Archive pour février, 2016

Critique ciné : La 5ème vague

20 février, 2016

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A priori, on va voir La 5ème vague en pensant découvrir un petit film de science-fiction classique, une bonne vieille histoire d’invasion alien apocalyptico-paranoïaque. Sauf que la campagne de promotion a soigneusement évité de préciser qu’il s’agit en plus de l’adaptation d’une «trilogie de romans à succès», signée Rick Yancey, ce qui le fait rentrer de plain-pied dans la catégorie des Hunger Games et autres Divergente. Une information anodine ? Foutre non, car cette incursion de Sony/Columbia dans l’exercice suit à la lettre le modèle de ses grandes sœurs aussi bien esthétiquement (le production design manque franchement d’inspiration) que narrativement, et bien sûr ça ne pèse pas lourd dans la balance. Sans originalité dès son postulat, l’intrigue s’embourbe donc copieusement dans les considérations fleurs bleues au point d’éclipser un temps l’urgence des enjeux premiers, comme si avoir pour personnage principal une jeune femme condamnait à naviguer dans les eaux sirupeuses de la romance teenager, avec le triangle amoureux de rigueur. Sérieux putain, le triangle amoureux… Y a-t-il figure scénaristique plus moisie que celle-là ? Alors il est vrai que ce premier chapitre n’insiste pas encore trop là-dessus (la suite potentielle s’en chargera à n’en point douter) mais déjà, nous devons nous coltiner plusieurs scènes bien lourdingues d’émois adulescents, qui plus est interprétées par des comédiens qui se confondent physiquement avec les héros des autres films (même Chloë Grace Moretz ressemble au tout-venant des jeunes actrices hollywoodiennes, tristesse) pour un résultat qu’on a alors forcément déjà subi ailleurs. Une autre partie du film s’intéresse elle aux enfants que l’armée recrute comme soldats pour lutter contre les aliens, une idée qui aurait pu être intéressante (d’autant qu’elle évite le pamphlet réac’ contre les jeunes désensibilisés et rendus manipulables par les médias modernes) si La 5ème vague savait rendre compte du temps qui passe, or tout donne ici le sentiment d’aller vite, très vite. On peut y voir une volonté du réalisateur J Blakeson – qu’on ne remerciera jamais assez pour avoir mis littéralement à nue Gemma Arterton dans La Disparition d’Alice Creed – de dynamiser un récit pantouflard et hautement prévisible (on en a croisé peu des twists à ce point grillés à l’avance) sauf que même avec la meilleure volonté du monde, lorsqu’on a rien à filmer, eh bien on filme du rien. Et ce n’est évidemment pas le plus passionnant qu’on puisse contempler dans une salle de cinéma. En s’inscrivant donc dans un courant de base pas très folichon et en le faisant qui plus est sans avoir grand chose à raconter, n’est pas Le Labyrinthe qui veut, La 5ème vague n’a en définitive pas grand chose pour lui et vu le peu d’enthousiasme qui l’entoure, ne devrait pas voir sa suite portée à l’écran. Personne n’ira s’en plaindre.

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Critique ciné : Zootopie

15 février, 2016

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Il y a peu nous découvrions Le Voyage d’Arlo, dernière production Pixar en date et triste représentant de la famille tant il ne creusait aucune thématique – sans parler de celles qu’il oubliait carrément – et reposait sur un univers bateau, privé de la moindre trace d’inventivité. En gros on sortait de la salle en ayant le sentiment d’avoir vu un petit conte disneyen gentillet et parfaitement oubliable, nous demandant où avait bien pu passer le talent de Pixar. La réponse, la voici aujourd’hui avec la sortie de Zootopie : le talent est passé chez Disney, tout simplement ! Et on ne parle pas d’un simple transfert d’artistes, non (le trio Byron Howard/Rich Moore/Jared Bush n’a jamais bossé pour le studio d’Emmeryville), mais bien d’un transfert d’idées vu comme le petit dernier paraît avoir vampirisé le précédent. Vrai ou pas (ou plus exactement «jusqu’à quel point est-ce vrai ?»), en tout cas, tout ce qui manquait au Voyage d’Arlo se retrouve dans Zootopie. Mais tout, vraiment. Il est ainsi hallucinant de constater comment, en partant d’une même idée (suivre des animaux ayant évolué pour nous ressembler davantage), la profusion du second n’a d’égale que l’aridité du premier, le nouveau Disney accumulant à un rythme de fou idées et trouvailles. Il en résulte la création d’un univers à la richesse et cohérence insoupçonnables tout en se préservant de nombreuses pistes à explorer, qui plus est apte à traiter les problématiques laissées de côté par le dernier Pixar (que devient le rapport prédateur/proie lorsqu’on a tous évolué ?) tout en y ajoutant d’autres plus en phase avec notre monde. Le racisme, central dans l’enquête de la petite lapine Judy Hopps, nourrit par exemple le récit d’un sous-texte plus mâture, multipliant les niveaux de lecture pour mieux réunir différents publics sous l’étendard du métrage. De la même manière qu’il étoffe les relations entre les personnages et épaissit leur caractérisation. Une donnée primordiale pour un projet de ce genre car plus précisément qu’une comédie policière, Zootopie joue dans la catégorie du buddy-movie, le genre idéal pour traiter de front le thème des différences dès lors qu’on a des protagonistes suffisamment solides pour porter de tels sujets. Et le duo du jour a tout ce qu’il faut pour entre la lapine optimiste et le renard hâbleur, des portraits certes un peu clichés mais dont on nous présente les fêlures avec humanité et tendresse, corroborant la sincérité avec laquelle le scénario est mis en images en même temps que le respect porté au genre, lequel amène son quota de scènes d’action bien fichues en faisant également parfois de petits détours par l’horreur (les animaux retournés à l’état sauvage sont assez impressionnants). Dans la droite lignée geekesque des Mondes de Ralph ou des Nouveaux héros, Zootopie confirme donc l’excellente inspiration actuelle du département animation du studio aux grandes oreilles, qui se réinvente habilement entre deux films de princesses. Au détriment de Pixar ? Peut-être bien, l’Histoire nous le dira. Mais comme on dit, qu’importe peut-être le flacon…

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Critique ciné : Deadpool

13 février, 2016

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Tout le monde s’accordera à dire que les productions Marvel ont leurs qualités (allez, on s’accorde à le dire) mais elles se plient aussi indéniablement à un cahier des charges ayant tendance à les uniformiser, à taire toute tentative de fantaisie. Les Gardiens de la galaxie mis à part puisqu’il n’est pas encore réellement connecté aux autres films (on verra ça quand on aura progressé dans la Phase III), le terne Ant-Man nous a montré jusqu’où les Avengers et compagnie pourraient pousser dans le délire – c’est à dire pas très loin – et il était donc clair que Deadpool, le plus postmoderne des supers de la Maison aux idées, ne pourrait rejoindre leur line-up. Grands princes, ils en ont donc laissé les droits d’exploitation à la Fox (avec qui ils collaborent de toute façon désormais main dans la main), lesquels avaient massacré le personnage le temps d’un X-Men Origins : Wolverine de triste mémoire. Fort heureusement il y en a un qui n’a jamais cessé d’y croire, son Ryan Reynolds d’interprète, dont la passion pour ce rôle l’a amené à porter le projet sur ses épaules, à tout faire pour qu’il se concrétise dans les bonnes conditions et la bonne direction avec le soutien des fans. Deadpool, le film, s’est alors fait dans un respect total de la nature méta si particulière de l’assassin en rouge et noir (il a clairement du toon dans son pedigree), ce qui saute aux yeux dès un générique de début irrévérencieux comme on en voit rarement (jamais ?) et se poursuit tout du long car pas un instant l’anti-héros en titre n’arrête de faire des blagues, commentaires, références, tout comme l’image est sans cesse truffée de clins d’oeil et autres eastern eggs. Néanmoins, la création de Rob Liefeld et Fabian Nicieza n’est pas que vannes dues à sa nature de «seul personnage de comics conscient d’appartenir à un comics», c’est également un beau salopard massacrant dans l’allégresse, vicieux comme un chihuahua en rut. La classification R de sa version ciné n’est donc pas là pour déconner, ils y vont quand même pas mal à fond et pas toujours pour le simple délire gratuit : on croise par exemple quelques très bonnes idées de mise en scène, telle la transition temporelle avec les scènes explicites de sexe festif. Pour sa première réalisation après des années à ouvrager dans les effets spéciaux (il a entre autre fondé le studio Blur), Tim Miller nous démontre qu’un CV pas très folichon cache parfois une bonne surprise au final puisqu’il sait faire le taf’ tout en s’arrangeant autant des limites qu’on lui impose que de celles imposées par la nature même de cette adaptation. En effet, le besoin absolu d’introduire les spectateurs à une œuvre si peu commune explique son récit très ramassé sur lui-même, qui fonctionne en parallèle de flashbacks sans développer ou progresser franchement dans ses enjeux. Pas un énorme problème non plus car l’intérêt du métrage n’est pas vraiment dans son histoire mais bien dans la cascade de gags – nous sommes face à une vraie comédie d’action, une série B décomplexée mais jamais j’m'en-foutiste – et cette nécessité donc de faire les présentations avec le public, en se concentrant sur une origin story pensée pour réduire les risques d’un projet atypique. En conséquence de quoi le budget de Deadpool est loin d’atteindre les largesses de la concurrence super-héroïque, ce qui se ressent surtout dans le casting réduit (très bonne vanne au passage sur le petit nombre de X-Men présents) ou les décors plus que génériques. Qu’importe car en étant subversif plus qu’aucun autre super-héros, méta en veux-tu en voilà, violent jusqu’à flirter parfois avec le gore et surtout très, très marrant, ce film s’avère être une introduction de luxe au personnage. Et même un des meilleurs films de super-héros.

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Critique ciné : Dofus – Livre 1 : Julith

9 février, 2016

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Tandis que les influences de l’étranger sont de mieux en mieux digérées par nos petits artistes français (voir le succès toujours croissant d’un Last Man ou la réussite plus ancienne de Oban : Star Racer), le studio Ankama participe de plein pot à ce mouvement depuis le début des années 2000, avec la sortie du jeu vidéo Dofus qui n’a depuis cessé d’étendre son univers par-delà les médias. Série animée, bande dessinée, jouets… il ne restait plus au «Krosmoz» (l’univers fictif de la saga) qu’à exister sur grand écran, chose faîte désormais avec Dofus – Livre 1 : Julith. Et c’est en fanfare qu’il y fait son arrivée car s’il est toujours plaisant de découvrir un film d’animation hexagonal (ne serait-ce qu’en tant que preuve de la santé du milieu), ce n’est pas souvent qu’ils se montrent à ce point ébouriffants ! Sans rire, et sans aller non plus jusque dans les expérimentations d’un Takeshi Koike (Redline), il est très rare de croiser une telle vitalité en animation, un tel rendu de vitesse et fluidité. Sans cesse en mouvement, la caméra épouse en fait des personnages plein de vie, au design élégant et mignon (une des marques de fabrique d’Ankama) mais également capables de prouesses physiques qu’ils mettent sans arrêt à l’épreuve, en particulier lors de scènes d’action épiques à se décrocher la mâchoire. Parce que tout ça bouge, beaucoup, tout en restant néanmoins toujours lisible (le combat de Kérubim contre Julith a dû être à ce titre une sacrée gageure) et beau grâce à un sens très affirmé de la composition iconique. D’ailleurs, revenons un moment sur ces influences de l’étranger par lesquelles nous débutions et qui ont inspiré à Anthony «Tot» Roux et ses collègues ces magnifiques visions : qu’elles soient asiatiques, américaines ou européennes, tous médias confondus, toutes ces cultures se retrouvent ici unifiées en un mix d’une homogénéité absolue, aboutissant à la création d’un univers propre à Ankama qui bénéficie en même temps pleinement des forces de ses modèles et lui permet les écarts les plus fous, des plus absurdes (le slip… vous verrez) aux plus sombres. Quand on vous dit ainsi que c’est ébouriffant, vraiment, c’est que le film va à 100 à l’heure, brasse les idées à tour de bras sans jamais se départir de sa cohérence ni perdre de vue sa ligne directrice, une intrigue simple en apparence mais solide et – plus important encore – racontée avec une sincérité indéniable, une croyance profonde en ses personnages. Le climax, hormis la maestria de son action, est par exemple admirable pour la manière qu’il a de faire surgir une émotion vive en plus du spectaculaire, ces deux éléments se nourrissant simultanément l’un l’autre. Du grand art, propre à rejoindre Chasseurs de dragons dans les cimes de l’anim’ française. Accessible qui plus est même à ceux ne connaissant pas déjà la création d’Ankama (nous sommes semble-t-il face à une préquelle), Dofus – Livre 1 : Julith en constitue donc une porte d’entrée flamboyante qui saura rallier de nouveaux fans et contenter les anciens car il s’agit en toute simplicité d’une véritable petite bombe d’animation. Alors ne perdez pas de temps les gars et mettez tout de suite en chantier le Livre 2, parce qu’on a hâte de voir jusqu’où vos influences vont encore vous (et nous) mener !

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