Critique ciné : Deadpool

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Tout le monde s’accordera à dire que les productions Marvel ont leurs qualités (allez, on s’accorde à le dire) mais elles se plient aussi indéniablement à un cahier des charges ayant tendance à les uniformiser, à taire toute tentative de fantaisie. Les Gardiens de la galaxie mis à part puisqu’il n’est pas encore réellement connecté aux autres films (on verra ça quand on aura progressé dans la Phase III), le terne Ant-Man nous a montré jusqu’où les Avengers et compagnie pourraient pousser dans le délire – c’est à dire pas très loin – et il était donc clair que Deadpool, le plus postmoderne des supers de la Maison aux idées, ne pourrait rejoindre leur line-up. Grands princes, ils en ont donc laissé les droits d’exploitation à la Fox (avec qui ils collaborent de toute façon désormais main dans la main), lesquels avaient massacré le personnage le temps d’un X-Men Origins : Wolverine de triste mémoire. Fort heureusement il y en a un qui n’a jamais cessé d’y croire, son Ryan Reynolds d’interprète, dont la passion pour ce rôle l’a amené à porter le projet sur ses épaules, à tout faire pour qu’il se concrétise dans les bonnes conditions et la bonne direction avec le soutien des fans. Deadpool, le film, s’est alors fait dans un respect total de la nature méta si particulière de l’assassin en rouge et noir (il a clairement du toon dans son pedigree), ce qui saute aux yeux dès un générique de début irrévérencieux comme on en voit rarement (jamais ?) et se poursuit tout du long car pas un instant l’anti-héros en titre n’arrête de faire des blagues, commentaires, références, tout comme l’image est sans cesse truffée de clins d’oeil et autres eastern eggs. Néanmoins, la création de Rob Liefeld et Fabian Nicieza n’est pas que vannes dues à sa nature de «seul personnage de comics conscient d’appartenir à un comics», c’est également un beau salopard massacrant dans l’allégresse, vicieux comme un chihuahua en rut. La classification R de sa version ciné n’est donc pas là pour déconner, ils y vont quand même pas mal à fond et pas toujours pour le simple délire gratuit : on croise par exemple quelques très bonnes idées de mise en scène, telle la transition temporelle avec les scènes explicites de sexe festif. Pour sa première réalisation après des années à ouvrager dans les effets spéciaux (il a entre autre fondé le studio Blur), Tim Miller nous démontre qu’un CV pas très folichon cache parfois une bonne surprise au final puisqu’il sait faire le taf’ tout en s’arrangeant autant des limites qu’on lui impose que de celles imposées par la nature même de cette adaptation. En effet, le besoin absolu d’introduire les spectateurs à une œuvre si peu commune explique son récit très ramassé sur lui-même, qui fonctionne en parallèle de flashbacks sans développer ou progresser franchement dans ses enjeux. Pas un énorme problème non plus car l’intérêt du métrage n’est pas vraiment dans son histoire mais bien dans la cascade de gags – nous sommes face à une vraie comédie d’action, une série B décomplexée mais jamais j’m'en-foutiste – et cette nécessité donc de faire les présentations avec le public, en se concentrant sur une origin story pensée pour réduire les risques d’un projet atypique. En conséquence de quoi le budget de Deadpool est loin d’atteindre les largesses de la concurrence super-héroïque, ce qui se ressent surtout dans le casting réduit (très bonne vanne au passage sur le petit nombre de X-Men présents) ou les décors plus que génériques. Qu’importe car en étant subversif plus qu’aucun autre super-héros, méta en veux-tu en voilà, violent jusqu’à flirter parfois avec le gore et surtout très, très marrant, ce film s’avère être une introduction de luxe au personnage. Et même un des meilleurs films de super-héros.

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Une Réponse à “Critique ciné : Deadpool”

  1. clicn dit :

    J’avoue qu’au départ, je ne voulais pas voir ce film, mon ami a su me convaincre et il a bien fait. J’ai passé un excellent moment. Les scènes d’action sont réussies et j’adore ce style d’humour.

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