Critique ciné : Batman v Superman – L’Aube de la Justice

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Dire de Batman v Superman : L’Aube de la Justice qu’il s’agit d’une rencontre au sommet, c’est un doux euphémisme, tout comme le serait de parler d’un projet espéré de longue date. Teasé dès la sortie de Batman et Robin, il a fait naître nombre de fantasmes comme le doit un crossover de ce niveau et, en cela, les fans sont dans les starting-blocks, prêts à encenser ou défoncer. D’où l’importance de la première scène, la première impression, qui choisit ici de revenir sur le drame originel de Batman, le meurtre de ses parents. Une séquence à priori redondante, inutile car déjà vue dans les précédentes adaptations, et un choix qu’on jugerait par conséquent faiblard. Sauf que de petits détails viennent apporter une nouvelle lecture de cet événement, en adéquation avec les thématiques qui vont être développées. Par exemple le père Thomas Wayne qui cherche à frapper son agresseur avant d’être tué (une agressivité préfigurant le Batman que nous découvrirons plus tard), ou bien l’importance des rêves – intégrés dans la narration – pour creuser la psyché des personnages par le biais d’images iconiques et/ou déstabilisantes. Le long-métrage trouve sa richesse dans le détail, la finesse d’écriture, et s’avère ainsi plutôt pointu dans son approche des super-héros stars de DC Comics, il nécessite une certaine connaissance des matériaux d’origine pour apprécier pleinement les enjeux à l’oeuvre ici. En conséquence de quoi les spectateurs qui viennent dans l’idée de se faire un blockbuster divertissant vont sérieusement déchanter, le film n’ayant pendant longtemps aucune ambition à brosser le public dans le sens du poil (voir les apparitions au compte-goutte du Caped Crusader). Batman est en ce sens très dark, il s’avère même être un véritable monstre comme le stipule très clairement sa première (ré)apparition, entre les otages qui refusent de sortir de leur prison ou ses déplacements dignes d’un vampire. Sans parler de ses méthodes plus belliqueuses qu’à l’accoutumé. Et son pendant diurne n’est pas plus apaisé, parfaite incarnation du Bruce Wayne selon Frank Miller : plus vieux, plus désabusé, plus extrémiste, une version du super-héros à laquelle Ben Affleck prodigue ce qu’il faut de maturité et hargne pour enfoncer en noirceur la version de Christopher Nolan. Pas de quoi plaire au plus grand nombre. Les spectateurs les plus avertis découvriront alors quant à eux une œuvre absolument passionnante dans son exploration des figures super-héroïques, opposant l’homme au dieu comme aime à le faire remarquer Lex Luthor (excellent Jesse Eisenberg) en mettant en exergue leur part sombre, leurs faiblesses (la colère chez Batou, le doute chez Sup’), ce qui se révèle en définitive bien plus intéressant que leur affrontement à proprement parler. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à comparer la puissance tétanisante de la bataille de Gotham vue seulement à échelle humaine avec celle – bien moindre – d’un climax consistant pour beaucoup en une débauche de fureur et CGI. Ce qui est toujours fun, bien sûr, mais aussi un peu creux. Comme pour Man of Steel qui semblait revenir au Superman classique en toute fin, ce métrage s’achève ainsi sur une ultime note plus négative que ce qui a précédé, à ceci près que ça se joue ici à beaucoup plus grande échelle. Effectivement, en voulant profiter de cette rencontre attendue pour faire comme la concurrence et mettre sur pied leur propre crossover choral, La Ligue des Justiciers, la Warner salope les intentions initiales de Zack Snyder, qu’on sent bien moins inspiré par cette partie de l’intrigue, et déséquilibre le métrage. En plus de trahir la promesse contenue dans son titre-même – avec l’irruption d’un super-méchant qui aurait pu être bien plus cool si elle n’avait pas été grillée il y a des mois par la campagne de promotion – et d’ouvrir progressivement la voie à des soucis qui ne se posaient pas jusque-là (problèmes d’échelle dans les combats, vannes foireuses, personnages introduits à la truelle…), cette logique de franchise va alors surtout rogner sur ce que le scénario avait de plus prometteur et l’empêcher par le fait d’aller au bout de ses idées, tout le dilemme fondateur étant balayé par l’urgence d’un bon vieux sauvetage à l’ancienne. Les héros restent des héros, c’est rassurant quelque part. Batman v Superman : L’Aube de la Justice a toutefois fini par se concrétiser pour les mauvaises raisons et en dépit de ses qualités indéniables, avec toute une partie franchement hallucinante de finesse et profondeur pour un combat de cette ampleur, il laisse un goût de rendez-vous un brin gâché par des intrus en costard. Voilà qui n’annonce rien de très bon pour La Ligue des Justiciers

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