Critique ciné : Docteur Frankenstein

docteur frankenstein_daniel radcliffe_james mcavoy_paul mcguigan_affiche_poster

Roman fondateur devenu un véritable mythe moderne, le Frankenstein de Mary Shelley n’a jamais cessé d’inspirer les artistes du monde entier et, outre les légions d’oeuvres s’inspirant de ses thématiques, il a ainsi connu un nombre incalculable d’adaptations directes. Autant d’itérations, de variations pour explorer les facettes infinies d’un tel récit, avec pour résultat qu’il y a toujours de quoi nous surprendre – pour peu qu’ils se bougent un peu le cul – en dépit d’une ossature bien connue. Même donc le petit nouveau Docteur Frankenstein, sur lequel on ne savait trop quoi penser et à juste titre puisqu’il s’avère pour le moins… inattendu. Car si nous aurions pu nous douter que la Fox revisiterait le mythe en louchant chez la concurrence, nous n’aurions jamais pensé qu’elle le ferait en puisant chez Warner et son Sherlock Holmes nouvelle génération ! Une intention plus qu’évidente dès l’introduction du personnage du bon docteur (James McAvoy, se glissant dans le rôle avec l’aisance qu’on lui connaît), qui se castagne avec force acrobaties tout en maniant un cynisme comique que ne renierait pas Robert Downey Jr. Ajoutons-y des afféteries visuelles caractéristiques du style de Guy Ritchie ainsi qu’une bande originale empreinte de celle composée par Hans Zimmer et on obtient alors un produit clairement affilié au diptyque made in Warner Bros, ce que ne manqueront pas de critiquer certains en pointant du doigt le jeunisme indéniable de la démarche. Qui plus est lorsque le film s’aventure dans un spectaculaire pouvant passer pour presque aussi gratuit que hors-sujet, comme lors de la résurrection du singe rafistolé (les fans d’horreur apprécieront au contraire son petit côté Re-Animator). Néanmoins, si ça peut effectivement paraître grossier (on connaît le côté putassier dont sait faire preuve la Fox), il y a ici de quoi sauver le métrage. En premier lieu, c’est un plaisir que de retrouver le réalisateur Paul McGuigan après les plutôt sympatoches Slevin et Push, faiseur très capable et avec une approche comic-book qui transpire de sa mise en scène (la créature a vraiment des airs de famille avec le Marv de Sin City). Mais c’est surtout l’axe choisi par le scénariste Max Landis – fils du grand John et révélé avec Chronicle – qui fait tout le sel de l’entreprise puisqu’il a décidé de s’intéresser à tout ce qui précède la création du monstre (réservée au climax), et plus spécialement de traiter cela au travers du point-de-vue de l’indispensable assistant Igor (auquel Daniel Radcliffe insuffle une humanité sincère). Un personnage apparu plus ou moins dans le Frankenstein de James Whale et auquel on ne s’était jamais vraiment intéressé, si ce n’est de très loin le temps du bien-nommé film d’animation Igor. L’occasion de réinventer son histoire, voire même de l’inventer tout court, et de le transformer en une figure tragique en faisant de lui la vraie première créature du scientifique imaginé par Shelley, la relation maître / assistant se parant alors d’une richesse thématique nouvelle. Docteur Frankenstein propose ainsi une relecture du mythe franchement intéressante pour peu qu’on accepte ses coups de coude insistants aux teenagers, à ceci près qu’on regrettera un chouïa de ne pas le voir creuser davantage ses idées (Radcliffe aurait mérité plus de scènes, même très courtes, centrées sur ses dilemmes de créature) sans parler d’aller jusqu’au bout de celles-ci (la conclusion fait quand même un peu tâche). Peut-être découvrirons-nous cela dans la suite suggérée par l’épilogue. Oui, une suite. Puisqu’on vous dit que c’est comme Sherlock Holmes.

020304

Une Réponse à “Critique ciné : Docteur Frankenstein”

  1. Stephanie dit :

    J’avais essayé de regarder un film avec Daniel Radcliffe tout récemment, mais je n’avais pas pu le dissocier de son personnage de Harry Potter, j’espère que ce sera différent avec ce long métrage.

Laisser un commentaire