Critique ciné : Gods of Egypt

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Sept ans. Cela fait sept longues années que l’excellent Alex Proyas est absent des écrans, depuis Prédictions. Un réalisateur adulé en dépit de son incapacité chronique à s’imposer auprès des producteurs, qu’il a subis sur tous ses films ou presque avec des résultats souvent dommageables. Et même si lui aussi y est pour le coup crédité à ce poste, son dernier effort et son plus mainstreamGods of Egypt – ne fait pas exception à la règle. Il l’illustre même plus que jamais avec ses oripeaux de projet de studio, de vraie péloche de producteurs vendue comme un rip-off du Choc des Titans (voyez l’affiche qui en reprend honteusement les codes graphiques). Et dès le début, le narrateur en guise d’introduction va rappeler de très mauvais souvenirs, l’un des compromis les plus tristement célèbres de Proyas sur son cultissime Dark City… Voilà qui annonce clairement la couleur de ce qui va suivre. C’est à dire un film complètement massacré lors de son montage, à la narration hachée qui ne laisse quasiment jamais aucune respiration et tue par conséquent dans l’oeuf toute tentative de dramatisation (voir la «mort» toute pourrie de la copine du héros, expédiée en deux plans). La volonté évidente de ne pas trop dépasser les 2h de durée a effectivement impliqué pléthore de coupes disgracieuses ou d’astuces grossières, tels quelques dialogues trop lourdement explicatifs, sans compter les bonnes grosses ficelles de l’exercice du blockbuster (vannes dispensables, scènes de dialogues dignes d’un sitcom…). Dommage car il y avait matière à disserter – comme pour Batman v Superman il y a peu, on ne va pas au bout du choc homme/dieu – et les personnages ne sont pas autant têtes-à-claque qu’on le redoutait malgré des acteurs pas toujours très convaincants. Sans même parler ainsi de la honte à ne mettre encore et toujours que des caucasiens dans des rôles exotiques, Gerard Butler est contraint à l’unilatéralité (toujours ce manque de temps qui empêche tout développement) et le jeune Brenton Thwaites gagnerait à se faire pousser le charisme. Indubitablement, Proyas n’est donc pas venu là pour raconter une histoire, ou il a en tout cas totalement oblitéré cette idée en cours de post-production. Pourquoi est-il venu alors ? Les 140 millions de dollars de budget estimé, le plus gros de sa filmographie, ne doivent pas y être étranger car ils lui donnent l’opportunité de faire joujou comme jamais et – certainement – d’exorciser toute la créativité mise au rebut par l’annulation douloureuse de Paradise Lost (qui racontait la lutte entre l’archange Michel et Lucifer, un sujet très proche de Gods of Egypt), d’en recycler des concepts et apaiser sa frustration. On peut alors critiquer le clinquant ou certains SFX moins chiadés que les autres mais néanmoins, on ne peut également que reconnaître le caractère gargantuesque de ce qu’on nous présente, la démesure et l’inédit du spectacle sous nos yeux. Pas tant d’ailleurs dans l’énormité des scènes d’action (on ne tombe par exemple pas dans le piège du climax qui traîne la patte à force de longueur) mais bien dans la manière de les présenter, de jouer sur les échelles ou l’architecture, toute une mise en scène où l’on sent le réel apport de la présence de Proyas derrière la caméra. Quitte à vendre ses fesses, autant trouver un moyen de se fait plaisir, et le métrage évoque ainsi tour-à-tour – voire simultanément – le film d’aventure, le péplum, la japanime, le jeu vidéo… Un maelström d’influences qu’on lui reprochera assurément – par raccourci – de n’être qu’un gloubiboulga alors qu’en fait, il s’agit d’un délire geek à la cohérence induite par la seule vision de son réalisateur : on parle de Proyas là quand même, bordel ! Pour apprécier Gods of Egypt un tant soit peu, il faut donc réussir à le concevoir plus comme un concept-art animé qu’autre chose, ce qui ne le sert évidemment pas face à la presse et au public (le lynchage en règle est en cours). La déception est alors certaine, surtout après autant d’années d’absence, mais reste l’espoir d’en découvrir un jour une version longue parce qu’il y a franchement de quoi améliorer l’expérience. Prions.

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2 Réponses à “Critique ciné : Gods of Egypt”

  1. mabataille dit :

    J’ose initier une comparaison avec « 47 Ronins ». L’univers maintes fois traité, le bestiaire fantastique, le héros demi-dieu, autant de similitudes jusqu’au baclage dans le bouclage.
    Par contre, en visionnant 47 Ronins, je ne me suis pas ennuyé.
    Bref, vivement le prochain film d’Alex Pr…. Courtney Eaton.

  2. pitouwh dit :

    Pas faux, 47 ronins était effectivement plus agréable à mater grâce à sa narration qui faisait moins gruyère mais pour autant, Proyas reste selon moi un réalisateur plus intéressant à suivre que Rinsch pour sa science de la mise en scène (par exemple la façon qu’il a de penser ses scènes d’action en fonction du décor, un peu comme chez Spielberg ou Jackson). Sans compter que c’est quand même le mec qui nous a offert The Crow et Dark City !
    Pour la miss Peaton, je te souhaite qu’elle continue sur la même voie (Mad Max et Gods of Egypt en 1ers films, c’est classe) sans quoi tu risques de te farcir une bluette.

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