Critique ciné : Jane Got a Gun

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La place de la femme dans le western n’est pas forcément toujours très glorieuse, ou reste en tout cas secondaire. Hormis Bandidas, Belles de l’Ouest ou Mort ou vif (fuck yeah !), peu ont effectivement tenté de leur donner un rôle fort de premier plan et encore moins de le faire sérieusement (on pensera également au récent The Homesman). C’est dire si Jane Got a Gun avait de quoi faire son trou, pensez : une bonne vieille histoire de vengeance au Farwest où le protagoniste principal est non seulement une femme, mais en plus une mère ! Voilà bien de quoi apporter un regard un peu original sur le genre ! Pas de bol, on va déchanter très rapidement. Dès les premières minutes du métrage, confrontée à l’adversité, notre héroïne – que nous appellerons Jane, puisque tel est son nom – va en effet bazarder son enfant chez une voisine et appeler son ex-grand amour à la rescousse, c’est à dire aller totalement à contre-courant de ce qu’on espérait d’elle. Bon en même temps ce n’est pas très grave parce que malgré tout l’amour (n’ayons pas peur des mots) qu’on lui porte, Natalie Portman n’est pas franchement crédible dans la défroque du pistolero, elle conserve toujours cette aura de fragilité qui ne colle pas avec le personnage. C’est donc tout naturellement que le poste de leader revient au mâle de service, le plutôt bon Joel Edgerton, que le réalisateur Gavin O’Connor retrouve après l’avoir fait jouer dans un Warrior reniflant la sueur et relativement bien reçu à l’époque. En gros le cinéaste n’arrive pas à se sortir du film de bonhommes, il leur réserve toujours une position à part (il n’y a qu’à voir le rôle surprenant – et d’une certaine façon le plus intéressant – de méchant offert à un Ewan McGregor méconnaissable). Et ses quelques années d’ouvrage à la télé après Warrior ne l’ont guère inspiré car si l’on rencontre plusieurs jolies choses sur le travail de la lumière, il est en revanche perturbant de ressentir à ce point un sentiment d’enfermement, même lors des scènes en décors naturels. Clairement, la mise en scène manque d’ampleur, de lyrisme. Elle vise à côté tout comme le scénario complètement à la ramasse. Souffrant de gros problèmes de point-de-vue, il veut bâtir un mystère autour d’un montage alterné de flashbacks pseudo-révélateurs, fondés sur les erreurs de jugement de l’amoureux trahi, sauf que nous avons aussi vu la chose du côté de l’héroïne et que cela répond dès le départ ou peu s’en faut à toutes les questions qu’on s’échine à nous poser. Alors forcément, le film n’a plus rien à raconter et paraît sous peu longuet en dépit d’une courte durée (un peu moins d’1h30), traversée de brefs pics d’intérêt lors des quelques pétaradants gunfights. En n’étant pas alors le western féministe qu’il se prétend être, Jane Got a Gun se fourvoie et se plombe lui-même, desservi encore par un réalisateur qui n’avait vraisemblablement pas la fibre requise pour un tel projet. Mesdames, la place reste à prendre.

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