Archive pour décembre, 2015

Critique ciné : Star Wars 7 – Le Réveil de la Force

18 décembre, 2015

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Ayant installé une sacrée épée de Damoclès au-dessus de sa tête lorsqu’il accepta de reprendre le flambeau pour ce Star Wars 7 : Le Réveil de la Force, JJ Abrams (déjà responsable du renouveau de Star Trek) a choisi d’aller à fond dans la veine de la première trilogie pour s’éloigner au maximum de la prélogie tant décriée, brosser les fans de la première heure dans le sens du poil. On a ainsi bien sûr tous entendus parler de ses efforts pour avoir le moins possible recours aux CGI, leurs préférant effets pratiques et décors réels pour un résultat absolument stupéfiant de patine et personnalité, mais ça ne se limite pas à cela. S’il a effectivement dû modifier sa mise en scène pour mieux intégrer le film au style de la saga (pour un temps il a fait le deuil du lens flare), ce n’est pas tant pour se caler sur le travail de George Lucas que sur celui de Steven Spielberg, son véritable maître à penser. Un choix dont le remercieront tous les cinéphiles tant cela le pousse à faire preuve d’un sens exacerbé de la dramatisation, à savoir mettre en place les situations tout en racontant son histoire. Une histoire qui marque là aussi franchement sa différence avec la prélogie. Là où Lucas – dans un mouvement similaire à ce qu’il fit avec les images de synthèse – voulait développer et explorer son univers au-delà des limites du raisonnable, complexifiant plus que de raison son intrigue, Abrams et son co-scénariste Lawrence Kasdan prennent le pas inverse pour revenir à quelque chose de plus proche de l’épisode 4, plus mythologique et moins politique. Il n’y a qu’à comparer les résumés défilants du début pour mesurer combien les enjeux ont été resserrés afin d’abandonner tous les délires de corporations, assemblées et autres blocus. Ici, on va vraiment suivre l’aventure à échelle humaine, incarnée par une nouvelle garde ayant tout à fait le potentiel de porter la nouvelle trilogie sur ses épaules. C’est donc un épisode qui va clairement faire plaisir aux vieux de la vieille (il y a vraiment des moments à pleurer de joie, comme la première apparition des X-Wings) et les réconcilier avec leur franchise préférée, pensé dans ce but, sauf que la manœuvre a ses limites. C’est par exemple bien beau de tout vouloir faire en réel mais si c’est pour refaire ce qu’on a déjà vu, est-ce bien la peine ? Une remarque concernant surtout les différentes planètes visitées, calques quasi-identiques de celles croisées dans les précédents films : tant pis pour le dépaysement. Plus gênant encore, si c’est un vrai régal que de revivre les grands moments de Un nouvel espoir dans un film qui en prendrait presque des allures de remake, entre scènes-miroirs et structures similaires, on peut se demander s’ils pourront poursuivre dans cette voie pour les épisodes suivants. Surtout qu’on devine plutôt rapidement tous les tenants de celui-ci (heureusement que le sens du spectacle d’Abrams permet quand même à la sauce de prendre). Enfin, après tout, les kids vont adorer corps et âme Star Wars 7 : Le Réveil de la Force et le cycle va reprendre, parce que la magie est bien là et sait même toucher nos cœurs de vieux fanboys blasés. Néanmoins, pour aller au-delà de cet énorme kif nostalgique et nous couper le souffle comme à l’époque (si c’est encore possible, mais c’est une autre question), il faudra vraiment que cette nouvelle trilogie créé sa propre mythologie, bâtisse sa propre légende. Rendez-vous est pris pour 2017, afin de voir si Rian Johnson (Looper) saura amorcer ce tournant.

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Critique ciné : Au coeur de l’océan

13 décembre, 2015

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Souvent conspué quant à son travail de réalisateur, Ron Howard n’en a pas moins livré plusieurs péloches renouant avec une certaine idée du grand cinéma hollywoodien, élégant, où le classicisme ne se dépare pas d’une efficacité toute moderne. On est donc en plein en dedans avec Au cœur de l’océan, qui se veut une sorte d’origin story du célébrissime Moby Dick d’Herman Melville en s’intéressant au naufrage réel d’un navire par un cachalot, au début du 19ème siècle. Une opportunité pour le cinéaste de nous pondre un remake de la fameuse histoire à peine travesti par la caution «inspiré d’une histoire vraie» ? Que nenni, l’ami ! En réalité, Howard ne paraît que très peu intéressé par tout ce sur quoi se vend le film, l’affiliation au roman. En soi, le scénario de Charles Leavitt (Le Septième fils, le futur Warcraft de Duncan Jones) ne s’amuse ainsi guère à tisser de liens avec l’écrit de Melville, il évite autant que possible les clins d’oeil qui pourraient nous sortir de sa propre histoire. Et plus étonnant encore, le monstre marin (la réalisation s’attache à le présenter comme tel, une créature indéfinissable jamais montrée clairement dans son entièreté) n’est en définitive que peu présent dans le fil du récit. Effrayant lors de ses (très courtes) attaques à couper le souffle, nous aurions aimé que le film creuse davantage en parallèle l’aspect mythologique de Moby Dick, son statut de force de la nature. Pas forcément d’ailleurs au travers de scènes d’action mais plutôt par le biais de ces petits moments à la lisière du fantastique et de l’exploration psychologique des personnages, comme lorsque le commandant en second Chase (Chris Hemsworth, plus a contribution que dans un Avengers) aperçoit le cachalot dans une vague durant une tempête. Non, ce qui branche en fait l’ex-Richie de Happy Days, c’est bien de nous raconter l’histoire de ce naufrage et de ce que cela va impliquer pour les marins, en une intrigue de survie certes déjà vue ailleurs mais pas dénuée pour autant de qualités. Car rarement au cinéma aurons-nous eu à ce point le sentiment d’être à bord d’un navire, de partager l’expérience de son équipage. Certainement grisé par son premier contact avec la 3D, le réalisateur expérimente et multiplie en effet les plans de coupe anamorphosés sur des détails, des cordes qui crissent, les balais qui raclent la tripaille sur le pont, le clapotis de l’eau sur la coque… tout ça pour faciliter une lecture sensitive de son métrage et de ce qu’il montre à l’image, avec une utilisation pour le moins systématique mais pour un résultat néanmoins prégnant. Surtout que la photographie de Anthony Dod Mantle (oscarisé pour Slumdog Millionaire), bien que très stylisée (certains plans sont de vrais tableaux à la Théodore Géricault tandis que souvent un filtre rappelle les bouteilles de verre dans lesquelles le personnage de Brendan Gleeson construit ses maquettes de bateaux), ne se dépare pas d’une touche naturaliste renforçant encore l’impression d’être sur les mers. Dommage alors que Au cœur de l’océan ne s’inspire pas plus des nombreux thèmes brassés par le roman de Melville – ou en tout cas ne leur laisse pas plus de place dans sa narration – car s’il constitue une expérience sensorielle presque inédite, réaffirmant une nouvelle fois le talent formaliste de Ron Howard, il lui manquait juste ça pour être un grand classique instantané.

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Critique ciné : Docteur Frankenstein

4 décembre, 2015

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Roman fondateur devenu un véritable mythe moderne, le Frankenstein de Mary Shelley n’a jamais cessé d’inspirer les artistes du monde entier et, outre les légions d’oeuvres s’inspirant de ses thématiques, il a ainsi connu un nombre incalculable d’adaptations directes. Autant d’itérations, de variations pour explorer les facettes infinies d’un tel récit, avec pour résultat qu’il y a toujours de quoi nous surprendre – pour peu qu’ils se bougent un peu le cul – en dépit d’une ossature bien connue. Même donc le petit nouveau Docteur Frankenstein, sur lequel on ne savait trop quoi penser et à juste titre puisqu’il s’avère pour le moins… inattendu. Car si nous aurions pu nous douter que la Fox revisiterait le mythe en louchant chez la concurrence, nous n’aurions jamais pensé qu’elle le ferait en puisant chez Warner et son Sherlock Holmes nouvelle génération ! Une intention plus qu’évidente dès l’introduction du personnage du bon docteur (James McAvoy, se glissant dans le rôle avec l’aisance qu’on lui connaît), qui se castagne avec force acrobaties tout en maniant un cynisme comique que ne renierait pas Robert Downey Jr. Ajoutons-y des afféteries visuelles caractéristiques du style de Guy Ritchie ainsi qu’une bande originale empreinte de celle composée par Hans Zimmer et on obtient alors un produit clairement affilié au diptyque made in Warner Bros, ce que ne manqueront pas de critiquer certains en pointant du doigt le jeunisme indéniable de la démarche. Qui plus est lorsque le film s’aventure dans un spectaculaire pouvant passer pour presque aussi gratuit que hors-sujet, comme lors de la résurrection du singe rafistolé (les fans d’horreur apprécieront au contraire son petit côté Re-Animator). Néanmoins, si ça peut effectivement paraître grossier (on connaît le côté putassier dont sait faire preuve la Fox), il y a ici de quoi sauver le métrage. En premier lieu, c’est un plaisir que de retrouver le réalisateur Paul McGuigan après les plutôt sympatoches Slevin et Push, faiseur très capable et avec une approche comic-book qui transpire de sa mise en scène (la créature a vraiment des airs de famille avec le Marv de Sin City). Mais c’est surtout l’axe choisi par le scénariste Max Landis – fils du grand John et révélé avec Chronicle – qui fait tout le sel de l’entreprise puisqu’il a décidé de s’intéresser à tout ce qui précède la création du monstre (réservée au climax), et plus spécialement de traiter cela au travers du point-de-vue de l’indispensable assistant Igor (auquel Daniel Radcliffe insuffle une humanité sincère). Un personnage apparu plus ou moins dans le Frankenstein de James Whale et auquel on ne s’était jamais vraiment intéressé, si ce n’est de très loin le temps du bien-nommé film d’animation Igor. L’occasion de réinventer son histoire, voire même de l’inventer tout court, et de le transformer en une figure tragique en faisant de lui la vraie première créature du scientifique imaginé par Shelley, la relation maître / assistant se parant alors d’une richesse thématique nouvelle. Docteur Frankenstein propose ainsi une relecture du mythe franchement intéressante pour peu qu’on accepte ses coups de coude insistants aux teenagers, à ceci près qu’on regrettera un chouïa de ne pas le voir creuser davantage ses idées (Radcliffe aurait mérité plus de scènes, même très courtes, centrées sur ses dilemmes de créature) sans parler d’aller jusqu’au bout de celles-ci (la conclusion fait quand même un peu tâche). Peut-être découvrirons-nous cela dans la suite suggérée par l’épilogue. Oui, une suite. Puisqu’on vous dit que c’est comme Sherlock Holmes.

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