Archive pour novembre, 2015

Critique ciné : 007 Spectre

20 novembre, 2015

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Avec Skyfall, Sam Mendes livrait un épisode anniversaire qui se payait le luxe de chambouler les règles propres aux aventures de l’agent britannique, parachevant ce qui fut entamé lors de Casino Royale pour mieux revenir en toute fin aux origines du mythe (rappelez-vous comment l’épilogue citait l’ère Connery), bouclant ainsi la boucle. En toute logique, il ne restait plus pour ce 007 Spectre qu’à repartir de plus belle, à revenir aux heures glorieuses du Bond old-school, et il y a clairement de cela dans ce nouvel épisode, ne serait-ce qu’au travers de l’entrée en jeu de la mythique organisation Spectre et de son non moins mythique leader, Blofeld (bah oui, c’est bien lui, trêve de mystère à deux balles). Une impression qui nous tombe dessus de plein fouet, dès une inévitable séquence pré-générique toujours aussi spectaculaire mais qui ramène en plus une touche certaine de ludisme dans la saga, entre un cadre on ne peut plus cinématographique – les processions mexicaines du jour des morts, ça pète toujours la classe – et une baston digne d’un climax, le tout filmé avec un sens de la rythmique que ne renierait pas le Inarritu de Birdman (plan-séquence à l’appui). Pour autant, de la même manière qu’aucune scène d’action à suivre n’égalera celle-ci en intensité et show, le film n’arrivera jamais à satisfaire pleinement sa logique de retour aux sources. Ce qui peut se faire de manière intelligente voire même drôle (cf. le passage obligé chez Q et l’explication de l’absence des gadgets) mais se traduit le plus souvent par un cul entre deux chaises particulièrement gênant, où fond et forme ne trouvent que trop rarement un terrain d’entente. Le plus symptomatique de cela est la Bond girl du jour (Léa Seydoux, fidèle à elle-même et son tirage de tronche), qu’on veut nous vendre comme une égale de Vesper Lynd – jusque dans son statut de «vrai grand amour salvateur» pour l’espion – alors qu’elle bénéficie d’un traitement digne du personnage de Denise Richards dans Le Monde ne suffit pas… vous voyez le décalage ? Le genre de lourdeurs faisant que la linéarité de l’intrigue – pourtant classique dans la saga – finit par assommer le spectateur, traîné d’une péripétie à l’autre avec une régularité mécanique tout en se coltinant des couloirs de dialogues vainement prétentieux (à l’exception de la très réussie première apparition de Blofeld) que des révélations «mythologiques» ne parviennent pas à épicer. A l’heure donc où l’on parle du possible remplacement de Daniel Craig (qui se porte bien, merci pour lui), Spectre en appelle en fait clairement un autre : celui du réalisateur Sam Mendes dont le style, s’il correspondait parfaitement à l’iconoclaste Skyfall et continue à s’exprimer avec classe, ne trouve plus ici tout à fait sa place, trop peu résolu qu’il est à oeuvrer pour de bon dans le divertissement. Il faudra alors aller dans un sens ou dans l’autre mais ce qui est sûr, c’est que le 25ème James Bond devra présenter une identité plus tranchée afin d’aboutir à un résultat moins mitigé.

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Critique ciné : Les Nouvelles aventures d’Aladin

16 novembre, 2015

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Le cinéma français étant ce qu’il est, on le sait peu enclin à parier sur des grosses productions – c’est à dire un tant soit peu spectaculaires – et lorsque c’est le cas, on ne peut pas dire qu’il fasse franchement dans l’originalité. Parce que miser ses deniers sur un nom connu c’est toujours plus rassurant que de parier sur l’audace, d’où des projets décoiffants d’innovation tels La Belle et la Bête de Gans, Robin des bois, la véritable histoire et aujourd’hui Les Nouvelles aventures d’Aladin, véhicule pour la star montante Kev Adams (qui continuera de gagner ici des points auprès de son public). Autant dire que le projet n’a donc qu’un intérêt tout relatif, et c’est sans surprise qu’il n’en éveillera guère plus. Doux euphémisme. Tout juste remplit-il son contrat de comédie en nous faisant rire en plusieurs occasions, parfois même de très bon cœur grâce à quelques gags vraiment bien foutus (le second degré méta fait des irruptions aussi inattendues que bienvenues, avec même des petits airs d’Astérix) ou répliques assénées avec ce qu’il faut de malice (la variation sur le célébrissime «je suis ton père» vaut son poids en choco BN). Et il serait dommage qu’il n’en aille ainsi avec un tel casting, où l’on croise quelques très bons seconds rôles – pas forcément les acteurs les plus connus d’ailleurs – au sommet desquels trône William Lebghil, l’un des nos meilleurs jeunes acteurs actuels avec Vincent Lacoste (c’est fou comme ces mecs peuvent rendre n’importe quoi marrant sans se forcer). Et passées cela, ces quelques joyeuses marrades, que reste-t-il aux Nouvelles aventures d’Aladin ? Rien que la triste vacuité du désert de la comédie française, comme on pouvait décemment s’y attendre de la part d’un métrage à ce point novateur. Si elle sait ainsi se montrer parfois efficace dans le rythme de la comédie, la réalisation est par exemple d’une platitude navrante quand on ne tombe pas dans le carrément embarrassant (le faux clip digne d’un bricolage amateur sur Youtube), entachée qui plus est par des effets spéciaux baveux dès qu’il s’agit d’être un peu ambitieux. Tout ça est donc plutôt moche (on se croirait devant une resucée du Iznogoud de Braoudé) et pas des plus malins si l’on attarde un peu sur son scénario : le personnage de la princesse qui est à baffer de nullité, le recours totalement gratuit à une narration intra-diégétique, l’abandon complet du peu de thématiques que soulève l’intrigue… En gros, seuls les gags font vivre l’histoire (d’où la question «quelle histoire ?»). Enfin, il faut certainement s’estimer déjà heureux de ne pas avoir eu droit à une simple resucée live du Aladdin de Disney, ce que laissait fortement présager la bande-annonce, mais quelle tristesse que de voir le cinéma français continuer à s’embourber dans ce genre de projet tiède, calculé, tandis que ceux réellement originaux ou détonants moisissent dans l’esprit de cinéastes frustrés. Et comme on comprend leur frustration…

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Critique ciné : Seul sur Mars

7 novembre, 2015

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Multipliant les longs-métrages à une cadence proprement hallucinante (on sait combien il est dur de monter ne serait-ce qu’un projet, même pour un réalisateur bankable, alors un par an !), Ridley Scott garde toujours un appétit certain pour l’espace et entre deux Prometheus, il a ainsi dérobé Seul sur Mars à la barbe de Drew Goddard (qui reste ici crédité en tant que scénariste), récit à la Robinson d’un cosmonaute abandonné par erreur par son équipe sur la planète rouge. Seul au monde dans l’espace, quoi. Un postulat de hard science pas très novateur à priori mais ayant malgré tout pour lui une rigueur scientifique – justement – pouvant rehausser l’intérêt de l’ensemble. Non pas qu’on pousse l’instinct de survivaliste jusque-là («sait-on jamais, si un jour je me retrouve coincé là-bas») sauf que selon les lecteurs du roman original de Andy Weir, c’est précisément là-dessus que l’histoire bâtit ses plus grandes qualités, le simple rapport sur la culture des patates martiennes y prenant semble-t-il une dimension aussi épique que drôle. Et on retrouve tout à fait cela dans le film de Scott qui, loin de prendre le parti du mélodrame, s’attache au contraire à dynamiser l’ensemble, à le rendre toujours plus cool sans tomber pour autant dans le racolage. Une réussite due aussi bien au scénario de Goddard que donc à la mise en scène énergique de Scott et plus encore au solitaire Matt Damon, lequel sait converser avec les pommes de terre sans être ridicule ou débiter des cours entiers d’astrophysique sans nous soûler ou nous paumer. Néanmoins, ceci ne concerne que la moitié du métrage car en bonne œuvre pro-NASA (il faut voir comme la question du budget n’est jamais abordée, parce qu’on est bien évidemment au-dessus de ces basses considérations), Seul sur Mars n’oublie pas les équipes au sol et leurs tentatives de sauvetage, les brainstormings tournant au débat, en un traitement bien plus classique que la partie martienne. Avec des personnages au mieux génériques, au pire crispants, en dépit de la qualité et l’implication évidentes du casting. Les longues conversations autour de chiffres et projections n’ont alors plus le même impact, elles nous laissent à l’extérieur quand les monologues de Damon nous sont en fait directement adressés par la réalisation elle-même, en conséquence de quoi ces séquences terrestres cassent le rythme et finissent par ennuyer un chouïa, il faut bien le dire. Un peu comme un film de guerre peut être pénalisé par le soutien trop présent de l’armée, le dernier Scott traîne donc son accord avec l’agence aérospatiale américaine comme un boulet, le contraignant à rentrer dans un cahier des charges lénifiant, et on rêve alors à ce qu’aurait pu être ce Seul sur Mars s’il était allé au bout de son concept et avait suivi le seul point-de-vue de Matt Damon. Peut-être ont-ils eu peur de trop ressembler à Moon ou Gravity ? Dommage pour l’originalité, ils ressemblent au final à Appolo 13 et Space Cowboys… Allez Ridley, penche-toi sur Prometheus 2 (aka Alien : Paradise Lost) pour de nouveau nous faire frissonner avec les étoiles !

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