Archive pour janvier, 2016

Critique ciné : Jane Got a Gun

29 janvier, 2016

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La place de la femme dans le western n’est pas forcément toujours très glorieuse, ou reste en tout cas secondaire. Hormis Bandidas, Belles de l’Ouest ou Mort ou vif (fuck yeah !), peu ont effectivement tenté de leur donner un rôle fort de premier plan et encore moins de le faire sérieusement (on pensera également au récent The Homesman). C’est dire si Jane Got a Gun avait de quoi faire son trou, pensez : une bonne vieille histoire de vengeance au Farwest où le protagoniste principal est non seulement une femme, mais en plus une mère ! Voilà bien de quoi apporter un regard un peu original sur le genre ! Pas de bol, on va déchanter très rapidement. Dès les premières minutes du métrage, confrontée à l’adversité, notre héroïne – que nous appellerons Jane, puisque tel est son nom – va en effet bazarder son enfant chez une voisine et appeler son ex-grand amour à la rescousse, c’est à dire aller totalement à contre-courant de ce qu’on espérait d’elle. Bon en même temps ce n’est pas très grave parce que malgré tout l’amour (n’ayons pas peur des mots) qu’on lui porte, Natalie Portman n’est pas franchement crédible dans la défroque du pistolero, elle conserve toujours cette aura de fragilité qui ne colle pas avec le personnage. C’est donc tout naturellement que le poste de leader revient au mâle de service, le plutôt bon Joel Edgerton, que le réalisateur Gavin O’Connor retrouve après l’avoir fait jouer dans un Warrior reniflant la sueur et relativement bien reçu à l’époque. En gros le cinéaste n’arrive pas à se sortir du film de bonhommes, il leur réserve toujours une position à part (il n’y a qu’à voir le rôle surprenant – et d’une certaine façon le plus intéressant – de méchant offert à un Ewan McGregor méconnaissable). Et ses quelques années d’ouvrage à la télé après Warrior ne l’ont guère inspiré car si l’on rencontre plusieurs jolies choses sur le travail de la lumière, il est en revanche perturbant de ressentir à ce point un sentiment d’enfermement, même lors des scènes en décors naturels. Clairement, la mise en scène manque d’ampleur, de lyrisme. Elle vise à côté tout comme le scénario complètement à la ramasse. Souffrant de gros problèmes de point-de-vue, il veut bâtir un mystère autour d’un montage alterné de flashbacks pseudo-révélateurs, fondés sur les erreurs de jugement de l’amoureux trahi, sauf que nous avons aussi vu la chose du côté de l’héroïne et que cela répond dès le départ ou peu s’en faut à toutes les questions qu’on s’échine à nous poser. Alors forcément, le film n’a plus rien à raconter et paraît sous peu longuet en dépit d’une courte durée (un peu moins d’1h30), traversée de brefs pics d’intérêt lors des quelques pétaradants gunfights. En n’étant pas alors le western féministe qu’il se prétend être, Jane Got a Gun se fourvoie et se plombe lui-même, desservi encore par un réalisateur qui n’avait vraisemblablement pas la fibre requise pour un tel projet. Mesdames, la place reste à prendre.

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Critique ciné : Legend

27 janvier, 2016

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Il faut se méfier des phrases d’accroche sur les affiches. Pensées pour nous mettre l’eau à la bouche au cas où le seul visuel ne suffirait pas, elles peuvent donc aussi parfois nous tromper, nous induire en erreur, comme par exemple lorsque celle de Legend fait le lien avec L.A. Confidential et Mystic River (voyez ci-dessus), précédents travaux du réalisateur Brian Helgeland en tant que scénariste. Deux cadors de leurs catégories, un polar et un thriller majeurs auxquels il est toujours flatteur d’être rattaché. Et même s’ils n’appartiennent pas aux mêmes genres (Legend est un pur film de gangsters, genre bien à part), il est vrai que l’on peut jeter des ponts entre ces différentes œuvres, ne serait-ce que dans la qualité d’écriture, l’art de dépeindre des personnages humains aux facettes multiples, plongés dans un monde de violence dont ils sont loin d’être les victimes innocentes. Ouais, rien que ça. Mais s’il fallait vraiment dévoiler une parenté entre son dernier film et l’un de ses travaux antérieurs, ce serait avec le Payback scénarisé et réalisé par ses soins en 1999, excellent petit polar un peu oublié aujourd’hui et où Mel Gibson dépotait grave. En effet, comme lors de celui-ci, Helgeland se laisse aller à exprimer pleinement son humour le plus noir, sans tabou, ce qui donne à son portrait de jumeaux rois de la pègre dans le Londres des 60′s un cachet bien particulier. En cinéaste à l’approche toujours ludique, proche d’un Shane Black (Kiss Kiss Bang Bang) d’une certaine manière, il nous livre ainsi un récit de rise & fall plutôt classique dans ses mécaniques mais émaillé de séquences mémorables, de celles qui rendent vivante une intrigue par-delà sa prévisibilité. Son portrait du banditisme de l’époque s’avère un savant mélange entre reconstitution historique et cinéma de genre, où le bigger than life de la vie des Kray trouve une place toute naturelle sans jamais oublier la fibre humaine derrière le crapuleux et la comédie, le drame de ces êtres condamnés par leur environnement et – plus insidieux – par l’amour indéfectible qu’ils portent à leurs proches. A ce titre il faut alors bien sûr noter l’extraordinaire performance double de Tom Hardy, à l’affiche d’un des plus gros cartons et meilleur film de 2015 (MAD MAX !!!) et pourtant toujours relativement inconnu du grand public tant il aime (et excelle) à se métamorphoser d’un film à l’autre. Pas forcément physiquement d’ailleurs, mais il ne joue jamais deux fois de la même façon et cela s’avère sacrément payant avec Legend puisque pas une fois on ne remet en cause la réalité propre à chacun des frères qu’il joue, jamais ils ne se confondent dans leur interprète commun. Il ne faut donc pas toujours (jamais ?) faire confiance aux phrases d’accroche, elles peuvent nous tromper : Legend vaut encore mieux que ce qu’on nous annonce !

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Critique ciné : Les Huit salopards

12 janvier, 2016

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C’est un fait avéré, Quentin Tarantino est un réalisateur brillant, peut-être même génial, mais c’est aussi un artiste sachant se montrer des plus agaçants, particulièrement dans sa façon de se la secouer lorsqu’il écrit ses dialogues. C’est dire si Les Huit salopards, en dépit de son casting de pures gueules, pouvait faire craindre au pire : on avait beau rester dans le cadre du western après son miraculeux Django Unchained, le huis-clos et la durée de ce dernier métrage ouvraient la voie aux pires débordements oraux. En gros, on avait peur que ça papote plus que de raison et pour ne rien dire de très intéressant, comme sait si bien le faire QT d’ordinaire. Mais non, les améliorations constatées sur le précédent n’étaient pas un coup de chance ni le coup d’une fois, le cinéaste au menton proéminent semble avoir pour de bon retenu la leçon et atteint par ce fait le plein potentiel de son cinéma. Ou alors c’est juste d’oeuvrer dans le genre si cher à Leone et Ford qui l’inspire de la sorte. Toujours est-il que Les Huit salopards est, vous l’aurez compris, un putain de bon film doublé d’un très grand western. Bavard, certes, mais jamais à tort (aucun temps mort malgré ses bonnes 2h45 de durée, bravo), puisque l’ensemble des dialogues ont un but réel, à savoir dessiner les contours de personnages troubles – tous les comédiens sont absolument monstrueux – pour mieux épaissir le mystère. Et de mystère il sera beaucoup question ici, le film ayant été souvent comparé lors de sa production à une relecture des Dix petits nègres avec des revolvers et des jurons, ce qu’attesterait un Samuel L. Jackson (la classe en toute circonstance, comme d’hab’) un peu en mode Hercule Poirot. Là où il faut néanmoins vraiment chercher les influences de Tarantino, c’est bien dans le cinéma d’horreur et plus spécialement le whodunit, avec en tête l’un de ses représentants les plus mythiques et flippants : The Thing de Carpenter, que les salopards ont dû se faire avant le tournage à la demande du cinéaste. Tout y est donc si ce n’est l’argument science-fictionnel, de l’unité de lieu imposée par une tempête de neige à l’ambiance pesante, viciée par une paranoïa de chaque instant (que renforcent encore les animosités propres à cette époque post-guerre de sécession), en passant par la présence de Ennio Morricone à la musique et jusqu’aux fulgurances gores tétanisantes (dont une qui fait clairement du pied au Cabin Fever du poto Eli Roth). On le savait, «Couennetine» apprécie en effet les effusions de sang et il se laisse aller ici à quelques scènes bien crapoteuses, transformant peu à peu son décor unique (mais loin d’être lassant grâce à une réelle science du cadrage et une vraie réflexion dans le production design) en la cabane de Evil Dead, suivant une logique implacable vers laquelle tend tout le film de par son penchant horrifique et son humour noir. Si l’on excepte donc la double irruption perturbante d’un narrateur (rendue encore plus incompréhensible par son débit radiophonique), Tarantino est parvenu avec Les Huit salopards à un petit miracle comme on n’osait l’espérer, en tout cas pas deux fois d’affilée, livrant une péloche à la croisée des genres où son style confirme être arrivé à une maturité passionnante sans oublier d’être fun. 2016 commence vraiment très fort.

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Critique ciné : Le Voyage d’Arlo

3 janvier, 2016

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Tombé de son piédestal depuis que le rachat par Disney est devenu effectif, impliquant beaucoup plus de changements dans la politique de production qu’ils voulaient bien le reconnaître, le studio Pixar nous a malgré tout rappelé ses grandes heures il y a peu, le temps d’un magnifique Vice-Versa dont nous pressentions le caractère désormais rare. Plus forts que Madame Soleil, nous avions vu juste puisque leur nouveau film, Le Voyage d’Arlo, est disons-le tout de go loin d’être leur meilleur cru. Sans tomber aussi bas qu’un Cars 2 (putain, qu’est-ce que je le déteste celui-là), il faut ainsi bien reconnaître que nous sommes clairement dans le cas de figure Rebelle, où Pixar se contente d’appliquer sagement une formule disneyenne sans chercher à aller plus avant. Se contente de raconter une gentille petite histoire au lieu de nous pondre un conte moderne instantanément classique. De l’idée plutôt rigolote – attention hein, on n’a pas dit «originale» – des dinosaures ayant échappé à la météorite qui aurait dû les exterminer il y a 65 millions d’années, le réalisateur Peter Sohn (le court Passages nuageux) et son pool de scénaristes n’en sortent donc rien de très notable, ne construisent rien dessus pour enrichir leur propos. Très bien, on comprend qu’ils aient voulu montrer des dinosaures ayant plus ou moins atteint l’équivalent de nos 18/19ème siècles pour les plonger dans une aventure typiquement western mais alors justement, pourquoi avec des dinos ? Pourquoi partir sur une idée aussi riche de potentiel si c’est pour strictement rien n’en faire ? On avait déjà vu au travers des bandes-annonces que le design des sauriens répondait davantage à des critères de cartoon qu’à une réflexion sur l’évolution des espèces mais ça va en fait au-delà de ça, le métrage se gardant bien d’extrapoler ou même inventer quoi que ce soit afin que l’univers et le postulat correspondent, que tout ça soit justifié d’une façon ou d’une autre. Par exemple, la famille du jeune héros farouche possède une chaumière mais on ne nous montre quasiment pas (voire pas du tout) l’intérieur, et encore moins comment ces longs-cous y rentrent ! Aux chiottes la cohérence, et avec elle l’intelligence qui caractérisait les productions du studio mené par John Lasseter. Même l’idée de faire de l’être humain – le tout mimi Spot – un chien pour les dinosaures n’apporte rien du tout sur un plan thématique, on se contente d’une relation de buddy movie sans le moindre enjeu dramatique… A peine une parodie de Lassie… Ajoutons à cela une réalisation manquant franchement d’ampleur (comparez la scène de stampede avec celle du Roi Lion… oui, ça fait mal) et le seul vrai fait de gloire du gentillet Voyage d’Arlo sera alors ses décors, une nature merveilleusement recréée et dont le photo-réalisme n’empêche pas une magnificence à couper le souffle. Voilà, si le voyage initiatique du petit dino ne vous passionne pas plus que ça, vous pourrez toujours vous décrocher la mâchoire en matant les paysages. Et l’eau, putain, l’eau !

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