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Critique ciné : The Nice Guys

18 mai, 2016

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Passé chez Marvel le temps d’un Iron Man 3 plus vilipendé que de raison, le scénariste / réalisateur Shane Black revient à ses premiers et éternels amours avec The Nice Guys, pur buddy-movie teinté de polar noir. Ou l’inverse, on ne sait plus, les deux sont valables. Ce qui ne laisse planer aucun doute en revanche, c’est le savoir-faire du bonhomme sur ces terrains, qu’il a illustrés – voire même défini pour le buddy-movie en signant à l’époque le scénario de L’Arme fatale – avec une passion et une verve dont peu peuvent se vanter. Et c’est donc sans surprise qu’on le retrouve ici en pleine possession de ses moyens, d’autant qu’après avoir dû rendre des comptes sur son précédent effort, un bon gros blockbuster, il revient à un projet à échelle bien plus raisonnable, lui laissant toute latitude pour exprimer son ton mordant, son humour rentre-dedans. Si la promo ne nous parle ainsi que du troisième volet des aventures de Tony Stark, c’est bien du côté de sa première réalisation, le tristement méconnu Kiss Kiss Bang Bang, qu’il faut chercher une réelle parenté : même cadre du L.A. des losers, même plongée dans le business glauque hollywoodien, même dynamique dans le duo de héros… Il n’y a que le changement d’époque qui détonne un tant soit peu. Nous sommes toutefois très loin de la simple redite, plutôt du côté de la variation sur le même sujet à l’image des romanciers Raymond Chandler ou Brett Halliday, véritables maîtres à penser de Black et dont il reprend les travaux pour les adapter à son propre univers, à sa verve. Le film déroule par conséquent les méandres d’une enquête aux implications importantes, de laquelle on ne s’éloigne jamais très longtemps, et dont la résolution puis les conséquences sont pourtant minimes, ce dont rigole ouvertement l’oeuvre. Une marque de fabrique de ce genre de polar et un moule dans lequel le cinéaste se fond avec délice de par sa propension à exceller sur les récits de mecs qui galèrent parmi les galériens, quelque part entre lose et grandeur. Réalisateur solide, Shane Black est donc surtout un putain de scénariste brillantissime, absolument génial dès qu’il s’agit d’élaborer des protagonistes inoubliables, contrastés, humains et attachants. Pour dire, il réussit même l’exploit surhumain de créer ici un personnage d’adolescente jamais exécrable bien qu’elle ne trahisse pas la tradition de ses nombreuses copines têtes-à-claques (jusqu’à aller se planquer dans un coffre de voiture, bêtise digne de Sophie dans Inspecteur Gadget). Alors quand il confie à Russell Crowe le rôle d’une brute en quête de reconnaissance et à Ryan Gosling celui d’un privé minable et maladroit, qu’il mélange les deux dans un polar nihiliste, forcément, on se doute que ça va être un gros kif. Et ça ne rate pas. The Nice Guys est un métrage franchement, intrinsèquement cool, rappelant au plus grand nombre (la bête est tout de même en sélection officielle du festival de Cannes) le talent jusque-là inaltérable de Shane Black. Qu’importe alors qu’il reparte vers des grosses machines de studio puisqu’on parle de The Predator ou de l’adaptation de Doc Savage : s’il a les coudées franches pour le scénario, on peut être assuré que ça vaudra le coup !

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