Archive pour mars, 2016

Critique ciné : Batman v Superman – L’Aube de la Justice

26 mars, 2016

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Dire de Batman v Superman : L’Aube de la Justice qu’il s’agit d’une rencontre au sommet, c’est un doux euphémisme, tout comme le serait de parler d’un projet espéré de longue date. Teasé dès la sortie de Batman et Robin, il a fait naître nombre de fantasmes comme le doit un crossover de ce niveau et, en cela, les fans sont dans les starting-blocks, prêts à encenser ou défoncer. D’où l’importance de la première scène, la première impression, qui choisit ici de revenir sur le drame originel de Batman, le meurtre de ses parents. Une séquence à priori redondante, inutile car déjà vue dans les précédentes adaptations, et un choix qu’on jugerait par conséquent faiblard. Sauf que de petits détails viennent apporter une nouvelle lecture de cet événement, en adéquation avec les thématiques qui vont être développées. Par exemple le père Thomas Wayne qui cherche à frapper son agresseur avant d’être tué (une agressivité préfigurant le Batman que nous découvrirons plus tard), ou bien l’importance des rêves – intégrés dans la narration – pour creuser la psyché des personnages par le biais d’images iconiques et/ou déstabilisantes. Le long-métrage trouve sa richesse dans le détail, la finesse d’écriture, et s’avère ainsi plutôt pointu dans son approche des super-héros stars de DC Comics, il nécessite une certaine connaissance des matériaux d’origine pour apprécier pleinement les enjeux à l’oeuvre ici. En conséquence de quoi les spectateurs qui viennent dans l’idée de se faire un blockbuster divertissant vont sérieusement déchanter, le film n’ayant pendant longtemps aucune ambition à brosser le public dans le sens du poil (voir les apparitions au compte-goutte du Caped Crusader). Batman est en ce sens très dark, il s’avère même être un véritable monstre comme le stipule très clairement sa première (ré)apparition, entre les otages qui refusent de sortir de leur prison ou ses déplacements dignes d’un vampire. Sans parler de ses méthodes plus belliqueuses qu’à l’accoutumé. Et son pendant diurne n’est pas plus apaisé, parfaite incarnation du Bruce Wayne selon Frank Miller : plus vieux, plus désabusé, plus extrémiste, une version du super-héros à laquelle Ben Affleck prodigue ce qu’il faut de maturité et hargne pour enfoncer en noirceur la version de Christopher Nolan. Pas de quoi plaire au plus grand nombre. Les spectateurs les plus avertis découvriront alors quant à eux une œuvre absolument passionnante dans son exploration des figures super-héroïques, opposant l’homme au dieu comme aime à le faire remarquer Lex Luthor (excellent Jesse Eisenberg) en mettant en exergue leur part sombre, leurs faiblesses (la colère chez Batou, le doute chez Sup’), ce qui se révèle en définitive bien plus intéressant que leur affrontement à proprement parler. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à comparer la puissance tétanisante de la bataille de Gotham vue seulement à échelle humaine avec celle – bien moindre – d’un climax consistant pour beaucoup en une débauche de fureur et CGI. Ce qui est toujours fun, bien sûr, mais aussi un peu creux. Comme pour Man of Steel qui semblait revenir au Superman classique en toute fin, ce métrage s’achève ainsi sur une ultime note plus négative que ce qui a précédé, à ceci près que ça se joue ici à beaucoup plus grande échelle. Effectivement, en voulant profiter de cette rencontre attendue pour faire comme la concurrence et mettre sur pied leur propre crossover choral, La Ligue des Justiciers, la Warner salope les intentions initiales de Zack Snyder, qu’on sent bien moins inspiré par cette partie de l’intrigue, et déséquilibre le métrage. En plus de trahir la promesse contenue dans son titre-même – avec l’irruption d’un super-méchant qui aurait pu être bien plus cool si elle n’avait pas été grillée il y a des mois par la campagne de promotion – et d’ouvrir progressivement la voie à des soucis qui ne se posaient pas jusque-là (problèmes d’échelle dans les combats, vannes foireuses, personnages introduits à la truelle…), cette logique de franchise va alors surtout rogner sur ce que le scénario avait de plus prometteur et l’empêcher par le fait d’aller au bout de ses idées, tout le dilemme fondateur étant balayé par l’urgence d’un bon vieux sauvetage à l’ancienne. Les héros restent des héros, c’est rassurant quelque part. Batman v Superman : L’Aube de la Justice a toutefois fini par se concrétiser pour les mauvaises raisons et en dépit de ses qualités indéniables, avec toute une partie franchement hallucinante de finesse et profondeur pour un combat de cette ampleur, il laisse un goût de rendez-vous un brin gâché par des intrus en costard. Voilà qui n’annonce rien de très bon pour La Ligue des Justiciers

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Critique ciné : 10 Cloverfield Lane

22 mars, 2016

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Difficile de parler de 10 Cloverfield Lane sans déflorer le mystère sur lequel il repose pour beaucoup. Car si l’on sait que ce projet «high-concept» a été rattaché en cours de création au Cloverfield de Drew Goddard, tout du long on se demande dans quelle mesure ça va être le cas : cela se passe-t-il avant les événements de New-York ? Pendant ou après ? Le monstre géant pourra-t-il être présent dans ce qui semble être un coin paumé au milieu de nulle part, ou alors ses rejetons/parasites ? Ou bien peut-être le ciel va-t-il s’ouvrir et un autre simili-Cthulhu s’en échapper pour balayer toute forme de vie sur Terre ? Comme on pouvait s’y attendre, on va ainsi vouloir sortir du bunker de l’histoire pour trouver une réponse à toutes ces questions mais – et c’est une bonne surprise – pour une toute autre raison également, propre au séjour étouffant que nous allons y passer. Le film se construit en effet sur un huis-clos au point de départ donc plutôt original (il brouille encore les pistes en commençant volontairement comme un ersatz du premier Saw) et relativement bien mené par la suite, dont les retournements et surprises un peu convenus ne nous interrogent pas moins sur notre manière de concevoir et reconnaître le Mal, sur notre manière d’y réagir. De quoi rendre l’intrigue vivante malgré le statisme de la situation, tout comme le fait une mise en scène signifiante (à noter la direction artistique très réfléchie aussi bien pour la claustrophobie que pour faire naître un malaise plus insidieux) et sachant ménager quelques beaux moments de suspense, voire même de flippe comme lors du climax apocalyptique. Remarqué il y a quelques années avec son fan-film Portal : No Escape, le réalisateur Dan Trachtenberg fait ainsi ses premiers pas dans le long-métrage sous la houlette de JJ Abrams et veut montrer qu’il a son propre style, son petit savoir-faire. Evitant autant que faire se peut le lens-flare si cher à son parrain, il s’adonne à quelques séquences de pure mise en scène avec une économie totale des dialogues, raconte son histoire juste par le biais des images et des musiques. Et il s’en sort plutôt en beauté le bougre ! Un talent de narrateur à suivre en somme, surtout s’il continue à s’entourer aussi bien avec un casting réduit où l’on croise de gros noms (Mary Elizabeth Winstead, je t’aime) (et John Goodman aussi, je t’aime) et d’autres prometteurs (John Gallagher Jr, dont l’interprétation nuancée laisse longtemps planer un doute sur la nature de son personnage). Tout un beau petit monde trop fragile pour survivre ensemble, et vient alors l’inévitable moment où l’on sort du bunker… C’est là que 10 Cloverfield Lane arrive à une conclusion qui pourra paraître hors-sujet, en trop, tant on se rattache artificiellement au monster-movie de 2008 de par une continuité étrange dans la mythologie (vous verrez), sans compter que nombre de spectateurs se seraient contentés d’un twist à la Twilight Zone après un huis-clos rondement mené plutôt que d’un deuxième climax à l’échelle et au ton sans commune mesure avec ce qui a précédé. D’un coup, tout ce qu’on imaginait donc du monstre de Cloverfield en devient bien plus pragmatique (vous verrez) et perd franchement en intérêt (vous pleurerez). Enfin, la partie dans le bunker était vraiment pas mal foutue !

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Critique ciné : Zoolander 2

7 mars, 2016

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Sorti dans une relative indifférence deux semaines après les événements du 11 septembre 2001, Zoolander a pourtant engrangé petit à petit une large et solide base de fans grâce à son excellence alors insoupçonnée (rappelons que Ben Stiller commençait tout juste à se faire un nom, et encore moins en tant que réalisateur) et, comme il se doit, a depuis fait naître nombre de fantasmes quant à sa suite. Plus de dix ans que ce Zoolander 2 joue ainsi les serpents de mer, multipliant les annonces avant de retourner sur les étagères prendre la poussière. Parce que, quelque part, Ben Stiller ne devait pas avoir vraiment envie de plancher sur ce projet. Certes, il a fait pas mal de suites en tant qu’acteur mais en tant que cinéaste, c’est une autre histoire. La variété de sa filmographie, où chaque comédie est l’occasion d’aborder en filigrane un autre genre, tend à prouver son désir de se diversifier, d’expérimenter, et cette suite sonne donc comme une concession, un cadeau fait aux plus fervents admirateurs du model homme aux multiples looks. Sauf que vouloir faire plaisir et y parvenir sont deux choses bien différentes, plus encore lorsqu’on n’y croit pas franchement. A l’image de beaucoup de comédies estampillées d’un numéro 2, Stiller conçoit son métrage en capitalisant sur ce qui avait marché dans l’original, réutilisant personnages et gags sans même s’en cacher. Pourquoi faire ? Cela n’a pas empêché nombre de suites agissant de même de surpasser leur modèle, particulièrement dans le registre de la comédie, alors pourquoi se faire chier à tout réinventer quand le public se contente d’améliorations ? Les réclame même ? Nous y sommes habitués, et prêts à l’accepter s’il y a des rires à la clé. Or, à la manière d’un Blues Brothers 2000 qui s’égarait en se focalisant trop sur sa partie musicale, Zoolander 2 perd lui son cap en abusant à outrance des caméos. Sérieux, à cette échelle ce n’est pas anodin car il n’y a quasiment pas une scène sans son apparition surprise et totalement gratuite et, à ce titre, la narration est complètement lésée. Explication : dans le premier, cela fonctionnait car les caméos venaient émailler un récit carré, ils n’étaient que des ponctuations comiques parmi pléthore de gags centrés sur les personnages et les thèmes abordés (oui, ce film était vraiment une bombe). Ici, tout tourne autour d’eux et les scènes ne sont par conséquent plus là pour participer d’une même intrigue mais bien pour permettre d’enchaîner les invités, à tort et à travers. Et il y en a bien sûr tant qu’ils finissent pas perdre leur pouvoir comique, finissant d’affliger une péloche qui ne savait de toute façon pas trop quelle histoire raconter. L’absence de nombreux plans visibles dans les trailers, des nouveaux personnages unanimement inutiles – pendant que Will Ferrell est honteusement sous-employé – et une parodie inaboutie du Da Vinci Code laissent imaginer une phase de montage plutôt chaotique. Alors attention, tout n’est pas à jeter non plus. On parle quand même d’un film de Ben Stiller et en cela, on rencontre malgré tout quelques très bons gags soutenus par une réalisation toujours impeccable, plaçant le film au-dessus du tout venant de la comédie US. Mais en étant davantage un (dé)film-défilé qu’autre chose, Zoolander 2 s’inscrit bien en-deçà de son prédécesseur voire même des autres travaux du comédien/réalisateur, et ce n’est malheureusement pas qu’une histoire de «c’était mieux avant». Clairement, Stiller n’était pas motivé par l’entreprise.

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Critique ciné : The Revenant

1 mars, 2016

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Fin février, la saison des cérémonies. Toujours porté par le succès de son exercice de style Birdman (ne vient-il pas d’être récompensé aux Césars 2016 dans la catégorie «meilleur film étranger» ?), Alejandro Gonzalez Inarritu ne s’est pas reposé sur ses lauriers pour autant et s’est confronté au contraire à un putain de challenge, The Revenant, adaptation du roman éponyme de Michael Punke (lui-même tiré d’une histoire vraie) dont les médias se sont déjà chargés de relayer les conditions de tournage on ne peut plus extrêmes. Dans la veine donc d’un cinéma où réalisme et naturalisme sont indissociables, le film nous plonge dans une représentation crue de la nature – ici le rude grand nord américain – de par la mise en scène caractéristique de Inarritu (rien de tel que les plans-séquences pour créer la sensation de réalisme et d’immersion) et la lumière naturelle magnifiée par l’excellent Emmanuel Lubezki (Sleepy Hollow). Le paysage en devient un protagoniste à part entière, mettant autant à l’épreuve les personnages par son aridité qu’il se joue de nous par les mirages que capte la caméra (par exemple le travelling sur ce qu’on croit être une rivière, au tout début). Parcouru qui plus est de séquences époustouflantes (la première attaque des Arikaras est un véritable sommet de stress) et habité par ses comédiens (tout le buzz autour de Leonardo DiCaprio et son Oscar ne doit pas en faire oublier les prestations de Tom Hardy bien sûr mais aussi de Will Poulter ou Domhnall Gleeson), le long-métrage remplit ainsi sa promesse d’être un western âpre et sauvage, un récit mutique de survival motivé par la vengeance et à la beauté hantée, tout ce que nous vendait en somme la campagne de promotion. Néanmoins, car il y a un gros «nez-en-moins», The Revenant ne peut non plus prétendre satisfaire pleinement, la faute à un réalisateur foutrement talentueux qui paraît pourtant se perdre dans ses prétentions. Non, on ne parle pas de Quentin Tarantino mais bien d’Inarritu, lequel à force de se prendre pour le fils naturel de Terrence Malick et Bear Grylls finit un peu par lasser le spectateur. Parce que la contemplation et les trucs de survivaliste, c’est cool un moment mais ça ne fait pas avancer une intrigue pourtant très simple et ne demandant que ça, d’autant qu’elle se perd encore régulièrement en visions trop symboliques pour apporter une réelle plus-value fantastique (dommage, l’ambiance ouvrait grand la voie à ce genre de traitement). Tout le contraire en fait de Birdman, qui était lui parfaitement abscons mais rythmé au cordeau (l’approche radicalement différente de la bande originale y est également pour beaucoup). Une petite demi-heure en moins aurait été la bienvenue. Si l’on compare alors The Revenant au Gravity du compatriote Alfonso Cuaron, les deux films travaillant sur la même idée de cinéma sensitif et immersif, on comprend par où a péché Inarritu : tandis que l’un fait du grand cinéma sans jamais oublier qu’il le fait pour les spectateurs, l’autre le fait sans jamais laisser de côté son ego de réalisateur à récompenses. Choisissez votre camp, les deux ont du (très) bon. Mais nous, c’est clair, on a fait notre choix.

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