Critique ciné : Desierto

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Ayant pris du galon en tant que scénariste sur le Gravity de son père, Jonas Cuaron saute encore d’un cran dans son plan de carrière et passe derrière la caméra pour son premier long-métrage, Desierto. L’histoire d’immigrants mexicains tentant de passer illégalement aux Etats-Unis mais qui, lors de leur traversée du désert, vont être pris en chasse par un psychopathe aimant à varier les gibiers. Pitch simple mais concept fort, avec de quoi satisfaire sur le fond comme la forme, d’autant que le trailer pouvait en plus laisser croire à un traitement à la lisière du fantastique avec un tueur mystérieux, sorte de menace invisible omniprésente et omnipotente dans l’immensité désertique. Et on se prenait alors à rêver que dans la veine du cinéma de ses mentors, Cuaron père et Alejandro Gonzalez Inarritu, Jonas nous invite à un trip tendu et immersif, pourquoi pas une version longue de la première attaque des indiens dans The Revenant. Enfin, ça, c’était donc le fantasme. Car dès ses premières minutes, le film va s’employer à corriger notre erreur de jugement en présentant le chasseur à égalité avec ses proies : adieu l’expérience sensitive, bonjour la bien classique alternance de séquences. Adieu la figure mystique dissertant sur la nature du Mal, bonjour le bon gros connard de fasciste névrosé avec son drapeau de sudiste. Cuaron junior appauvrit en fait d’autant plus son propos qu’il ne profite pas de cette dichotomie pour creuser une quelconque thématique, les deux parties ne se répondent jamais vraiment. Difficile aussi vu comme les personnages ne sont absolument pas creusés, ne faisant office que d’archétypes (le plus flagrant est le chien désigné par sa fonction, «Tracker») et cela volontairement, afin de se concentrer sur l’urgence et le suspense. Intention louable s’il en est. Et même s’il ne s’essaie pas à la maestria de ses pairs, optant pour une mise en scène autrement plus traditionnelle, celle-ci fonctionne il est vrai plutôt bien lorsqu’il s’agit de faire monter la pression, aidée en cela par la bande-originale à la mécanique implacable de Woodkid. Sauf que si Desierto est donc correctement torché (les scènes avec le chien sont même sacrément bien foutues), il n’en passionne pas pour autant, son caractère soigné ne pouvant masquer un manque flagrant d’audace, d’innovation. En élève appliqué, Jonas Cuaron signe une sorte de film de fin d’étude (l’aride générique de début est typique de ce genre de productions) trop timide pour convaincre pleinement, où l’on sent un certain talent ne demandant qu’à se libérer. En se reposant sur autre chose que le giron paternel ? Ou en l’embrassant pleinement ? En tout cas, il va falloir qu’il fasse quelque chose…

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