Critique ciné : Au coeur de l’océan

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Souvent conspué quant à son travail de réalisateur, Ron Howard n’en a pas moins livré plusieurs péloches renouant avec une certaine idée du grand cinéma hollywoodien, élégant, où le classicisme ne se dépare pas d’une efficacité toute moderne. On est donc en plein en dedans avec Au cœur de l’océan, qui se veut une sorte d’origin story du célébrissime Moby Dick d’Herman Melville en s’intéressant au naufrage réel d’un navire par un cachalot, au début du 19ème siècle. Une opportunité pour le cinéaste de nous pondre un remake de la fameuse histoire à peine travesti par la caution «inspiré d’une histoire vraie» ? Que nenni, l’ami ! En réalité, Howard ne paraît que très peu intéressé par tout ce sur quoi se vend le film, l’affiliation au roman. En soi, le scénario de Charles Leavitt (Le Septième fils, le futur Warcraft de Duncan Jones) ne s’amuse ainsi guère à tisser de liens avec l’écrit de Melville, il évite autant que possible les clins d’oeil qui pourraient nous sortir de sa propre histoire. Et plus étonnant encore, le monstre marin (la réalisation s’attache à le présenter comme tel, une créature indéfinissable jamais montrée clairement dans son entièreté) n’est en définitive que peu présent dans le fil du récit. Effrayant lors de ses (très courtes) attaques à couper le souffle, nous aurions aimé que le film creuse davantage en parallèle l’aspect mythologique de Moby Dick, son statut de force de la nature. Pas forcément d’ailleurs au travers de scènes d’action mais plutôt par le biais de ces petits moments à la lisière du fantastique et de l’exploration psychologique des personnages, comme lorsque le commandant en second Chase (Chris Hemsworth, plus a contribution que dans un Avengers) aperçoit le cachalot dans une vague durant une tempête. Non, ce qui branche en fait l’ex-Richie de Happy Days, c’est bien de nous raconter l’histoire de ce naufrage et de ce que cela va impliquer pour les marins, en une intrigue de survie certes déjà vue ailleurs mais pas dénuée pour autant de qualités. Car rarement au cinéma aurons-nous eu à ce point le sentiment d’être à bord d’un navire, de partager l’expérience de son équipage. Certainement grisé par son premier contact avec la 3D, le réalisateur expérimente et multiplie en effet les plans de coupe anamorphosés sur des détails, des cordes qui crissent, les balais qui raclent la tripaille sur le pont, le clapotis de l’eau sur la coque… tout ça pour faciliter une lecture sensitive de son métrage et de ce qu’il montre à l’image, avec une utilisation pour le moins systématique mais pour un résultat néanmoins prégnant. Surtout que la photographie de Anthony Dod Mantle (oscarisé pour Slumdog Millionaire), bien que très stylisée (certains plans sont de vrais tableaux à la Théodore Géricault tandis que souvent un filtre rappelle les bouteilles de verre dans lesquelles le personnage de Brendan Gleeson construit ses maquettes de bateaux), ne se dépare pas d’une touche naturaliste renforçant encore l’impression d’être sur les mers. Dommage alors que Au cœur de l’océan ne s’inspire pas plus des nombreux thèmes brassés par le roman de Melville – ou en tout cas ne leur laisse pas plus de place dans sa narration – car s’il constitue une expérience sensorielle presque inédite, réaffirmant une nouvelle fois le talent formaliste de Ron Howard, il lui manquait juste ça pour être un grand classique instantané.

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