ça pullule de clins d’oeil) mais – ironiquement – un long-métrage très moyen, sauvé de justesse par ses promesses de saga permettant une intrigue un peu plus ouverte et complexe qu’attendue. Oui, ça fait un épisode de série pas mal pour à peine 160 millions de dollars mais que voulez-vous : porter à l’écran un jeu vidéo à succès, c’est dur.

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Critique ciné : Ils sont partout

4 juin, 2016

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Effrayé par la situation en France au point qu’on en médiatise son potentiel départ aux States avec femme et enfants, Yvan Attal a décidé de plutôt faire entendre sa voix avec une nouvelle réalisation, Ils sont partout, comédie à sketchs qui se propose de démonter les clichés antisémites à la vie dure dans nos contrées. On en conviendra, traiter un tel sujet avec humour n’est déjà pas évident, et pour le faire encore faut-il être armé pour. Or monsieur l’époux de Charlotte Gainsbourg (veinard) n’est pas spécialement réputé pour être un trublion, ou en tout cas ses films n’en laissent rien paraître. Et celui-ci ne viendra pas changer la donne tant il peine à nous arracher un ou deux sourires en dépit de son casting haut-de-gamme qui avait tout pour dérider (regardez donc tous ces beaux noms sur l’affiche). Le métrage se veut en fait plus désopilant que véritablement marrant et, pas de bol, se foire dans cette entreprise en raison d’un manque flagrant de fantaisie, même quand il va jusqu’à envoyer dans le temps un agent du Mossad pour tuer le bébé Jésus…On rêve de ce que cela aurait donné entre les mains d’un Joann Sfar ou mieux encore un Riad Sattouf. Meilleurs réalisateurs ou en tout cas meilleurs narrateurs, ils auraient certainement su nous épargner ce rythme complètement abscons, englué dans une forme de film à sketchs absolument pas maîtrisée ni signifiante. En conséquence de quoi le temps passe très, très lentement, au diapason d’une mollesse proprement généralisée. Ils sont partout trouve tout de même une vraie sincérité dans les angoisses et questions qu’Yvan Attal se pose mais l’acteur/auteur/réalisateur se prend très au sérieux, beaucoup trop pour les portraits dressés le long des différents segments qui restent bien souvent assez caricaturaux, sans parler de la lourdeur du message. Le film échappe ainsi de peu au discours communautariste grâce aux monologues d’Attal, qui finissent par être les seuls moments (à l’exception d’une très belle scène avec Popeck, franchement émouvante) ressentis comme «réalistes» dans leur propos de par leur mise en abîme. Attal a donc vidé son sac et on espère que ça lui fera du bien, mais pour ce qui est de faire avancer le débat…

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Critique ciné : X-Men – Apocalypse

1 juin, 2016

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Au détour d’une scène de cet X-Men : Apocalypse, quatre jeunes mutants du début des 80′s s’offrent une virée en ville et, en sortant d’une projection du Retour du Jedi, discutent des trilogies pour en conclure que «les troisièmes épisodes sont toujours les plus mauvais». Rires. Jaunes. Et pas seulement au souvenir du X-Men : L’affrontement final de Brett Ratner, pilonné en règle en son temps, mais bien à la découverte de l’ultime opus de cette seconde trilogie, putain de foirage dans des proportions épiques. Voilà, c’est dit. Il fallait que ça sorte, pour exorciser le sale goût de déception que nous laisse un projet qui avait pourtant tout pour réussir, entre un héritage prestigieux (le classieux First Class et l’ambitieux Days of Future Past) et le retour d’une équipe rodée. Dont le réalisateur Bryan Singer, lequel nous avait toujours donné l’impression d’être relativement maître de ses travaux, de n’accepter que les métrages où il conserverait sa liberté créatrice. Jusqu’à aujourd’hui. Certainement pris ou affaibli par ses récents démêlés avec la justice (on ne voit que ça pour justifier une telle débandade), le cinéaste incontournable de la saga est en effet comme absent derrière la caméra, ce que ne nieront pas une direction artistique hasardeuse (Apocalypse est aussi laid qu’il manque de charisme, dommage pour le génial Oscar Isaac), une absence totale d’iconisation et des scènes d’action sans ambition autre que de plagier tous les autres films-catastrophe à tendance SF, avec à la clé de la destruction massive très chère – on parle d’un budget de plus de 240 millions de dollars, là – et dont on en a strictement rien à battre, les affrontements non-chorégraphiés des mutants au milieu du bordel n’améliorant pas le tableau. En fait, la seule scène vraiment réussie est celle de Vif-argent sauvant les étudiants du Professeur Xavier d’une explosion… une séquence reprise telle quelle du précédent opus, c’est dire le niveau de créativité ayant présidé ici. En dépit donc de la présence (supposée) de Singer aux commandes, X-Men : Apocalypse ne vaut pas mieux que le tout-venant des péloches de producteurs, avec tout ce que ça implique de concessions et démagogie. Comme par exemple lorsque l’on pèche par excès de fan-service. Si, si, c’est très possible. Sans même parler ainsi du trop plein de personnages, une récurrence de toute façon dans le genre, ils parviennent même à foirer leurs clins d’oeil telle cette apparition grotesque de l’Arme X. Au lieu d’y jouer sur le suspense et le non-vu puis la surprise grâce à la mise en scène, ils choisissent de rentabiliser la présence de Hugh Jackman et de le montrer au maximum, quitte à le ridiculiser (voir le casque hideusement transformé). De la bonne grosse décision de producteur à n’en point douter, ou bien peut-être le caprice d’un acteur qui ne désirait pas se déplacer pour rien. Et là on tomberait dans le deuxième travers du métrage, à savoir qu’il se retrouve également piégé par sa logique de star-system. Effectivement, les acteurs les plus bankables – Jennifer Lawrence, Michael Fassbender – sont dans le camp des méchants et ils nécessitent par conséquent de (vains) gros efforts scénaristiques pour expliquer qu’en fait, bah nan, ils ne sont pas si méchants… Et voilà comment on tire encore vers le bas un script déjà bien lourdingue, plein de répliques à la théâtralité maladroite et de gros moments de vide. Chargé de la sorte, X-Men : Apocalypse ne peut dès lors plus s’inscrire que comme le pire épisode de la saga, une aberration dont on se demande comment elle a pu voir le jour en ayant le pourtant talentueux Bryan Singer aux manettes. Putain, ces jeunes mutants avaient peut-être vraiment raison…

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