Critique ciné : Zoolander 2

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Sorti dans une relative indifférence deux semaines après les événements du 11 septembre 2001, Zoolander a pourtant engrangé petit à petit une large et solide base de fans grâce à son excellence alors insoupçonnée (rappelons que Ben Stiller commençait tout juste à se faire un nom, et encore moins en tant que réalisateur) et, comme il se doit, a depuis fait naître nombre de fantasmes quant à sa suite. Plus de dix ans que ce Zoolander 2 joue ainsi les serpents de mer, multipliant les annonces avant de retourner sur les étagères prendre la poussière. Parce que, quelque part, Ben Stiller ne devait pas avoir vraiment envie de plancher sur ce projet. Certes, il a fait pas mal de suites en tant qu’acteur mais en tant que cinéaste, c’est une autre histoire. La variété de sa filmographie, où chaque comédie est l’occasion d’aborder en filigrane un autre genre, tend à prouver son désir de se diversifier, d’expérimenter, et cette suite sonne donc comme une concession, un cadeau fait aux plus fervents admirateurs du model homme aux multiples looks. Sauf que vouloir faire plaisir et y parvenir sont deux choses bien différentes, plus encore lorsqu’on n’y croit pas franchement. A l’image de beaucoup de comédies estampillées d’un numéro 2, Stiller conçoit son métrage en capitalisant sur ce qui avait marché dans l’original, réutilisant personnages et gags sans même s’en cacher. Pourquoi faire ? Cela n’a pas empêché nombre de suites agissant de même de surpasser leur modèle, particulièrement dans le registre de la comédie, alors pourquoi se faire chier à tout réinventer quand le public se contente d’améliorations ? Les réclame même ? Nous y sommes habitués, et prêts à l’accepter s’il y a des rires à la clé. Or, à la manière d’un Blues Brothers 2000 qui s’égarait en se focalisant trop sur sa partie musicale, Zoolander 2 perd lui son cap en abusant à outrance des caméos. Sérieux, à cette échelle ce n’est pas anodin car il n’y a quasiment pas une scène sans son apparition surprise et totalement gratuite et, à ce titre, la narration est complètement lésée. Explication : dans le premier, cela fonctionnait car les caméos venaient émailler un récit carré, ils n’étaient que des ponctuations comiques parmi pléthore de gags centrés sur les personnages et les thèmes abordés (oui, ce film était vraiment une bombe). Ici, tout tourne autour d’eux et les scènes ne sont par conséquent plus là pour participer d’une même intrigue mais bien pour permettre d’enchaîner les invités, à tort et à travers. Et il y en a bien sûr tant qu’ils finissent pas perdre leur pouvoir comique, finissant d’affliger une péloche qui ne savait de toute façon pas trop quelle histoire raconter. L’absence de nombreux plans visibles dans les trailers, des nouveaux personnages unanimement inutiles – pendant que Will Ferrell est honteusement sous-employé – et une parodie inaboutie du Da Vinci Code laissent imaginer une phase de montage plutôt chaotique. Alors attention, tout n’est pas à jeter non plus. On parle quand même d’un film de Ben Stiller et en cela, on rencontre malgré tout quelques très bons gags soutenus par une réalisation toujours impeccable, plaçant le film au-dessus du tout venant de la comédie US. Mais en étant davantage un (dé)film-défilé qu’autre chose, Zoolander 2 s’inscrit bien en-deçà de son prédécesseur voire même des autres travaux du comédien/réalisateur, et ce n’est malheureusement pas qu’une histoire de «c’était mieux avant». Clairement, Stiller n’était pas motivé par l’entreprise.

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