Critique ciné : Les Huit salopards

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C’est un fait avéré, Quentin Tarantino est un réalisateur brillant, peut-être même génial, mais c’est aussi un artiste sachant se montrer des plus agaçants, particulièrement dans sa façon de se la secouer lorsqu’il écrit ses dialogues. C’est dire si Les Huit salopards, en dépit de son casting de pures gueules, pouvait faire craindre au pire : on avait beau rester dans le cadre du western après son miraculeux Django Unchained, le huis-clos et la durée de ce dernier métrage ouvraient la voie aux pires débordements oraux. En gros, on avait peur que ça papote plus que de raison et pour ne rien dire de très intéressant, comme sait si bien le faire QT d’ordinaire. Mais non, les améliorations constatées sur le précédent n’étaient pas un coup de chance ni le coup d’une fois, le cinéaste au menton proéminent semble avoir pour de bon retenu la leçon et atteint par ce fait le plein potentiel de son cinéma. Ou alors c’est juste d’oeuvrer dans le genre si cher à Leone et Ford qui l’inspire de la sorte. Toujours est-il que Les Huit salopards est, vous l’aurez compris, un putain de bon film doublé d’un très grand western. Bavard, certes, mais jamais à tort (aucun temps mort malgré ses bonnes 2h45 de durée, bravo), puisque l’ensemble des dialogues ont un but réel, à savoir dessiner les contours de personnages troubles – tous les comédiens sont absolument monstrueux – pour mieux épaissir le mystère. Et de mystère il sera beaucoup question ici, le film ayant été souvent comparé lors de sa production à une relecture des Dix petits nègres avec des revolvers et des jurons, ce qu’attesterait un Samuel L. Jackson (la classe en toute circonstance, comme d’hab’) un peu en mode Hercule Poirot. Là où il faut néanmoins vraiment chercher les influences de Tarantino, c’est bien dans le cinéma d’horreur et plus spécialement le whodunit, avec en tête l’un de ses représentants les plus mythiques et flippants : The Thing de Carpenter, que les salopards ont dû se faire avant le tournage à la demande du cinéaste. Tout y est donc si ce n’est l’argument science-fictionnel, de l’unité de lieu imposée par une tempête de neige à l’ambiance pesante, viciée par une paranoïa de chaque instant (que renforcent encore les animosités propres à cette époque post-guerre de sécession), en passant par la présence de Ennio Morricone à la musique et jusqu’aux fulgurances gores tétanisantes (dont une qui fait clairement du pied au Cabin Fever du poto Eli Roth). On le savait, «Couennetine» apprécie en effet les effusions de sang et il se laisse aller ici à quelques scènes bien crapoteuses, transformant peu à peu son décor unique (mais loin d’être lassant grâce à une réelle science du cadrage et une vraie réflexion dans le production design) en la cabane de Evil Dead, suivant une logique implacable vers laquelle tend tout le film de par son penchant horrifique et son humour noir. Si l’on excepte donc la double irruption perturbante d’un narrateur (rendue encore plus incompréhensible par son débit radiophonique), Tarantino est parvenu avec Les Huit salopards à un petit miracle comme on n’osait l’espérer, en tout cas pas deux fois d’affilée, livrant une péloche à la croisée des genres où son style confirme être arrivé à une maturité passionnante sans oublier d’être fun. 2016 commence vraiment très fort.

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3 Réponses à “Critique ciné : Les Huit salopards”

  1. mabataille dit :

    Moi après avoir lu ta critique des 8 salopards : https://goo.gl/B8LRsC

  2. pitouwh dit :

    Je ne sais pas trop comment je dois le prendre mais en tout cas j’adore cette vidéo. J’en suis à 4h30 et c’est toujours aussi bon ! Quel solo de sax’, mes amis !

  3. blogueue dit :

    Les films de Tarantino sont de plus en plus agréables à regarder :) . Je suis certaine que je vais passer un bon moment devant ce petit chef-d’œuvre.

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