Critique ciné : 007 Spectre

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Avec Skyfall, Sam Mendes livrait un épisode anniversaire qui se payait le luxe de chambouler les règles propres aux aventures de l’agent britannique, parachevant ce qui fut entamé lors de Casino Royale pour mieux revenir en toute fin aux origines du mythe (rappelez-vous comment l’épilogue citait l’ère Connery), bouclant ainsi la boucle. En toute logique, il ne restait plus pour ce 007 Spectre qu’à repartir de plus belle, à revenir aux heures glorieuses du Bond old-school, et il y a clairement de cela dans ce nouvel épisode, ne serait-ce qu’au travers de l’entrée en jeu de la mythique organisation Spectre et de son non moins mythique leader, Blofeld (bah oui, c’est bien lui, trêve de mystère à deux balles). Une impression qui nous tombe dessus de plein fouet, dès une inévitable séquence pré-générique toujours aussi spectaculaire mais qui ramène en plus une touche certaine de ludisme dans la saga, entre un cadre on ne peut plus cinématographique – les processions mexicaines du jour des morts, ça pète toujours la classe – et une baston digne d’un climax, le tout filmé avec un sens de la rythmique que ne renierait pas le Inarritu de Birdman (plan-séquence à l’appui). Pour autant, de la même manière qu’aucune scène d’action à suivre n’égalera celle-ci en intensité et show, le film n’arrivera jamais à satisfaire pleinement sa logique de retour aux sources. Ce qui peut se faire de manière intelligente voire même drôle (cf. le passage obligé chez Q et l’explication de l’absence des gadgets) mais se traduit le plus souvent par un cul entre deux chaises particulièrement gênant, où fond et forme ne trouvent que trop rarement un terrain d’entente. Le plus symptomatique de cela est la Bond girl du jour (Léa Seydoux, fidèle à elle-même et son tirage de tronche), qu’on veut nous vendre comme une égale de Vesper Lynd – jusque dans son statut de «vrai grand amour salvateur» pour l’espion – alors qu’elle bénéficie d’un traitement digne du personnage de Denise Richards dans Le Monde ne suffit pas… vous voyez le décalage ? Le genre de lourdeurs faisant que la linéarité de l’intrigue – pourtant classique dans la saga – finit par assommer le spectateur, traîné d’une péripétie à l’autre avec une régularité mécanique tout en se coltinant des couloirs de dialogues vainement prétentieux (à l’exception de la très réussie première apparition de Blofeld) que des révélations «mythologiques» ne parviennent pas à épicer. A l’heure donc où l’on parle du possible remplacement de Daniel Craig (qui se porte bien, merci pour lui), Spectre en appelle en fait clairement un autre : celui du réalisateur Sam Mendes dont le style, s’il correspondait parfaitement à l’iconoclaste Skyfall et continue à s’exprimer avec classe, ne trouve plus ici tout à fait sa place, trop peu résolu qu’il est à oeuvrer pour de bon dans le divertissement. Il faudra alors aller dans un sens ou dans l’autre mais ce qui est sûr, c’est que le 25ème James Bond devra présenter une identité plus tranchée afin d’aboutir à un résultat moins mitigé.

020304

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