Archive pour avril, 2016

Critique ciné : Le Livre de la jungle

26 avril, 2016

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Il ne vous aura pas échappé qu’il y a actuellement une tendance chez Disney à adapter ses grands classiques animés en longs-métrages live, une mode sur laquelle on peut poser un œil suspicieux au regard de ses résultats jusqu’à présent (Alice au pays des merveilles, Maléfique, Cendrillon… pas brillant, brillant voire même franchement mauvais). La bande-annonce de ce nouveau Livre de la jungle nous avait malgré tout bien chauffés, et on se demandait alors si l’entreprise ne recèlerait pas une quelconque pépite pour justifier son existence. Bonne nouvelle, il y a en fait moult raisons pour la justifier ! Déjà, les responsables ont accouché d’un «vrai film» sans se cantonner juste à l’exercice de la transposition, mettant de côté tout ce qui pouvait trop relever de l’animation et aurait fait tâche dans ce contexte réaliste. Hormis par exemple la chanson du Roi Louie qu’ils ont laissée telle quelle ou presque, à tort, ils ont ainsi intégré les autres discrètement, en harmonie avec la mise en scène et la narration, et ont bien pris garde de se débarrasser de tout ce qui révélait de la pure comédie. Baloo étant là pour tenir la boutique de l’humour, adieu donc les vautours, le sous-fifre de l’orang-outan ou bien la patrouille des éléphants, qui trouve cependant une incarnation autrement plus mystique et classe, en un besoin de plus de réalisme impliqué évidemment par le passage au cinéma live, d’autant que les magnifiques effets spéciaux abondent à fond dans ce sens avec une utilisation remarquable de la performance capture et de ses environnements en full-CGI. Cela se fait toutefois sans rupture, sans frustration, puisque cette nouvelle version agit davantage comme un pont. Elle tisse en fait un lien entre le roman de Kipling en faisant remonter certains de ses thèmes-phares (la Loi de la Jungle) et sa fameuse adaptation de 1967, en préservant ce qui constituait son cœur : les thématiques de la famille, de l’appartenance, avec des personnages remplissant tous leur rôle formateur à l’égard de Mowgli et dont l’aventure devient dès lors un véritable récit initiatique (le jeune acteur Neel Sethi s’en sort à ce titre plutôt bien, surtout quand on imagine le caractère abstrait qu’a dû être le tournage). Ils se sont tout de même autorisés à changer la fin du film d’origine, certainement pour s’en garder sous le coude en vue d’une suite, mais il n’empêche que le résultat est ici autrement plus galvanisant, en adéquation avec le plaisir offert par le spectacle jusque-là. Il faut bien reconnaître ça à Jon Favreau, il est loin d’être un manche. Reboosté par son intimiste Chef après la volée de bois vert reçu par ses blockbusters Iron Man 2 et Cowboys et Envahisseurs, il nous organise en effet quelques très belles envolées (les courses ultra-dynamiques de Mowgli) et pose impeccablement ses ambiances grâce à la mise en scène (l’apparition de Kaa, la rencontre avec le Roi Louie qui cite Apocalypse Now), sans compter que tout ça est rehaussé par une 3D généreuse nous immergeant dans la végétation. Pas franchement un auteur, Favreau n’en est donc pas moins un excellent faiseur, pouvant étonnamment transcender ce qui n’aurait pu être qu’une péloche de studio sans âme. Le Livre de la jungle en devient une vraie belle réussite dont le plus grand exploit est de presque surpasser son modèle, peut-être même plus encore pour ses spectateurs plus âgés qui redécouvriront l’oeuvre de Kipling sous un jour nouveau. D’un coup, on voit d’un autre œil le remake de Peter et Elliott le dragon qui se profile pour cet été !

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Critique ciné : Desierto

16 avril, 2016

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Ayant pris du galon en tant que scénariste sur le Gravity de son père, Jonas Cuaron saute encore d’un cran dans son plan de carrière et passe derrière la caméra pour son premier long-métrage, Desierto. L’histoire d’immigrants mexicains tentant de passer illégalement aux Etats-Unis mais qui, lors de leur traversée du désert, vont être pris en chasse par un psychopathe aimant à varier les gibiers. Pitch simple mais concept fort, avec de quoi satisfaire sur le fond comme la forme, d’autant que le trailer pouvait en plus laisser croire à un traitement à la lisière du fantastique avec un tueur mystérieux, sorte de menace invisible omniprésente et omnipotente dans l’immensité désertique. Et on se prenait alors à rêver que dans la veine du cinéma de ses mentors, Cuaron père et Alejandro Gonzalez Inarritu, Jonas nous invite à un trip tendu et immersif, pourquoi pas une version longue de la première attaque des indiens dans The Revenant. Enfin, ça, c’était donc le fantasme. Car dès ses premières minutes, le film va s’employer à corriger notre erreur de jugement en présentant le chasseur à égalité avec ses proies : adieu l’expérience sensitive, bonjour la bien classique alternance de séquences. Adieu la figure mystique dissertant sur la nature du Mal, bonjour le bon gros connard de fasciste névrosé avec son drapeau de sudiste. Cuaron junior appauvrit en fait d’autant plus son propos qu’il ne profite pas de cette dichotomie pour creuser une quelconque thématique, les deux parties ne se répondent jamais vraiment. Difficile aussi vu comme les personnages ne sont absolument pas creusés, ne faisant office que d’archétypes (le plus flagrant est le chien désigné par sa fonction, «Tracker») et cela volontairement, afin de se concentrer sur l’urgence et le suspense. Intention louable s’il en est. Et même s’il ne s’essaie pas à la maestria de ses pairs, optant pour une mise en scène autrement plus traditionnelle, celle-ci fonctionne il est vrai plutôt bien lorsqu’il s’agit de faire monter la pression, aidée en cela par la bande-originale à la mécanique implacable de Woodkid. Sauf que si Desierto est donc correctement torché (les scènes avec le chien sont même sacrément bien foutues), il n’en passionne pas pour autant, son caractère soigné ne pouvant masquer un manque flagrant d’audace, d’innovation. En élève appliqué, Jonas Cuaron signe une sorte de film de fin d’étude (l’aride générique de début est typique de ce genre de productions) trop timide pour convaincre pleinement, où l’on sent un certain talent ne demandant qu’à se libérer. En se reposant sur autre chose que le giron paternel ? Ou en l’embrassant pleinement ? En tout cas, il va falloir qu’il fasse quelque chose…

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Critique ciné : Gods of Egypt

9 avril, 2016

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Sept ans. Cela fait sept longues années que l’excellent Alex Proyas est absent des écrans, depuis Prédictions. Un réalisateur adulé en dépit de son incapacité chronique à s’imposer auprès des producteurs, qu’il a subis sur tous ses films ou presque avec des résultats souvent dommageables. Et même si lui aussi y est pour le coup crédité à ce poste, son dernier effort et son plus mainstreamGods of Egypt – ne fait pas exception à la règle. Il l’illustre même plus que jamais avec ses oripeaux de projet de studio, de vraie péloche de producteurs vendue comme un rip-off du Choc des Titans (voyez l’affiche qui en reprend honteusement les codes graphiques). Et dès le début, le narrateur en guise d’introduction va rappeler de très mauvais souvenirs, l’un des compromis les plus tristement célèbres de Proyas sur son cultissime Dark City… Voilà qui annonce clairement la couleur de ce qui va suivre. C’est à dire un film complètement massacré lors de son montage, à la narration hachée qui ne laisse quasiment jamais aucune respiration et tue par conséquent dans l’oeuf toute tentative de dramatisation (voir la «mort» toute pourrie de la copine du héros, expédiée en deux plans). La volonté évidente de ne pas trop dépasser les 2h de durée a effectivement impliqué pléthore de coupes disgracieuses ou d’astuces grossières, tels quelques dialogues trop lourdement explicatifs, sans compter les bonnes grosses ficelles de l’exercice du blockbuster (vannes dispensables, scènes de dialogues dignes d’un sitcom…). Dommage car il y avait matière à disserter – comme pour Batman v Superman il y a peu, on ne va pas au bout du choc homme/dieu – et les personnages ne sont pas autant têtes-à-claque qu’on le redoutait malgré des acteurs pas toujours très convaincants. Sans même parler ainsi de la honte à ne mettre encore et toujours que des caucasiens dans des rôles exotiques, Gerard Butler est contraint à l’unilatéralité (toujours ce manque de temps qui empêche tout développement) et le jeune Brenton Thwaites gagnerait à se faire pousser le charisme. Indubitablement, Proyas n’est donc pas venu là pour raconter une histoire, ou il a en tout cas totalement oblitéré cette idée en cours de post-production. Pourquoi est-il venu alors ? Les 140 millions de dollars de budget estimé, le plus gros de sa filmographie, ne doivent pas y être étranger car ils lui donnent l’opportunité de faire joujou comme jamais et – certainement – d’exorciser toute la créativité mise au rebut par l’annulation douloureuse de Paradise Lost (qui racontait la lutte entre l’archange Michel et Lucifer, un sujet très proche de Gods of Egypt), d’en recycler des concepts et apaiser sa frustration. On peut alors critiquer le clinquant ou certains SFX moins chiadés que les autres mais néanmoins, on ne peut également que reconnaître le caractère gargantuesque de ce qu’on nous présente, la démesure et l’inédit du spectacle sous nos yeux. Pas tant d’ailleurs dans l’énormité des scènes d’action (on ne tombe par exemple pas dans le piège du climax qui traîne la patte à force de longueur) mais bien dans la manière de les présenter, de jouer sur les échelles ou l’architecture, toute une mise en scène où l’on sent le réel apport de la présence de Proyas derrière la caméra. Quitte à vendre ses fesses, autant trouver un moyen de se fait plaisir, et le métrage évoque ainsi tour-à-tour – voire simultanément – le film d’aventure, le péplum, la japanime, le jeu vidéo… Un maelström d’influences qu’on lui reprochera assurément – par raccourci – de n’être qu’un gloubiboulga alors qu’en fait, il s’agit d’un délire geek à la cohérence induite par la seule vision de son réalisateur : on parle de Proyas là quand même, bordel ! Pour apprécier Gods of Egypt un tant soit peu, il faut donc réussir à le concevoir plus comme un concept-art animé qu’autre chose, ce qui ne le sert évidemment pas face à la presse et au public (le lynchage en règle est en cours). La déception est alors certaine, surtout après autant d’années d’absence, mais reste l’espoir d’en découvrir un jour une version longue parce qu’il y a franchement de quoi améliorer l’expérience. Prions.

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